Dialogue concernant les enseignement du Corpus Hermeticum d’Hermès Trismégiste, entre Le Roy et Lazarel.
Le retour à la première félicité.
Le Roy : Il est à savoir si l’homme retournera à quelquefois, et pourra recouvrer sa première félicité.
Lazarel : Comme une fois, Sire, la vérité Jésus Christ parlait de la vie éternelle, et plusieurs juifs, qui se trouvaient là, en dussent scandalisés, et tournassent dos arrière, il dit. Cela vous scandalise par aventure, que j’ai dit que le fils de l’homme devait retourner ou il était premièrement. De même Rabi Joseph, en son Sépher Zohar, c’est-à-dire, au livre de la splendeur dit en cette façon. La mort fut été de nous totalement détournée, si Adam n’eut point offensé. Mais pour autant qu’il a prêté l’oreille au serpent, il s’est acquis tant à lui, qu’à ses enfants, et neveux, et en général à tous ses successeurs la mort de l’une et l’autre nature. Au moyen de laquelle offense, la génération est demeurée en manque et imparfaite, n’ayant ni fin ni accomplissement, jusqu’à ce que le grand Roy Messiach soit venu : et lors la macule de si grande désobéissance, sera amortie et annulée, et retournerons les hommes encore derechef à leur première nature, à laquelle les avait disposés la divine providence. Je conclus donc par ce point qu’encore une fois retournera l’homme à ses biens, possessions et héritages. Si est-ce néanmoins que cependant, nous malheureux et infortunés soutenons le méfait du premier homme, ensemble les fardeaux de nos crimes. Lesquels sont si pesants que si se n’était la grâce divine, laquelle journellement nous protège, nous succomberions sous le poids.
Le Roy : À bon droit donc doit être pleurée la misère et calamité humaine. En ce que principalement, que ce qui avait été fait en nous originellement par le fait d’Adam, comme en la chose enflammée et nourrissante, a été fait actuel par nos propres oeuvres et démérites, d’autant que nous sommes journellement alimentés du bois défendu. Et toutefois nous voyons (chose plus lamentable) que nul n’y a égard, nul est qui cherche Dieu, nul est (selon la voix du Prophète) jusqu’à un seul.
Lazarel : Certes, Sire, comme tu dis, la vie humaine est merveilleusement à déplorer, digne de vraies et non faintes lamentations, digne finalement de triste et dolente querimonie. Par quoi je te prie, que pendant que j’en ferai complainte, tu sois à moi attentif.
Complainte sur la misère du genre humain.
Ô combien sont abusés les humains,
Délaissant Dieu, pour souffrir tant d’oppressions :
Tant de tourment, angoisse, et travaux vains :
C’est bien Sathan, qui tant les grève et presse.
C’est bien Sathan, qui leur met en la tête
D’oublier Dieu, l’honneur, et bienséance
Qui leur est du, le haut loyer, et fête
Du grand Seigneur, dont avaient récréance.
Ils en étaient en vraie possession,
Ne fut Sathan, l’infect et vicieux,
Qui les attrait à toute infection,
Suivre ses faits, en postposant les cieux.
Ils aiment mieux, suivre l’ombre ombrageuse,
L’oblique voie, que l’adresse et sentier.
Ils aiment mieux ténèbres périlleuses,
Le faux chemin, que le droit et entier.
Jusqu’à un seul, tu n’en verras pas un
Ne dresse aux siens quelques embûches, ou menées,
Tout est tout plein d’abus et fiction,
De faux semblant, de dols, et de fallaces :
Il n’ont ni coeur, ni bulle affection
Envers parents, mais tout gît en menaces.
Qui fait cela, sinon outrecuidance ?
Et délaissant la cité Sainte et monde,
De Babylone font leur fort, et défense,
ou tout orgueil, et toute ordure abonde ?
D’où vient cela (dit de Sion la Vierge)
Mes chers enfants, qu’attraits de la paillarde,
M’abandonnez s’est ce que je suis la verge
Du droit divin, que je veux que l’on garde ?
Est-ce d’autant que de mort vous retire ?
Hélas voyez, je vous prie, le blafard,
Le doux venin, par lequel vous attire :
Voyez de près, et lors verrez son fard.
Tout l’effort gît de cette abandonnée,
Vous attire en ses embûches et lacs,
Les yeux bandés, voilà sa vraie pensée :
Gardez-vous en, que ne défiez hélas.
Ses alliés, sont les cruels Géants,
Qui contre Dieu font effort, et la guerre,
Lesquels après ont mal finis leurs ans,
Car sont tombés dans les enfers, à grand erre.
Vois donc la fin, et le commencement :
Car d’autant qu’un en ce mortel manoir,
Élève en soi l’humain entendement :
D’autant croit-on, de maux après avoir.
Viens donc à moi, mon fils, je suis ta mère,
Qui t’engendra et te nourrit de son lait :
Bois de mon vin, qui n’a douleur amère,
Mais qui du tout, rend l’homme très parfait,
C’est le vrai vin, qui fait les Saints ministres,
Chastes, dévots, du haut Dieu éternel,
Pour le servir, sans nuls défauts sinistres,
Lassus au ciel, à jamais immortel,
Evitez donc (pour la conclusion)
Les faux semblants du déloyal trompeur,
Et fuyez, sans point de fiction,
Celui qui peut, lui seul donner bonheur,
Mais combien soit, que la vierge s’efforce
À remontrer aux aveugles humains,
Si toutefois pour tout cela non force.
L’on prêche prou, ils n’en font jamais rien moins,
Et aiment mieux se vautrer en l’ordure,
Comme pourceaux, qu’avoir recours à l’onde
Du vrai ruisseau, qui toujours court et dure
C’est Jésus Christ, qui tout nettoie le monde.
Or sommes nous ores venus, la grâce à Dieu à chef de notre complainte, Sire. Par quoi il te plaira d’évoquer maintenant ce dont tu m’avais questionné au commencement de notre propos, s’il t’en souvient.
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