Livre d’Hermès : Ce que le Roi veut entendre.

Livre d’Hermès Trismégiste.

Corpus Hermeticum version XVIème siècle

Lug Alc

Lazarel, poète chrétien, à Ferdinand Roi, intitulé le bassin d’Hermès : lequel traite la manière de connaître Dieu et soi-même. Traduit du vieux François par C. le Moal

C’est assez d’avoir jusqu’ici invoqué Dieu pour le présent. par quoi, Sire, il fera en toi maintenant de réciter ce que tu désires t’être par moi exprimé selon le propos prétendu.
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Dialogue concernant les enseignement du Corpus Hermeticum d’Hermès Trismégiste, entre Le Roy et Lazarel.

Ce que le Roy veut entendre.

C’est assez d’avoir jusqu’ici invoqué Dieu pour le présent. par quoi, Sire, il fera en toi maintenant de réciter ce que tu désires t’être par moi exprimé selon le propos prétendu.

-  Le Roy : Pour autant que celui que tu viens de tenir, est de tant sacrées sentences rempli, il a si fort retiré mon vouloir du premier, qu’il m’est survenu un grand désir d’entendre (premier que de venir au principal) beaucoup de choses que tu as en icelui récitées.

-  Lazarel : Quand nous serons parvenus à la fin de celui que nous avons commencé à traiter, Sire, lors tu entendras apertement, ce que tu souhaites entendre, et maintes autres choses, lesquelles te seront par moi déclarées. Mais à présent diligentons-nous de poursuivre, ce que nous avons entrepris de déduire. Ce que certes je répéterai, ainsi que me réduiras en mémoire, et remettras sus, ce qu’aura été touché auparavant, Or à fin qu’il ne semble que j’ai pris mon commencement de l’oracle d’Apollon, mais de la doctrine d’Hermès, entend ce que je veux dire conséquemment. Toutes choses donc dès le commencement, étant faits et créées, Hermès acertaine Dieu avoir ainsi à haute voix crié. Pullulez, gestez surgeons, croissez, multipliez, et dilatez vous toutes mes semences, et toutes mes oeuvres. Vous pareillement auxquels est prêté quelque portion d’entendement, reconnaissez votre genre, et considérez que votre nature est immortelle. sachez, l’amour désordonné de ce corps, être la cause de la mort. Ce que certes s’accorde à Moïse au livre de la Genèse (2.3) :Car ces paroles d’Hermès est contenu dans le bois de vie, par lequel nous vivons : et celui de science du bien et du mal, par lequel nous mourons. Par laquelle chose nous est commandé (comme on peut aisément l’apercevoir) de nous connaître nous-mêmes.

-  Le Roy : Je suis révoqué de ma première demande, et ai vouloir d’être appris de toi, quel bois c’est que l’on appelle le bois de vie et le bois de science du bien et du mal. Car quant à ceci à grand peine en trouve-t-on aucune déclaration entre les Saints docteurs, ou pour le moins (s’il s’en trouve) qui ne soit bien enveloppée. De manière que je ne me puis assez émerveiller comme se fait que ce, dont dépend l’entière ruine du genre humain, et sur quoi est fondée tout le sujet des saintes lettres, soit demeuré totalement inconnu et indéfini. d’avantage comme précepte en Adam (duquel nous dépendons par origine) a été tellement en nous planté et enraciné (qui sommes sa lignée par dérivation) qu’avons encouru tel péril comme lui par sa désobéissance : au moyen de quoi nous sommes continuellement en pareil danger de perdition, comme il a été. ce que s’apperçoit en cela principalement, qu’il nous est impossible d’éviter, ce qui nous est inconnu. or, lisons nous en ces saintes lettres, ce bois (duquel est notre propos) avoir été, non moins corporel que les autres arbres : mais de quel arbre ait été ce bois, il ne s’en trouve rien : ni mêmement lisons nous ce précepte avoir été révoqué de Dieu, après la transgression d’Adam.

-  Lazarel : J’ai autrefois lu, ô Sire, une sentence de Philo Alexandrin, au second livre qu’il a écrit de l’agriculture, diverse à celle que j’ai un peu au dessus mentionnée, laquelle est telle. Le labourage (dit-il) des plantes du Paradis terrestre, est conséquemment accordant aux choses, que nous avons dit ci-dessus. car l’on dit que Dieu avait planté un lieu de volupté en Eden vers l’Orient, ou il avait mis l’homme : qu’il avait fait auparavant du limon de terre. D’estimer, donc qu’il y eut en ce lieu vignes, arbres, comme Oliviers, Pommiers de grenades, et autres semblables, c’est une grande folie. or est-il que ce Philo fut jadis Hébreu, homme fort estimé en sagesse et prudence (et comme récite saint Jérôme en son livre des illustres personnes) contemporaine des Apôtres, ayant grande familiarité à Saint Pierre, le prince des dits Apôtres, et à Saint Marc l’évangéliste. Par lesquelles choses on peut cuidemment connaître que le commencement de la primitive philosophie, et de tout ce que l’on a, puis après par diligente inquisition controuvé, a son fondement sur les oracles des saintes lettres. Pour autant donc, ô Roy, que tu me contrains à soigneusement éplucher la vraie et saine intelligence, de ce qui a été sans aucune parfaite décision délaissé de ceux, qui ont divinement parlé (car de fait aussi au regard des choses divines, l’humaine considération, est coutumièrement déçue) je veux que ceci , et ce qui s’ensuivra puis après, ne soit de nous autrement acertené, qu’il est de notre mère Sainte Église et assemblée des fidèles, approuvé, et maintenu pour vérité. car si ainsi est que Platon en ses lois prohibe de rien innover ou ajouter à ce qu’on a reçu de l’oracle de Delphes, ou de Dodon, ou de Ammon, ni même scinder aucune chose en quelques vieilles oraisons qu’on dit avoir été révélées, par inspirations des Dieux, à moindre raison ne doit-on rien innover de ce qui nous a été donné par les Saints Prophètes et élus du Dieu vivant, et même par Jésus Christ notre sauveur, vrai Dieu et vrai homme. Et d’avantage, si ainsi est (comme le dit Platon en son Thimeus récit) qu’il faille de nécessité ajouter foi à ceux qu’il appelle fils des dieux, encore que leur dire ne soit confirmé et corroboré de vraisemblable opinion, à plus forte raison convient-il avoir foi indubitable aux oracles et enseignements du vrai Dieu Jésus Christ, et aux commandements de ses Prophètes et élus.

-  Le Roy : Ajoute d’abondant (s’il te plaît) qu’attendu que nous ayons reçu maintes grâces et prérogatives de notre Dieu par le ministère de sa sainte Église, et de ses ministres, qu’il est pareillement juste et raisonnable de lui soumettre tant nos faits, que nos dires. Mais Lazarel, acquitte toi maintenant du parsus et poursuis ce que tu as intention de dire.

-  Lazarel : Il n’est pas, ô Roy, que tu naies entendu et lu souventefois (comme je le crois) es divins oracles, Dieu avait pour l’amour de l’homme fait et créé toutes choses et l’homme pour l’amour de Lui.

-  Le Roy : Il est vrai, nous l’avons entendu et lu maintes fois.

-  Lazarel : Après donc qu’il eut ainsi créé l’homme pour l’amour de lui, afin qu’il le reconnue en tant que Seigneur et Créateur, et qu’il obéit à sa divine volonté, il lui donna pareillement une portion de sa divine intelligence. Et ce à celle fin, que par le discours d’icelle il puisse s’élever en divine contemplation, et en contemplant Dieu, il attirait à soi les substantiels rayons de la splendeur et clarté, et par ce moyen acquit et obtint sapience, et finalement la vie éternelle. Ce qui a été signifié par la parabole de ceux, qui sont ravis en la contemplation de leur âme, et de ce que Moïse appelle bois de vie.

-  Le Roy : Tu veux donc conclure par cela, ô Lazarel, que le bois de vie, dénote l’élévation d’esprit en choses divines.