Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.
L’école de la piété.
La Philosophie Hermétique est donc l’école de la piété et de la Religion. Ceux à qui Dieu en accorde la connaissance étaient déjà pieux, ou ils le deviennent (Flamel Hiéroglyp.). Tous les Philosophes commencent leurs ouvrages par exiger de ceux qui les lisent, avec dessein de pénétrer dans le sanctuaire de la Nature, un coeur droit et un esprit craignant Dieu : Jnitium fapientiae, timor Dominii ; un caractère compatissant, pour secourir les pauvres, une humilité profonde, et un dessein formel de tout faire pour la gloire du Créateur, qui cache ses secrets aux superbes et aux faux sages du monde, pour les manifester aux humbles (Matth. c. II.)
Lorsque notre premier Père entendit prononcer l’arrêt de mort pour punition de sa désobéissance, il entendit en même temps la promesse d’un Libérateur qui devait sauver tout le genre humain. Dieu tout miséricordieux ne voulut pas permettre que le plus bel ouvrage de ses mains pérît absolument. La même sagesse qui avait disposé avec tant de bonté le remède pour l’âme, n’oublia pas sans doute d’en indiquer un contre les maux qui devaient affliger le corps. Mais comme tous les hommes ne mettent pas à profit les moyens de salut que Jésus-Christ nous a mérités, et que Dieu offre à tous, de même tous les hommes ne savent pas user du remède propre à guérir les maux du corps, quoique la matière dont ce remède se fait soit vil, commune, et présente à leurs yeux, qu’ils la voient sans la connaître, et qu’ils l’emploient à d’autres usages qu’à, celui qui lui est véritablement propre (Basile Valentin, Azot des Phil. et le Cosmopol.). C’est ce qui prouve bien que c’est un don de Dieu, qui en favorise celui qu’il lui plaît. Vir insipiens non cognoscet, et sulltus non intelliget haec. Quoique Salomon, le plus sage des hommes, nous dise : Altissimus de terra, creavit medicinam : et posuit Deus super terram medicamentum quod sapiens non despiciet (Eccl.c. 38.).
C’est cette matière que Dieu employa pour manifester sa sagesse dans la composition de tous les êtres. Il l’anima du souffle de cet esprit, qui était porté sur les eaux, avant que sa toute puissance eût débrouillé le chaos de l’Univers. C’est elle qui est susceptible de toutes les formes, et qui n’en a proprement aucune qui lui soit propre (Bas. Val.). Aussi la plupart des Philosophes comparent-ils la confection de leur pierre à la création de l’Univers. Il y avait, dit l’Ecriture (Genes. c. I.) , un chaos confus, duquel aucun individu n’était distingué. Le globe terrestre était submergé dans les eaux : elles semblaient contenir le Ciel, et renfermer dans leur sein les semences de toutes choses. Il n’y avait point de lumière, tout était dans les ténèbres. La lumière parut, elle les dissipa, et les astres furent placés au firmament. L’oeuvre Philosophique est précisément la même chose. D’abord c’est un chaos ténébreux, tout y paraît tellement confus, qu’on ne peut rien distinguer séparément des principes qui composent la matière de la pierre. Le Ciel des Philosophes est plongé dans les eaux, les ténèbres en couvrent toute la surface ; la lumière enfin s’en sépare ; la Lune et le Soleil se manifestent, et viennent répandre la joie dans le coeur de l’Artiste, et la vie dans la matière.
Ce chaos consiste dans le sec et l’humide. Le sec constitue la terre, l’humide est l’eau. Les ténèbres sont la couleur noire, que les Philosophes appellent le noir plus noir que le noir même, nigrum nigro nigrius. C’est la nuit Philosophique, et les ténèbres palpables. La lumière dans la création du monde parut avant le Soleil, c’est cette blancheur tant désirée de la matière qui succède à la couleur noire. Le Soleil paraît enfin de couleur orangée, dont le rouge se fortifie peu à peu jusqu’à la couleur rouge de pourpre : ce qui fait le complément du premier oeuvre.
Le Créateur voulut ensuite mettre le sceau à son ouvrage : il forma l’homme en le pétrissant de terre, et d’une terre qui paraissait inanimée : il lui inspira un souffle de vie. Ce que Dieu fit alors à l’égard de l’homme, l’agent de la Nature, que quelques-uns nomment son Archée (Paracelse, Van Helmont.), le fait sur la terre ou limon Philosophique. Il la travaille par son action intérieure, et l’anime de manière qu’elle commence à vivre, et à se fortifier de jour en jour jusqu’à sa perfection. Morien (Loc. cit.) ayant remarqué cette analogie, a expliqué la confection du Magistère par une comparaison prise de la création et de la génération de l’homme. Quelques-uns uns même prétendent qu’Hermès parle de la résurrection des corps, dans son Pymandre, parce qu’il la conclut de ce qu’il voyait se passer dans le progrès du Magistère. La même matière qui avait été poussée à un certain degré de perfection dans le premier oeuvre, se dissout et se putréfie ; ce qu’on peut très bien appeler une mort, puisque notre Sauveur l’a dit du grain que l’on sème (Loc. cit. (c) Flamel.) nisi granum frumenti cadens in terram mortuum suerit, ipsum solum manet. Dans cette putréfaction, la matière Philosophique devient une terre noire volatile, plus subtile qu’aucune autre poudre. Les Adeptes l’appellent même cadavre lorsqu’elle est dans cet état, et disent qu’elle en a l’odeur : non, dit Flamel (Flamel.), que l’Artiste sente une odeur puante, puisqu’elle se fait dans un vase scellé ; mais il juge qu’elle est telle par l’analogie de sa corruption avec celle des corps morts. Cette poudre ou cendre, que Morien dit qu’il ne faut pas mépriser, parce qu’elle doit revivre, et qu’elle renferme le diadème du Roi Philosophe, reprend en effet vigueur peu à peu, à mesure qu’elle sort des bras de la mort, c’est-à-dire, de la noirceur : elle se revivifie et prend un éclat plus brillant, un état d’incorruptibilité bien plus noble que celui qu’elle avait avant sa putréfaction.
Lorsque les Egyptiens observèrent cette métamorphose, ils en prirent occasion de feindre l’existence du Phénix, qu’ils disaient être un oiseau de couleur de pourpre, qui renaissait de ses propres cendres. Mais cet oiseau absolument fabuleux, n’est autre que la pierre des Philosophes parvenue à la couleur de pourpre après sa putréfaction.
Plusieurs anciens Philosophes éclairés par ces effets admirables de la Nature en ont conclu avec Hermès, dont ils avaient puisé les principes en Egypte, qu’il y avait une nouvelle vie après que la mort nous avait ravi celle-ci. C’est ce qu’ils ont voulu prouver i quand ils ont parlé de la résurrection des plantes de leurs propres cendres en d’autres plantes de même espèce. On n’en trouve point qui ait parlé de Dieu et de l’homme avec tant d’élévation et de noblesse. Il explique même comment on peut dire des hommes qu’ils sont des Dieux, Ego dixi Dii estis, et filii excelsi omnes, dit David, et Hermès (Pymand. c. II.) : « L’âme, o Tat, est de la propre essence de Dieu. Car Dieu a une essence, et telle qu’elle puisse être, lui seul se connaît. L’âme n’est pas une partie séparée de cette essence divine, comme on sépare une partie d’un tout matériel, mais elle en est comme une effusion ; à peu près comme la clarté du Soleil n’est pas le Soleil même. Cette âme est un Dieu dans les hommes, c’est pourquoi l’on dit des hommes qu’ils sont des Dieux, parce que ce qui constitue proprement l’humanité confine avec la Divinité. »
Quelles doivent donc être les connaissances de l’homme ? est-il surprenant qu’éclairé par le Père des lumières, il pénètre jusque dans les replis les plus sombres et les plus cachés de la Nature ? qu’il en connaisse les propriétés, et qu’il sache les mettre en usage ? Mais Dieu est maître de distribuer ses dons comme il lui plaît. S’il a été assez bon pour établir un remède contre les maladies qui affligent l’humanité, il n’a pas jugé à propos de le faire connaître à tout le monde. Morien dit en conséquence (Entret, de Calid. et de Morien.), « que le Magistère n’est autre que le secret des secrets du Dieu très-haut, grand, sage et créateur de tout ce qui existe, et que lui-même a révélé ce secret à ses saints Prophètes, dont il a placé les âmes dans son saint Paradis. »
Si ce secret est un don de Dieu, dira quelqu’un, il doit sans doute être mis dans la classe des talents que Dieu confie, et que l’on ne doit pas enfouir. Si les Philosophes sont des gens si pieux, si charitables, pourquoi voit-on si peu de bonnes oeuvres de leur part ? Un seul Nicolas Flamel en France a bâti et doté des Eglises et des Hôpitaux. Ces monuments subsistent encore aujourd’hui au milieu et à la vue de tout Paris. S’il y a d’autres Philosophes, pourquoi ne suivent-ils pas un si bon exemple ? pourquoi ne guérissent-ils pas les malades ? pourquoi ne relèvent-ils pas des familles d’honnêtes gens que la misère accable ? Je réponds à cela, qu’on ne sait pas tout le bien qui se fait en secret. On ne doit pas le faire en le publiant à son de trompe, la main gauche, selon le précepte de Jésus-Christ notre Sauveur, ne doit pas savoir le bien que la droite fait. On a même ignoré jusqu’après la mort de Flamel qu’il était l’auteur unique de ces bonnes oeuvres. Les figures hiéroglyphes qu’il fit placer dans les Charniers des Saints Innocents, ne présentaient rien que de pieux et de conforme à la Religion. Il vivait lui-même dans l’humilité, sans faste, et sans donner le moindre soupçon du secret dont il était possesseur. D’ailleurs il pouvait avoir dans ce temps là des facilités que l’on n’a pas eues depuis longtemps pour faire ces bonnes oeuvres.
Les Philosophes ne sont pas si communs que les Médecins. Ils sont en très petit nombre. Ils possèdent le secret pour guérir toutes les maladies, ils ne manquent pas de bonne volonté pour faire du bien à tout le monde ; mais ce monde est si pervers, qu’il est dangereux pour eux de le faire. Ils ne le peuvent sans courir risque de leur vie. Guériront-ils quelqu’un comme par miracle ? on entendra s’élever un murmure parmi les Médecins et le Peuple, et ceux mêmes qui doutaient le plus de l’existence du remède Philosophique le soupçonneront alors existant. On suivra cet homme, on observera ses démarches, le bruit s’en répandra ; des avares, des ambitieux le poursuivront pour avoir son secret. Que pourra-t-il donc espérer, que des persécutions, ou l’exil volontaire de sa patrie ?
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