Livre des Métamorphoses : Ocyrhoé.

Les Métamorphoses livre deux

D’Hermès à Ovide.

Lug Alc

Les Métamorphoses d’Ovide, récit mythologique et hermétique de la génèse ; alchimie de l’énergie vitale et de ses transmutations.
Cependant le Centaure s’applaudissait d’être le précepteur d’un rejeton des dieux ; et l’honneur de son emploi semblait en adoucir les peines.
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Livre des Métamorphoses d’Ovide : Ocyrhoé (II, 633-675)

Cependant le Centaure s’applaudissait d’être le précepteur d’un rejeton des dieux ; et l’honneur de son emploi semblait en adoucir les peines. Un jour il vit venir sa fille aux cheveux blonds, flottant épars sur ses épaules. La nymphe Chariclo lui donna le jour sur les bords d’un fleuve rapide, et la nomma Ocyrhoé. C’était peu pour elle d’avoir appris les secrets de son père. Elle connaissait aussi l’art de lire dans le livre obscur des Destins. En ce moment, agitée de fureurs prophétiques, et pleine du dieu qui l’inspirait sans doute : "Crois, "merveilleux enfant, s’écria-t-elle en fixant le nourrisson de son père, crois pour le salut du monde. Souvent les mortels te seront redevables de la vie. Ton pouvoir ira même jusqu’à les rendre au jour qu’ils auront perdu. Mais les dieux seront jaloux de te voir opérer ce prodige, et la foudre de ton aïeul t’empêchera de le renouveler. Tout dieu que tu es, tu mourras. Tu ne seras plus qu’un corps inanimé ; mais, dans la suite, reprenant ton immortalité, tu redeviendras dieu ; et tu renouvelleras ainsi deux fois ta destinée. Et vous aussi, mon père, vous que je chéris, et qui, par la loi de votre naissance, devez voir des siècles la succession éternelle, vous regretterez de ne pouvoir mourir, alors que tous les poisons de l’hydre, circulant dans vos veines, vous feront souffrir d’horribles douleurs. Mais les dieux attendris vous soumettront à la loi des mortels, et les triples déités couperont le fil de vos jours."

Il lui restait encore d’autres événements à prédire. De profonds gémissements s’échappent de son sein ; les pleurs inondent son visage ; elle s’écrie : "Le Destin me prévient et m’arrête ; il m’interdit l’usage de la voix. Étais-je donc assez avancée dans les secrets des dieux, pour exciter leur haine et leur vengeance ? Ah ! qu’il m’eût été plus utile d’ignorer l’art de lire dans l’avenir ! Déjà je sens s’évanouir les traits de ma figure. Déjà l’herbe me plaît pour aliment. Un mouvement inconnu m’entraîne dans les campagnes. En cavale changée, je participe de la nature de mon père ; mais pourquoi la métamorphose est-elle entière ? et pourquoi deviens-je tout à fait ce que mon père n’est qu’à demi ?" Telles sont ses plaintes, dont la fin s’exhale en sons inarticulés et confus. Bientôt ce n’est plus la voix d’une femme ; ce n’est pas encore le cri de la cavale, mais la voix d’un homme qui voudrait imiter ce cri. Un instant après, ce sont de véritables hennissements. Les bras d’Ocyrhoé s’agitent sur l’herbe, ses doigts se resserrent, ses ongles s’unissent sous une corne légère ; sa bouche s’agrandit, son col s’allonge ; l’extrémité de sa robe devient une queue flottante ; ses cheveux épars ne sont qu’une épaisse crinière. Sa forme et sa voix étaient changées, et ce prodige fit aussi changer son nom.

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Battus (II, 676-707)

Le Centaure pleurait, et vainement, dieu de Delphes, il implorait ton secours. Tu ne pouvais changer l’arrêt des Destins ; et, quand tu l’aurais pu, alors absent, sous l’habit d’un pâtre rustique, portant la houlette et enflant des chalumeaux, tu vivais, dans les campagnes de l’Élide et de Messénie. On dit qu’un jour, occupé de tes amours nouveaux et des tendres sons que tu modulais sur ta flûte champêtre, tu laissas tes boeufs s’égarer dans les plaines de Pylos, et que le fils de Maïa, les ayant aperçus, usa de son adresse ordinaire, et les cacha dans les bois d’alentour.

Un vieux pasteur fut seul témoin de ce larcin. Connu dans les campagnes sous le nom de Battus, il gardait, dans les gras pâturages du riche Nélée, ses coursiers destinés aux jeux Éléens. Mercure craignit ce témoin, et voulant le séduire : "Ami, qui que tu sois, dit-il, le flattant de la main, si, par hasard, quelqu’un t’interrogeait sur ce troupeau, réponds que tu ne l’as pas vu ; et, pour récompenser ton silence et le service que tu me rendras, cette blanche génisse est à toi ; je t’en fais don" ; et il la lui donna. Battus l’ayant reçue : "Soyez tranquille, dit-il, cette pierre (et il en montrait une) plutôt que moi, révélerait votre larcin". Alors Mercure feignit de s’éloigner ; et bientôt ayant changé de figure et de voix, il revint, et dit : "Compagnon, n’as-tu pas vu mes boeufs aller vers ces bois ? Ne favorise point, par ton silence, le vol qu’on m’a fait. Aide-moi dans mes recherches, et je te donnerai ce taureau et sa compagne". Le vieux berger ayant comparé les deux récompenses : "Ils seront, répondit-il, derrière ces montagnes" ; et ils y étaient effectivement. Le petit-fils d’Atlas sourit : "Tu me trahis, perfide ! s’écria-t-il, et c’est à moi-même que tu me livres". Aussitôt il changea cet homme parjure en une pierre, qu’on appelle aujourd’hui pierre de touche, et qui conserve la vertu de déceler, dans un riche métal, ce qu’il cache de faux.