Livre du Tao Tö King I, Lao Tseu - Trente-six
On ne peut réduire que ce qui est déployé.
On ne peut affaiblir que ce qui est puissant.
On ne peut abattre que ce qui est élevé.
Ainsi pour recevoir, il faut avoir donné.
C’est la loi de la nature.
La douceur et la faiblesse triomphent de la dureté et de la force.
Que le poisson qui brille demeure au sein des profondeurs !
Les secrets du royaume doivent être ainsi maintenus cachés au regard des
hommes.
Le Tao n’agit pas par lui-même.
Et pourtant il n’est rien qu’il n’accomplisse.
Si seulement les rois et les princes pouvaient s’y tenir,
les dix mille êtres les suivraient dans cette voie.
Dans la voie du bonheur, dans la voie de la perfection.
Et si malgré tout ils voulaient encore agir, la simplicité suprême du
Sans-Nom les assagirait.
Ils deviendraient alors sans désir, en paix, et, partant, l’univers se
transformerait de lui-même.
L’homme de haute vertu est au-dessus de la vertu, c’est pourquoi il est vertueux.
L’homme de moindre vertu, se dit vertueux c’est pourquoi il ne l’est pas.
L’homme de haute vertu la pratique sans y penser.
L’homme de moindre vertu l’utilise pour atteindre un but.
Et pourtant il ne l’atteint pas.
Le véritable homme de bien agit sans avoir de raisons de le faire.
L’homme de justice agit car il a des raisons de le faire.
L’homme qui se conforme au rites agit et veut les imposer par la force.
Ainsi, si l’on oublie le Tao, il reste la vertu.
Si l’on se détourne de la vertu, il reste la bonté.
Lorsque la bonté est perdue, il reste la justice.
Lorsqu’on abandonne la justice, on recourt aux rites.
Or, Les rites ne sont que l’apparence de la vérité et de la sincérité.
Ils sont aussi l’amorce de la confusion.
La connaissance et l’intelligence ne sont pour le Tao que des fleurs sans parfum.
Elles sont souvent la source de l’erreur.
C’est pourquoi le Sage puise au tréfonds des choses sans s’arrêter aux apparences.
Il contemple le fruit plutôt que la fleur. Il ignore l’une et cueille l’autre.
Voici ce qui, depuis les origines, a atteint l’unité : Le ciel parce qu’il est pur.
La terre parce qu’elle est stable.
Les esprits parce qu’ils sont transcendants.
Les vallées parce qu’elles sont riches en eau.
L’humanité parce qu’elle se reproduit.
Les souverains et les gouvernants parce qu’ils donnent l’exemple.
C’est l’unité qui les rend parfaits.
Si le ciel n’était plus pur, certainement il s’effondrerait.
Si la terre n’était plus stable, elle s’écroulerait.
Si les esprits n’étaient plus transcendants, ils s’évanouiraient.
Si les vallées n’étaient plus humides, elles deviendraient des déserts.
Si les dix mille êtres cessaient de se reproduire, ils disparaîtraient.
Si les souverains et les gouvernants renonçaient au pouvoir, leurs pays
tomberaient dans le chaos.
La noblesse repose sur l’humilité.
Ce qui est grand prend appui sur ce qui est infime.
Ainsi les souverains et les gouvernants se nomment-ils eux-mêmes
orphelins, hommes sans valeur et de peu de mérite.
Ils montrent par là leur compréhension de l’ordre profond des choses.
L’honneur suprême est en dehors de l’honneur.
Car le Sage ne cherche ni a briller comme le jade, ni a être rejeté comme un caillou.
Il vit au-dessus de l’estime et du mépris.
L’immobilité est le mouvement du Tao.
Dans sa faiblesse réside sa puissance.
Tous les êtres de ce monde sont nés du visible.
Le visible procède de l’invisible.
Car tout est et n’est rien.
Commentaires sur Livre du Tao Tö King II : C'est la loi de la nature
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