Livre du Tao Tö King I, Lao Tseu - Cinquante-six
Celui qui sait ne parle pas.
Celui qui parle ne sait pas.
Garder sa bouche close.
Modérer ses sens.
Tempérer ses ardeurs.
Ramener chaque chose à sa valeur.
Voiler l’éclat dont on rayonne.
Être conscient de son union profonde avec la nature, c’est atteindre la
parfaite harmonie.
Dès lors, le Sage n’est plus affecté par l’amitié ou l’inimitié, par le
bien ou par le mal, par les honneurs ou la disgrâce.
Il est parvenu au degré suprême.
Par la voie.
On gouverne un royaume par la justice.
On conduit une guerre par la tactique.
Mais c’est en renonçant à toute action qu’on devient le maître du monde.
Comment peut-on savoir celà ?
En considérant ceci : Plus il y a d’interdits, plus le peuple s’appauvrit.
Plus les armes se perfectionnent, plus le pays est dans le désordre.
Plus les hommes sont ingénieux et habiles, plus leurs inventions
deviennent néfastes.
Plus nombreux sont les décrets et les lois, plus les malfaiteurs et les
bandits pullulent.
C’est pourquoi le prince sage dit : Je n’agis pas et le peuple s’amende de lui-même.
Je demeure dans la quiétude et le peuple s’améliore.
Je ne recherche aucun profit, et le peuple voit augmenter ses biens.
Je demeure sans désirs et le peuple retrouve les bienfaits d’une vie simple.
Lorsque le prince est simple et bienveillant, le peuple est honnête et prospère.
Lorsque le gouvernement est intransigeant et soupçonneux, le peuple est
roué et mesquin.
Les racines du bonheur naissent dans le malheur.
Le malheur sommeille sous le bonheur.
Qui peut prévoir l’avenir ?
Car les règles de ce monde sont instables et mouvantes : la droiture
peut être prise pour de la ruse et le bien confondu avec le mal.
Depuis toujours l’égarement de l’homme le plonge dans l’erreur.
C’est pourquoi le Sage admoneste sans blesser, conseille sans vexer,
redresse sans contraindre.
Il éclaire mais n’éblouit pas.
Rien ne vaut la modération quand on veut gouverner les hommes tout en
servant le ciel.
La modération doit être le souci constant de l’homme.
C’est ainsi que la vertu devient grande, en lui.
Lorsqu’il a atteint un haut degré de vertu, tout lui devient possible.
Si rien ne lui est impossible, ses limites sont inconnaissables.
L’homme dont les limites sont inconnaissables peut posséder le royaume.
Celui qui possède le grand principe du royaume oeuvre sans fin.
Et pour le bien.
Il puise à la racine féminine de toute chose.
Il puise à la fondation immémoriale, celle qui donne plénitude à sa vie
et lumière à son esprit.
Oui, c’est celui qui est juste qui devient roi, car il imite le ciel.
On gouverne un État comme on cuit un petit poisson : avec précaution.
Si l’empire est gouverné selon le Tao, les démons invisibles perdent leurs armes.
Non qu’ils ne soient puissants, mais ils ne nuiront pas aux hommes.
Non qu’ils ne puissent nuire aux hommes, mais parce que le Sage, lui, ne
nuit pas aux hommes.
Les forces des entités invisibles et celles du Sage ne nuisent pas aux
hommes ni ne se nuisent mutuellement.
Cet état de chose est une manifestation de la vertu qui est à l’oeuvre
dans le monde.
Et le monde, par elle, sera meilleur.
Commentaires sur Livre du Tao Tö King III : Celui qui sait ne parle pas.
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