Livre d’alchimie et désotérisme : Des Hiéroglyphes des égyptiens

Les Fables Égyptiennes et Grecques livre premier

D’Hermès à Dom Antoine-Joseph Pernety

Lug Alc

Dans la grande tradition de l’enseignement d’Hermès, l’alchimie est la science qui ne se comprend que par le langage analogique, celui qui relie le visible à l’invisible, le livre de Dom Antoine-Joseph Pernety.
Lorsqu’on prend à la lettre les fables d’Egypte, et qu’on les explique de la Divinité, rien de plus bizarre, rien de plus ridicule, rien de plus extravagant.
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L’Académie d’Hermès


Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.

Livre premier : Des Hiéroglyphes Égyptiens.

Lorsqu’on prend à la lettre les fables d’Egypte, et qu’on les explique de la Divinité, rien de plus bizarre, rien de plus ridicule, rien de plus extravagant. Les Antiquaires ont suivi communément ce système dans leurs explications des monuments qui nous restent. J’avoue que ce sont très souvent des marques de la superstition, qui prévalut parmi le peuple dans les temps postérieurs à celui où Hermès imagina les hiéroglyphes ; mais pour dévoiler ce qu’ils ont d’obscur, il faut nécessairement remonter à leur institution, et le mettre au fait de l’intention de ceux qui les ont inventés. Ni les idées que le peuple y attachent, ni celles qu’en avaient même des Auteurs Grecs ou Latins, quoique très savants sur d’autres choses, ne doivent nous servir de guide dans ces occasions-là. S’ils n’ont fréquenté que le peuple, ils n’ont pu avoir à cet égard que des idées populaires. Il faut être assuré qu’ils avaient été initiés dans les mystères d’Osiris, d’Isis, etc. et instruits par les Prêtres à qui l’intelligence de ces hiéroglyphes avait été confiée. Hermès dit plus d’une fois dans son dialogue avec Asclepius que Dieu ne peut être représenté par aucune figure ; qu’on ne peut lui donner de nom, parce qu’étant seul, il n’a pas besoin d’un nom distinctif ; qu’il n’a point de mouvement parce qu’il est partout, qu’il est enfin son propre principe, et son père à lui-même. Il n’y a, donc pas d’apparence qu’il ait prétendu le représenter par des figures, ni le faire adorer sous les noms d’Osiris, d’Isis, etc.

Plusieurs Anciens peu au fait des vrais sentiments d’Hermès. et des Prêtres ses successeurs, ont donné occasion à ces fausses idées, en débitant que les Egyptiens disaient de la Divinité, ce qu’ils ne disaient en effet que de la Nature. Hermès voulant instruire les Prêtres qu’il avait choisis, leur disait qu’il y avait deux principes des choses, l’un bon, et l’autre mauvais ; et si nous en croyons Plutarque, toute la Religion des Egyptiens était fondée là-dessus. Nombre d’autres Auteurs ont pensé comme Plutarque, sans trop examiner si ce sentiment était fondé sur une erreur populaire, et si les Prêtres, chargés d’instruire le peuple, pensaient réellement ainsi de la Divinité, ou des principes des mixtes, l’un principe de vie, l’autre principe de mort. Sur ce sentiment de Plutarque, appuyé par d’autres Auteurs, des Antiquaires ont hasardé des explications de plusieurs monuments que le temps a épargnés, et l’on a adopté leurs idées, parce qu’on n’en trouvait pas de plus vrai semblables. Il est cependant vrai que bien des Antiquaires ont assez de discrétion pour avouer qu’ils ne parlent dans plusieurs cas que par conjectures, et qu’on ne peut expliquer certains monuments qu’en devinant (2. p. du T. II. pag. 271. Planche 105.). Le premier qui se présente dans l’Antiquité expliquée de D. de Montfaucon en est un exemple, suivant le système reçu : ce savant nous avertit qu’il s’en trouve bien d’autres de cette espèce dans le cours de son ouvrage. Il n’y a cependant dans ce monument rien de difficile à entendre, et il en est très peu qui présentent les choses plus au naturel. Tout homme un peu versé dans la Science Hermétique, l’aurait compris au premier coup d’oeil ; et n’aurait pas eu besoin de recourir à un OEdipe, ou à la conjecture pour en donner l’explication. On en jugera, en comparant l’explication que D. de Montfaucon en a donnée, avec celle que je donnerai. « Ce monument, dit notre Auteur, est une pierre sépulcrale, qu’on appelait Ara, que A. » Herennuleius Hermès a fait pour sa femme, pour lui, pour ses enfants, et pour sa postérité. Il est représenté lui-même au milieu de l’inscription, sacrifiant aux mânes. De l’autre côté de la pierre sont deux serpents, dressés sur leur queue, et mis de face l’un contre l’autre, dont un tient un oeuf dans sa bouche, et l’autre semble vouloir le lui ôter. » M. Fabreti à qui ce monument appartenait, avait voulu expliquer ce symbole ; mais comme il ne satisfaisait pas D. de Montfaucon, celui-ci l’explique dans les termes suivants. « Avant que d’avancer ma conjecture sur ce monument, il faut remarquer qu’on trouve à Rome et dans l’Italie quantité de ces marques des superstitions Egyptiennes, que les Romains avaient adoptées. Celle-ci est du nombre : c’est une image dont la signification ne peut être que symbolique. Les anciens Egyptiens reconnaissaient un bon principe qui avait fait le monde ; ce qu’ils exprimaient allégoriquement par un serpent qui tient un oeuf à la bouche ; cet oeuf signifiait le monde créé. Ce serpent donc qui tient l’oeuf à la bouche sera le bon principe qui a créé le monde et qui le soutient. Mais comme les Egyptiens admettaient deux principes, l’un bon, l’autre mauvais, il faudra dire que l’autre serpent qui dressé sur sa queue, est opposé au premier, sera l’image du mauvais principe qui veut ôter le monde à l’autre. »

Pour mettre le Lecteur en état de juger si mon explication sera plus naturelle que celle de D. de Montfaucon, je vais donner une description de cette pierre prétendue sépulcrale. Les deux serpents sont dressés sur leur queue repliée en cercle ; l’un tient l’oeuf entre ses dents, l’autre a la tête appuyée dessus, la bouche un peu ou-verte, comme s’il voulait mordre l’autre, et lui disputer cet oeuf. Tous deux ont une crête à peu près carrée. Sur l’autre côté de la pierre, est la figure d’un homme debout, en habit long, les manches retroussées jusqu’au coude ; il tient le bras droit étendu, et une espèce de cerceau à la main, au centre duquel paraît un autre petit cercle, ou un poing. De la main gauche il relève sa robe, en la tenant appuyée sur la hanche. Autour de cette figure sont gravées les paroles suivantes : A Herennuleius Hermès fecit conjugi bene merenti Juliae L. F. Latinae sibi et fuis posterque cor. Il n’est pas nécessaire de recourir à la Religion des Egyptiens pour expliquer ce monument. Les deux principes qu’admettaient les Prêtres d’Egypte ne doivent s’entendre que des deux principes bons et mauvais de la Nature, qui se trouvent toujours mêlés dans ses mixtes, et qui concourent à leur composition ; c’est pourquoi ils disaient qu’Osiris et Typhon étaient frères, et que ce dernier faisait toujours la guerre au premier. Osiris était le bon principe, ou l’humeur radicale, la base du mixte, et la partie pure et homogène, Typhon était le mauvais principe, ou les parties hétérogènes, accidentelles, et principe de destruction et de mort, comme Osiris l’était de vie et de conservation.

Les deux serpents du monument dont il s’agit, représentent à la vérité deux principes, mais les deux principes que la Nature emploie dans la production des individus : on les appelle, par analogie, l’un mâle et l’autre femelle ; tels sont les deux serpents entortillés autour du caducée de Mercure, l’un mâle et l’autre femelle, qui sont aussi représentés tournés l’un contre l’autre, et entre leurs deux têtes une espèce de globe ailé qu’ils semblent vouloir mordre. Les crêtes carrées des deux serpents du monument dont nous parlons, sont un symbole des éléments, dont le grand et le petit monde sont formés, et l’oeuf est le résultat de la réunion de ces deux principes de la Nature. Mais comme dans la composition des mixtes il y a des principes purs et homogènes, et des principes impurs et hétérogènes, il se trouve une espèce d’inimitié entre eux ; l’impur tend toujours à vouloir corrompre le pur : c’est ce qui se voit représenté par le serpent qui semble vouloir disputer l’oeuf à celui qui en est en possession. La destruction des individus n’est produite que par ce combat mutuel.

Voilà ce qu’on peut dire pour expliquer en général cette partie du monument dont nous parlons. Mais son Auteur avait sans doute une intention moins générale ; il est certain qu’il voulait signifier quelque chose de particulier. Rapprochons toutes les parties symboliques de ce monument : le rapport qu’elles ont entre elles nous dévoilera cette intention particulière.

Celui qui fait faire ce monument se nomme Herennuleius Hermès, et il porte un habit long comme les Philosophes ; il y a donc grande apparence que cet Herennuleius était un de ces savants initiés dans les mystères Hermétiques ; (ce qui est désigné par son surnom d’Hermès ), qui, comme je l’ai dit ci-devant, étant instruit de ces mystères, prenait le nom d’Aris ou Hermès. Il tient à la main droite une espèce de cerceau, que D. de Montfaucon a pris sans doute pour une patere ou tasse, et a décidé en conséquence de cette erreur, qu’Herennuleius faisait un sacrifice aux mânes ; rien autre ne peut y désigner cette action. Ce cerceau n’est point une patere ; c’est le signe symbolique de l’or, ou du Soleil terrestre et hermétique, que les Chymistes mêmes vulgaires représentent encore aujourd’hui de cette manière. C’est à cette face du monument qu’il faut rapporter en particulier l’hiéroglyphe des deux serpents et de l’oeuf, qui se trouvent sur la face opposée, pour n’en faire qu’un tout, dont le résultat consiste dans cette or Philosophique que présente Herennuleius. Voici donc comment il faut expliquer ce monu-ment en particulier.

Les deux serpents sont les deux principes de l’art sacerdotal ou hermétique, l’un mâle ou feu, terre fixe, et soufre ; l’autre femelle, eau volatile et mercurielle, qui concourent tous deux à la formation et génération de la pierre Hermétique, que les Philosophes appelaient oeuf et petit monde, qui est composé des quatre éléments, représentés par les deux crêtes carrées, mais dont deux seulement sont visibles, la terre et l’eau. On peut aussi expliquer l’oeuf du vase, dans lequel l’oeuf se forme, par le combat du fixe et du volatil, qui se réunifient enfin l’un et l’autre, et ne font plus qu’un tout fixe, appelé or Philosophique, ou soleil Hermétique. C’est cet or qu’Herennuleius montre au spectateur comme le résultat de son art. Le plus grand nombre des Philosophes qui ont traité de cette science, ont représenté ses deux principes sous le symbole de deux serpents. On en trouve une infinité de preuves dans cet ouvrage. L’inscription de ce monument nous apprend seulement qu’Herennuleius a fait cet or comme une source de santé et de richesses, pour lui, pour son épouse qu’il aimait tendrement, pour ses enfants et sa postérité.

J’ai apporté cet exemple pour faire voir combien il est aisé d’expliquer les hiéroglyphes de certains monuments Egyptiens, Grecs, etc. quand on les rappelle à la Philosophie Hermétique, sans les lumières de laquelle ils deviennent inintelligibles et inexplicables. Je ne prétends cependant pas qu’on puisse par son moyen les expliquer tous. Quoiqu’elle ait été la source, la base et le fondement des hiéroglyphes, elle n’a pas été l’objet de tous les monuments hiéroglyphiques qui nous restent. La plupart sont historiques, ou représentent quelques traits de la fable, souvent ajustés suivant la fantaisie de celui qui les commandait à l’Artiste, ou celle de l’Artiste même, qui n’étant pas initiés dans les mystères des Egyptiens, des Grecs, des Romains, etc. conservaient seulement le fond, selon les instructions fort défectueuses et peu éclairées qu’ils en avaient ; ils suivaient pour le reste leur goût et leur imagination.

............. Pictoribus atque Poëtis Quidlibet audendi semper fuit aequa potestas. Horat, in Art. Poët.

Et Cicéron dans Son Traité de Natura Deorum, dit que les Dieux nous présentent les figures qu’il a plu aux Peintres et aux Sculpteurs de leur donner. Nos Deos omnes eâ jade novimus, quâ. Pictores fictoresque voluerunt. Lib. 2 de Nat. Deor.

Il nous reste donc des monuments hiéroglyphiques de toutes les espèces ; et ceux des Egyptiens ont ordinairement pour fondement Osiris, Isis, Horus et Typhon, avec quelques traits de leur histoire fabuleuse. Les uns sont défigurés par les Artistes ignorants, les autres conservent la pureté de leur invention, quand ils ont été faits ou conduits par des Philosophes, ou des personnes bien instruites. Nous avons encore aujourd’hui sous nos yeux des exemples de cela. Un Sculpteur fait un groupe de statues, un Peintre fait un tableau ; l’un et l’autre a un Sujet déterminé ; mais pourvu qu’ils représentent ce sujet de manière à le faire reconnaître au premier coup d’oeil, et qu’ils gardent le costume, quant à tout ce qui est nécessaire pour les figures et l’action, combien se trouve-t-il d’Artistes qui y ajoutent des figures inutiles, et pour le dire en termes de l’Art, figures à louer ? combien y mettent-ils des ornements arbitraires et de fantaisies, des coquillages, des fleurs, quelquefois des animaux, des rochers, etc. ? Si les Artistes instruits tombent quelquefois dans ce défaut, que doit-on penser des ignorants qui n’ont souvent qu’une bonne main, et une fougue d’imagination qui enfante tout ce qu’ils mettent au jour ? Folie que vouloir se mettre en tête d’expliquer toutes leurs productions. Y en a-t-il moins à faire des dissertations pleines de recherches et d’érudition sur des bagatelles et des choses très peu intéressantes, qui se rencontrent dans beaucoup de monuments antiques ?

Il est constant que les hiéroglyphes ont pris naissance en Egypte ; et la plus commune opinion en regarde Hermès comme l’inventeur, quoique les plus anciens Ecrivains de l’histoire d’Egypte ne nous apprennent rien d’absolument certain sur l’origine des caractères de l’écriture et des sciences. On ne trouve même rien de positif sur les premiers Rois du monde, qui ne soit susceptible de contradiction. Des Auteurs ont été assez peu sensés pour dire que les premiers hommes sont sortis de la terre comme des champignons, d’autres se sont imaginés que les hommes avaient été formés en Egypte, conjecturants sans doute qu’ils sont venus de la terre, comme ces rats que l’on voit sortir en grand nombre des crevasses du limon du Nil, après que le Soleil en a desséché l’humidité. Diodore de Sicile (L.I.c. 1.), après avoir parcouru la plus grande partie de l’Europe, de l’Asie et de l’Egypte, avoue qu’il n’a pu découvrir rien de certain sur les premiers Rois de tous ces pays. Ce qui nous reste de plus constant, sont les hiéroglyphes Egyptiens, pour ce qui regarde l’écriture ; mais pour ce qui concerne leurs Rois, nous n’avons que des fables. Le même Diodore dit (Ch.2.), que les premiers hommes ont adoré le Soleil et la Lune comme des Dieux éternels ; qu’ils ont appelé le Soleil Osiris, et la Lune Isis, ce qui convient parfaitement aux idées qu’on nous donne du peuple d’Egypte. Pour nous qui avons appris plus certainement de l’Ecriture Sainte, quel est l’unique vrai Dieu des autres Dieux ; quel fut le premier homme, et la terre qu’il habita, nous gémissons sur la vanité des Egyptiens, qui leur faisait pousser l’antiquité de leur Nation et la généalogie de leurs Rois jusqu’au-delà de vingt mille ans.

Ce n’est pas que les Savants d’Egypte adoptassent ce sentiment ; ils savaient trop bien qu’il n’y avait qu’un Dieu unique. D’ailleurs, comment auraient-ils pu accorder l’éternité d’Osiris et d’Isis avec la paternité de Saturne ou de Vulcain, desquels, selon eux, Osiris et Isis étaient fils ? Preuve trop évidente que Diodore n’était instruit que des idées populaires. Les Egyptiens entendaient toute autre chose par ces fils de Sa-turne ; nous avons des indices sans nombre, qui démontrent que l’on cultivait en Egypte la Science de la Nature ; que la Philosophie Hermétique y était connue et pratiquée par les Prêtres et les plus anciens Rois de ce pays-là ; et l’on ne doute plus que pour la communiquer aux Sages leurs successeurs, à l’insu du peuple, ils n’aient inventé les hiéroglyphes pris des animaux, des hommes, etc. et qu’enfin pour expliquer ce que signifiaient ces caractères, ils imaginèrent des allégories et des fables, prises de personnes feintes, et des actions prétendues de ces personnes.

Nous parlerons plus au long de ces hiéroglyphes dans la Suite de cet Ouvrage.