Livre du Tao Tö King I, Lao Tseu - Soixante-et-onze
Celui qui sait croit qu’il ne sait rien.
Celui qui ne sait rien et croit tout savoir s’expose à l’échec.
L’homme qui prend conscience de ses erreurs peut éviter de les répéter.
Le Sage est conscient des difficultés, conscient aussi des erreurs.
Ainsi il peut les écarter.
Et il garde sa sérénité.
Si ton pouvoir n’est plus respecté par le peuple, c’est qu’un pouvoir
plus fort survient et que ta fin est proche.
N’oblige pas le peuple à vivre à l’étroit, ne restreins pas le champ de
son labeur, ne l’oppresse pas. Il restera paisible.
Ainsi le Sage se connaît lui-même, et il vit dans l’isolement.
Il est en paix avec lui-même.
Sans aucune vanité.
C’est pourquoi en tout il peut faire librement son choix.
Et c’est dans la profondeur et non dans l’extérieur qu’il puise sa connaissance.
C’est dans le dedans et non dans le dehors qu’il puise son amour.
L’homme courageux et téméraire joue avec la vie.
L’homme courageux et sage préserve la vie.
De ces deux façons d’être l’une est bonne, l’autre est funeste.
Qui peut comprendre les décrets mystérieux du ciel ?
C’est pourquoi le Sage ne prend pas parti.
La voie du ciel régit sans contraindre.
Elle trouve réponse sans questionner.
Elle reçoit sans avoir demandé, et accomplit son dessein mystérieux en
toute sérénité.
Le filet du ciel est immense.
Très larges sont ses mailles.
Mais nul n’y échappe.
Car le ciel rejette ce qu’il faut rejeter et garde ce qu’il faut garder.
Et nul ne sait comment.
Si le peuple n’a plus peur de la mort, la menace de la mort n’aura plus d’effet.
Si le peuple craint la mort, et si l’on met à mort ceux qui violent les
lois, qui oserait alors les transgresser ?
Le grand bourreau c’est la nature.
Elle exécute, elle punit.
Vouloir se substituer au bourreau, c’est vouloir équarrir du bois à la
place du charpentier.
Mais celui qui veut équarrir du bois à la place du charpentier risque
fort de s’entailler les mains.
Laisse la nature faire son travail, car c’est elle le Grand Exécuteur.
Le peuple est affamé parce que les gouvernants le chargent d’impôts.
C’est pourquoi il a faim.
Le peuple murmure et s’agite parce que ses gouvernants le harcèlent
C’est pourquoi il s’agite.
Le peuple regarde la mort avec indifférence quand sa vie est pénible.
Et c’est ça qui le rend indocile.
Voilà pourquoi il méprise la mort.
Seul celui qui n’est pas réduit à lutter pour vivre peut apprécier sagement la vie.
Le Sage ne vit pas que pour vivre.
Ainsi il peut en apprécier la valeur.
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