Livre des Métamorphoses : Les Enfers

Les Métamorphoses livre quatre

D’Hermès à Ovide.

Lug Alc

Les Métamorphoses d’Ovide, récit mythologique et hermétique de la génèse ; alchimie de l’énergie vitale et de ses transmutations.
Il est un chemin enfoncé, bordé d’ifs funèbres, où règne un vaste silence, une ténébreuse horreur ; il conduit aux Enfers. Là, le Styx immobile exhale de noires et d’épaisses vapeurs.
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26. Livre des Métamorphoses : Les Enfers
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Livre des Métamorphoses d’Ovide : Les enfers (IV, 432-463)

Il est un chemin enfoncé, bordé d’ifs funèbres, où règne un vaste silence, une ténébreuse horreur ; il conduit aux Enfers. Là, le Styx immobile exhale de noires et d’épaisses vapeurs. C’est là que descendent les ombres des mortels qui ont reçu les honneurs du tombeau ; c’est là, dans d’immenses déserts, qu’habitent le Froid et la Pâleur ; c’est là qu’errent les mânes nouveaux, incertains de la route qui mène à la cité des ombres, au palais terrible où le noir Pluton a fixé son séjour. Cet empire redoutable a cependant mille avenues spacieuses, et par d’innombrables portes on peut y pénétrer. Semblable à l’Océan, qui reçoit tous les fleuves de la terre, il rassemble toutes les âmes de l’univers. Sans cesse les âmes y arrivent, et ne l’emplissent jamais. On les voit errer dégagées de leurs corps. Les unes fréquentent le barreau, les autres la cour du souverain, les autres suivant leurs premiers emplois, imitent aux Enfers ce qu’elles ont fait sur la terre, tandis que les méchants souffrent dans le Tartare des tourments, châtiments de leurs crimes.

La fille de Saturne (tant la haine et la colère lui font oublier sa dignité !) descend du ciel dans cet affreux séjour ; elle arrive : sous ses pieds sacrés le seuil tremble ; et, par son triple gosier, Cerbère pousse une triple voix. L’épouse de Jupiter appelle les trois soeurs, fille de la Nuit. Déités cruelles, inexorables, elles étaient assises devant les portes de diamant qui ferment le Tartare, et peignaient de leurs cheveux les horribles couleuvres.

Les Furies ayant reconnu la déesse à travers les ténèbres humides, se lèvent : le lieu qu’elles gardent est celui des tortures. Là, Tityos, couché sur la terre, où son corps occupe un espace de neuf arpents, voit ses entrailles à peine dévorées, renaissant sous le bec de l’avide vautour. C’est là, Tantale, qu’au milieu de l’onde la soif te tourmente, et que le fruit se présente et échappe à ta main. C’est là que Sisyphe incessamment roule ou retient un rocher qui retombe ; qu’Ixion se suit et s’évite en tournant sur sa roue ; et que les Danaïdes, qui donnèrent la mort à leurs époux, puisent sans relâche des ondes qui s’écoulent toujours.

Livre des Métamorphoses d’Ovide : Tisiphone (IV, 464-562)

Junon ayant jeté sur eux, sur Ixion surtout, un regard irrité, se retourne encore vers Sisyphe, et s’écrie : "Pourquoi celui-ci, seul de sa famille, doit-il souffrir un supplice éternel, tandis qu’Athamas et sa coupable épouse bravent ma puissance, et sont comblés d’honneurs dans leur palais ?" Elle expose alors le sujet de sa haine, celui qui l’amène et ce qu’elle désire. Elle veut que la maison de Cadmus périsse, et que les Euménides répandent tous leurs poisons dans le sein d’Athamas. Elle ordonne, prie, sollicite, et promet à la fois. Enfin elle se tait. L’horrible Tisiphone, agitant alors ses cheveux blancs, et rejetant en arrière les couleuvres qui souillent son visage : "C’en est assez, dit-elle, vos ordres seront remplis. Abandonnez cet empire odieux, et remontez dans l’air pur des célestes demeures".

Junon part sûre de sa vengeance ; mais, avant de rentrer dans l’Olympe, elle reçoit l’essence qu’Iris épanche sur elle, pour la purifier.

Cependant l’horrible Tisiphone prend sa torche fumante, et, des noeuds d’un serpent ceignant sa robe ensanglantée, elle sort des Enfers. Avec elle marchent le Deuil, l’Épouvante, la Terreur, et la Rage au front égaré. Elle arrive devant le palais d’Athamas. Ses superbes portiques tremblent ébranlés ; de noirs venins ses portes se ternissent, et l’astre du jour voit pâlir sa clarté. Épouvantés par ces prodiges, Athamas et son épouse se préparaient à fuir. L’inexorable Érinys se précipite au-devant d’eux, leur ferme le chemin ; étend ses bras entourés de hideuses vipères ; secoue sa tête ; et ses couleuvres agitées frémissent, roulent sur son épaule livide, ou rampent sur son front, sifflent, vomissent leur venin, et allongent un triple dard. Soudain, du milieu de ses cheveux, l’Euménide arrache deux serpents, et de sa main empestée lance l’un sur Athamas, et l’autre sur Ino. Ils errent sur leur sein et le pénètrent d’une rage cruelle. Leur corps n’est point blessé ; leur raison seule est égarée.

Tisiphone avait apporté avec elle des poisons plus terribles, mélange monstrueux de l’écume de Cerbère et du venin de l’Hydre ; elle y joignit les vagues erreurs, l’oubli de la raison, et le crime, et les pleurs, et l’ardeur du meurtre. Elle fit bouillir cette liqueur homicide, avec de la ciguë, dans un vase d’airain, qu’elle remplit d’un sang nouvellement répandu. Les deux époux frémissaient d’horreur. L’Euménide répand sur eux ces terribles poisons, et les pénètre de toutes ses fureurs. Elle secoue en cercles redoublés sa torche, dont la flamme en tournoyant s’agite ; et, triomphante et fière d’avoir exécuté les ordres qu’elle a reçus, elle redescend aux Enfers, et délie le serpent qui lui sert de ceinture.

Cependant, saisi de soudaines fureurs, Athamas, dans son palais, s’écrie : "Compagnons, accourez ! tendez vos toiles dans ces forêts ; j’aperçois une lionne avec deux lionceaux". Insensé ! c’est sa femme qu’il méconnaît et qu’il poursuit. Elle tient sur son sein le jeune Léarque, qui tend les bras à son père, et qui lui souriait. Il le saisit, et trois fois, comme une fronde, le roulant en cercle dans les airs, le barbare le lance et l’écrase sur le marbre sanglant. Alors Ino, d’horreur troublée, jette des cris affreux arrachés par la douleur qui l’égare, ou par la force du poison répandu dans ses veines : elle fuit échevelée, hors d’elle-même ; et, te portant dans ses bras, tendre Mélicerte, elle crie, Évohé ! Elle appelle Bacchus. Au nom de ce dieu, l’épouse de Jupiter souriant : "Reçois, dit-elle, le salaire des soins que tu pris de son enfance".

Non loin s’élève et penche sur la mer d’Ionie un rocher dont la base creusée par les flots, défend ces mêmes flots des eaux du ciel et des orages. Forte de sa fureur, Ino monte sur le roc, en atteint le sommet escarpé ; et, sans craindre la mort, s’élançant avec son fils, frappe l’onde qui bouillonne et blanchit.

À l’aspect des malheurs non mérités de sa petite-fille, Vénus s’émeut, et adresse à Neptune cette prière : "Dieu des mers, à qui échut en partage le second empire du monde, j’attends beaucoup de toi. Prends pitié des miens, déplorables jouets des flots, place-les parmi les dieux soumis à ton trident. Ce ne sera pas pour moi le premier bienfait de ta puissance. Je naquis de l’écume de l’onde ; et le nom d’Aphrodite atteste que l’onde fut mon berceau".

Neptune exauce ses voeux. Il dépouille les corps flottants de ce qu’ils ont de mortel ; il imprime sur leur front une majesté divine ; et changeant à la fois et leur nom et leur nature, Ino est Leucothoé, Mélicerte est Palémon.

Les compagnes d’Ino ayant suivi de loin ses pas en trouvent les dernières traces au sommet du rocher ; et sûres qu’elle a cherché le trépas dans l’onde, elles déplorent la chute de la maison de Cadmus, arrachent leurs cheveux, déchirent leurs vêtements, osent accuser la jalouse Junon de trop d’injustice, de trop de cruauté. La déesse s’offense, et leurs cris irritant sa colère : "Eh bien ! soyez aussi des monuments terribles de ma vengeance". Elle dit, et l’effet est aussi prompt que la menace. Celle qu’un plus tendre attachement unissait à la reine s’écriait : "Ô chère Ino, je vais vous suivre dans les flots !". Elle veut s’élancer et ne peut plus se mouvoir ; elle reste attachée au rocher. Une autre, dans son désespoir, veut meurtrir ses charmes, et ses bras levés sont privés de mouvement. Celle-ci étend ses mains sur l’abîme des flots, ses mains durcissent étendues. Celle-là portait ses doigts à ses cheveux, et ses doigts et ses cheveux en pierre sont changés. Toutes demeurent attachées sur le rocher, et conservent diverses attitudes. Quelques-unes pourtant voltigent sur ce rivage, nouveaux hôtes de l’air, et de leurs ailes légères rasent la surface des eaux.