Livre du Tao Tö King I, Lao Tseu - Seize
Ayant atteint le vide parfait, je me laisse porter par l’aile puissante du silence.
Je contemple l’agitation des hommes.
Retourner à son origine... Retourner à son origine, c’est retrouver le repos.
Le repos, c’est le retour dans sa demeure véritable.
C’est renouer avec son destin.
Ce retour est la loi éternelle.
Connaître la loi éternelle, c’est être éclairé.
L’ignorer, c’est la confusion et, par là, c’est le malheur.
Celui qui connaît la loi possède le savoir.
Il se montre, alors, impartial.
Impartial, il agit royalement.
Royal, il atteint le divin.
Le divin atteint, il est uni au Tao et se trouve désormais au-delà de tout péril.
Rien ne peut le surprendre.
Rien ne peut l’émouvoir.
Rien ne peut le toucher.
Pas même la mort.
Des grands souverains d’antan le peuple ne connaissait que le nom.
Ce furent des rois aimés et loués.
Puis en vinrent d’autres qu’il craignit.
Puis d’autres qu’il méprisa.
A celui qui n’a pas confiance le peuple ne peut faire confiance.
L’énergie du grand souverain ne se dissipe pas en paroles.
Elle suscite toute vocation et toute action.
Alors le peuple dit : C’est nous qui avons fait tout cela.
Il dit aussi : Nous sommes libres.
Autrefois le Tao régnait.
L’homme suivait l’ordre de la nature.
Puis il advint une époque où le Tao fut oublié et ce fut alors l’ère de
la justice des hommes.
Puis ce fut l’époque de l’intelligence et de l’habileté.
Et les ambitions ne connurent plus de bornes.
La paix quitta les familles.
Mais c’est dans l’adversité que se révèlent les fils respectueux.
L’État sombra dans le désordre.
Mais c’est pendant l’anarchie que surgissent les serviteurs loyaux.
Ainsi le Tao est toujours près de l’homme pour le secourir.
Renoncez au savoir, ne vous mêlez plus de morale.
Le peuple s’en trouvera cent fois mieux.
Abandonnez toute justice humaine et chassez ses lois.
Le peuple redécouvrira les vertus familiales.
Renoncez au luxe, bannissez le profit.
Il n’y aura plus de voleurs ni de bandits.
Renoncez à tout cela et croyez en l’inutilité de l’apparat.
Soyez simples, demeurez fidèles à vous-mêmes.
Rejetez de vos cours l’égoïsme et les désirs.
La voie s’ouvrira devant vous.
Renoncez à l’étude et vous connaîtrez la paix.
Entre oui et non la frontière est bien mince.
Le bien et le mal sont entremêlés.
La peur qu’éprouve le commun des mortels ne doit pas effleurer votre cour.
Les hommes courent aux festins de la vie.
Ils cueillent les fleurs du printemps, du printemps qui annonce la vie.
Mais moi seul reste calme, étranger au tumulte, comme le nouveau-né qui
n’a pas encore souri.
Je suis seul.
Immobile.
Je parais démuni de tout, je parais ignorant, je parais abandonné, sans
but, sans logis.
La multitude s’affaire à accroître ses biens.
Moi seul ne possède rien.
L’homme de la foule a des idées sur tout.
Moi seul hésite.
L’homme de la foule est actif, efficace.
Seul, je reste immobile.
Je regarde sans voir.
Mes pensées, égarées, m’échappent pour danser, dans les nuages et le
vent, parmi les vagues de l’océan.
La multitude des hommes s’affaire, réalise, construit.
Je demeure absent, délaissé, inutile.
Et pourtant, mes haillons cachent la plus grande des richesses.
Seul, je diffère des autres.
Je suis l’enfant de la Mère universelle.
L’enfant du Tao.
Commentaires sur Livre du Tao Tö King I : Le vide parfait
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