Livre des Métamorphoses : Polyxène

Les Métamorphoses livre Treize

D’Hermès à Ovide

Lug Alc

Les Métamorphoses d’Ovide, récit mythologique et hermétique de la génèse ; alchimie de l’énergie vitale et de ses transmutations.
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48. Livre des Métamorphoses : Polyxène
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Livre des Métamorphoses d’Ovide : Polyxène (XIII, 439-532)

Surpris par la tempête, les Grecs arrêtent leurs vaisseaux dans les ports de la Thrace ; et, tandis qu’ils attendent une mer plus tranquille et des vents favorables, soudain la terre s’ouvre, et l’ombre du grand Achille apparaît, terrible et menaçante ; tel que le héros était pendant sa vie, lorsqu’il osa, dans sa violence, tirer l’épée contre le fier Atride.

"Grecs, dit-il, vous partez, et vous oubliez Achille ! La mémoire de mes actions est ensevelie avec moi ! Qu’il n’en soit pas ainsi ; et, afin que mon tombeau ne reste pas sans honneur, je demande, pour apaiser mes mânes, le sacrifice de Polyxène."

Il dit, et les Grecs, obéissant à l’ombre impitoyable, arrachent des bras de sa mère Polyxène, dernière consolation qui restait à sa douleur. Cette princesse, que son courage élève au-dessus de son sexe et de son malheur, est conduite en victime sur la tombe d’Achille. Digne fille des rois, elle arrive à cet autel barbare, et voyant les funestes apprêts du sacrifice, Néoptolème debout, qui tient le couteau sacré, et attache sur elle ses regards : "Répands, dit-elle, ce sang illustreet pur : que rien ne t’arrête ; plonge le fer dans ma gorge ou dans mon sein (et en même temps elle présente l’une et l’autre). Polyxène craint moins la mort que l’esclavage. Mais aucune divinité ne peut être apaisée par ce sacrifice inhumain. Je voudrais seulement que ma mère trompée put ignorer ma mort. Ma mère trouble seule la joie que m’offre le trépas ; et cependant, ce n’est pas ma mort qui doit l’affliger, c’est sa vie. Vous, ô Grecs, éloignez-vous : laissez-moi descendre libre chez les morts. Si ma prière est juste, ne portez point sur moi vos mains, et respectez mon sexe. Quels que soient les mânes que vous cherchiez à apaiser, mon sacrifice leur sera plus agréable, devenu volontaire. Si mes derniers voeux peuvent vous toucher, écoutez la fille de Priam et non votre captive. Rendez à ma mère mon corps sans rançon. Que l’or ne rachète point le triste droit du tombeau, accordez-le à ses pleurs. Autrefois elle avait des trésors, et s’en servait pour racheter ses enfants."

Polyxène se tait : le peuple ne peut retenir ses pleurs, elle retient les siens. Le sacrificateur lui- même est attendri, et plonge à regret le couteau dans le sein qui s’offre à ses coups. La victime chancelle et tombe ; et son front conserve encore une noble fierté. En tombant, elle songeait à ranger ses vêtements, et ce dernier soin est le triomphe de la pudeur.

Les captives Troyennes reçoivent son corps : elles se rappellent avec douleur tous les fils de Priam égorgés, tout le sang qu’une seule famille a versé. Elles pleurent sur toi, jeune Polyxène, sur vous aussi, naguère épouse et reine, mère de tant de princes, gloire et image de la féconde Asie ; maintenant mise à si bas prix dans le butin de Troie, qu’Ulysse vous dédaignerait pour son esclave, si vous n’étiez la mère d’Hector. Le nom d’Hector suffit à peine pour donner un maître à sa mère. Hécube presse dans ses bras ce corps sanglant où fut une âme et si pure et si grande. Elle pleure sur ces restes inanimés, comme elle avait pleuré sur sa patrie, sur ses enfants, sur son époux. Elle arrose de ses larmes l’endroit qu’a percé le fer. Ses lèvres pressent les lèvres de Polyxène ; elle frappe son sein, qu’elle a si souvent meurtri dans ses longues douleurs, et, traînant ses cheveux blancs dans le sang glacé de sa fille, le coeur oppressé, elle éclate en longs regrets, et surtout en ces mots :

"Ô ma fille, cher et dernier objet de la douleur de ta mère ! il ne me reste plus rien à perdre, ô ma fille, tu n’es plus. Je vois dans ton sein ta blessure et la mienne. Le glaive a donc moissonné tous mes enfants ! il a aussi tranché ta vie. Je croyais du moins que ton sexe te préserverait du fer ennemi, mais ton sexe même n’a pu te défendre. Le destin qui a fait périr tous tes frères ne t’a point épargné ! Ce destructeur de tous les miens, l’impitoyable Achille, te donne aussi la mort. Quand il tomba sous les traits de Pâris et d’Apollon : "Enfin, m’écriai-je, Achille n’est plus à craindre !" Je me trompais : il était encore redoutable pour moi. Sa cendre même dévore ma race, et je trouve un ennemi dans son tombeau. Mon sein n’a donc été fécond que pour assouvir la fureur du petit-fils d’Éaque ! Le superbe Ilion est tombé : sa chute achève le malheur de l’Asie, sans achever le mien. Ilion existe encore pour moi seule, et le cours de mes infortunes n’est pas terminé.Autrefois, reine puissante par mes richesses, par mes enfants, par mes gendres, par mon époux : maintenant, arrachée aux tombeaux de mes fils, pauvre esclave, traînée en exil, on me conduit à Pénélope, qui, me chargeant de vils travaux, et me montrant aux mères d’Ithaque, dira : "Voilà l’illustre mère d’Hector ! voilà l’épouse de Priam !"

"Après tant de pertes cruelles, toi qui seule consolais les douleurs de ta mère, on te sacrifie aux mânes de l’implacable Achille. Je t’ai donné le jour pour être immolée en victime à notre ennemi. Pourquoi ne puis-je mourir ! et qu’attends-je encore ? Que me réserves-tu, vieillesse odieuse ? Que me réservez-vous, dieux cruels ? Ne prolongez-vous les tristes jours de ma vie que pour me faire voir de nouvelles funérailles ? Qui l’eût dit qu’après la chute de Pergame, Priam eût pu se croire heureux ! Il le fut par sa mort. Ô ma fille, il n’a point vu ton funeste trépas, et il perdit en même temps et le trône et la vie.

"Mais, ô fille des rois, ta pompe funèbre sera-t-elle digne de ta naissance, et ton corps reposera-t-il dans le tombeau de tes aïeux ! Non, telle n’est point la fortune de la maison de Priam. Les pleurs de ta mère, un peu de sable sur des bords étrangers, c’est tout ce qui te reste. Nous avons tout perdu. Et si je puis encore supporter le peu de jours réservés à ma vie, c’est pour Polydore, confié au roi de Thrace qui règne en ces contrées ; Polydore, si cher à sa mère, et maintenant le seul de mes enfants ! Mais que tardé-je à laver dans l’onde le corps de Polyxène, et le sang qui souille son visage !"

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Polydore (XIII, 533-575)

Elle dit, et, arrachant ses cheveux blancs, marche vers le rivage d’un pas mal assuré : "Troyennes, s’écrie-t-elle, donnez, donnez une urne !" L’infortunée s’apprêtait à puiser une eau limpide : elle aperçoit étendu sur le sable le corps de Polydore ; elle voit son sein déchiré par le fer du tyran. Les Troyennes jettent un cri d’horreur : Hécube est muette ; la douleur dévore et ses pleurs et sa voix. Immobile, et telle qu’un rocher insensible, tantôt elle attache ses yeux égarés vers la terre, tantôt elle les lève menaçants vers les cieux. Souvent elle regarde le visage de Polydore, souvent ses blessures, ses blessures surtout. Sa fureur s’irrite et s’enflamme ; et, comme si elle était reine encore, elle arrête sa vengeance, et ne songe plus qu’à punir le tyran.

Telle qu’une lionne à qui l’on vient d’enlever le lionceau qu’elle allaitait encore, suit sur le sable, sans apercevoir le ravisseur, la trace de ses pas : telle Hécube, emportée par la rage et par la douleur, oubliant ses années et non son courage, va trouver le détestable artisan du meurtre de son fils. Elle demande à lui parler, et feint d’avoir à lui confier un nouveau trésor pour Polydore.

Le barbare la croit. Trompé par l’espoir d’une nouvelle proie, il la suit dans un lieu écarté ; et avec une douceur hypocrite, composant son visage : "Hécube, dit-il, hâtez-vous de remettre de nouveaux trésors pour votre fils. Tout l’or que Priam m’a déjà confié, tout celui que je vais recevoir, lui seront fidèlement remis : j’en jure par les Dieux". À ce discours perfide, ce serment sacrilège, Hécube le regarde d’un oeil farouche, et armée de toute sa fureur, se jette sur lui, appelle ses compagnes, enfonce ses doigts dans les yeux du tyran, et les arrache de son front. La rage fait sa force ; elle plonge ses mains dans les sanglantes orbites, et déchire encore, non les yeux qui n’y sont plus, mais la place où ils étaient.

Irrités du malheur de leur maître, les Thraces poursuivent les Troyennes, et lancent contre elles les pierres et les traits. Hécube arrête un des cailloux roulants, le mord avec un rauque murmure, et, voulant parler, elle aboie. Le lieu qui vit ce changement existe encore : il en a pris son nom. Hécube, sous sa nouvelle forme, conserve le souvenir de ses malheurs, et remplit les champs sithoniens de ses tristes hurlements. Son infortune émut de compassion les Grecs ses ennemis, comme les Troyens dont elle fut la reine. Tous les dieux en eurent pitié, et la soeur et l’épouse de Jupiter avoua même que la mère de Pâris méritait une autre destinée.

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Memnon (XIII, 576-599)

Quoique l’Aurore ait favorisé les armes des Troyens, elle ne peut cependant s’affliger ni de la chute d’Ilion, ni des malheurs d’Hécube. Un soin plus pressant l’agite, elle déplore ses propres infortunes. Elle a vu son fils Memnon tomber aux champs phrygiens, sous les traits d’Achille. Elle l’a vu, et cette vive couleur dont elle brille à l’Orient en ouvrant les portes du jour, s’est effacée, et de sombres nuages ont voilé les cieux. Mère désolée, elle ne peut soutenir la vue du bûcher préparé pour son fils. Les cheveux épars, elle court en désordre embrasser les genoux de Jupiter, et lui adresse ce discours, qu’interrompent ses sanglots et ses larmes.

"Déesse inférieure à toutes les divinités qui habitent l’Olympe (puisque les mortels m’ont élevé si peu de temples dans l’univers), je viens néanmoins, comme déesse, non pour te demander des autels, des fêtes, de l’encens, des sacrifices ; et pourtant tu jugeras que j’ai droit d’y prétendre, si tu considères combien je te suis utile, en veillant aux bornes de la nuit, et l’empêchant, par les premiers rayons du matin, d’étendre son empire. Mais ce n’est pas ici le soin dont je suis occupée ; et l’état actuel de l’Aurore ne lui permet pas de rechercher ces honneurs mérités. Memnon mon fils n’est pins. Il s’arma vainement pour la défense de Priam, son beau-père ; et, à la fleur de ses ans (ainsi, dieux, vous l’avez voulu !), sa valeur a succombé sous celle d’Achille. Maître des Immortels, honore ses funérailles de quelque prodige qui console son ombre, et soulage ainsi la douleur d’une mère.

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Les Memnonides (XIII, 600-622)

Jupiter exauce sa prière, et lorsque le bûcher de Memnon s’écroule dans les flammes, de noirs tourbillons de fumée obscurcissent les airs, pareils à ces brouillards nés du sein des fleuves, que les rayons du soleil ne peuvent pénétrer. La cendre vole, se réunit, se condense, et forme un corps qui reçoit du feu la chaleur et la vie. Sa légèreté lui donne des ailes :d’abord masse informe, pareille à un oiseau, bientôt oiseau véritable, le bruit de son vol agite l’air ; et, en même temps, naît de la même cendre un peuple ailé de frères. Trois fois ils volent en cercle autour du bûcher, et trois fois ils frappent lugubrement l’air des mêmes cris. Au quatrième vol, ils se séparent en deux troupes ennemies, se font une guerre cruelle, exercent avec fureur leurs becs et leurs ongles aigus. Ils se heurtent les uns contre les autres, se déchirent, fatiguent leurs ailes, et, comme des victimes guerrières, tombent et s’ensevelissent dans la cendre qui les fit naître, attestant ainsi par leur courage qu’ils tirent leur origine d’un héros. Ce héros leur donne aussi son nom : on les appelle Memnonides, et lorsque le soleil a parcouru ses douze signes, ils reviennent, tous les ans, honorer par un semblable combat le tombeau de Memnon.

Ainsi, quand l’univers plaint la malheureuse Hécube, l’Aurore est occupée de ses propres douleurs. Aujourd’hui même elle pleure encore son fils, et ses larmes tombent en rosée sur la terre.

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Énée chez Anius (XIII, 623-642)

Cependant les destins ne permettent pas que tout l’espoir de Troie périsse avec ses remparts. Le fils de Vénus emporte sur ses épaules les dieux de sa patrie, et son père aussi sacré pour lui que les dieux. Parmi tant de richesses, le pieux Énée n’a choisi que cette religieuse proie et son fils Ascagne. Il part des rives d’Antandros ; sa flotte fugitive est emportée sur les mers. Il fuit les affreux rivages de la Thrace, où fume encore le sang de Polydore ; ses voiles sont livrées à des vents propices, et il entre avec ses compagnons dans le port de Délos.

Anius, prêtre d’Apollon et roi de cette île, le reçoit dans le temple et dans son palais. Il lui montre la ville, les autels du dieu dont il est le pontife, et les deux arbres que Latone embrassait quand elle devint mère. Après avoir offert l’encens, fait des libations de vin dans la flamme sacrée, et brûlé, suivant l’usage, les entrailles des boeufs égorgés, ils entrent dans le palais, et, assis à table sur des tapis de pourpre, ils joignent aux présents de Cérès les dons de Bacchus. Alors le pieux Anchise, adressant la parole à Anius : "Ô pontife, choisi par Apollon, me trompé-je ? Lorsque pour la première fois je vis ces lieux, vous aviez, autant qu’il m’en souvient, un fils et quatre filles".

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Les filles d’Anius (XIII, 643-674)

Anius, laissant tomber tristement sa tête ornée de bandelettes de lin, répond : "Vous ne vous trompez pas, magnanime héros ! Vous m’avez vu père de cinq enfants ; et aujourd’hui, telle est l’inconstance des choses humaines ! je puis presque dire qu’il ne m’en reste aucun : car de quel appui pour ma vieillesse peut être un fils absent ? Il règne pour moi dans l’île d’Andros, qui a pris son nom. Apollon lui a donné la science de l’avenir. Mes filles avaient reçu de Bacchus des dons au-dessus de leurs voeux et de toute croyance. Sous leurs mains, à leur gré, tout se changeait en épis, en grappes, en olives : elles étaient une source féconde de biens

"Dès qu’Agamemnon, le destructeur de Troie, est instruit de ce prodige (et croyez que les malheurs d’Ilion ont aussi rejailli sur moi), il vient, à main armée, arracher mes filles de mes bras. Il leur ordonne de nourrir la flotte des Grecs avec le don qu’elles reçurent des dieux : elles prennent la fuite ; deux se retirent vers l’Eubée, deux cherchent un asile dans Andros, auprès de leur frère. Des soldats paraissent, et mon fils est menacé d’une guerre cruelle s’il ne les remet entre leurs mains. La tendresse fraternelle cède à la crainte, Andros livre ses soeurs ; mais sa faiblesse est excusable : il n’avait, pour défendre ses états, ni Énée, ni Hector, qui, pendant dix ans, ont retardé votre ruine.

"Déjà les Grecs préparaient des liens pour les bras de leurs captives : elles lèvent leurs bras libres encore vers les dieux : "Puissant Bacchus, s’écrient-elles, prête-nous ton appui !" Et le dieu qui fut leur bienfaiteur leur accorda son secours, si cependant c’était les secourir que de me les enlever par un prodige ! Je n’ai pu savoir alors, et maintenant je ne puis dire, comment elles changèrent de forme : leur changement et mon malheur me sont seulement connus. Elles prirent des ailes, et volèrent dans les airs, pareilles aux blanches colombes consacrées à Venus, dont vous fûtes l’époux."

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Les filles d’Orion (XIII, 675-718)

Après que le temps du repas a été rempli par ce discours et par d’autres encore, les Troyens quittent la table et se livrent au sommeil. Le lendemain, ils se lèvent avec le jour, et vont consulter l’oracle, qui leur ordonne d’aller chercher leur antique mère et les rivages habités par leurs premiers aïeux. Anius les accompagne jusqu’au port, et leur fait de riches présents. Il donne un sceptre au vieil Anchise, une chlamyde et un carquois à son petit- fils Ascagne ; à Énée, un vase que Thersès lui envoya jadis des rives de l’Ismène, comme gage de l’hospitalité qu’il en avait reçu. C’est l’ouvrage d’Alcon d’Hyla. Le ciseau de cet artiste y a gravé de grands événements. On y voit une ville : les sept portes qu’on peut distinguer sont mises à la place de son nom, et le font assez connaître. Devant ses remparts, une pompe funèbre, des tombeaux, des feux, des bûchers, et des femmes, le sein nu, les cheveux épars, annoncent un deuil public. Les Naïades paraissent pleurer et regretter leurs fontaines taries. Les arbres desséchés sont dépouillés de leur feuillage. Les chèvres rongent une herbe pauvre sur des rochers arides. On aperçoit, au milieu de Thèbes, les généreuses filles d’Orion : l’une tend sa gorge au fer qui va l’immoler ; l’autre elle-même plonge un poignard dans son sein. Elles se dévouent pour le salut du peuple. On voit leurs corps sanglants portés en pompe dans la ville. La flamme les consume sur le bûcher élevé dans la place publique ; et, afin que la race des deux vierges soit immortelle, on voit s’élever de leur cendre deux jeunes héros. La renommée leur a conservé le nom de Couronnes, et ils conduisent la pompe funèbre de leur mère.

Tous ces tableaux sont gravés sur le vase antique, et l’acanthe en festons dorés relève ses bords. Les Troyens offrent à leur hôte des présents égaux à ceux qu’il a faits. Comme prêtre et comme roi, il reçoit un vase où se conserve l’encens, une patère, et une couronne d’or.

Les Phrygiens, se souvenant qu’ils tirent leur origine de Teucer, font voile vers la Crète ; mais la contagion les écarte bientôt de cette île, et ils abandonnent les cent villes qui l’ont rendue célèbre. Ils désirent les rivages de l’Ausonie ; mais l’hiver et ses tempêtes dispersent leurs vaisseaux. Forcés de relâcher aux îles Strophades qu’habitent les Harpies, ils en sont repousses par l’effroi qu’inspire l’obscène Aëllo. Déjà ils ont laissé derrière eux les rivages de Dulichium, Samos, Ithaque, et le rocher de Nérite, où règne le perfide Ulysse. Ils découvrent les murs d’Ambracie, que jadis se disputèrent les dieux. Ils voient le juge de ce grand différend transformé en rocher. Ils aperçoivent le temple d’Apollon, qui s’élève sur le promontoire d’Actium ; les chênes parlants de Dodone et les champs de Chaonie, où, changés en oiseaux, les fils du roi Molossus échappèrent aux flammes en volant dans les airs.

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Scylla (XIII, 719-749)

Ils côtoient les campagnes voisines des Phéaciens, qui abondent en fruits délicieux, et abordent en Épire, aux remparts de Buthrote, où règne l’augure Hélénus, et qui, nouvellement bâtie, offre l’image de Troie. Le fils de Priam, ayant dévoilé aux Troyens leur avenir, ils abordent dans la Sicile, qui par trois promontoires, s’avance dans la mer. Pacchynos regarde an midi l’Auster au front nébuleux. Lilybée reçoit, au couchant, la douce haleine des Zéphyrs ; et Péloros voit l’empire de Borée, et l’Ourse qui jamais ne descend dans les mers.

C’est là qu’arrivent les Troyens. Conduits par la rame et par un vent propice, leurs vaisseaux entrent dans le port de Zancle pendant la nuit.

À droite, Scylla ; à gauche, Charybde, qui jamais ne repose, rendent cette mer redoutable aux nautoniers. Charybde dévore et revomit les vaisseaux qu’elle vient d’engloutir. Scylla élève la tête d’une vierge sur un corps que ceint une meute aboyante ; et si les poètes n’ont pas toujours écrit de vaines fables, c’était une vierge autrefois. Plusieurs jeunes gens recherchèrent sa main ; mais, insensible à leur amour, compagne chérie des filles de l’onde, elle allait leur conter les feux trahis de ses amants. Un jour qu’elle tressait les cheveux de Galatée, cette nymphe lui dit en soupirant :

"Du moins, Scylla, vous êtes recherchée par des hommes qui ne sont pas indignes d’être aimés, et vous pouvez impunément mépriser et rejeter leurs voeux. Mais, moi, fille de Nérée, et que Doris a portée dans son sein, ayant pour appui le cortège innombrable de mes soeurs, je n’ai pu me soustraire à la poursuite ardente du Cyclope qu’en me précipitant dans les flots". Elle dit, et sa voix expire dans les larmes. Scylla les essuie avec sa main d’albâtre. Elle console la déesse, et lui dit : "Achevez, Galatée. Vous savez combien vous m’êtes chère. Ne me cachez pas plus longtemps la cause secrète de vos douleurs" ; et la Néréide poursuit ainsi son discours.

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Acis et Galatée. Polyphème (XIII, 750-897)

"Acis était fils de Faune et d’une nymphe, fille du Syméthus. Il était cher à son père, à sa mère : il m’était plus cher encore. Le bel Acis n’aimait que moi. À peine il avait seize ans, un duvet léger commençait à se montrer sur ses joues colorées. Je l’aimais, et Polyphème me poursuivait sans cesse de son amour. Si vous demandez ce qui l’emportait de ma haine contre le Cyclope, ou de ma tendresse pour Acis : mon coeur était également rempli de ces deux sentiments. Ô Vénus, que ton pouvoir est grand, et ton empire absolu ! Ce monstre farouche, l’horreur des forêts mêmes, que nul mortel n’aborda jamais impunément, qui méprise et l’Olympe et ses dieux, est soumis a ta puissance. Épris de mes charmes, il brûle de tes feux. Il oublie ses troupeaux et les antres qu’il habite. Déjà, Polyphème, tu prends soin de te parer. Tu cherches à me plaire. Tu peignes avec un râteau ta rude chevelure. Ta barbe hérissée tombe sous une faux. Tu te mires dans l’onde, tu cherches à adoucir les traits affreux de ton visage. Tu perds ton ardeur pour le meurtre, ta cruauté, ta soif immense du carnage, et les vaisseaux abordent en sûreté vers ton rivage et s’en éloignent sans danger.

"Cependant le fils d’Eurymus, Télémus, cet augure qui tire du vol des oiseaux d’infaillibles présages, descend en Sicile, et voit sur l’Etna le terrible Polyphème : "Prends garde, lui dit-il, à l’oeil unique que tu portes à ton front ; il te sera arraché par Ulysse ". Le Cyclope rit de cette prédiction : "Ô le plus insensé des augures, s’écrie-t-il, tu te trompes : cet oeil, un autre déjà me l’a ravi." C’est ainsi qu’il méprise une prédiction pour lui trop véritable, Tantôt, pour me voir, il précipite sa marche, et le rivage gémit sous ses pas pesants ; tantôt, vaincu par la fatigue, il va chercher le repos dans ses antres profonds.

"Il est un rocher dont la cime allongée s’élève sur la mer, et que les vagues frappent à sa base des deux côtés. C’est là que l’amoureux Cyclope monte et qu’il vient s’asseoir. Ses troupeaux, qui ne l’ont plus pour conducteur, le suivent encore. Il pose à ses pieds le pin qui lui sert de houlette, et dont on eût pu faire le mât d’un vaisseau ; il prend une flûte énorme, composée de cent roseaux : il souffle dans l’instrument champêtre, et l’onde frémit, et les monts retentissent. J’étais cachée dans une grotte, où, penchée sur le sein d’Acis, j’entendis de loin les chansons du Cyclope ; je les ai retenues ; il disait :

"Galatée, tu es plus blanche que la feuille du troène, plus fleurie que les prés émaillés. Ta taille est plus élancée que l’aulne ; ton sein a plus d’éclat que le cristal. Tu es plus vive qu’un jeune chevreau ; plus polie que le coquillage lavé par les flots ; plus agréable que le soleil dans l’hiver, que la fraîcheur de l’ombre dans l’été ; plus vermeille que la pomme, plus majestueuse que le haut platane, plus brillante que la glace, plus douce que le raisin dans sa maturité, plus moelleuse que le duvet du cygne, et que le lait caillé ; et, si tu ne me fuyais point, plus belle pour moi que le plus beau jardin.

"Mais aussi cette même Galatée est plus farouche que les taureaux indomptés, plus dure qu’un chêne antique, plus trompeuse que l’onde, plus souple que les branches du saule et de la vigne sauvage, plus insensible que ces rochers, plus impétueuse que le torrent, plus fière qu’un paon superbe, plus cuisante que la flamme, plus piquante que les chardons, plus cruelle que l’ourse quand elle devient mère, plus sourde que les mers agitées, plus impitoyable qu’un serpent foulé parl’imprudent voyageur ; et, ce que je voudrais bien pouvoir t’enlever, non seulement tu es plus agile que le cerf effrayé par les chiens aboyants, mais encore plus rapide dans ta fuite que le vent et l’oiseau dans les airs.

"Cependant, si tu me connaissais bien, tu te repentirais de m’avoir fui ; tu condamnerais tes refus ; tu chercherais à me retenir près de toi. Cette partie de la montagne et ces antres ouverts dans la roche vive sont à moi. On n’y sent point les chaleurs brûlantes de l’été, ni l’âpre froidure de l’hiver. J’ai des arbres dont les rameaux plient sous le poids de leurs fruits. J’ai des vignes chargées de raisins que l’or jaunit, et j’en ai que la pourpre colore. C’est pour toi que je les garde. Tu cueilleras toi-même, de tes doigts légers, la fraise née à l’ombre des bois, les cornes qui mûrissent dans l’automne, et la prune au suc noir, et d’autres diversement colorées, pareilles à celles que l’art imite avec la cire.

"Si je suis ton époux, les châtaignes ne te manqueront point ; tu auras des fruits en abondance ; et mes arbres s’empresseront de te les offrir. Tous ces troupeaux m’appartiennent : beaucoup d’autres errent dans les vallons, ou cherchent l’ombre des bois, ou reposent dans les autres qui leur servent de bercail. Si tu m’en demandes le nombre, je l’ignore : c’est le berger pauvre qui compte ses troupeaux. Mais ne m’en crois pas lorsque je parle de la beauté de mes brebis : viens, et vois toi-même. À peine peuvent-elles soutenir leurs mamelles que gonfle un lait pur. Mille tendres agneaux, mille chevreaux bondissants remplissent mes bergeries. J’ai toujours du lait en abondance : j’en conserve une partie liquide ; l’autre s’épaissit en fromages.

"Tu ne te borneras pas à jouir de ces plaisirs innocents, et de dons vulgaires, tels que de jeunes daims, des lièvres, des chèvres, des colombes, des nids d’oiseaux enlevés sur la cime des arbres. J’ai trouvé, sur les hautes montagnes, deux petits ours qui pourront jouer avec toi, Ils sont si ressemblants qu’à peine on peut les distinguer ; je les ai trouvés, et, en les prenant, j’ai dit : "Ils sont pour celle qui m’a charmé."

"Lève donc au-dessus des flots azurés ta tête brillante, ô Galatée ! Viens, ne dédaigne pas mes présents. Je me connais : je me suis vu naguère dans l’onde transparente, et, en me voyant, ma beauté m’a plu. Regarde la hauteur de ma taille : Jupiter n’est point plus élevé dans les cieux (car vous avez coutume de parler du règne de je ne sais quel Jupiter). Une chevelure épaisse couvre mon front altier, et, comme une forêt, ombrage mes épaules. Que si mon corps est couvert de poils hérissés, ne pense pas que ce soit une difformité. L’arbre est sans beauté, s’il est sans feuillage. Le coursier ne plaît qu’autant qu’une longue crinière flotte sur son col. L’oiseau est embelli par son plumage, la brebis par sa toison : ainsi la barbe sied à l’homme, et un poil épais est pour son corps un ornement.

"Je n’ai qu’un oeil au milieu du front ; mais il égale un bouclier en grandeur. Eh quoi ! le soleil ne voit-il pas, du haut des cieux, ce vaste univers ? Et cependant il n’a qu’un oeil comme moi. Ajoute que Neptune, à qui je dois le jour, règne dans l’empire que tu habites : je te donne Neptune pour beau-père. Sois sensible à mes maux, exauce les voeux de celui qui t’implore. "Toi seule as dompté Polyphème : et moi, qui méprise Jupiter, et le ciel, et la foudre brûlante, ô fille de Nérée, je tremble en ta présence ; et ta colère est pour moi plus terrible que la foudre.

"Je souffrirais plus patiemment tes mépris, si tu rejetais les voeux de tous tes amants. Mais pourquoi, méprisant ma flamme, es-tu sensible à celle d’Acis ? Pourquoi, aux baisers de Polyphème, préfères-tu les baisers d’Acis ? Qu’il soit, je le veux, fier de sa beauté, et, ce que je ne voudrais pas, qu’il te plaise aussi, Galatée, pourvu qu’il tombe entre mes mains : il sentira quelle force enferme un si grand corps. J’arracherai ses entrailles, je disperserai dans les champs ses membres palpitants, je les jetterai dans les flots où tu fais ton séjour ! et qu’il puisse ainsi s’unir à toi ! Car enfin, je brûle, et mes feux toujours méprisés deviennent plus ardents. Tous ceux de l’Etna me semblent transportés dans mon sein avec leur violence ; et toi, Galatée, tu n’es pas touchée de ma douleur !"

"Après ces inutiles plaintes, il se lève, je l’observais : et, tel qu’un taureau furieux à qui on enlève sa génisse, il ne veut plus rester sur son rocher ; il erre dans les forêts, et sur la montagne, dont il connaît tous les détours. Enfin, il m’aperçoit avec Acis. Trop imprudents, nous étions loin de craindre ce malheur : "Je vous vois, s’écria-t-il, mais c’est pour la dernière fois que l’amour vous rassemble !" Sa voix, aussi effroyable que peut l’être celle d’un Cyclope en fureur, fait mentir l’Etna. Saisie d’épouvante, je me plonge dans la mer. Le fils de Syméthus avait pris la fuite ; il s’écriait : "Viens à mon secours, ô Galatée ! ô mon père ! ô ma mère, secourez-moi, et recevez dans vos ondes votre fils qui va périr."

"Le Cyclope le poursuit ; il détache de la montagne un énorme rocher, il le lance : et, quoiqu’une des extrémités de cette masse atteigne seule Acis, elle l’écrase et le couvre tout entier. Hélas ! je fis pour lui tout ce que les destins permirent, et je le ramenai à sa première origine. Sous le roc, le sang d’Acis coulait en flots de pourpre : sa couleur s’efface par degrés ; c’est bientôt l’eau d’un fleuve qu’ont troublée la pluie et les orages ; c’est enfin l’eau d’une source limpide. La pierre s’entrouvre, et de ses fissures sortent des roseaux à la tige élancée. Dans le creux du rocher l’onde bouillonne et murmure ; elle jaillit de ses flancs. Mais, ô prodige ! du sein de la source un jeune homme s’élève : son front est paré de cornes naissantes, et des joncs le couronnent : c’était Acis, mais devenu plus grand. L’azur des flots colorait son visage : c’était Acis, changé en fleuve ; et ce fleuve a conservé son nom."

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Glaucus (XIII, 898-968)

Galatée cesse de parler. Les Nymphes qui l’ont écoutée se dispersent et nagent dans de paisibles mers. Scylla revient, elle n’ose se confier à l’élément liquide. Tantôt elle se promène sans vêtement sur le rivage ; tantôt elle rafraîchit son corps fatigué dans les antres secrets où la mer porte une onde tranquille.

Glaucus paraît, fendant les flots azurés. Nouvel habitant de l’empire de Neptune, il vient de changer de forme à Anthédon, près de l’Eubée. Il voit Scylla, l’aime et la suit. Il lui tient tous les discours qui peuvent l’arrêter dans sa fuite : elle fuit cependant ; et la crainte rendant ses pieds plus légers, elle court. Elle arrive au sommet d’un rocher immense qui domine le rivage, et dont la cime, dépouillée d’ombrage, est penchée sur la mer. C’est là qu’elle s’arrête et cesse de craindre. Ignorant si c’est un monstre ou si c’est un dieu qu’elle voit, elle observe sa couleur bleuâtre, les longs cheveux flottants sur son dos, et la partie inférieure de son corps, recourbée en replis tortueux. Glaucus, qui s’aperçoit de sa frayeur, s’appuie au rocher sur lequel elle est assise.

"Je ne suis, dit-il, ô jeune vierge, ni un monstre, ni une bête cruelle : je suis un dieu des eaux. Mon pouvoir ne le cède point à celui de Protée. Triton et Palémon, fils d’Athamas, n’ont pas des droits plus grands que les miens. Autrefois cependant je n’étais qu’un simple mortel. Mais, accoutumé à l’empire de Neptune, je m’exerçais depuis longtemps sur ses bords. Tantôt je tirais sur le sable mes filets chargés de poissons ; tantôt, armé d’un long roseau, et assis sur un rocher, je dirigeais l’hameçon sur les flots.

"Il est un rivage que d’un côté borne l’onde amère et de l’autre une riante prairie. Ni la génisse, ni la brebis, ni la chèvre au long poil, n’offensèrent jamais de leurs dents son herbe verdoyante. Jamais la diligente abeille n’y vint chercher le suc de ses fleurs. Jamais les Nymphes ne les cueillirent pour en former des guirlandes, et jamais elles ne tombèrent sous la faux du l’agriculteur. Le premier de tous les mortels je m’assis sur ce gazon. Tandis que je fais sécher mes filets, et que je m’occupe à ranger, à compter sur l’herbe les poissons que le hasard a conduits dans mes rets, et ceux que leur crédulité a fait mordre à l’appât trompeur, ô prodige inouï, qu’on prendrait pour une fable ! Mais que me servirait de l’inventer ! À peine mes poissons ont touche l’herbe de la prairie, ils commencent à se mouvoir, à sauter sur le gazon comme s’ils nageaient dans l’élément liquide ; et, tandis que je regarde et que j’admire, ils abandonnent tous le rivage et leur nouveau maître, et s’élancent dans la mer.

"Ma surprise est extrême, et je cherche longtemps à expliquer ce prodige. Quel en est l’auteur ? Est-ce un dieu, ou le suc de cette herbe ? "Mais cependant, disais-je, quelle herbe eut jamais une telle vertu ?" et ma main cueille quelques plantes de la prairie. Mais à peine en ai-je exprimé sous ma dent les sucs inconnus, je sens dans mon sein une agitation extraordinaire. Je suis entraîné par le désir et l’instinct d’une forme nouvelle. Je ne puis rester plus longtemps sur le gazon : "Adieu, m’écriai-je, terre que j’abandonne pour toujours !" Et je m’élance dans là profonde mer.

"Les Dieux qui l’habitent me reçoivent et m’associent à leurs honneurs. Ils prient le vieil Océan et Téthys de me dépouiller de tout ce que j’ai de mortel. Je suis purifié par ces deux divinités. Neuf fois elles prononcent des mots sacrés, pour effacer en moi toute souillure humaine. Elles ordonnent que mon corps soit lavé par les eaux de cent fleuves, et soudain cent fleuves roulent leurs flots sur ma tête.

"Voilà ce que je puis te raconter de cet événement, ce dont je me souviens encore : tout ce qui suivit m’est inconnu. Dès que j’eus repris mes sens, je me vis revêtu d’une forme qui n’était plus la mienne : mon esprit même était changé. Alors, pour la première fois, j’aperçus cette barbe azurée, cette longue chevelure qui balaye les mers, ces larges épaules, ces bras de la couleur des eaux, et ces cuisses réunies, courbées en queue de poisson. Mais que me sert ce changement ! Que me sert d’avoir su plaire aux dieux de la mer, et d’être un de ces dieux moi- même, si tu n’es point touchée de mon amour !"

Tandis qu’il parlait encore, et qu’il s’apprêtait à poursuivre, Scylla s’échappe et fuit. Glaucus s’indigne, et, irrité de ses mépris, il fend l’humide plaine, et se rend au palais merveilleux de Circé.