Livre d’Hermès : Dialogue avec l’âme.

Livre d’Hermès Trismégiste.

Corpus Hermeticum version XVIème siècle

Lug Alc

Lazarel, poète chrétien, à Ferdinand Roi, intitulé le bassin d’Hermès : lequel traite la manière de connaître Dieu et soi-même. Traduit du vieux François par C. le Moal

ois donc loué saint esprit. Que toutes choses disent louanges à celui qui remplit et contient le monde. Qui est celui qui prenant l’humaine espèce, nous a nettoyé de la maladie spirituelle ?
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Dialogue concernant les enseignement du Corpus Hermeticum d’Hermès Trismégiste, entre Le Roy et Lazarel.

Dialogue avec l’âme.

-  L’âme : C’est celui qui en soi contient tout esprit.

-  Lazarel : Sois donc loué saint esprit. Que toutes choses disent louanges à celui qui remplit et contient le monde. Qui est celui qui prenant l’humaine espèce, nous a nettoyé de la maladie spirituelle ?

-  L’âme : Cela a été Dieu, qui en son sein habite.

-  Lazarel : Sois donc loué celui duquel nous sommes le temple. L’assemblée et congrégation des saints, lui chantent louanges avec actions de grâces. Qui est celui qui voyant le premier homme s’être fourvoyé de la voie de justice originelle, l’a réduit en la droite ?

-  L’âme : C’est celui qui est né de la Vierge.

-  Lazarel : Sois donc loué fils de la Vierge. Que l’homme lui chante louanges et nouveaux cantiques. Qui est celui qui après que les hommes ont encore derechef souillé la sainte image de Dieu, laquelle luit en eux, leur offre sa main salvatrice, afin de les rendre en leur primitive et naturelle beauté ?

-  L’âme : C’est le saint et juste d’Israël.

-  Lazarel : Sois donc loué le rédempteur, qui par sa digne mort, a payé notre transgression et forfaiture. Qui est celui qui toutes choses renouvelle et purifie après qu’elles sont infectées d’ordures ?

-  L’âme : C’est la seule pensée de l’éternel et tout puissant Dieu.

-  Lazarel : Sois donc loué la pensée du père. Que tous siècles lui disent doux et mélodieux chants. Qui est celui finalement qui encore que nous soyons tombés de notre première dignité, ne trouve étrange de nous restituer au noble trône de sa royale majesté.

-  L’âme C’est le conseil du souverain père.

-  Lazarel : Or sus mon âme puisque ces choses sont et que je les connais telles, rejette de toi les liens de la chair et élève toi totalement en Dieu. Mon âme que donneras-tu à ton père légitime, pour tout ce qu’il te donne. Quel présent feras-tu à son fils Jésus-Christ ? que donneras-tu au saint Esprit pour récompense de ses biens ?

-  L’âme : Le doux et harmonieux chants de louange.

-  Lazarel Sois donc loué et magnifié celui qui tout meut et gouverne. Celui qui est lui seul tout, un seul Dieu en essence, et triple en personne. Nous avons contemplé jusqu’ici, très magnanime et vertueux Roy. Or poursuivons maintenant ce qui est de reste.

-  Le Roy : Je te promets que j’ai esprit d’un grand et affectueux amour de Dieu, par cet hymne que tu viens de chanter, en ce principalement qu’il à l’homme telles prérogatives. Et non seulement ait été d’amour divin embrasé, mais aussi presque ravi et transporté hors de moi-même, comme il advient à ceux qui d’aventure rencontre une Torpille. Car ton hymne et cantique, m’a semblé non pas comme celui qui procède de l’inspiration des Muses, mais comme provenant de la puissance et majesté du Verbe de Dieu. Ce n’est point donc de merveille, s’il enflamme si fort et attire à soi le mien entendement et le transporte hors de son manoir.

-  Lazarel : Il faut donc dorénavant être en peine de mettre que tel amour divin persévère en nous et accroisse de jour en jour. Et qu’il devienne si fort qu’il convertisse les choses inférieures en supérieures, et les conjoint et unit ensemble. Premièrement contemplation excite amour, lequel excité puis après convertit à Dieu l’humain entendement. Lequel ainsi converti, est en Dieu derechef de telle sorte formé, que reprenant sa naïve vertu et vigueur, qu’il avait perdu par des affections désordonnées aux choses matérielles, fait qu’après il puisse par sa parfaite vertu être une chose plus admirable et de plus grande importance que n’en fait la nature même du ciel.

-  Le Roy : Il convient donc (comme je puis connaître par la tienne exhortation) s’employer de tous ses sens à aimer Dieu. Mais je te prie de me dire d’abondant que doit faire l’humain esprit après qu’il est été ainsi formé.

-  Lazarel : c’est prudemment interrogé à toi, Sire, à l’occasion que jamais nul ne s’acquittera dûment de ce qu’il ignore, sois donc à moi attentif de ton pouvoir, afin que tout ainsi que tu as été par la grâce de Dieu ordonné et établi Roy en ce corps mortel, au pareil cas quand pas la dissolution du corps et de l’âme, tu t’envoleras au dessus du ciel, tu persévères à jamais Roy avec Dieu, en seigneurie et empire perpétuel, étant de lumière spirituelle couronné. Or sommes nous venus maintenant jusqu’à l’entrée de la clarté ou habite Dieu. Par quoi entends, à cette fin que tu y puisses plus aisément entrer.

-  Le Roy : Me voilà attentif, n’affectant autre chose, sinon que d’y être par tout introduit.

-  Lazarel : Il nous faut entendre, Sire, outre tout ce qui a été dit, que Dieu est fécond, d’autant qu’il est l’auteur et créateur de toutes choses. Qu’il est la cause pourquoi Hermès l’appelle très plein de fertilité de l’un et l’autre sexe : Et que Orphée le dit être mâle et femelle. Ce qu’à cette fin que tu crois plus fermement être ainsi entend lui même le confirmer par la bouche du Prophète Isaïe. À savoir mon (dit-il- moi qui fait les autres enfanter, se n’enfanterai-je point ? Et qui donne lignée aux autres, si fertile je serai a dit ton seigneur Dieu ? Saint Denys pareillement au livre des noms divins dit, qu’attendu qu’il ne fut jamais qu’il n’y eut un parfait amour au souverain bien, aussi ne lui a-t-il permis aucunement être en lui sans faire quelque fruit, de sorte qu’il a ému à oeuvrer par la générative excellence de toutes choses.

-  Le Roy : Je ne voudrais faire doute que tout ce que tu récites ne fut vrai. Mais Lazarel, dis-moi, je te prie, quel profit rapportons à la fin, de la notice de cette divine fertilité.

-  Lazarel : Je te le donnerai présentement à entendre, Sire. Puisque donc tu as entendu cette divine fertilité, il te faut conséquemment entendre, que tout ainsi que l’homme est la gloire et image de Dieu, qu’il a pareillement remparé et muni (comme le dit Hermès) ainsi que lui, de fécondité des deux sexes.

-  Le Roy : Un chacun entend prou cela, et le sait par manifeste expérience. De manière que non seulement nous voyons nous l’homme être fécond , mais aussi pareillement les autres animaux. Ce que s’il était autrement, leurs genres n’eussent persévéré par si longs espaces de temps.