Livre d’ésotérisme et d’alchimie de Grillot de Givry : MEDITATION VII, Sublimation Distillation.
NICOLAS Flamel a dit : " Cette opération est vrayement un labyrinthe, parce qu’icy se présentent mille voyes à mesme instant, outre qu’il faut aller à la fin d’icelle, justement tout au rebours du commencement ".
L’affliction est la semence de perfection.
C’est véritablement le menstrue des Sages ; c’est le Lion verd des Philosophes, l’eau Pontique qui ne mouille pas les mains, l’acetum acerrimum ou vinaigre très aigre au moyen duquel s’extrait de la tête de corbeau, le véritable Lait de la Vierge, et l’Elixir pour la multiplication.
Tu dois faire converger vers le but suprême chaque circonstance de ta vie, mais principalement les peines et les souffrances quotidiennes ; et il t’en adviendra beaucoup, car " les disciples des Sapients ne trouvent pas de repos en ce monde ", dit Rabbi Issacha Baër.
Tu peux tirer de celles-ci un parti merveilleux, en obtenir l’eau régale qui corrodera toutes les impuretés.
Savoir extraire des difficultés mêmes de la vie, un ferment de perfection, et les transmuer en autant de forces vives dans le plan hyperphysique, c’est l’alchimie majeure contre laquelle rien ne prévaut ; c’est la déalbation [1] magnifique, l’aurum de stercore de Virgile, le morbus quilibet purgutorium de Paracelse.
Ne profère donc pas un murmure lorsqu’un de tes projets n’est pas couronné de succès. Tu ne tarderas pas à comprendre qu’il était nécessaire qu’il en fût ainsi, et que les déceptions momentanées devaient te préparer plus tard des avantages inattendus.
Geber enseigne qu’il est presque obligatoire que l’alchimiste erre plusieurs fois.
Contente-toi donc, dans l’adversité, de penser, sans exacerbation, que ta vue intellectuelle se trouve, à ce moment, obscurcie, et que la voie d’où tu as été rejeté et que tu croyais excellente, ne l’était pas. Tu en acquerras bientôt la certitude, et tu reconnaîtras l’enchaînement toujours admirable des effets et des causes.
Garde-toi surtout de porter envie aux triomphants du jour et de l’heure. Tu les entendras, mon Disciple, railler ton ascèse et mépriser ton effort.
" Nous ne prions pas : disent-ils, - les inaniloques ! - nous ne prions pas, et pourtant nos affaires prospèrent ! Nous blasphémons Dieu, et Dieu ne paralyse pas notre langue ! "
Mais que prouve cela ? Que leur Père Céleste est bon et qu’ils sont mauvais ; rien de plus.
Pour toi, mon Disciple, poursuis avec persévérance ton incès [2] dans la Voie. Ne te lasse pas. Les maîtres eux-mêmes ont, plusieurs fois, recommencé l’Oeuvre.
Mais sache comprendre que nul enseignement acroamatique ou érotématique ne saurait remplacer l’assimilation lente de la doctrine alchimique, par une étude approfondie et consciencieuse des livres des maîtres.
Ce n’est qu’après de longues années que commencera à poindre pour toi, la Lumière.
Alors, dans des textes où le profane ne voit que matière à sourires, tu percevras déjà des rapport subtils, des jalons te guidant parmi les obscurités de la Voie.
L’alchimie n’est pas une hémérèse [3] ; c’est l’oeuvre de la vie entière ; elle fait corps avec l’existence de l’Adepte. La possession du Grand Oeuvre est le couronnement de la vie. Tu ne l’obtiendras qu’une fois, de même que tu ne vivras qu’une fois sur terre.
Atteindre l’Absolu à vingt ou trente ans est donc illusoire ; à cet âge tu es seulement sur la Voie ; et tu ne peux abandonner celle-ci sans perdre en même temps l’espoir d’y rentrer jamais.
C’est donc progressivement que tu découvriras la vérité dans la parole des maîtres ; ne demande pas d’être au terme du voyage avant d’avoir parcouru le chemin nécessaire pour y Parvenir. Si tu es quelque peu avancé dans la Voie, tu reconnaîtras qu’il est impossible de parler plus clairement.
Mais combien, plus tard, les paroles maintenant obscures et incompréhensibles, te sembleront lumineuses si tu n’as cessé de travailler suivant les prescriptions des maîtres !
Tu souriras alors, en connaissant si simples, les notions qui te paraissaient si abstruses lorsque tu n’étais qu’un profane, et tu avoueras qu’il n’était pas d’explication possible, avant l’investigation personnelle, destinée à préparer ton esprit à recevoir les semences du vrai.
Et c’est dans ce sens qu’il est dit que nul ne peut être initié que par soi-même.
[1] Cuire la matière jusqu’a ce qu’elle ait perdue sa noirceur
[2] Accès
[3] Réalisation différenciée de la vie dans sa totalité
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