Livre d’Eliphas Levi : Le magnétisme du Bien

Livre troisième du Grand Arcane.

Le livre du Grand Arcane d’Hermès

Eliphas Lévi

Livre du Grand Arcane par Eliphas Levi ; la science d’Hermès et ses applications ésotériques, alchimiques et mystiques.
Le Mystère sacerdotal ou l’Art de se faire servir par les esprits.
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L’Académie d’Hermès


Livre troisième, du Grand Arcane d’Eliphas Lévi chapite 16 : LE MAGNÉTISME DU BIEN.

On dit, et l’on répète tous les jours, que les gens de bien sont malheureux en ce monde tandis que les méchants prospèrent et sont heureux. C’est un stupide et abominable mensonge.

Ce mensonge vient de l’erreur vulgaire qui confond la richesse avec le bonheur ; comme si l’on pouvait dire sans folie que Tibère, Caligula, Néron, Vitellius ont été heureux ; ils étaient riches pourtant, et de plus ils étaient les maîtres du monde et pourtant leur coeur était sans repos, leurs nuits sans sommeil, et leur conscience était fouettée par les furies.

Est-ce qu’un pourceau deviendrait un homme quand même on lui servirait des truffes dans une auge d’or.

Le bonheur est en nous ; il n’est pas dans nos écuelles et Malfilâtre mourant de faim eût mérité sa destinée s’il eût regretté alors de n’être pas un pourceau à l’engrais.

Lequel est le plus heureux de Socrate ou de Trimalcyon ? (Ce personnage de Petrove est la caricature de Claude.) Trimalcyon serait mort d’une indigestion si on ne l’eût pas empoisonné.

Il est des gens de bien qui souffrent la pauvreté et même la misère, je n’en disconviens pas, mais souvent c’est par leur faute, et souvent aussi, c’est leur pauvreté même qui conserve leur honnêteté. La richesse peut-être les corromprait et les perdrait. Il ne faut pas considérer comme véritables gens de bien ceux qui appartiennent à la foule des sots, des courages médiocres et des volontés molles, ceux qui obéissent aux lois par crainte ou par faiblesse, les dévots qui ont peur du diable et les pauvres diables qui ont peur de Dieu. Tous ces gens-là sont le bétail de la sottise et ne savent profiter ni de l’or ni de la richesse, ni de la misère ; mais le sage, le vrai sage, peut-on jamais sérieusement le plaindre, et lorsqu’on lui fait du mal n’est-ce pas toujours par envie ? Mais plusieurs de mes lecteurs vont dire ici d’un air désappointé : vous nous promettez de la magie et vous faites de la morale. Nous avons assez de philosophie, parlez-nous maintenant des forces occultes. - Soit, vous qui avez lu mes livres, vous savez ce que signifient les deux serpents du caducée d’Hermès, ce sont les deux courants contraires du magnétisme universel. Le serpent de lumière créatrice et conservatrice et le serpent du feu éternel qui dévore pour régénérer.

Les bons sont aimantés, vivifiés et conservés par la lumière impérissable, les méchants sont brûlés par le feu éternel.

Il y a communion magnétique et sympathique entre les enfants de la lumière, ils se baignent tous dans la même source de vie ; ils sont heureux tous du bonheur les uns des autres.

Le magnétisme positif est une force qui rassemble et le magnétisme négatif est une force qui disperse.

La lumière attire la vie et le feu porte avec lui la destruction.

Le magnétisme blanc, c’est la sympathie, et le magnétisme noir, c’est l’aversion.

Les bons s’aiment les uns les autres et les méchants se haïssent les uns les autres parce qu’ils se connaissent.

Le magnétisme des bons attirent à eux tout ce qui est bon et lorsqu’il n’attire pas les richesses, c’est qu’elles leurs seraient mauvaises.

Les héros de l’antique philosophie et du Christianisme primitif n’embrassaient-ils pas la sainte pauvreté comme une sévère gardienne du travail et de la tempérance ? D’ailleurs, les gens de bien sont-ils jamais pauvres ? N’ont-ils pas toujours des choses magnifiques à donner ? Etre riche, c’est donner ; donner c’est amasser, et la fortune éternelle se forme uniquement de ce qu’on donne.

Il existe réellement et en vérité une atmosphère du bien comme une atmosphère du mal. Dans l’une, on respire la vie éternelle et dans l’autre, la mort éternelle.

Le cercle symbolique que forme le bon serpent se mordant la queue, le pléroma des gnostiques, le nimbe des saints de la légende dorée, c’est le magnétisme du bien.

Toute tête sainte rayonne, et les rayonnements des saints s’entrelacent les uns les autres pour former des chaînes d’amour.

Aux rayons de grâce se rattachent les rayons de gloire ; les certitudes du ciel fécondent les bons désirs de la terre. Les justes qui sont morts ne nous ont pas quittés ; ils vivent en nous et par nous, ils nous inspirent leurs pensées et se réjouissent des nôtres. Nous vivons dans le ciel avec eux et ils luttent avec nous sur la terre car nous l’avons dit et nous le répétons solennellement encore, le ciel symbolique, le ciel que les religions promettent au juste n’est pas un bien, c’est un état des âmes ; le ciel c’est l’harmonie éternelle généreuse et l’enfer, l’irrémédiable enfer, c’est le conflit inévitable des instincts lâches.

Mahomet, suivant les habitudes du style oriental, présentait à ses disciples une allégorie qu’on a prise pour un conte absurde à peu près comme le fait Voltaire pour les paraboles de la Bible.

Il existe, disait-il, un arbre nommé Tuba si vaste et si touffu qu’un cheval lancé au galop et partant du pied de cet arbre galoperait pendant cent ans avant de sortir de son ombre. Le tronc de cet arbre est d’or, ses branches portent pour feuilles des talismans faits de pierreries merveilleuses qui laissent tomber, dès qu’on les touche, tout ce que les vrais croyants peuvent désirer, tantôt des mets délicieux, tantôt des vêtements splendides. Cet arbre est invisible pour les impies mais il introduit une de ses branches dans la maison de tous les justes et chaque branche a les propriétés de l’arbre entier. Cet arbre allégorique, c’est le magnétisme du bien. C’est ce que les Chrétiens appellent la grâce. C’est ce que le symbolisme de la Genèse désigne sous le nom de l’arbre de vie. Mahomet avait deviné les secrets de la science et il parle comme un initié lorsqu’il raconte les beautés et les merveilles de l’arbre d’or, du gigantesque arbre Tuba.

Il est pas bon que l’homme soit seul, a dit la sagesse éternelle, et cette parole est l’expression d’une loi. Jamais l’homme n’est seul soit dans le bien soit dans le mal. Son existence et ses sensations sont en même temps individuelles et collectives.

Tout ce que les hommes de génie trouvent ou attirent de lumière rayonne pour l’humanité entière. Tout ce que les justes font de bien profite en même temps à tous les justes et mérite des grâces de repentir aux méchants. Le coeur de l’humanité a des fibres dans tous les coeurs.

Tout ce qui est vrai est beau, il n’y a rien de vain sous le soleil que l’erreur et le mensonge. La douleur même et la mort sont belles parce qu’elles sont le travail qui purifie et la transfiguration qui délivre. Les formes passagères sont vraies parce qu’elles sont les manifestations de la force et de la beauté éternelle. L’amour est vrai, la femme est sainte et sa conception est immaculée. La vraie science ne trompe jamais, la foi, raisonnable n’est pas une illusion.

Le rire de la gaieté sympathique est un acte de foi, d’espérance et de charité. Craindre Dieu c’est le méconnaître, il ne faut craindre que l’erreur. L’homme peut tout ce qu’il veut lorsqu’il ne veut que la justice. Il peut même, s’il le veut, se précipiter dans l’injustice, mais il s’y brisera. Dieu se révèle à l’homme dans l’homme et par l’homme. Son vrai culte, c’est la charité. Les dogmes et les rites changent et se succèdent ; la charité ne change, pas et sa puissance est éternelle.

Il n’y a qu’une seule et véritable puissance sur la terre comme au ciel, c’est celle du bien. Les justes sont les seuls maîtres du monde. Le monde a des convulsions lorsqu’ils souffrent ; il se transforme quand ils meurent. L’oppression de la justice est une compression d’une force bien autrement terrible que celle des matières fulminantes. Ce ne sont pas les peuples qui font les révolutions, ce sont les rois. La juste personne est inviolable, malheur à qui la touche ! Les Césars sont tombés en cendres, brûlés par le sang des martyrs. Ce qu’un juste veut, Dieu l’approuve. Ce qu’un juste écrit, Dieu le signe et c’est un testament éternel.

Le grand mot de l’énigme du sphinx, c’est Dieu dans l’homme et dans la nature. Ceux qui séparent l’homme de Dieu le séparent de la nature parce que la nature est pleine de Dieu et repousse avec horreur l’athéisme. Ceux qui séparent l’homme de la nature sont comme des fils qui, pour honorer leur père, lui couperaient la tête. Dieu est pour ainsi dire la tête de la nature ; sans lui elle ne serait pas, sans elle il ne se manifesterait pas.

Dieu est notre père, mais c’est la nature qui est notre mère. Honore ton père et ta mère, dit le Décalogue, afin que tu vives longuement sur la terre. Emmanuel Dieu est avec nous, tel est le mot sacré des initiés connus seulement sous le nom de Frères de la Rose-Croix. C’est en ce sens que Jésus-Christ a pu sans blasphémer se dire le fils de Dieu et Dieu lui-même. C’est en ce sens qu’il veut que nous ne fassions qu’un avec lui comme il ne fait qu’un avec son père, et qu’ainsi l’humanité régénérée réalise en ce monde le grand Arcane de l’homme Dieu.

Aimons Dieu les uns dans les autres, car Dieu ne se montrera jamais autrement à nous. Tout ce qu’il y a d’aimable en nous, c’est Dieu qui est en nous, et l’on ne peut aimer que Dieu et c’est toujours Dieu qu’on aime quand on sait véritablement aimer.

Dieu est lumière et il n’aime pas les ténèbres. Si donc nous voulons sentir Dieu en nous, éclairons nos âmes. L’arbre de la science n’est un arbre de mort que pour Satan et ses apôtres, c’est le mancenillier des superstitions, mais pour nous c’est l’arbre de vie.

Etendons les mains et prenons les fruits de cet arbre ; il nous guérira des appréhensions de la mort.

Alors, nous ne dirons plus comme de stupides esclaves : Ceci est bien parce qu’on nous l’ordonne en nous promettant une récompense, et cela est mal parce qu’on nous le défend en nous menaçant du supplice.

Mais nous dirons : Faisons cela parce que nous savons que c’est bien et ne faisons pas ceci parce que nous savons que c’est mal.

Et ainsi sera réalisée la promesse du serpent symbolique : Vous serez comme des Dieux connaissant le bien et le mal.

FIN