Livre du Tao Tö King I, Lao Tseu - Quarante-six
Quand un peuple suit le Tao, les chevaux de guerre restent à la ferme et
labourent les champs.
Quand un peuple a perdu le Tao, les chevaux de guerre sont aux portes de
la ville prêts à la bataille et les champs restent incultes.
Il n’est pas de plus grave erreur que d’écouter ses désirs.
Il n’est pas de plus grande misère que de ne savoir se contenter.
Il n’est pas de pire fléau que l’envie de posséder.
C’est pourquoi celui qui limite ses désirs ne saurait manquer de rien.
Ses granges seront pleines, ses champs cultivés et son coeur comblé de
joie.
Ainsi veut la loi.
Sans franchir sa porte, connaître le monde entier.
Sans regarder par la fenêtre, entrevoir le chemin du ciel...
Plus on voyage, plus la connaissance s’éloigne.
C’est pourquoi le Sage connaît sans se mouvoir, comprend sans examiner
et accomplit sans agir.
En s’adonnant à l’étude, on s’accroît chaque jour.
En se consacrant à la voie, on diminue chaque jour.
Et l’on continue de diminuer jusqu’au jour où l’on cesse d’agir.
N’agissant plus, il n’est rien, désormais, qu’on ne puisse accomplir.
La conduite du royaume revient à qui demeure au-dessus de l’action.
Celui qui lutte pour gagner le royaume ne l’obtient jamais.
Le Sage n’a pas de conscience propre, il est la conscience de l’univers.
Il est bon avec le juste, mais bon aussi avec celui qui ne l’est pas,
car la plus grande vertu est la bonté.
Il est loyal avec le fidèle, loyal aussi avec celui qui ne l’est pas,
car la plus grande vertu est la loyauté.
Le Sage est humble et modeste aux yeux du plus grand nombre.
Il paraît faible et désarmé.
Mais le peuple retient son souffle et se fait attentif devant cet homme
semblable à un petit enfant.
Car son coeur peut contenir le monde entier.
Où s’arrête la vie, où commence la mort ?
Trois hommes sur dix suivent le sentier de la vie.
Trois hommes sur dix suivent le sentier de la mort.
Trois hommes sur dix quittent trop tôt le sentier de la vie pour celui de la mort.
Pourquoi ?
Parce qu’ils brûlent leur vie aux feux de leurs passions.
Celui qui garde sa sérénité ne rencontre pas le rhinocéros ni le tigre.
Il traverse sans dommage les rangs d’une armée hostile.
Car il n’offre pas de prise à la corne mortelle, il n’offre pas de prise aux griffes
qui déchirent, il n’offre pas de prise à l’épée meurtrière.
Pourquoi ?
Parce que sur lui la mort n’a plus de prise.
Commentaires sur Livre du Tao Tö King III : Ainsi veut la loi.
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