Livre d’Hermès : Dialogue de Loys

Livre d’Hermès Trismégiste.

Corpus Hermeticum version XVIème siècle

Lug Alc

Lazarel, poète chrétien, à Ferdinand Roi, intitulé le bassin d’Hermès : lequel traite la manière de connaître Dieu et soi-même. Traduit du vieux François par C. le Moal
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19. Livre d’Hermès : Dialogue de Loys
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Dialogue concernant les enseignement du Corpus Hermeticum d’Hermès Trismégiste, entre Le Roy et Lazarel.

Introduction.

Après avoir été si longtemps en doute, entre diverses et différentes opinions de plusieurs anciens et modernes, quelle voie nous fallait tenir pour la meilleure et la plus sure pour nous conduire à la vie perdurable et par quel moyen cette tant douteuse et trébuchante foi, pouvait s’affermir en ce mortel manoir, afin de quelque fois acquérir l’éternel repos et perpétuelle félicité : alors qu’en chagrin je faisait à Dieu prières avec pleures et gémissements, l’aide finalement et le réconfort du ciel ne m’a point fait défaut, de la part de celui, qui en un tel désarroi prêta sa main auxiliaire à Saint Pierre. De celui, dis-je, lequel avant tous siècles fit et créa le monde, et qui après avoir été corrompu par toute lubricité, l’a restauré par l’oblation et sacrifice de son propre corps. et qui étant le grand ambassadeur du haut et investigable conseil divin, éclaircit les entendements de sa Sainte lumière. Et étant finalement le prince de toute paix, la moyennée entre Dieu et l’homme, auparavant discordants. Lequel de bouche et de coeur confessons, être vrai Dieu et vrai homme, et le père du siècle futur, que nous attendons juge des morts. Lui donc qui était Pimander en l’entendement d’Hermès, a voulu faire en moi son séjour et qui est l’éternel consolateur de tous esprits troublés, a éclairci le mien entendement de la lumière de vérité, dont j’ai été grandement consolé.

Qui fait que j’estime raisonnable, ô illustre et magnanime Roy, de te faire participer à ma félicité. Et ce, à l’occasion principalement, qu’en cette tienne vieillesse, t’étant déchargé de la pénible administration de ton royaume, et l’ayant transmise à ton fils aîné, et par ce fait étant à présent en repos de corps et d’esprit, tu puisses t’employer de tout coeur à la contemplation, et maintes autres bonnes choses et louables affaires. Par quoi, te voyant être de loisir maintenant, et à ton aise sans crainte de soucis, et par ce moyen idoine prêt à recevoir quelques consolations spirituelles, j’ai bien voulu passer quelques heures avec toi, et te communiquer mon avis sur le propos prétendu, c’est-à-dire, de la manière que nous devons garder, pour parvenir une fois à cette heureuse et perdurable vie. Ou certes il ne faut estimer, qu’en ce faisant j’étudie à l’élégance des vocables, ainsi que les Grecs, mais surtout à leur effet, comme les sages d’Égypte. Car nous éplucherons la vertu seulement par l’importance du mot et non sa propriété ; moyen par lequel nous pourrons acquérir ce souverain bien, que devons sur toutes choses désirer.

-  Le Roy : Or sus donc, dit nous ce qu’il nous faut faire pour obtenir cette félicité.

-  Lazarel : Premièrement, tu n’ignores point (comme je l’estime) avoir été rédigé par écrit des anciens, comme une fois entre autre quelqu’un consultant l’oracle d’Apollon, touchant ce que nous traitons (c’est-à-dire touchant la félicité et la béatitude) qu’il lui fut fait telle réponse : Si tu te connais. Ensemble qu’il est scellé, et gravé dans la pierre :

Connais-toi toi même.

-  Le Roy : Tu veux donc par cela inférer qu’il faut ajouter foi à l’Apollon de Delphes ?

-  Lazarel : Non pas toujours Sire, mais seulement quand il dit chose en accord avec la vérité. Car de fait il dit maintes choses véritables en ses oracles. De manière que si nous voulons feuilleter Porphyre en sa philosophie des Oracles, nous trouverons pour le certain, la chose être telle, comme je le dis. Mais en délaissant le surplus, mettons en évidence ce que l’oracle a exprimé, touchant icelle béatitude. Il dit donc ainsi :

Il n’y eut chemin oncques tant difficile
A cheminer, que celuy de vertu,
Tant qu’a nully reciter n’est facile,
Comment en luy on est souvent perdu.
Égyptiens l’ont premier entendu :
Les Pheniçoys, Assiriens aussi
L’ont puis cogneu : mais sans erreur ne fi
Le peuple Hebreu, de l’esprit incité,
L’a tout esleu, et comme vray choysi.
Dont à bon droict, il doit estre imité.

Y a-t-il chose plus accordante en vérité, que cet oracle ?

-  La Roy : Il me semble ainsi. Mais dis-moi, je te prie, si les Égyptiens ont goûté quelque chose de vérité.

-  Lazarel : Non seulement ils en ont goûté, ô Sire, mais ils s’en sont presque exclusivement remplis. Mais en laissant les autres que dirons nous d’Hermès ? lequel après avoir cherché le droit sentier de la vraie sapience, a laissé à ses successeurs amples enseignements et livres, qu’il a écrit, sinon de haut style, de sentences toutefois notables et authentiques. D’où (ainsi ce que d’aucuns conjecturent) sapience a été aux Hébreux transportée. Car ils pensent d’autant que Moïse était Hébreu, et né en Égypte, aussi qu’il l’ait transportée d’Égypte, aux Hébreux, par le Pentateuque. Et de fait nous lisons aux actes Apostoliques, qu’il était très expert en toutes les disciplines des Égyptiens.

-  Le Roy : Tu sembles, ô Lazarel, être tout Hermétiste, tant tu le couvres de louanges : comme si nul jamais aurait été plus sage que lui.

-  Lazarel : Je suis chrétien, Sire, et je n’ai honte de me dire Hermétiste. Car si diligemment tu considères ses préceptes et enseignements, tu le constateras toi-même que cela n’est pas très éloigné de la doctrine Chrétienne. C’est celui, ô magnanime Roy, que les anciens poètes, ont dit avoir été engendré de Maïa, et qu’ils ont appelé truchement et ambassadeur des dieux : le Dieu d’éloquence, inventeur de l harpe, parfait finalement et accompli en maintes prérogatives. C’est celui, duquel toute l’ancienne Théologie, a tiré son origine et commencement. car quand nous nous tairons de plusieurs livres, par lui fait et composés, lesquels se sont perdus par l’injure des temps, y a-t-il chose plus divine, que ceux que nous avons en mains. Es quels certes il a si parfaitement et au vif écrit de la Sainte Trinité, qu’il n’y a nul, qui (à la condition qu’il le comprenne) ne s’éblouissent en le lisant d’avoir trouvé l’entière et pure vérité d’icelle. Ce qui est cause, que j’ai voulu que ce présent traité, fut appelé le Bassin d’Hermès. Au moyen que ce que avons délibéré traité en celui-ci, par diligente inquisition, touchant la vraie félicité, le puiseront tant de la doctrine évangélique, que des préceptes et enseignements d’Hermès.

-  Le Roy : Poursuis donc. Car j’ai affectueux vouloir d’entendre, ce que tu as promis de déclarer. Et encore que je soi Chrétien, j’ai néanmoins espoir, ensemble avec toi, d’être fait Hermétiste.