Livre des Noces Chimiques : Cinquième Jour

Alchimie et ésotérisme dans la science d’Hermès

Les Noces Chymiques de Christian Rosencreutz

Christian Rosencreutz

Livre d’alchimie spirituelle, les Noces Chimiques sont un receuil d’analogies dans la grande tradition de l’ésotérisme hermétique. Ce livre est obscure pour les profanes, mais il est lumineux pour les enfants d’Hermès.
Je quittai ma couche au point du jour, aiguillonné par le désir d’apprendre la suite des événements, sans avoir goûté un repos suffisant.
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L’Académie d’Hermès


Livre de la science d’Hermès : Les Noces Chymiques :

Cinquième jour.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.1

-  Je quittai ma couche au point du jour, aiguillonné par le désir d’apprendre la suite des événements, sans avoir goûté un repos suffisant. M’étant habillé, je descendis mais je ne trouvai encore personne dans la salle à cette heure matinale. Je priai donc mon page de me guider encore dans le château et de me montrer les parties intéressantes ; il se prêta volontiers à mon désir, comme toujours.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.2

-  Ayant descendu quelques marches sous terre, nous nous heurtâmes à une grande porte en fer sur laquelle se détachait en grandes lettres de cuivre l’inscription suivante :

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Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.3

-  Je reproduis l’inscription telle que je l’ai copiée sur ma tablette. Le page ouvrit donc cette porte et me conduisit par la main dans un couloir complètement obscur. Nous parvînmes à une petite porte qui était entrebâillée, car, d’après mon page, elle avait été ouverte la veille pour sortir les cercueils et on ne l’avait pas encore refermée.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.4

-  Nous entrâmes ; alors la chose la plus précieuse que la nature eût jamais élaborée apparut à mon regard émerveillé. Cette salle voûtée ne recevait d’autre lumière que l’éclat rayonnant de quelques escarboucles énormes ; c’était, me dit-on, le trésor du Roi. Mais au centre, j’aperçus la merveille la plus admirable ; c’était un tombeau précieux. Je ne pus réprimer mon étonnement de le voir entretenu avec si peu de soins. Alors mon page me répondit que je devais rendre grâce à ma planète, dont l’influence me permettait de contempler plusieurs choses que nul oeil humain n’avait aperçu jusqu’à ce jour, hormis l’entourage du Roi.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.5

-  Le tombeau était triangulaire et supportait en son centre un vase en cuivre poli ; tout le reste n’était qu’or et pierres précieuses. Un ange, debout dans le vase, tenait dans ses bras un arbre inconnu, qui, sans cesse, laissait tomber des gouttes dans le vaisseau ; parfois un fruit se détachait, se résolvait en eau dès qu’il touchait le vase, et s’écoulait dans trois petits vaisseaux en or. Trois animaux, un aigle, un boeuf et un lion, se tenant sur un socle très précieux supportaient ce petit autel.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.6

-  J’en demandai la signification à mon page :

"Ci-gît" dit-il, "Vénus, la belle dame qui a fait perdre le bonheur, le salut et la fortune à tant de grands". Puis il désigna sur le sol une trappe en cuivre. "Si tel est votre désir" dit-il "nous pouvons continuer à descendre par ici".

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.7

-  "Je vous suis" répondis-je ; et je descendis l’escalier où l’obscurité était complète ; mais le page ouvrit prestement une petite boîte qui contenait une petite lumière éternelle à laquelle il alluma une des nombreuses torches placées à cet endroit : Plein d’appréhension, je lui demandai sérieusement s’il lui était permis de faire cela.

Il me répondit : "Comme les personnes royales reposent, maintenant je n’ai rien à craindre".

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.8

-  J’aperçus alors un lit d’une richesse inouïe, aux tentures admirables. Le page les entrouvrit et je vis dame Vénus couchée là toute nue - car le page avait soulevé la couverture - avec tant de grâce et de beauté, que, plein d’admiration, je restai, figé sur place, et maintenant encore, j’ignore si j’ai contemplé une statue ou une morte ; car elle était absolument immobile et il m’était interdit de la toucher.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.9

-  Puis le page la couvrit de nouveau et tira le rideau mais son image me resta comme gravée dans les yeux.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.10

-  Derrière le lit je vis un panneau avec cette inscription :

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Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.11

-  Je demandai à mon page la signification de ces caractères. Il me promit en riant que je l’apprendrai. Puis il éteignit le flambeau et nous remontâmes.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.12

-  Examinant les animaux de plus près, je m’aperçus, à ce moment seulement, qu’une torche résineuse brûlait à chaque coin. Je n’avais pas aperçu ces lumières auparavant, car le feu était si clair qu’il ressemblait plutôt à l’éclat d’une pierre qu’à une flamme. L’arbre exposé à cette chaleur ne cessait de fondre tout en continuant à produire de nouveaux fruits.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.13

-  "Écoutez" dit le page, "ce que j’ai entendu dire à Atlas parlant au Roi. Quand l’arbre, a-t-il dit, sera fondu entièrement, dame Vénus se réveillera et sera mère d’un roi".

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.14

-  Il parlait encore et m’en aurait peut-être dit davantage, quand Cupidon pénétra dans la salle. De prime abord il fut atterré d’y constater notre présence ; mais quand il se fut aperçu que nous étions tous deux plus morts que vifs, il finit par rire et me demanda quel esprit m’avait chassé par ici. Tout tremblant je lui répondis que je m’étais égaré dans le château, que le hasard m’avait conduit dans cette salle et que mon page m’ayant cherché partout m’avait finalement trouvé ici ; qu’enfin j’espérais qu’il ne prendrait pas la chose en mal.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.15

-  "C’est encore excusable ainsi", me dit-il, "vieux père téméraire. Mais vous auriez pu m’outrager grossièrement si vous aviez vu cette porte. Il est temps que je prenne des précautions".

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.16

-  Sur ces mots il cadenassa solidement la porte de cuivre par où nous étions descendus. Je rendis grâce à Dieu de ne pas avoir été rencontrés plus tôt et mon page me sut gré de l’avoir aidé à se tirer de ce mauvais pas.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.17

-  "Cependant", continua Cupidon, " je ne puis vous laisser impuni d’avoir presque surpris ma mère". Et il chauffa la pointe d’une de ses flèches dans l’une des petites lumières et me piqua à la main. Je ne sentis presque pas la piqûre à ce moment tant j’étais heureux d’avoir si bien réussi et d’en être quitte à si bon compte.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.18

-  Entre temps, mes compagnons étaient sortis de leur lit et s’étaient rassemblés dans la salle ; je les y rejoignis en faisant semblant de quitter mon lit à l’instant. Cupidon qui avait fermé toutes les portes derrière lui avec soin me demanda de lui montrer ma main. Une gouttelette de sang y perlait encore ; il en rit et prévint les autres de se méfier de moi car je changerai sous peu. Nous étions stupéfaits de voir Cupidon si gai ; il ne paraissait pas se soucier le moins du monde des tristes événements d’hier et ne portait aucun deuil.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.19

-  Cependant notre présidente s’était parée pour sortir ; elle était entièrement habillée de velours noir et tenait sa branche de laurier à la main ; toutes ses compagnes portaient de même leur branche de laurier. Quand les préparatifs furent terminés, la vierge nous dit de nous désaltérer d’abord et de nous préparer ensuite pour la procession. C’est ce que nous fîmes sans perdre un instant et nous la suivîmes dans la cour.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.20

-  Six cercueils étaient placés dans cette cour. Mes compagnons étaient convaincus qu’ils renfermaient les corps des six personnes royales ; mais moi je savais à quoi m’en tenir ; toutefois j’ignorais ce qu’allaient devenir les autres cercueils.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.21

-  Huit hommes masqués se tenaient près de chacun des cercueils. Quand la musique se mit à jouer - un air si grave et si triste que j’en frémis, - ils levèrent les cercueils et nous suivîmes jusqu’au jardin dans l’ordre qu’on nous indiqua. Au milieu du jardin on avait érigé un mausolée en bois, dont tout le pourtour était garni d’admirables couronnes ; le dôme était supporté par sept colonnes. On avait creusé six tombeaux et près de chacun se trouvait une pierre ; mais le centre était occupé par une pierre ronde, creuse, plus élevée. Dans le plus grand silence et en grande cérémonie on déposa les cercueils dans ces tombeaux, puis les pierres furent glissées dessus et fortement scellées. La petite boîte trouva sa place au milieu. C’est ainsi que mes compagnons furent trompés, car ils étaient persuadés que les corps reposaient là. Au sommet flottait un grand étendard décoré de l’image du phénix, sans doute pour nous égarer encore plus sûrement. C’est à ce moment que je remerciai DIEU de m’avoir permis de voir plus que les autres.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.22

-  Les funérailles étant terminées, la vierge monta sur la pierre centrale et nous fit un court sermon. Elle nous engagea à tenir notre promesse, à ne pas épargner nos peines et à prêter aide aux personnes royales, enterrées là afin qu’elles pussent retrouver la vie. A cet effet nous devions nous mettre en route sans tarder et naviguer avec elle vers la tour de l’Olympe pour y chercher le remède approprié et indispensable.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.23

-  Ce discours eut notre assentiment ; nous suivîmes donc la vierge par une autre petite porte jusqu’au rivage, où nous vîmes les sept vaisseaux, que j’ai déjà signalés plus haut, tous vides. Toutes les vierges y attachèrent leur branche de laurier et, après nous avoir embarqués, elles nous laissèrent partir à la grâce de Dieu. Tant que nous fûmes en vue, elles ne nous quittèrent pas du regard ; puis elles rentrèrent dans le château accompagnées de tous les gardiens.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.24

-  Chacun de nos vaisseaux portait un grand pavillon et un signe distinctif. Sur cinq des vaisseaux on voyait les cinq Corpora Regalia ; en outre, chacun, en particulier le mien, où la vierge avait pris place, portait un globe. Nous naviguâmes ainsi dans un ordre donné, chaque vaisseau ne contenant que deux pilotes.

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Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.25

-  En tête venait le petit vaisseau a, où, à mon avis, gisait le nègre ; il emportait douze musiciens ; son pavillon représentait une pyramide. Il était suivi des trois vaisseaux b-c-d, nageant de conserve. On nous avait distribués dans ces vaisseaux-là ; j’avais pris place dans c. Sur une troisième ligne flottaient les deux vaisseaux e et f, les plus beaux et les plus précieux, parés d’une quantité de branches de laurier ; ils ne portaient personne et battaient pavillon de Lune et de Soleil. Le vaisseau g venait en dernière ligne ; il transportait quarante vierges.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.26

-  Ayant navigué ainsi par delà le lac, nous franchîmes une passe étroite et nous parvînmes à la mer véritable. Là, des Sirènes, des Nymphes, et des Déesses de la mer nous attendaient ; nous fûmes abordés bientôt par une jeune nymphe, chargée de nous transmettre leur cadeau de noces ainsi que leur souvenir. Ce dernier consistait en une grande perle précieuse sertie, comme nous n’en avions jamais vue ni dans notre monde ni dans celui-ci ; elle était ronde et brillante. Quand la vierge l’eut acceptée amicalement, la nymphe demanda que l’on voulût bien donner audience à ses compagnes et s’arrêter un instant ; la vierge y consentit. Elle ordonna d’amener les deux grands vaisseaux au milieu et de former avec les autres un pentagone.

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Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.27

-  Puis les nymphes se rangèrent en cercle autour et chantèrent d’une voix douce :

I

Rien de meilleur n’est sur terre
Que le bel et noble amour ;
Par lui nous égalons Dieu,
Par lui personne n’afflige autrui.
Laissez-nous donc chanter le Roi,
Et que toute la mer résonne,
Nous questionnons, donnez la réplique.

II

Qui nous a transmis la vie ?
L’amour.
Qui nous a rendu la grâce ?
L’amour.
Par qui sommes-nous nés ?
Par l’amour.
Sans qui serions

III

Qui donc nous a engendrés ?
L’amour.
Pourquoi nous a-t-on nourris ?
Par amour.
Que devons-nous aux parents ?
L’amour.
Pourquoi sont-ils si patients ?
Par amour.

IV

Qui est vainqueur ?
L’amour.
Peut-on trouver l’amour ?
Par l’amour.
Qui peut encore unir les deux ?
L’amour.

V

Chantez donc tous,
Et faites résonner le chant
Pour glorifier l’amour ;
Qu’il veuille s’accroître
Chez nos Seigneurs, le Roi et la Reine ;
Leurs corps sont ici, l’âme est là.

VI

Si nous vivons encore,
Dieu fera,
Que de même que l’amour et la grande grâce
Les ont séparés avec une grande puissance ;
De même aussi la flamme d’amour
Les réunira de nouveau avec bonheur.

VII

Cette peine,
En grande joie,
Sera transmuée pour toujours,
Y eût-il encore des souffrances sans nombre.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.28

-  En écoutant ce chant mélodieux, je compris parfaitement qu’Ulysse eût bouché les oreilles de ses compagnons, car j’eus l’impression d’être le plus misérable des hommes en me comparant à ces créatures adorables.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.29

-  Mais bientôt la vierge prit congé et donna l’ordre de continuer la route. Les nymphes rompirent donc le cercle et s’éparpillèrent dans la mer après avoir reçu comme rétribution un long ruban rouge. A ce moment je sentis que Cupidon commençait à opérer en moi aussi, ce qui n’était guère à mon honneur ; mais, comme de toute manière mon étourderie ne peut servir à rien au lecteur, je veux me contenter de la noter en passant. Cela répondait précisément à la blessure que j’avais reçue à la tête, en rêve, comme je l’ai décrit dans le premier livre ; et, si quelqu’un veut un bon conseil, qu’il s’abstienne d’aller voir le lit de Vénus, car Cupidon ne tolère pas cela.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.30

-  Quelques heures plus tard, après avoir parcouru un long chemin, tout en nous entretenant amicalement, nous aperçûmes la tour de l’Olympe. La vierge ordonna donc de faire divers signaux pour annoncer notre arrivée ; ce qui fut fait. Aussitôt nous vîmes un grand drapeau blanc se déployer et un petit vaisseau doré vint à notre rencontre. Quand il fut près de nous accoster, nous y distinguâmes un vieillard entouré de quelques satellites habillés de blanc ; il nous fit un accueil amical et nous conduisit à la tour.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.31

-  La tour était bâtie sur une île exactement carrée et entourée d’un rempart si solide et si épais que je comptai deux cent soixante pas en la traversant. Derrière cette enceinte s’étendait une belle prairie agrémentée de quelques petits jardins où fructifiaient des plantes singulières et inconnues de moi ; elle s’arrêtait au mur protégeant la tour. Cette dernière, en elle-même, semblait formée par la juxtaposition de sept tours rondes. ; celle du centre était un peu plus haute. Intérieurement elles se pénétraient mutuellement et il y avait sept étages superposés.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.32

-  Quand nous eûmes atteint la porte, on nous rangea le long du mur côtoyant la tour afin de transporter les cercueils dans la tour à notre insu, comme je le compris facilement ; mais mes compagnons l’ignoraient. Aussitôt après on nous conduisit dans la salle intérieure de la tour qui était décorée avec art ; mais nous y trouvâmes peu de distractions, car elle ne contenait rien qu’un laboratoire. Là nous dûmes broyer et laver des herbes, des pierres précieuses et diverses matières, en extraire la sève et l’essence et en emplir des fioles de verre que l’on rangea avec soin. Cependant notre vierge si active et si agile, ne nous laissa pas manquer de besogne ; nous dûmes travailler assidûment et sans relâche dans cette île jusqu’à ce que nous eussions terminé les préparatifs nécessaires pour la résurrection des décapités.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.33

-  Pendant ce temps - comme je l’appris ultérieurement les trois vierges lavaient avec soin les corps dans la première salle.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.34

-  Enfin quand nos travaux furent presque terminés on nous apporta, pour tout repas, une soupe et un peu de vin, ce qui signifiait clairement que nous n’étions point ici pour notre agrément ; et quand nous eûmes accompli notre tâche, il fallut nous contenter, pour dormir, d’une natte qu’on étendit par terre pour chacun de nous.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.35

-  Pour ma part, le sommeil ne m’accabla guère ; je me promenai donc dans le jardin et j’avançai jusqu’à l’enceinte ; comme la nuit était très claire, je passai le temps à observer les étoiles. Je découvris par hasard de grandes marches en pierre menant à la crête du rempart ; comme la lune répandait une si grande clarté, je montai audacieusement. Je contemplai la mer qui était dans un calme absolu, et, profitant d’une si bonne occasion de méditer sur l’astronomie, je découvris que cette nuit même les planètes se présenteraient sous un aspect particulier qui ne se reproduirait pas avant longtemps.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.36

-  J’observai ainsi longuement le ciel au-dessus de la mer quand, à minuit, dès que les douze coups tombèrent, je vis les sept flammes parcourir la mer et se poser tout en haut sur la pointe de la tour ; j’en fus saisi de peur car, dès que les flammes se reposèrent, les vents se mirent à secouer la mer furieusement. Puis la lune se couvrit de nuages, de sorte que ma joie prit fin dans une telle terreur que je pus à peine découvrir l’escalier de pierre et rentrer dans la tour. Je ne puis dire si les flammes sont restées plus longtemps sur la tour ou si elles sont reparties, car il était impossible de me risquer dehors dans cette obscurité.

Alchimie et ésotérisme, livre de la science d’Hermès les Noces Chymiques : 5.37

-  Je me couchais donc sur ma couverture et je m’endormis aisément au murmure calme et agréable de la fontaine de notre laboratoire. Ainsi ce cinquième jour se termina également par un miracle.


Livre des Noces Chymiques : Commentaire du cinquième jour.

La vingt-deuxième lame des Arcanes majeurs du Tarot (Le Monde) nous montre une jeune femme nue au centre d’une couronne ovale de lauriers ; on voit aux quatre angles les quatre figures de l’Apocalypse de Saint Jean, l’Ange, l’Aigle le Lion et le Taureau, figures que l’on retrouve aussi dans les Chérubs et les Séraphs de l’ancienne Egypte et ceci seul suffit à établir l’ancienneté de leur symbolisme. Seul de tous les arcanes, celui-ci désigne l’absolu, la femme représentant la fécondité primordiale, c’est-à-dire la Création. Un rapprochement s’impose entre cette lame du Tarot, et la description du Tombeau de Vénus.

Ce tombeau triangulaire est supporté par l’Aigle, le Boeuf, et le Lion ; l’Ange est debout au centre dans un vase de cuivre (métal consacré à Vénus). De cuivre est aussi la trappe par laquelle descend notre héros dans la salle où son guide lui montre Vénus toute nue. Il a, dès maintenant soulevé le Voile d’Isis. Il remarque que l’Ange tient en ses bras un arbre dont les branches s’égouttent sans cesse dans un bassin de cuivre. Cet arbre est un Tamaris dont les fleurs sont blanches et les racines rouges, sous lesquelles Isis retrouva le corps mutilé d’Osiris, et les pleurs qu’elle verse au cours de sa recherche en Phénicie (de (JPEG) , rouge, pourpre) trouvent leur réplique dans les gouttes tombant sans cesse des branches de l’arbre.

Dans cette phase de l’oeuvre, la matière encore volatile représentée par Isis, monte en vapeurs, se condense et retombe en gouttes pour se réunir à la matière fixe que représente Osiris sous le Tamaris.

Cette Vénus ou Isis étendue en son tombeau, figure la mort apparente de la Nature pendant l’époque ou toute végétation s’arrête ; elle renaît au printemps, comme dans les mythes grecs de Déméter et de Proserpine. "Quand l’arbre sera fondu entièrement, Dame Vénus se réveillera et sera mère d’un Roi". Dans le commentaire du Quatrième Jour, j’avais attiré l’attention du Lecteur sur les flèches de Cupidon ; je souligne encore ici le passage où le petit Dieu malin pique notre héros à la main pour le punir de sa témérité. La lumière qui éclaire cette scène et dont l’éclat ressemble plus à celui d’une pierre qu’à celui d’une flamme évoque l’idée de phosphorescence, or, (JPEG) n’est autre chose que la traduction littérale du mot latin Lucifer, porte lumière, nom donné à l’étoile Vénus.

A cet épisode succède un simulacre d’enterrement des six personnes royales dans un mausolée dont le dôme est supporté par sept colonnes. Six tombes sont creusées, mais la boîte contenant la dépouille de l’exécuteur noir est placée au centre sur une pierre creuse. L’Etendard flottant au sommet du monument représente l’image du Phénix. Ce symbole est évidemment transparent puisqu’à la fin du sixième jour, nous assistons à la résurrection du Roi et de la Reine. Le Mythe de cet oiseau fabuleux renaissant de ses cendres tous les cinq cents ans mérite une courte parenthèse. Les anciens auteurs, Hérodote, Tacite, Pline, Ovide, Solin, Horapollon, Tsetzès, Suidas, etc., sont d’accord pour le représenter comme un oiseau de la grosseur d’un Aigle ; une huppe éclatante toujours dressée orne sa tête, les plumes du cou sont dorées, les autres pourprées ; sa queue est blanche mêlée de plumes incarnats et ses yeux brillent de l’éclat des étoiles. Il est bon de rappeler ici que Mercure, le messager céleste, est souvent représenté tenant son caducée de la main droite, et un phénix sur le poing gauche. Pour exercer davantage la sagacité des curieux de Science, je recommande à nos lecteurs numismates l’examen de certains deniers d’Or de Trajan portant l’effigie du Phénix, la tête auréolée d’un nimbe semblant être le disque solaire, et tenant dans les serres une branche d’arbre. Cette même figure se retrouve sur les monnaies de Constantin, mais l’Oiseau repose sur une montagne et tient une boule (l’oeuf philosophique) au lieu d’un rameau. Nous avons mieux à faire que de discuter ici les spéculations astronomiques tendant à voir dans la renaissance du Phénix l’intervalle de temps compris entre deux passages consécutifs de la planète Mercure devant le Soleil !

Suivez notre héros vers la Tour de l’Olympe, et lisez avec soin le récit de sa traversée. Les deux façons différentes dont se groupent les nefs emportant les dépouilles royales, pour naviguer de conserve, puis pour assister au concert des Sirènes, ont un sens particulier dépendant de la nature du chargement confié à chaque navire. La beauté de l’Hymne à l’Amour se suffit à elle-même sans qu’il soit besoin de la souligner ici. Toutefois, c’est à ce moment que notre héros se souvient de la piqûre que Cupidon lui fit à la main, et de celle qu’il reçut en rêve à la tête au cours d’un songe décrit dans le premier jour.

La tour de l’Olympe est bâtie sur une île exactement carrée, et ses sept tours rondes superposées évoquent la figure d’une lunette télescopique. Le séjour de Christian Rosencreutz dans le laboratoire du premier étage, ne paraît pas lui laisser un bien bon souvenir ; il broie des herbes, des pierres, en extrait l’essence, la range dans des fioles. C’est évidemment là, besogne d’apothicaire, et non d’Alchimiste. Trois Vierges, cependant, lavent avec soin dans la première salle les corps des personnes royales. Ayant terminé sa besogne, et ne pouvant goûter de repos, notre héros va jouir du clair de Lune sur les remparts de la tour et il constate que, cette nuit même, les planètes se présentent sous un aspect particulier ne devant pas se reproduire avant longtemps. Il voit se fixer au sommet de la tour les flammes qu’il avait vues survolant les mâts des sept nefs.

Alors, les vents se déchaînent et la Lune s’obscurcit. Retenons surtout de la fin de ce Cinquième Jour, qu’il y a temps pour l’Oeuvre comme il y a temps pour toutes choses, et arrêtant ici le commentaire, souvenons-nous du Zodiaque par lequel le Président d’Espagnet termine l’Arcanum Hermeticae Philosophiae Opus.