Livre des Métamorphoses : Syrinx et Phaéton

Les Métamorphoses livre premier

D’Hermès à Ovide.

Lug Alc

Les Métamorphoses d’Ovide, récit mythologique et hermétique de la génèse ; alchimie de l’énergie vitale et de ses transmutations.
Mercure répond : "Sur les monts glacés de l’Arcadie, parmi les Hamadryades qui habitent le Nonacris, paraissait avec éclat une naïade que les nymphes appelaient Syrinx.
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08. Livre des Métamorphoses : Syrinx et Phaéton
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Livre des Métamorphoses d’Ovide : Syrinx (I, 689-746)

Mercure répond : "Sur les monts glacés de l’Arcadie, parmi les Hamadryades qui habitent le Nonacris, paraissait avec éclat une naïade que les nymphes appelaient Syrinx. Plusieurs fois elle avait échappé à la poursuite des Satyres, à celle de tous les dieux des bois et des campagnes. Elle imitait les exercices de Diane ; elle lui avait consacré sa virginité : elle avait le même port, les mêmes vêtements, et on l’eût prise pour la fille de Latone, si son arc d’ivoire eût été d’or, comme celui de la déesse ; et cependant on s’y méprenait encore. Un jour, le dieu Pan, qui hérisse sa tête de couronnes de pin, descendant du Lycée, la vit, et lui adressa ce discours...." Mercure allait le rapporter. Il allait dire comment la nymphe, insensible à ses prières, avait fui par des sentiers difficiles jusqu’aux rives sablonneuses du paisible Ladon ; comment le fleuve arrêtant sa course, elle avait imploré le secours des naïades, ses soeurs ; comment, croyant saisir la nymphe fugitive, Pan n’embrassa que des roseaux ; comment, pendant qu’il soupirait de douleur, ces roseaux, agités par les vents, rendirent un son léger, semblable à sa voix plaintive ; comment le dieu, charmé de cette douce harmonie et de cet art nouveau, s’écria : "Je conserverai du moins ce moyen de m’entretenir avec toi" ; comment enfin le dieu, coupant des roseaux d’inégale grandeur, et les unissant avec de la cire, en forma l’instrument qui porta le nom de son amante.

Mais, lorsqu’il se préparait à raconter la fin de cette aventure, il s’aperçoit que tous les yeux d’Argus ont été vaincus par le sommeil. Il cesse de parler, et, les touchant de sa baguette puissante, il épaissit encore les pavots dont ils sont surchargés. Soudain, de son glaive recourbé, il abat la tête chancelante du monstre ; elle tombe et roule sur le rocher ensanglanté.

Tu meurs, Argus ; tes cent yeux sont fermés à la lumière ; ils sont couverts d’une éternelle nuit : Junon les recueille, et les plaçant sur les plumes de l’oiseau qui lui est consacré, ils brillent en étoiles, sur sa queue épandus.

Cependant le courroux de la déesse s’augmente par le meurtre d’Argus. Elle cherche une prompte vengeance. Sans cesse une furie impitoyable frappe les regards et trouble l’esprit de sa rivale ; d’aveugles terreurs remplissent son âme : elle erre et fuit épouvantée par tout l’univers. Le Nil devait être le terme de ses infortunes : arrivée sur ses bords, épuisée de lassitude, elle tombe sur ses genoux, et, repliant son col en arrière, elle tourne son front vers les cieux ; par des gémissements, des larmes et des mugissements plaintifs, elle semble se plaindre à Jupiter, et lui demander la fin de ses malheurs. Alors ce dieu, pressant dans ses bras son auguste compagne, la conjure de se laisser fléchir : "Cessez de craindre, dit-il, dans l’avenir ; Io ne sera plus pour vous un sujet d’alarmes". Il le jure, et il commande au Styx d’entendre ce serment.

La colère de Junon s’apaise. Soudain, la nymphe reprend sa forme première ; elle est ce qu’elle avait été. Son poil s’efface ; ses cornes disparaissent ; l’orbe de ses yeux se rétrécit ; sa bouche se resserre ; ses épaules et ses mains reviennenten leur premier état ; cinq ongles séparent et divisent la corne de ses pieds : il ne lui reste de la génisse que son éclatante blancheur. Elle se relève sur deux pieds qui suffisent pour la porter : mais elle n’ose parler encore ; elle craint de mugir, et sa bouche timide ne fait entendre que des mots entrecoupés.

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Phaéthon (I, 747-779)

L’Égypte l’adore aujourd’hui comme une divinité bienfaisante, et ses prêtres nombreux portent des robes de lin.

On croit qu’Épaphus dut le jour à la nouvelle déesse, et que Jupiter fut son père. La mère et le fils partagent, en Égypte, les temples et les honneurs divins. Épaphus, et Phaéthon, fils du Soleil, avaient même âge et même caractère. Phaéthon, fier de son origine, parlait avec orgueil, et ne cédait jamais à son ami. Fatigué de sa présomption, "Insensé, lui dit un jour Épaphus, vous ajoutez une trop grande foi aux discours de votre mère ; cessez de vous enorgueillir d’un père supposé."

Phaéthon rougit, et la honte sert de frein à sa fureur. Il va raconter à Clymène, sa mère, l’affront qu’il vient de recevoir : "Plaignez-moi d’autant plus ajoute-t-il, que, malgré ma fierté, j’ai pu dévorer cet outrage sans pouvoir le repousser. Ah ! si réellement je suis issu du sang des dieux, donnez m’en une preuve éclatante". Il dit, et, se jetant dans lesbras de sa mère, il la conjure par elle-même, par la tête de Mérops son époux, et par l’hymen de ses soeurs, de lui faire connaître son père à des signes certains.

Qui dira si Clymène fut plus touchée des plaintes de son fils, qu’elle ne fut irritée de se voir soupçonnée d’imposture ? Elle élève ses mains vers le ciel, et, fixant ses yeux sur le Soleil : "Je jure, mon fils, s’écria-t-elle, par ces rayons qui nous éclairent, par ce Soleil qui nous voit, et qui nous entend, que tu es le fils de cet astre qui féconde l’univers. Si je mens, qu’il me refuse ses feux, et que sa lumière brille à mes yeux pour la dernière fois. Tu peux d’ailleurs aller facilement jusqu’au palais de ton père : l’orient, où il réside, touche aux terres que nous habitons ; et si ton courage ne te trahit point, pars, le Soleil te confirmera ta superbe origine."

À ce discours, Phaéton a tressailli de joie. Il se croit déjà transporté dans les cieux. Il traverse et les régions éthiopiennes qui lui sont soumises, et les Indes placées sous la zone brûlante ; et bientôt il arrive à l’orient, au palais du Soleil.


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