Dialogue concernant les enseignement du Corpus Hermeticum d’Hermès Trismégiste, entre Le Roy et Lazarel.
L’entendement des uns et l’entendement des autres.
Lazarel : Il n’y a celui (comme tu dis) qui ne l’entende, mais ils n’entendent pas tous ce que j’entends poursuivre et déclarer maintenant.
Le Roy : Qu’est-ce ? Or sus exprimé le soudainement. Car je suis à présent grandement affectionné de l’entendre : et puis (comme tu le sais) l’humain esprit souffre impatiemment le long retard.
Lazarel Mon intention n’est pas de traiter de la fertilité de ce corps matériel, Sire, mais de celle de l’âme, laquelle aussi redonde par ce corps.
Le Roy : Qu’est-ce que la fertilité de l’âme.
Lazarel : Applique toi maintenant de toute ton intelligence à ce que je veux dire, doutant qu’il ne s’écoule comme l’eau et devienne à néant.
Le Roy : Je te promets de m’y employer de tout mon possible. Poursuis donc ton intention.
Lazarel : Attendu que l’humain entendement est l’image de celui de Dieu, aussi lui a-t-il donné non seulement générative fécondité, mais aussi immortalité. Lesquels deux excellents et dons spéciaux, il communique et octroie sur toutes autres créatures de ce monde à son image, avec le moyen de parler. Ce qui est la cause pour laquelle dit Hermès, l’entendement et la parole qu’a l’homme est de même prix et excellence que l’immortalité. Tellement qu’il dit, celui qui use de ce qui est convenable, ne diffère en rien des immortels. Mais d’avantage que tels gens seront à la fin conduits par ce moyen, en la compagnie des bienheureux. Car lorsque ces deux ci, à savoir, parole et entendement, sont ensemble conjoints, ils produisent une lignée divine.
Le Roy : Je ne douterais aucunement que ceci soit vrai, ô Lazarel, pourvu que ce que tu dis signifie que telle lignée de l’esprit fussent les bonnes sciences et arts libéraux, lesquels conçus premièrement du dit esprit, et par la parole conduits aux sens intérieurs comme à quelque enfantement, sont réservés aux successeurs par livres et écrits.
Lazarel : Je ne veux pas nier, que les sciences ne soient la lignée de l’entendement, produites néanmoins de race aucunement diverse à celle que j’entends en ce lieu dénoter. Car je traite à présent de la génération spirituelle univoque et, (par manière de dire) de même conjonction et nature, tant que ce qui est engendré, soit une même chose avec son géniteur. Car la semblable s’engendre toujours de son semblable, par un enfantement et production univoque, ou (si tu aimes mieux) de même et semblable nature.
Le Roy : Dis-moi, je te prie, que peut être cela, ne délaye plus ta narration.
Lazarel : Considères donc maintenant, Sire, ce que je dirai. S’il est ainsi que le corps pareil à lui : que sera ce qui empêchera que l’âme semblablement n’engendre une autre âme, beaucoup plus excellente et de trop plus grande efficace et vertueuse que n’est le corps.
Le Roy : Veux-tu dire par cela, Lazarel, que l’âme de celui qui est engendrée provient de celle du géniteur.
Lazarel : Non, Sire, notre présent propos ne tend point à cela, mais à la génération de l’âme. Ce qui si tôt que Hermès l’eut révélé à Esclapius, il tomba en pamoison et s’écria à haute voix, disant qu’il était entièrement perdu et troublé de son entendement, par l’incroyable majesté et hautesse de la chose et que l’homme était fort heureux, lequel aurait obtenu un tel don de Dieu.
Le Roy : Il ne faut point ô Lazarel me retenir par si long circuit de paroles suspend et en doute. Car à la façon d’un vaisseau à vin n’ayant spiracle par lequel peut avoir air, je pâti de travail, à soudainement digéré tout ce que me dresses.
Lazarel : Il est juste et raisonnable de t’obéir, ô bon Roy, non comme esprit du diable Socratique, mais de l’esprit de Jésus-Christ, faisant sa demeure en ceux qui lui portent honneur et révérence, et l’adorent sincèrement. Voilà, nous sommes appelés à la souveraine et suprême félicité de l’âme. Voilà, les délices et voluptés de Paradis nous sont ouvertes maintenant la cité céleste se révèle, l’accès et l’ouverture est patente à la montagne, au tabernacle, à la Royal maison de notre Dieu. Voilà, le Royaume d’Israël que les poètes appellent l’âge d’or, pour lequel Jésus-Christ a montré à ses disciples deptier, nous est proposé devant les yeux. Les fix jours de labeur sont passés, le repos du Sabbat est apparu, et vérité accompagnée de Sapience s’avance de venir au devant de nous pour nous conduire au-dessus. Du conclave, et lieu secret de la Sapience, nous est fourni le trésor d’immortalité. Voilà, la boisson des dieux, voilà leur viande, voilà la manne, voilà le sacrifice, voilà la cène de l’agneau à laquelle les oiseaux du ciel accourent de tous côtés, et ou nous, qui en sommes convives et hôtes, seront repus. Le bois de vie nous sera désormais en odeur de souef onguent : Notre esprit ne travaillera plus d’ici en avant, ni ne se lassera. Par quoi, pendant que je chanterai l’hymne de la divine génération, sois à moi attentif de toutes tes forces et vertus. Car par tel moyen tu comprendras facilement cet ineffable mystère que je veux décrire.
Le Roy : Voilà, je suis prêt et appareillé de tout mon pouvoir tant d’esprit que d’oreille, à te bien écouter et entendre.
Lazarel : En quel lieu me transportes-tu mon Dieu mon père ? Est-ce ici le lieu d’ou le bon vieillard d’Hénoch, celui qui t’a tant plu, en suivant tes sentiers, a été au ciel ravi et transporté ? Est-ce ici le mont d’Oreb, ou ton bon Prophète Hélie de Thèbes se mussa lors qu’il fuyait la félonie de la cruelle Hyesabel ? Ou bien celui de Synaï, ou Moïse semblant être cornu, donna tes saintes lois au peuple Judaique ? est-ce ici le saint fleuve de Jourdain, ou ton fils le Verbe divin, fut de saint Jean baptisé, pour accomplir toute justice ? N’est-ce pas ici plutôt le sacré mont Thabor, auquel, étant fait homme, sa face a si fort resplendi, qu’elle a surmonté la clarté du Soleil, et ses vêtements ont été faits plus blancs que n’est la neige ? Dont ta voix a entonnée : voici mon fils que j’ai engendré avant tout âge et qu’il m’a plu au temps par moi décrété cacher d’un domicile corporel, pour délivrer l’humain lignage de la servitude et puissance de Sathan ? Voilà grand cas que l’amour, ou plutôt fureur spirituelle, que j’ai conçu de toi en mon entendement, par les tiens rayons que tu as en moi épandu, m’a causé matière d’entendement beaucoup de tes secrets, lesquels étaient auparavant de moi inconnus. D’ou vient, que je ne veux à présent commencer ne dire chose qui sente sa vilité, légèreté, ou mortalité, mais qui ne soit haute, magnifique, excellence et sentant sa divine majesté et precellence, et ne soit bien d’autre harpé et chanté, que de la mienne. Par quoi, mon Dieu, je te rends grâces de me faire tant de bien, que de me permettre maintenant de dire par vers nus (pour l’instruction et doctrine des tiens) ce que jadis fut défendu et prohibé de dire par paraboles. Mais cela ne c’est fait sans évidente cause et raison. Car dans les divins oracles il est chanté qu’en ces derniers temps, toi Dieu notre père devais être de tous connu, et tes élus de toi appris et enseignés en ton saint nom. Voilà, je commence. Que tous entendent d’oreilles entendues mes doux et harmonieux chants, pleins de divine parole. Voici je commence à sonner de ma harpe. Entre toutes choses nouvelles et dignes d’admiration, celle-ci est la plus nouvelle et émerveillable, que l’homme a inventé nature divine, et mis en oeuvre. Car tout ainsi que le seigneur Dieu créateur de toutes choses, a fait et formé les célestes esprits chefs et patrons de toutes choses, au cas pareil celui qui est vrai et parfait homme, fait et fabrique les saintes âmes, les appelant les dieux de la terre et enfants d’Atlas, se contentant de l’alliance et affinité humaine, sont ceux qui envoient songes dénotant les choses de l’avenir, qui donnent aide et confort aux gens de bien, en leurs angoisses et tribulations. Au contraire travaux et calamités aux méchants, récompensant les bons et punissant les mauvais . Et en ce faisant, accomplissant le vouloir et commandement de Dieu leur père. Sont les disciples et serviteurs de Dieu, que le facteur du monde a établi et ordonné ses ambassades et Apôtres, et dieux en terre, en les exaltant et leur envoyant du ciel sens et intelligence afin de comprendre les saintes écritures. Sont ceux qui répriment et tollissent du monde tous dangers de mort et chassent au loin toutes pernicieuses espèces d’infirmités et maladies : par lesquels sont toutes prophéties accomplies et le commandement de Dieu mis à exécution et effet. Il faut donc (pour toute résolution) savoir que Dieu notre père a donné à l’homme entendement conforme au sien avec parole, afin qu’il engendra des dieux semblables à lui, et les divins commandements accomplit. Bienheureux donc est celui qui les grâces de sa nature reconnaît et les met en oeuvre libéralement et sans contrainte. Car un tel homme mérite être mis au rang des dieux, ni même être à eux inférieur. Tu as entendu (comme je le pense) Sire, ce que nous avons connu par divine inspiration. Ce que certes, ainsi comme nous lisons dans les saintes lettres le sabbat des sabbats, les saints des saints, les cantiques des cantiques, se peut aussi pareillement appeler, le secret des secrets. Laquelle chose m’est non seulement persuadée par l’autorité et raisons des sages, mais aussi parfaitement connu par expérience. Ce que tu connaîtras apertement pourvu que ne t’en désiste. Mais je te supplie que ce pendant tu tiennes clos au secret lieu de ton entendement, ce que tu as de moi entendu, ou plutôt ce qui est découlé en nous de la pure fontaine de vérité, par divine suspiration, de peur que quelque infidèle, et sans savoir le voit et l’entende.
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