Livre des Métamorphoses : Orphée et Eurydice

Les Métamorphoses livre DIX

D’Hermès à Ovide.

Lug Alc

Les Métamorphoses d’Ovide, récit mythologique et hermétique de la génèse ; alchimie de l’énergie vitale et de ses transmutations.
ARGUMENT. Orphée descend aux Enfers. Eurydice lui est rendue et reprise par le dieu des morts. Métamorphoses d’Atys,en pin ; de Cyparissus, en cyprès ; d’Hyacinthe, en fleur ; des Cérastes, en taureaux ; des Propétides, en rochers. La statue de Pygmalion animée. Atalante et Hippomène changés en lions ; Adonis, en anémone ; Mentha, en menthe.
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Livre des Métamorphoses d’Ovide : Orphée et Eurydice (X, 1-85)

L’Hymen, vêtu d’une robe de pourpre, s’élève des champs de Crète, dans les airs, et vole vers la Thrace, où la voix d’Orphée l’appelle en vain à ses autels. L’Hymen est présent à son union avec Eurydice, mais il ne profère point les mots sacrés ; il ne porte ni visage serein, ni présages heureux. La torche qu’il tient pétille, répand une fumée humide, et le dieu qui l’agite ne peut ranimer ses mourantes clartés. Un affreux événement suit de près cet augure sinistre. Tandis que la nouvelle épouse court sur l’herbe fleurie, un serpent la blesse au talon elle pâlit, tombe et meurt au milieu de ses compagnes.

Après avoir longtemps imploré par ses pleurs les divinités de l’Olympe, le chantre du Rhodope osa franchir les portes du Ténare, et passer les noirs torrents du Styx, pour fléchir les dieux du royaume des morts. Il marche à travers les ombres légères, fantômes errants dont les corps ont reçu les honneurs du tombeau. Il arrive au pied du trône de Proserpine et de Pluton, souverains de ce triste et ténébreux empire. Là, unissant sa voix plaintive aux accords de sa lyre, il fait entendre ces chants : "Divinités du monde souterrain où descendent successivement tous les mortels, souffrez que je laisse les vains détours d’une éloquence trompeuse. Ce n’est ni pour visiter le sombre Tartare, ni pour enchaîner le monstre à trois têtes, né du sang de Méduse, et gardien des Enfers, que je suis descendu dans votre empire. Je viens chercher mon épouse. La dent d’une vipère me l’a ravie au printemps de ses jours.

"J’ai voulu supporter cette perte ; j’ai voulu, je l’avoue, vaincre ma douleur. L’Amour a triomphé. La puissance de ce dieu est établie sur la terre et dans le ciel ; je ne sais si elle l’est aux enfers : mais je crois qu’elle n’y est pas inconnue ; et, si la renommée d’un enlèvement antique n’a rien de mensonger, c’est l’amour qui vous a soumis ; c’est lui qui vous unit. Je vous en conjure donc par ces lieux pleins d’effroi, par ce chaos immense, par le vaste silence de ces régions de la Nuit, rendez-moi mon Eurydice ; renouez le fil de ses jours trop tôt par la Parque coupé.

"Les mortels vous sont tous soumis. Après un court séjour sur la terre un peu plus tôt ou un peu plus tard, nous arrivons dans cet asile ténébreux ; nous y tendons tous également ; c’est ici notre dernière demeure. Vous tenez sous vos lois le vaste empire du genre humain. Lorsque Eurydice aura rempli la mesure ordinaire de la vie, elle rentrera sous votre puissance. Hélas ! c’est un simple délai que je demande ; et si les Destins s’opposent à mes voeux, je renonce moi-même à retourner sur la terre. Prenez aussi ma vie, et réjouissez-vous d’avoir deux ombres à la fois."

Aux tristes accents de sa voix, accompagnés des sons plaintifs de sa lyre, les ombres et les mânes pleurent attendris. Tantale cesse de poursuivre l’onde qui le fuit. Ixion s’arrête sur sa roue. Les vautours ne rongent plus les entrailles de Tityos. L’urne échappe aux mains des filles de Bélus, et toi, Sisyphe, tu t’assieds sur ta roche fatale. On dit même que, vaincues par le charme des vers, les inflexibles Euménides s’étonnèrent de pleurer pour la première fois. Ni le dieu de l’empire des morts, ni son épouse, ne peuvent résister aux accords puissants du chantre de la Thrace. Ils appellent Eurydice. Elle était parmi les ombres récemment arrivées au ténébreux séjour. Elle s’avance d’un pas lent, retardé par sa blessure. Elle est rendue à son époux : mais, telle est la loi qu’il reçoit : si, avant d’avoir franchi les sombres détours de l’Averne, il détourne la tête pour regarder Eurydice, sa grâce est révoquée ; Eurydice est perdue pour lui sans retour.

À travers le vaste silence du royaume des ombres, ils remontent par un sentier escarpé, tortueux, couvert de longues ténèbres. Ils approchaient des portes du Ténare. Orphée, impatient de crainte et d’amour, se détourne, regarde, et soudain Eurydice lui est encore ravie.

Le malheureux Orphée lui tend les bras, Il veut se jeter dans les siens : il n’embrasse qu’une vapeur légère. Eurydice meurt une seconde fois, mais sans se plaindre ; et quelle plainte eût-elle pu former ? Était-ce pour Orphée un crime de l’avoir trop aimée ! Adieu, lui dit-elle d’une voix faible qui fut à peine entendue ; et elle rentre dans les abîmes du trépas.

Privé d’une épouse qui lui est deux fois ravie, Orphée est immobile, étonné, tel que ce berger timide qui voyant le triple Cerbère, chargé de chaînes, traîné par le grand Alcide jusqu’aux portes du jour, ne cessa d’être frappé de stupeur que lorsqu’il fut transformé en rocher. Tel encore Olénus, ce tendre époux qui voulut se charger de ton crime, infortunée Léthéa, trop vaine de ta beauté. Jadis unis par l’hymen, ils ne font qu’un même rocher, soutenu par l’Ida sur son humide sommet.

En vain le chantre de la Thrace veut repasser le Styx et fléchir l’inflexible Charon. Toujours refusé, il reste assis sur la rive infernale, ne se nourrissant que de ses larmes, du trouble de son âme, et de sa douleur. Enfin, las d’accuser la cruauté des dieux de l’Érèbe, il se retire sur le mont Rhodope, et sur l’Hémus battu des Aquilons.

Trois fois le soleil avait ramené les saisons. Orphée fuyait les femmes et l’amour : soit qu’il déplorât le sort de sa première flamme, soit qu’il eût fait serment d’être fidèle à Eurydice. En vain pour lui mille beautés soupirent ; toutes se plaignent de ses refus.

Mais ce fut lui qui, par son exemple, apprit aux Thraces à rechercher ce printemps fugitif de l’âge placé entre l’enfance et la jeunesse, et à s’égarer dans des amours que la nature désavoue.

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Les arbres qui marchent (X, 86-105)

Une colline à son sommet se terminait en plaine. Elle était couverte d’un gazon toujours vert ; mais c’était un lieu sans ombre. Dès que le chantre immortel, fils des dieux, s’y fut assis, et qu’il eut agité les cordes de sa lyre, l’ombre vint d’elle-même. Attirés par la voix d’Orphée, les arbres accoururent ; on y vit soudain le chêne de Chaonie, le peuplier célèbre par les pleurs des Héliades, le hêtre dont le haut feuillage est balancé dans les airs, le tilleul à l’ombrage frais, le coudrier noueux, le chaste laurier, le noisetier fragile ; on y vit le frêne qui sert à façonner les lances des combats, le sapin qui n’a point de noeuds, l’yeuse courbée sous ses fruits, le platane dont l’ombre est chère aux amants, l’érable marqué de diverses couleurs, le saule qui se plaît sur le bord des fontaines, l’aquatique lotos, le buis dont la verdure brave les hivers, la bruyère légère, le myrte à deux couleurs, le figuier aux fruits savoureux. Vous accourûtes aussi, lierres aux bras flexibles, et avec vous parurent le pampre amoureux et le robuste ormeau qu’embrasse la vigne. La lyre attire enfin l’arbre d’où la poix découle, l’arbousier aux fruits rouges, le palmier dont la feuille est le prix du vainqueur, et le pin aux branches hérissées, à la courte chevelure ; le pin cher à Cybèle, depuis qu’Attis, prêtre de ses autels, dans le tronc de cet arbre fut par elle enfermé.

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Cyparissus (X, 106-142)

Au milieu de cette forêt qu’on vit obéissant au charme des vers, parut aussi le cyprès, verdoyante pyramide, jadis jeune mortel cher au dieu dont la main sait également manier l’arc et la lyre.

Dans les champs de Carthée errait un cerf fameux consacré aux Nymphes de ces contrées. Un bois spacieux et doré orne sa tête ; un collier d’or pare son cou, flotte sur ses épaules ; attachée par de légers tissus, une étoile d’argent s’agite et brille sur son front. À ses oreilles pendent deux perles éclatantes, égales en grosseur. Libre de toute crainte, affranchi de cette timidité aux cerfs si naturelle, il fréquente les toits qu’habitent les humains. Il présente volontiers son cou aux caressesd’une main inconnue.

Mais qui l’aima plus que toi, jeune Cyparissus, le plus beau des mortels que l’île de Cos ait vu naître ? Tu le menais dans de frais et nouveaux pâturages ; tu le désaltérais dans l’eau limpide des fontaines : tantôt tu parais son bois de guirlandes de fleurs ; tantôt, sur son dos assis, avec un frein de pourpre, tu dirigeais ses élans, tu réglais sa course vagabonde.

C’était vers le milieu du jour, lorsque le Cancer aux bras recourbés haletait sous la vapeur brûlante des airs. Couché sur le gazon, dans un bocage épais, le cerf goûtait le frais, le repos, et l’ombre. Cyparissus imprudemment le perce de son dard ; et le voyant mourir de cette blessure fatale, il veut aussi mourir. Que ne lui dit pas le dieu du jour pour calmer ses regrets ! en vain il lui représente que son deuil est trop grand pour un malheur léger. Cyparissus gémit, et ne demande aux dieux, pour faveur dernière, que de ne jamais survivre à sa douleur.

Cependant il s’épuise par l’excès de ses pleurs. De son sang les canaux se tarissent. Les couleurs de son teint flétri commencent à verdir. Ses cheveux, qui naguère ombrageaient l’albâtre de son front, se hérissent, s’allongent en pyramide, et s’élèvent dans les airs. Apollon soupire : "Tu seras toujours, dit-il, l’objet de mes regrets. Tu seras chez les mortels le symbole du deuil et l’arbre des tombeaux".

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Ganymède (X, 143-161)

Tels étaient les arbres que le chantre de la Thrace avait attirés autour de lui. Assis au milieu des hôtes de l’air et des forêts que le même charme a réunis, ses doigts errent longtemps sur les cordes de sa lyre ; il essaie des accords différents ; il chante, enfin :

Muse à qui je dois le jour, que Jupiter soit le premier objet de mes chants ! Tout cède au grand Jupiter. Souvent, sur des tons élevés, j’ai chanté sa puissance ; j’ai chanté la défaite des Géants et les foudres vainqueurs qui les terrassèrent dans les champs Phlégréens.

Aujourd’hui, sur des tons plus légers, je chante les jeunes mortels que les dieux ont aimés, et ces filles coupables dont les feux impurs méritèrent un juste châtiment.

Jadis le roi des immortels aima le beau Ganymède. Dès lors à l’éclat de son rang il eût préféré l’humble condition des mortels. Il prend la forme trompeuse de l’oiseau qui porte son tonnerre ; et soudain, fendant les airs, il enlève le jeune Phrygien, qui lui sert d’échanson dans l’Olympe, et verse le nectar dans sa coupe, en dépit de Junon.

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Hyacinthe (X, 163-219)

Et toi, fils d’Amyclès, Phébus dans le ciel t’aurait aussi placé toi-même, si l’inflexible Destin l’eût permis. Du moins, autant qu’il est en son pouvoir, il te rend immortel. Toutes les fois que le printemps vient chasser l’hiver, et que la constellation pluvieuse des Poissons fait place à l’étoile du Bélier, Hyacinthe, tu renais, tu refleuris sur ta tige. Plus que tout autre, tu fus cher au dieu qui m’a donné le jour. Dans son temple placé au milieu du monde, Delphes en vain implore sa présence, tandis qu’avec toi il erre sur les bords de l’Eurotas et dans les champs de Sparte. Il oublie et son arc et sa lyre ; il s’oublie lui-même pour tendre tes filets, pour conduire tes chiens. Il gravit, sur tes pas, la roche escarpée. Il veut te plaire, et c’est sa plus douce habitude.

Un jour où le soleil, au milieu de sa carrière, s’éloignait également du soir et du matin, Apollon et Hyacinthe quittent leurs vêtements, imprègnent leurs corps des sucs de l’olive, et au jeu du disque ils s’exercent tous deux. Apollon le premier lance le sien dans les airs ; il fend la nue, semble longtemps s’y perdre, retombe enfin sur la terre, et prouve du dieu l’adresse et la vigueur.

Soudain à l’ardeur du jeu te laissant emporter, imprudent Hyacinthe, tu t’élances pour saisir le disque bondissant ; la terre le repousse, il va frapper ton front. Tu pâlis ; comme toi, le dieu pâlit lui-même. Il soutient ton corps qui chancèle, il cherche à ranimer sa chaleur qui s’éteint. Il étanche le sang qui s’écoule, il exprime le suc des plantes pour retenir ton âme fugitive. Mais, hélas ! son art est impuissant. La blessure est mortelle.

Comme dans un jardin la violette, le pavot, ou le lis dont la tige fut blessée, languissent encore attachés à cette tige flétrie qui ne les soutient plus, inclinent leur tête, tombent et meurent sur l’herbe : tel Hyacinthe languit ; sa tête appesantie sur son épaule tombe, et retombe couchée.

"Tu meurs, Hyacinthe, s’écrie Apollon ! tu péris moissonné dans ta fleur. Je vois ta blessure et mon crime. Tu causes ma douleur, et j’ai causé ta perte. On écrira sur ta tombe que ma main t’y précipita. Mais cependant quel est mon crime ? en est-ce un d’avoir joué avec toi ? en est-ce un de t’avoir aimé ? Que ne puis-je donner ma vie pour la tienne, ou mourir avec toi ! Mais puisque le Destin me retient sous sa loi, tu vivras dans ma mémoire, dans mes vers, sur ma lyre. Tu seras immortel par moi. Tu deviendras une fleur nouvelle. On lira sur tes feuilles le cri de ma douleur. Un temps viendra où un héros célèbre sera changé en une fleur semblable, sur laquelle on lira les premières lettres de son nom".

Tandis que le dieu parle encore, le sang qui rougit l’herbe n’est plus du sang. C’est une fleur plus brillante que la pourpre de Tyr ; elle offre du lis et la forme et l’éclat. Mais le lis est argenté, et l’hyacinthe en diffère par la couleur. Apollon (car il fut l’auteur de cette métamorphose) trace lui-même sur l’hyacinthe le cri de ses regrets, et ces lettres Aï, Aï, sont gravées sur cette fleur.

Sparte s’honore d’avoir vu naître Hyacinthe, et de nos jours encore elle célèbre, tous les ans, sa mémoire, par des jeux antiques et solennels qui portent son nom

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Les Propétides et les Cérastes (X, 220-242)

Mais qu’on demande à la ville d’Amathonte, féconde en trésors, si elle voudrait avoir vu naître les folles Propétides. Elle les désavoue, ainsi que ces mortels hideux qu’on appelait Cérastes, parce que des cornes s’élevaient sur leur front.

Aux portes de la ville qu’ils habitaient, on voyait un autel dédié à Jupiter hospitalier, autel souillé par d’affreux sacrifices ; il est toujours ensanglanté ; l’étranger le croit rougi du sang des brebis, des génisses ; mais, bientôt détrompé, il est lui-même la victime que sur cet autel impie égorge une main sacrilège.

Offensée de ces odieux sacrifices, Vénus veut s’éloigner des cités et des champs d’Amathonte : " Mais que m’a fait, dit-elle, une île qui m’est chère ? et quel est le crime d’un peuple à mon culte soumis ? Punissons seulement, ou par l’exil, ou par la mort, une race exécrable ; ou bien si c’est peu de l’exil, si c’est trop de la mort, choisissons pour ces monstres un autre châtiment. Changeons leur être et leur figure".

Tandis qu’elle hésite sur la nouvelle forme qu’ils doivent subir, elle arrête sa vue sur leur front de cornes armé ; et soudain en taureaux farouches les Cérastes sont transformés.

Malgré ce châtiment, qui atteste la puissance de Vénus, les Propétides osent refuser l’encens à ses autels, et nier sa divinité. Vénus irritée allume dans leurs sens des flammes impudiques, et par elles commence de la beauté vénale le trafic odieux. La pudeur les avait abandonnées ; elles s’endurcissent dans le crime, et il ne fut pas difficile de les changer entièrement en rochers.