Livre des Métamorphoses : Les Héliades et Cygnus

Lug Alc

Les Métamorphoses d’Ovide, récit mythologique et hermétique de la génèse ; alchimie de l’énergie vitale et de ses transmutations.
Dès que Clymène, livrée à sa douleur profonde, eut exhalé, dans les larmes, toutes les plaintes que l’extrême malheur peut inspirer, elle meurtrit son sein ; et courut, les cheveux épars, de contrée en contrée, pour chercher les restes de son fils.
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10. Livre des Métamorphoses : Les Héliades et Cygnus
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Livre des Métamorphoses d’Ovide : Les Héliades (II, 333-366)

Dès que Clymène, livrée à sa douleur profonde, eut exhalé, dans les larmes, toutes les plaintes que l’extrême malheur peut inspirer, elle meurtrit son sein ; et courut, les cheveux épars, de contrée en contrée, pour chercher les restes de son fils. Enfin elle les trouve ensevelis sur des bords étrangers. Là, prosternée, à peine a-t-elle lu son nom gravé sur le marbre, elle arrose le marbre de ses pleurs ; elle le presse sur son sein comme pour réchauffer les cendres qu’il renferme.

Le deuil des soeurs de Phaéthon pouvait seul égaler le deuil de leur mère. Gémissantes et frappant leur sein, elles remplissent l’air de cris superflus et de plaintes que leur frère ne peut plus entendre. Nuit et jour elles l’appellent, et restent penchées sur son tombeau.

Déjà Phébé avait quatre fois renouvelé son croissant, elles pleuraient encore (car leur douleur était devenue une longue habitude).Un jour que Phaéthuse, l’aînée des Héliades, venait de se prosterner au pied du tombeau, elle se plaignit que ses pieds se raidissaient. La belle Lampétie, qui s’élançait pour la secourir, se trouve arrêtée par des racines naissantes. La troisième veut s’arracher les cheveux, et ce sont des feuilles qui remplissent ses mains. L’une s’écrie que son corps devient un arbre, l’autre, que ses bras s’étendent en rameaux ; et tandis que ce prodige les étonne, une écorce légère les embrasse, et montant par degrés, emprisonne leurs coeurs, leur sein, leurs épaules, leurs bras. Leur bouche encore libre, appelait, invoquait leur mère. Mais que peut-elle, hélas ! que courir, de l’une à l’autre, et les embrasser dans son désespoir. Vainement essaie-t-elle de les débarrasser de l’écorce qui les couvre. Elle rompt les tendres rameaux qui s’attachaient à leurs bras ; mais des gouttes de sang en sortent comme d’une blessure : "Ô ma mère, arrêtez, s’écrie chacune de celles qu’elle a touchées, arrêtez ! épargnez-nous ! En blessant ces rameaux, c’est notre corps que vous déchirez. Adieu ! c’en est fait, adieu"... et l’écorce, s’élevant au-dessus de leurs têtes, presse et retient leurs paroles captives.

Mais, sous des formes nouvelles, leurs larmes coulent encore ; durcies par le soleil, elles distillent en ambre de leurs rameaux naissants, et tombent dans l’Éridan rapide, qui les recueille pour en parer les dames du Latium.

Livre des Métamorphoses d’Ovide :Cygnus (II, 367-400)

Le fils de Sthénélus, Cygnus, fut témoin de ce prodige nouveau. Quoiqu’il te fût uni par le sang, du côté de ta mère, ô Phaéthon ! il l’était encore davantage par les noeuds de l’amitié. Il avait quitté son empire ; car il régnait sur les villes et sur les peuples de la Ligurie. Les cris de sa douleur retentissaient dans les riantes campagnes que baigne l’Éridan, à travers les arbres qui bordent son rivage, et dont tes soeurs venaient d’accroître le nombre. Soudain sa voix change et s’affaiblit. Des plumes blanches remplacent ses cheveux blancs. Son col, loin de son sein, se prolonge ; des membranes de pourpre unissent ses doigts ; un éclatant duvet couvre ses flancs. Sa bouche devient un bec arrondi ; Cygnus enfin est un oiseau : mais, timide, il n’ose s’élever dans les airs. Il semble craindre Jupiter, et la foudre injustement lancée sur son ami. Il nage dans les lacs ; il cherche les étangs, et ne se plaît que dans l’élément à la flamme contraire.

Cependant le Soleil pâle et sans éclat, tel qu’il nous paraît quand il est éclipsé, déteste la lumière, et le jour, et lui-même. Tout entier à sa douleur, et dans le courroux qui le transporte, il refuse son ministère au monde : "Assez longtemps, dit-il, ma vie a été une tâche pénible. Je me lasse de tant de travaux, depuis le commencement des siècles sans cesse renouvelés, et toujours sans récompense. Qu’un autre désormais conduise mon char ; et s’il n’en est point qui le puisse ; si tous les dieux avouent leur impuissance : eh bien ! que Jupiter lui-même saisisse les rênes ; du moins quand il les régira, ses mains laisseront reposer ses foudres si fatales aux pères. Alors il éprouvera la terrible audace de mes coursiers enflammés. Il verra s’ils méritent la mort ceux qui n’ont pu les gouverner !"

Il dit, et tous les dieux s’assemblent autour de lui. Ils le conjurent de ne pas abandonner l’univers aux ténèbres. Jupiter lui-même excuse son tonnerre ; et bientôt, parlant en maître, il ajoute aux prières ses ordres absolus. Phébus rassemble ses coursiers emportés, dont la terreur agite encore les flancs. Il les dompte, il les frappe, il les presse ; il leur reproche la mort de son fils, et s’en venge sur eux.