Livre des Métamorphoses d’Ovide : Arcas (II, 496-530)
Arcas, ignorant le destin de sa mère, avait vu son quinzième printemps. Un jour que, poursuivant les hôtes des forêts, il avait tendu ses toiles dans la forêt d’Érymanthe, il rencontre sa mère, qui s’arrête à sa vue et paraît le reconnaître. Il s’étonne, il recule, il craint les regards immobiles de l’ourse toujours fixés sur lui. Elle le suit ; elle cherche à l’approcher ; et déjà, d’un trait mortel, il allait percer ses flancs, lorsque Jupiter, arrêtant son bras, prévient un parricide ; et commandant aux vents légers d’enlever rapidement, dans le vague des airs, et la mère et le fils, il les place dans le ciel, où ils forment deux astres voisins.
Junon frémit en voyant sa rivale briller à la voûte des cieux. Elle descend dans la mer au palais de Téthys et du vieil Océan, dont les dieux mêmes respectent la majesté : "Vous me demandez, dit-elle, pourquoi, reine de l’Olympe, j’ai quitté les régions éthérées, et je suis descendue en ces lieux : une autre règne à ma place, dans le ciel. Accusez-moi d’imposture, si, lorsque la nuit aura répandu ses ombres dans l’univers, vous ne voyez briller, auprès du plus petit et du dernier cercle qui environne le pôle du monde, deux astres, nouvelles divinités des cieux, et de ma honte éternels monuments. Ah ! qui désormais pourrait craindre d’offenser Junon ? Qui voudra redouter ma colère, lorsque, seule des dieux, je sers et je fais triompher ceux à qui j’ai voulu nuire ? Eh ! voilà donc comment j’ai su me venger ! Oh ! combien grande est ma puissance ! Par moi punie, ma rivale cesse d’être femme : elle devient déesse ! et c’est ainsi que je châtie le crime ! et tel est donc mon suprême pouvoir ! Que Jupiter lui rende encore sa première beauté ! qu’il la dépouille de la forme hideuse dont je l’ai revêtue, et qu’il fasse pour elle ce qu’il a déjà osé pour la soeur de Phoronée ! Et pourquoi, me chassant de son lit, ne la mettrait-il point à ma place ? pourquoi ne deviendrait-il pas le gendre de Lycaon ? Ah ! si vous êtes sensibles à l’outrage fait à une déesse dont l’enfance fut confiée à vos soins, repoussez, du sein des vastes mers, ces deux astres nouveaux qu’un adultère a placés dans les cieux ; et ne souffrez pas que, par eux, soit souillée la pureté des flots soumis à votre empire".
Livre des Métamorphoses d’Ovide : Le corbeau (II, 531-541)
Les dieux de la mer exaucent la prière de la fille de Saturne ; elle remonte sur son char rapide, traîné par des paons, dont la queue, depuis la mort récente d’Argus, étalait le nouvel éclat de ses yeux. C’est ainsi que, dans le même temps, Corbeau trop indiscret, tes plumes devinrent noires, de blanches qu’elles étaient auparavant. Ton plumage, brillant comme la neige, égalait la blancheur sans tache des colombes. Il ne cédait en rien à celle de l’oiseau vigilant dont les cris devaient un jour sauver le Capitole, à celle du cygne même qui se plaît dans les eaux. Mais ta langue te perdit ; et, pour n’avoir pu te taire, la couleur de l’ébène couvre maintenant ton plumage argenté.
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