Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.
De la Lumière.
L’origine de la lumière nous prouve Sa nature Spirituelle. Avant que la matière commençât à recevoir sa forme, Dieu forma la lumière ; elle se répandit aussitôt dans la matière, qui lui servie comme de mèche pour son entretien. La manifestation de la lumière fut donc comme le premier acte que Dieu exerça sur la matière ; le premier mariage du créateur avec la créature, et celui de l’esprit avec le corps. Répandue d’abord partout, la lumière sembla se réunir dans le Soleil, comme plusieurs rayons se réunissent dans un point. La lumière du Soleil est par conséquent un esprit lumineux, attaché inséparablement à cet Astre, donc les rayons se revêtent des parties de l’Ether pour devenir sensibles à nos yeux. Ce sont des ruisseaux qui coulent sans cesse d’une source inépuisable, et qui se répandent dans la vaste étendue de tout l’Univers.
Il ne faut cependant pas en conclure que ces rayons sont purement spirituels. Ils se corporifient avec l’Ether comme la flamme avec la fumée. Fournissons dans nos foyers un aliment perpétuellement fumeux, nous aurons une flamme perpétuelle.
La nature de la lumière est de fluet sans cesse ; et nous sommes convenus d’appeler rayons ces éfluxions du Soleil mêlées avec l’Ether. Il ne faut donc pas confondre la lumière avec le rayon, ou la lumière avec la splendeur et la clarté. La lumière est la cause, la clarté est l’effet.
Quand une bougie allumée s’éteint, l’esprit igné et lumineux qui enflamme la mèche, ne se perd pas, comme on le croit communément. Son action seule disparaît quand l’aliment lui manque, ou qu’on l’en retire. Il se répand dans l’air, qui est le réceptacle de la lumière, et des natures spirituelles du monde matériel.
De même que les corps retournent, par la résolution, à la matière d’où ils tirent leur origine ; de même aussi les formes naturelles des individus retournent à la forme universelle, ou à la lumière, qui est l’esprit vivifiant de l’Univers. On ne doit pas confondre cet esprit avec les rayons du Soleil, puisqu’ils n’en sont que le véhicule. Il pénètre jusqu’au centre même de la terre, lorsque le Soleil n’est pas sur notre horizon.
La lumière est pour nous une vive image de la Divinité. L’amour Divin ne pouvant, pour ainsi dire, se contenir dans lui-même, s’est comme répandu hors de lui, et multiplié dans la création. La lumière ne se renferme pas non plus dans le corps lumineux : elle se répand, elle se multiplie, elle est comme Dieu une source inépuisable de biens. Elle se communique sans cesse sans aucune diminution ; elle semble même prendre de nouvelles forces par cette communication, comme un maître qui enseigne à ses disciples les connaissances qu’il a, sans les perdre, et même en les imprimant davantage dans son esprit.
Cet esprit igné porté dans les corps par les rayons, s’en distingue fort aisément. Ceux-ci ne se communiquent qu’autant qu’ils ne trouvent dans leur chemin point de corps opaques qui en arrêtent le cours. Celui-là pénètre même les corps les plus denses, puisqu’on sent la chaleur au côté d’un mur opposé au côté où tombent les rayons, quoiqu’ils n’y aient pu pénétrer. Cette chaleur subsiste même encore après que les rayons sont disparus avec le corps lumineux.
Tout corps diaphane, le verre particulièrement, transmet cet esprit igné et lumineux sans transmettre les rayons : c’est pourquoi l’air qui est derrière, en fournissant un nouveau corps à cet esprit, devient illuminé et forme des rayons nouveaux, qui se répandent comme les premiers. D’ailleurs tout corps diaphane, en servant de milieu pour transmettre cet esprit, se trouve non seulement éclairé, mais devient lumineux ; et cette augmentation de clarté se manifeste aisément à ceux qui y font un peu d’attention. Cette augmentation de splendeur n’arriverait pas si le corps diaphane transmettait les rayons tels qu’il les a reçus.
M. Pott paraît avoir adopté ces idées des Philosophes Hermétiques sur la lumière, dans son Essai d’observations Chymiques et Physiques sur les propriétés et les effets de la lumière et du feu. Il s’est parfaitement rencontré avec d’Espagnet, dont j’analyse ici les sentiments, et qui vivait il y a près d’un siècle et demi. Les observations que ce savant Professeur de Berlin rapporte, concourent toutes à prouver la vérité de ce que nous avons dit jusqu’ici. Il appelle la lumière le grand et merveilleux agent de la Nature. Il dit que sa substance, à cause de la ténuité de ses parties, ne peut être examinée par le nombre, par la mesure ni par le poids, que la Chymie ne peut exposer sa forme extérieure, parce que dans aucune substance elle ne peut être con-çue, encore moins exprimée ; que sa dignité et son excellence sont annoncées dans l’Ecriture Sainte, où Dieu se fait appeler du nom de lumière et de feu : puisqu’il y est dit, que Dieu est une lumière, qu’il demeure dans la lumière ; que la lumière est son habit ; que la vie est dans la lumière, qu’il fait ses Anges flammes de feu, etc. et enfin que plusieurs personnes regardent la lumière plutôt comme un être spirituel que comme une substance corporelle. En réfléchissant sur la lumière, la première chose, dit cet Auteur, qui se présente à mes yeux et à mon esprit, c’est la lumière du Soleil ; et je présume que le Soleil est la source de toute la lumière qui se trouve dans la Nature ; que toute la lumière y rentre comme dans son cercle de révolution, et que de là elle est de nouveau renvoyée sur notre globe.
Je ne pense pas, ajoute-t-il, que le Soleil contienne un feu brûlant, destructif, mais il renferme une substance lumineuse, pure, simple et concentrée, qui éclaire tout. Je regarde la lumière comme une substance qui réjouit, qui anime, et qui produit la clarté ; en un mot, je la regarde comme le premier instrument que Dieu mit et met encore en oeuvre dans la Nature. De là vient le culte que quelques Païens ont rendu au Soleil ; de là la fable de Prométhée qui déroba le feu dans le Ciel, pour le communiquer à la terre.
M. Pott n’approuve cependant pas en appa-rence, mais il le fait en réalité, le sentiment de ceux qui font de l’Ether un véhicule de la matière de la lumière, parce qu’ils multiplient, dit-il, les êtres sans nécessité. Mais si la lumière est un être si simple qu’il l’avoue, pourra-t-elle le manifester autrement que par quelque substance sensible ? Elle a la propriété de pénétrer très subtilement les corps par sa ténuité supérieure à celle de l’air, et par son mouvement progressif, le plus rapide qu’on puisse imaginer mais il n’ose déterminer s’il est dû à une substance spirituelle, quoiqu’il soit certain que le principe moteur est aussi ancien que cette substance même. Le mouvement, comme mouvement, ne produit pas la lumière, mais il la manifeste dans les matières convenables. Elle ne se montre que dans les corps mobiles, c’est-à-dire, dans une matière extrêmement subtile, fine et propre au mouvement précipité, soit que cette matière s’écoule immédiatement du Soleil, ou de son atmosphère, et qu’elle pénètre jusqu’à nous ; soit, ce qui parait, dit-il, plus vraisemblable, que le Soleil mette en mouvement ces matières extrêmement subtiles, dont notre atmosphère est remplie.
Voilà donc un véhicule de la lumière, et un véhicule qui ne diffère point de l’Ether ; puisque ce Savant ajoute plus bas : c’est donc aussi là la cause du mouvement de la lumière qui agit sur notre Ether, et qui nous vient principalement, et plus efficacement du Soleil. Ce véhicule n’est donc pas, même selon lui, un être multiplie sans nécessité.
Il distingue très bien le feu de la lumière, et marque la différence de l’un et de l’autre ; mais après avoir dit que la lumière produit la clarté, il confond ici cette dernière avec le principe lumineux, comme ou peut le conclure des expériences qu’il rapporte. J’en aurais conclu qu’il y a un feu et une lumière qui ne brûlent pas, c’est-à-dire, qui ne détruisent pas les corps auxquels ils sont adhérants ; mais non pas qu’il y a une lumière sans feu. Le défaut de distinction entre le principe ou la cause de la splendeur et de la clarté, et l’effet de cette cause est la source d’une infinité d’erreurs sur cette matière.
Peut-être n’est-ce que la faute du Traducteur qui aura employé indifféremment les termes de lumière et clarté comme synonymes. Je serais assez porté à le croire, puisque M. Pott, immédiatement après avoir rapporté divers phénomènes des matières phosphoriques, le bois pourri, les vers lumineux, l’argile calcinée et frottée, etc. dit, que la matière de la lumière dans sa pureté, ou séparée de tout autre corps, ne se laisse pas apercevoir, que nous ne la traitons qu’entourée d’une enveloppe, et que nous ne connaissons sa présence que par induction. C’est distinguer proprement la lumière de la clarté qui en est l’effet. Avec cette distinction il est aisé de rendre raison d’une infinité de phénomènes très difficiles à expliquer sans cela.
La chaleur, quoique effet du mouvement, est comme identifiée avec lui. La lumière étant le principe du feu, l’est du mouvement et de la chaleur. Celle-ci n’étant qu’un moindre degré de feu, ou le mouvement produit par un feu plus modéré, ou plus éloigné du corps affecté. C’est à ce mouvement que l’eau doit sa fluidité, puisque sans cette cause elle devient glace.
On ne doit donc pas confondre le feu élémentaire avec le feu des cuisines ; et observer que le premier ne devient un feu actuel brûlant que lorsqu’il est combiné avec des substances combustibles ; il ne donne par lui-même ni flamme, ni lumière. Ainsi le phlogistique ou substance huileuse, sulfureuse, résineuse n’est pas le principe du feu, mais la matière propre à l’entretenir, à le nourrir et à le manifester.
Les raisonnements de M. Pott prouvent que le sentiment de d’Espagnet et des autres Philosophes Hermétiques sur le feu et la lumière, est un sentiment raisonné, et très conformes aux observations Physico-Chymiques les plus exactes, puisqu’ils sont d’accord avec ce Savant Professeur de Chymie dans l’Académie des Sciences et Belles Lettres de Berlin. Ces Philosophes connaissaient donc la Nature : et s’ils la connaissaient, pourquoi ne pas plutôt essayer de lever le voile obscur sous lequel ils ont caché ses procédés par leurs discours énigmatiques, allégoriques, fabuleux, que de mépriser leurs raisonnements, parce qu’ils paraissent intelligibles ; ou de les accuser d’ignorance et de mensonge ?
De la conservation des Mixtes.
L’esprit igné, le principe vivifiant donne la vie et la vigueur aux mixtes ; mais ce feu les consumerait bientôt, si son activité n’était modérée par l’humeur aqueuse qui les lie. Cet humide circule perpétuellement dans tous. Il s’en fait une révolution dans l’Univers, au moyen de laquelle les uns se forment, se nourrissent, augmentent même de volume pendant que son évaporation et son absence font dessécher et périr les autres.
Toute la machine du monde ne compose qu’un corps, dont toutes les parties sont liées par des milieux qui participent des extrêmes. Ce lien est caché, ce noeud est secret ; mais il n’en est pas moins réel, et c’est par son moyen que toutes ces parties se prêtent un secours mutuel, puisqu’il y a un rapport, et un vrai commerce entre elles. Les esprits émissaires des natures supérieures sont et entretiennent cette communication ; les uns s’en vont quand les autres viennent ; ceux-ci retournent à leur source quand ceux-là en descendent ; les derniers venus prennent la place, ceux-ci partent à leur tour, d’autres leur succèdent ; et par ce flux et reflux continuels, la Nature se renouvelle et s’entretient. Ce sont les ailes de Mercure, à l’aide desquelles le messager des Dieux rendait de si fréquentes visites aux habitants du Ciel et de la Terre.
Cette succession circulaire d’esprits se fait par deux moyens, la raréfaction et la condensation, que la Nature emploie pour spiritualiser les corps et corporifier les esprits ; ou, si l’on veut, pour atténuer les éléments grossiers, les ouvrir, les élever même à la nature subtile des matières spi-rituelles, et les faire ensuite retourner à la nature des éléments grossiers et corporels. Ils éprouvent sans cesse de telles métamorphoses. L’air fournit à l’eau une substance ténue éthéréenne qui commence à s’y corporifier ; l’eau la communique à la terre où elle se corporifie encore plus. Elle devient alors un aliment pour les minéraux et les végétaux. Dans ceux-ci, elle se fait tige, écorce, feuilles, fleurs, fruit ; en un mot, une substance corporelle, palpable.
Dans les animaux, la Nature sépare le plus subtil, le plus spirituel du boire et du mangée pour le tourner en aliment. Elle change, et spécifie la plus pure substance en semence, en chair, en os, etc. et laisse la plus grossière et la plus hétérogène pour les excréments. L’art imite la Nature dans ses résolutions et ses compositions.
De l’humide radical.
La vie et la conservation des individus consiste dans l’union étroite de la forme et de la matière. Le noeud, le lien qui forme cette union consiste dans celle du feu inné avec l’humide radical. Cet humide est la portion la plus pure, la plus digérée de la matière, et comme une huile extrêmement rectifiée par les alambics de la Nature. Les Semences des choses contiennent beaucoup de cet humide radical, dans lequel une étincelle de feu céleste se nourrit ; et mis dans une matrice convenable, il opère, quand il est aidé constamment, tout ce qui est nécessaire à la génération.
On trouve quelque chose d’immortel dans cet humide radical ; la mort des mixtes ne le fait évanouir ni disparaître. Il résiste même au feu le plus violent, puisqu’on le trouve encore dans les cendres des cadavres brûlés.
Chaque mixte contient deux humides, celui donc nous venons de parler, et un humide élémentaire, en partie aqueux, aérien en partie. Celui-ci cède à la violence du feu ; il s’envole en fumée, en vapeurs, et lorsqu’il est tout-à-fait évaporé, le corps n’est plus que cendres, ou parties séparées les unes des autres.
Il n’en est pas ainsi de l’humide radical ; comme il constitue la base des mixtes, il affronte la tyrannie du feu, il souffre le martyre avec un courage insurmontable, et demeure attaché opiniâtrement aux cendres du mixte ; ce qui indique manifestement sa grande pureté.
L’expérience a montré aux Verriers, gens communément très ignorants dans la connaissance de la Nature, que cet humide est caché dans les cendres. Ils ont trouvé à force de feu le Secret de le manifester autant que l’art et la violence du feu artificiel en sont capables. Pour faire le verre, il faut nécessairement mettre les cendres en fusion, et il ne saurait y avoir de fusion, où il n’y a pas d’humide.
Sans savoir que les sels extraits des cendres contiennent la plus grande vertu des mixtes, les laboureurs brûlent les chaumes et les herbes pour augmenter la fertilité de leurs champs : preuve que cet humide radical est inaccessible aux atteintes du feu ; qu’il est le principe de la génération, la base des mixtes, et que sa vertu, son feu actif ne demeurent engourdis que jusqu’à ce que la terre, matrice commune des principes, en développe les facultés, ce qui se voie journellement dans les semences.
Ce baume radical est le serment de la Nature, qui se répand dans toute la masse des individus. C’est une teinture ineffaçable, qui a la propriété de multiplier, et qui pénètre même jusque dans les plus sales excréments, puisqu’on les emploie avec succès pour fumer les terres, et augmenter leur fertilité,
On peur conjecturer avec raison, que cette base, cette racine des mixtes, qui survit à leur destruction, est une partie de la première matière, la portion la plus pure, et indestructible, marquée au coin de la lumière dont elle reçut la forme. Car le mariage de cette première matière avec sa forme est indissoluble, et tous les éléments corporifiés en individus tirent d’elle leur origine. Ne fallait-il pas en effet une telle matière pour servir de base incorruptible, et comme de racine cubique aux mixtes corruptibles, pour pouvoir en être un principe constant, perpétuel, et néanmoins matériel, autour duquel tourneraient sans cesse les vicissitudes et les changements que les êtres matériels éprouvent tous les jours ?
S’il était permis de porter ses conjectures dans l’obscurité de l’avenir, ne pourrait-on pas dire que cette substance inaltérable est le fondement du monde matériel, et le ferment de son immortalité, au moyen duquel il subsistera même après sa destruction, après avoir passé par la tyrannie du feu, et avoir été purgé de sa tache originelle, pour être renouvelé et devenir incorruptible et inaltérable pendant toute l’éternité ?
Il semble que la lumière n’a encore opéré que sur lui, et qu’elle a laissée le reste dans les ténèbres ; aussi en conservent-il toujours une étincelle, qui n’a besoin que d’être excitée.
Mais le feu inné est bien différent de l’humide. Il tient de la spiritualité de la lumière, et l’humide radical est d’une nature moyenne entre la matière extrêmement subtile et spiri-tuelle de la lumière, et la matière grossière, élémentaire, corporelle. Il participe des deux, et lie ces deux extrêmes. C’est le sceau du traité visible et palpable de la lumière et des ténèbres et le point de réunion et de commerce encre le Ciel et la Terre.
On ne peut donc confondre sans erreur cet humide radical avec le feu inné. Celui-ci est l’habitant, celui-là l’habitation, la demeure. Il est dans tous les mixtes le laboratoire de Vulcain ; le foyer où se conserve ce feu immortel, premier moteur créé de toutes les facultés des individus ; le baume universel, l’élixir le plus précieux de la Nature, le mercure de vie parfaitement sublimé et travaillé, que la Nature distribue par poids et par mesure à tous les mixtes. Qui saura extraire ce trésor du coeur, et du centre caché des productions de ce bas monde, le dépouiller de l’écorce épaisse, élémentaire, qui le cache à nos yeux, et le tirer de la prison ténébreuse où il est renfermé, et dans l’inaction, pourra se glorifier de savoir-faire la plus précieuse médecine pour soulager le corps humain.
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