Livre du Tao Tö King I, Lao Tseu - Soixante-seize
En naissant, l’homme est fragile et souple.
Lorsqu’il meurt, il est dur et raide.
En naissant de la terre, les arbres sont tendres et flexibles.
Morts, ils deviennent secs et rigides.
Rigidité et dureté sont le propre de la mort.
Souplesse et fragilité sont le propre de la vie.
C’est pourquoi une armée lourde et forte sera défaite, et l’arbre
puissant et dur s’abattra tout à coup.
Ce qui est grand et fort est en réalité faible, et sera couché au sol.
Ce qui est faible et souple est véritablement sublime et s’élèvera au ciel.
La voie du ciel peut être comparée à un arc que l’on tend.
Le haut est courbé vers le bas. Le bas est relevé.
Si la corde est trop longue, elle sera raccourcie, si elle est trop
courte, elle sera rallongée.
La voie du ciel prend à celui qui a trop, et donne à celui qui n’a pas assez.
La voie des humains est bien différente. Ils prennent à celui qui n’a
pas assez pour donner à celui qui a déjà trop.
Qui sait se séparer du superflu pour en faire don aux autres ?
C’est celui qui possède le Tao, la voie du ciel.
Ainsi le Sage oeuvre sans vouloir être reconnu.
Il accomplit ce qui doit être accompli sans en tirer gloire.
Et il cache sa sagesse comme on cache un trésor.
Dans ce monde, rien n’est plus inconsistant et plus faible que l’eau.
Et pourtant, l’eau attaque et emporte ce qui est dur et puissant.
Dans la lutte éternelle entre l’eau et le roc, c’est toujours l’eau qui
emporte la victoire.
Rien ne lui résiste et rien ne peut la vaincre.
Car la faiblesse a raison de la force, et la souplesse s’impose à la dureté.
Tout le monde sait celà, mais personne ne se conforme à cette loi.
Et le Sage dit : " L’esprit du sol qui reçoit toutes les ordures du
royaume devient le maître et le seigneur des moissons "
Ainsi celui qui accepte les refus du royaume devient le maître de l’empire.
Car le faux paraît vrai et le vrai paraît faux.
Même apaisée, une grave querelle laisse un ressentiment.
Que peut-on faire pour agir selon le Tao ?
Le Sage accepte ce qu’on lui attribue, et ne réclame rien d’autre.
Il honore ses engagements et ne veut pas plus.
L’homme sans vertu veut s’approprier le maximum.
La voie du ciel n’a pas de préférences.
Elle comble de biens l’homme de bien.
Si je gouvernais un petit royaume avec peu d’habitants, je défendrais
d’utiliser les armes que ce peuple possèderait.
Le peuple devrait considérer la mort comme redoutable et rester dans les
lieux de ses ancêtres.
Bien qu’ayant bateaux et chars, il n’en userait point.
Bien qu’ayant armes et cuirasses, il les laisserait dans leurs caches.
Il compterait jours et années avec des cordelettes comme, dans le passé.
Il trouverait savoureuse sa nourriture, beaux ses vêtements, agréable sa
maison, pleines de douceur ses coutumes ancestrales.
Non loin de là, il apercevrait avec bonheur les hommes du pays voisin.
Il entendrait chanter leurs coqs et aboyer leurs chiens.
Il vivrait au rythme des saisons, et mourrait de vieillesse sans avoir
connu le pays voisin.
Les paroles sincères ne sont pas toujours agréables,
les paroles agréables ne sont pas toujours vraies.
Le bien ne s’argumente pas.
Les arguments ne sont que vaines paroles.
L’ignorant croit tous savoir.
L’érudit pense qu’il ne sait rien.
Le Sage ne garde rien pour lui.
Plus il donne aux autres, plus il s’enrichit.
Et il possède un trésor précieux : Ce qu’il a donné aux autres.
Ayant tout donné, tout lui est rendu au centuple.
La voie du ciel est d’agir sans demander, d’obtenir sans lutter, de
s’enrichir en donnant.
Telle est la voie du ciel.
Le Tao.
Commentaires sur Livre du Tao Tö King IV : Les paroles sincères ne sont pas toujours agréables
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