Livre d’Alchimie et d’ésotérisme : Vénus, Pallas, Mars, Vulcain

Les Fables Égyptiennes et Grecques livre III

D’Hermès à Dom Antoine-Joseph Pernety

Lug Alc

Dans la grande tradition de l’enseignement d’Hermès, l’alchimie est la science qui ne se comprend que par le langage analogique, celui qui relie le visible à l’invisible, le livre de Dom Antoine-Joseph Pernety.
IL n’est point ici question d’un monstre effrayant, tel que l’est un homme demi-cheval.
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L’Académie d’Hermès


Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.

Chapitre VIII à XI : Vénus, Pallas, Mars et Harmonie, Vulcain.

IL n’est point ici question d’un monstre effrayant, tel que l’est un homme demi-cheval. Il s’agit d’une Déesse au sujet de laquelle les beaux esprits de tous les pays ont donné à leur imagination l’essor le plus vif et les plus gracieux. C’est cette Déesse, mère de l’Amour, née suivant Hésiode, de l’écume de la Mer et des parties mutilées de Coelus (Théog.).

Homère la dit fille de Jupiter et de Dioné. Le sentiment le plus commun est qu’elle naquit de l’écume de la Mer. Le Zéphyr la transporta sur une conque marine dans l’Ile de Chypre, d’où elle fut appelée Cypris, et de la à Cythère. Les fleurs naissaient sous ses pas, Cupidon son fils, les Jeux, les Ris l’accompagnaient toujours ; elle faisait enfin la joie et le bonheur des Dieux et des hommes. Une idée aussi riante ne pouvait que rendre agréables les descriptions que les Poètes firent à l’envi de cette Déesse. Rien n’égalait sa beauté. Les Peintres et les sculpteurs saisirent cette idée, et employèrent tout leur art pour la représenter comme ce qu’il y avait de plus aimable dans le Monde. « Voyez cette Vénus, l’ouvrage du savant Apelles, dit Antiparer de Sidon ; voyez comment cet excellent Maître a parfaitement exprimé cette eau écumeuse qui coule de ses mains et de ses cheveux, sans rien cacher de leurs grâces ; aussi dès que Pallas l’eut aperçue, elle tint à Junon ce discours : Cédons cédons, ô Junon ! à cette Déesse naissante si tout le prix de la beauté. » Paris confirma ce jugement en adjugeant la pomme d’or à Vénus, et il en reçut pour récompense Hélène, la plus belle des femmes.

Le plus grand nombre des Grecs et des Romains regarda Vénus comme la Déesse de l’amour et de la volupté. Elle eut en conséquence une infinité de temples, et des femmes lascives et débauchées pour les desservir. Son culte était rempli de cérémonies conformes à ces idées.

Platon, dans son banquet, admettait deux Vénus ; l’une fille du Ciel, et l’autre fille de Jupiter. La première, dit ce Philosophe, est cette ancienne Vénus, fille du Ciel, dont on, ne connaît point la mère, et que nous appelons Vénus la céleste ; et cette autre Vénus récente, fille de Jupiter et de Dioné, que nous nommons Vénus la vulgaire. C’est à ces deux qu’on doit attribuer tout ce que les Auteurs Grecs et Latins disent des diverses Vénus, donc ils parlent sous des noms différents. Leur culte aussi n’était pas le même. Polemus (Ad Timaeum.) dit que celui des Athéniens était très pur. Athenienes harum rerum observandarum fludiosi, et in sacrificiis Deorum faciendis diligentes ac pii Nephalia sacra faciunt Mnemosynae, Musis, Aurorae, Soli, Lunae, Nymphis, Veneri coelesti. Il est en général bien difficile de rien conclure de raisonnable de ce que disent tant d’Auteurs au sujet de cette Déesse, puisqu’ils en parlent, tantôt comme d’une femme débauchée, tantôt comme d’une Déesse. Ils la considèrent quelquefois comme une Planète, et quelquefois ils en parlent comme d’une passion. Les expressions des Poètes sont toujours figurées. Mais étant une Déesse si bienfaisante, et si favorable à la corruption du coeur humain dans l’esprit du commun, aurait-elle pu trouver quelqu’un qui lui déclarât la guerre ? Mais lui-même, ce Dieu de sang et de carnage, vit évanouir toute sa férocité à l’aspect de Vénus. Il était honteux de révérer Mars comme un Dieu, lui qui semblait ne se plaire qu’à la destruction de l’humanité ; mais il était naturel d’accorder les honneurs de la Divinité à Vénus qui était toute occupée à perpétuer les hommes. Mars fut en conséquence regardé comme le Dieu de la guerre, et Vénus comme la Déesse de la paix. Les Égyptiens et la plupart des anciens Grecs ne prenaient pas Vénus pour la Déesse de la volupté et du libertinage, mais pour la petite fille de Saturne, ayant pour soeur la Vérité cachée dans le fond d’un antre. Il est vrai que quelques-uns en parlaient comme d’une femme belle par excellence. Les libertins qui ne saisirent pas la véritable idée des Auteurs de ces fictions, ne la considèrent plus que comme propre à exciter le feu impur du libertinage ; et ignorants la Vérité, soeur de Vénus, ils prirent occasion de décerner à celle-ci un culte licencieux. Diodore de Sicile qui avait recueilli, autant qu’il avoir pu, les traditions Égyptiennes, dit en parlant des Dieux d’Egypte, que suivant quelques-uns, Chronos étant devenu père de Jupiter et de Junon, Jupiter eue pour enfants Osiris, Isis, Typhon, Apollon, Aphrodite ou Vénus.

M. l’Abbé Banier, après avoir rapporté tous les différents sentiments au sujet de cette Déesse, conclue en ces termes (Tom,II. p. 161.) ; « Pour dire ce que je pense de cette fable, je crois qu’il faut en chercher l’origine dans la Phénicie, En effet, il n’y eut jamais d’autre Vénus que la Vénus céleste, c’est-à-dire la Planète de ce nom, honorée parmi les Orientaux, comme nous l’avons dit dans le premier Volume ; et Astarté, femme d’Adonis, dont le culte fut mêlé avec celui de cette Planète, ou, ce qui revient au même, cette Vénus Syrienne, la quatrième dans Cicéron, si célèbre dans l’Antiquité. Les Phéniciens, en conduisant leurs Colonies dans les îles de la Mer Méditerranée et dans la Grèce, y portèrent le culte de cette Déesse. » Mais si Vénus et Astarté ne sont qu’une et même Divinité, il faudra donc confondre la planète de Vénus avec la Lune, puisque, suivant ce Mythologue (Cicéron qui parle des différentes Vénus que la Théologie Païenne reconnaissait, dit (De Nat. Deor. 1. 3.) que la quatrième, qu’on appelait Astarté, était née à Tyr dans la Syrie, et mariée à Adonis. Il aurait parlé plus juste, s’il avait confondue avec la première, qu’il dit avoir été fille du Ciel et de la lumière ; car Astarté était parmi les Syriens la même que la Lune, ainsi que nous le dirons ; cette origine lui convenait parfaitement. M. l’Abbé Banier, Tom. I. p. 546.), la Lune et Astarté ne différent point entre elles. Or qu’est-ce qui confondit jamais l’une avec l’autre ? Ce n’est donc point par cette raison qu’il faut faire venir de Phénicie ou d’Egypte l’origine de Vénus. Il n’en serait cependant pas moins vrai que Vénus et Astarté pourraient être une même chose.

Les Disciples d’Hermès mieux instruits sans doute de l’idée que leur Maître attachait aux Dieux feints de l’Egypte, s’y sont mieux conformés que les Mythologues, et n’ont pas pris Vénus pour la volupté ou l’appétit des animaux pour perpétuer leurs espèces. Ils n’ont point eu en vue la Planète appelée Vénus, ou Lucifer, qui parait le matin avant le lever du Soleil, ou le soir avant le coucher de ce flambeau du monde ; puisqu’il n’est pas possible de la faire naître des parties mutilées de Coelus et de l’écume de la Mer, ni de la dire avec quelque raison fille de Jupiter. Les Chimistes vulgaires ne sauraient aussi attribuer cette filiation au cuivre, à l’égard de l’étain. De quelque manière qu’on l’entende, il ne sera donc pas possible d’accorder la naissance de Vénus avec les raisonnements susdits.

Michel Maïer dit que les Anciens entendaient par Vénus une matière sans laquelle on ne peut faire le grand oeuvre, et la plupart des Philosophes paraissent aussi l’avoir prise quelquefois dans ce sens là. Flamel cite ces paroles de Démocrite : « Ornez les épaules et la poitrine de la Déesse de Paphos, elle en deviendra très belle, et quittera sa couleur verte pour en prendre une dorée. Lorsque Paris eut vu cette Déesse dans cet état, il la préféra à Junon et à Pallas. Qu’est-ce que Vénus, dit le même Auteur ? Vénus comme un homme a un corps et une âme ; il faut la dépouiller de son corps matériel et grossier, pour en avoir l’esprit tingent, et la rendre propre à ce qu’on veut en faire. »

Philalèthe regardait Vénus comme un des principaux ingrédients qui entrent dans la composition du Magistère (Vade mecum.). D’Espagnet cite à cette occasion ces vers du sixième livre de l’Enéide :

.... Latet arbore opaca
Aureus et soliis, et lento vinmine ramus
Junoni infernae dictus facer ; hunc tegit omnis
Lucus, et obsruris claudunt convallibus umbra,
Vix ea fatus erat geminae, cum forte columbae
Ipsa fsub cri viri coelo venere volantes
Et viridi sedere solo : tum maximus Heros
Maternas agnoscit aves.

Ce Philosophe, à qui Olaus Borrichius dit (Conspect. Chymic. celeb.) : que les amateurs de la Chimie Hermétique ont tant d’obligation, prend toujours Vénus dans le sens philosophique. « Il faut, dit-il (Can. 42.) un travail d’Hercule pour la préparation ou sublimation philosophique du mercure ; car Jason n’aurait jamais entrepris son expédition sans l’aide d’Alcide. L’entrée est gardée par des bêtes à cornes, qui en éloignent ceux qui s’en approchent témérairement. Les enseignes de Diane et les colombes de Vénus sont seules capables d’adoucir leur férocité. Il ajoute au Canon 46 : Cette eau est une eau de vie, une eau permanente très limpide, appelée eau d’or et d’argent. .... Cette substance enfin très précieuse est la Vénus Hermaphrodite des Anciens, ayant l’un et l’autre Sexe, c’est-à-dire le soufre et le mercure. Et au Canon 52. Le jardin des Hespérides est gardé par un affreux dragon, dès l’entrée se présente une fontaine d’eau très claire, qui sort de sept sources, et qui se répand partout.

Faites-y boire le dragon par le nombre magique trois à fois sept, jusqu’à ce qu’étant ivre, il dépouille son vêtement sale et mal-propre. Mais pour cet effet il faut vous rendre propices Vénus porte-lumière, et Diane la Cornue. » Lorsque les Philosophes ont fait allusion aux couleurs qui se manifestent dans l’oeuvre, auxquelles ils ont donné les noms des Planètes, ils ont employé celui de Vénus pour désigner la couleur jaune safranée. C’est dans cette vue que Canachus de Sicyone fît, au rapport d’Erastotenes (Liv. 3.), une Vénus d’or et d’ivoire, ayant un pavot dans une main, et une grenade dans l’autre. Vénus philosophique après la blancheur devint jaunâtre comme l’écorce d’une grenade, et enfin rouge comme l’intérieur de ce fruit, ou comme la fleur du pavot. C’est à cela qu’il faut aussi rapporter ces paroles d’Isimindrius (Code Vérité.) : « Notre soufre rouge se manifeste, quand la chaleur du feu passe les nues, et se joint avec les rayons du Soleil et de la Lune. Vénus alors a déjà vaincu Saturne et Jupiter. » Brimellus (Loc. cit.) dit aussi : « Il viendra diverses couleurs (à notre Vénus) ; le premier jour safran ; le second, comme rouille ; le troisième, comme pavot du désert ; le quatrième, comme sang fortement brûlé. »

Le terme d’airain que les Adeptes ont souvent employé pour désigner leur matière avant la blancheur, n’a pas peu contribué à faire prendre le change aux Souffleurs et même aux Chimistes vulgaires, qui ont regardé en conséquence le cuivre comme la Vénus des Philosophes. Mais ce qui nous manifeste bien clairement l’idée que les Anciens attachaient à leur Vénus, est non seulement ses adultères avec Mercure et Mars, mais son mariage avec Vulcain. Ce dernier étant le feu philosophique, comme nous l’avons prouvé, et le prouverons encore, est-il surprenant qu’il ait été marié avec la matière des Philosophes ? S’il surprit cette Déesse avec le Dieu de la guerre, c’est que la couleur de rouille de fer semble être tellement unie avec la couleur citrine et safranée, appelée Vénus i qu’on ne les distingue qu’après que la rouge est dans tout son éclat. Alors Mars et Vénus se trouvent pris dans les filets de Vulcain, et le Soleil qui les y voie, les décèle ; car la couleur rouge est précisément le Soleil philosophique. Telle est l’explication la plus naturelle de cette histoire feinte de Vénus. Que les Mythologues se tourmentent l’esprit tant qu’ils voudront, en trouveront ils une plus simple ? M. l’Abbé Banier en rapporte plus d’une, et dit (Tom. II. P. 163) qu’il donne celle de Paléphate pour ce quelle vaut, parce que cet Auteur a souvent inventé de nouvelles fables pour expliquer les anciennes. J’en dis de même, ajoute-t-il, de celle du Père Hardouin, aussi spirituelle que singulière. Ce savant Mythologue, assez hardi et assez fécond pour en trouver de semblables, n’a cependant pas osé en hasarder une dans cette circonstance : il s’est trouvé ici en défaut, et s’excuse sur ce qu’il n’est ni possible, ni nécessaire d’expliquer tout ce que les Poètes Grecs ont dit, tant dans cette fable, que dans les autres (Loc. cit. p. 162.).

Outre les deux Vénus, la céleste et la populaire, dont nous avons parlé, les Anciens en ont introduit beaucoup d’autres, selon les lieux, les temps et les circonstances où ils imaginaient leurs fictions. Mais si l’on examine sérieusement tout ce que ces Amateurs disent de ces différentes Vénus, on conviendra aisément que les plus anciens au moins n’entendent parler que d’une même chose. Que Vénus soit donc fille de Saturne ou de Jupiter ; qu’elle le soit du Ciel et de l’écume de la mer, elle est toujours Vénus, ou une même chose qu’on a prise pour sujet de différentes allégories. Les Philosophes ont imité en cela les Anciens ; car chacun a inventé sur le grand oeuvre et ses procédés, des allégories, des fables et des fictions, suivant qu’il était affecté. Il n’en est presque pas deux qui se ressemblent, quoiqu’elles aient toutes la même chose pour objet. Nous achèverons l’histoire de Vénus à mesure que les sujets nous en fourniront l’occasion.

CHAPITRE IX.

Pallas.

JUPITER avait d’abord épousé Métis (Apollod. Bibliot. 1. I.) ; mais après que cette Déesse eut fait prendre à Saturne une boisson qui lui ne vomir le caillou et ses enfants qu’il avait dévorés, Jupiter avala à sont tour cette fille de l’Océan, après qu’elle fût devenue enceinte. A peine eut-il fait cette belle action, qu’il se sentit femme sans cesser d’être Dieu. Il fallut accoucher, et il ne put le faire qu’avec le secours de Vulcain, qui lui servit dé sage-femme. Ce Dieu de feu lui assena rudement un coup de cognée sur la tête, et l’on vît aussitôt sortir par la plaie une jeune et belle fille armée de pied en cap. Voilà donc Pallas née sans mère du cerveau de Jupiter. Homère (Iliad. 1. 4.) appelle Pallas Alalcomenie, parce que les Alalcoméniens prétendaient qu’elle était née dans leur Ville. Strabon est du même sentiment dans le neuvième livre de sa Géographie, et dit ensuite dans le quatorzième, qu’il tomba une pluie d’or à Rhodes, lorsque Minerve y naquit du cerveau de Jupiter.

Plusieurs ont cru que Pallas et Minerve faisaient deux personnes différences ; mais Callimaque assure le contraire, et ajoute que Jupiter, son père, consènt à tout ce qu’elle veut :

Annuit his dictis Pallas, quodque annuit illa
Persicitur. Natae Jupiter hoc tribuit
Ipse Minervae uni, quae sunt patris ominia ferre.
Hymne sur les bains de Pallas.

Hérodote la dit (L. 4. c. l80.) fille de Neptune et du lac Triton, suivant le sentiment des Libyens, qui ajoutaient que cette fille s’était ensuite donnée à Jupiter. On convient néanmoins plus communément que Pallas et Minerve sont la même, fille de Jupiter : et ce qui prouve Son ancienneté, c’est que chez les Egyptiens elle était femme de Vulcain, le plus ancien et le premier de tous leurs Dieux. Les Auteurs de la Mythologie grecque avoient conservé cette idée qu’ils avaient puisée en Egypte ; et c’est de là sans doute qu’ils consacraient un autel commun à Vulcain et à Pallas. Le nom même Ogga que portait la Minerve d’Egypte, au rapport d’Euphotion dans Etienne de Byzance, et d’Hesychius, qui l’appelle aussi Onka, semble en indiquer la raison, si nous en croyons Gérard Vossius, qui, en expliquant l’histoire de Typhon, dit (De Idol. 1, I. c. 25.) que Og, duquel on a pu faire Ogga, signifie ussit, uslulavit.

Quoi qu’il en soit, il y a eu une Minerve honorée à Saïs en Egypte, longtemps avant Cécrops, qui en porta le culte dans la Grèce. Les Grecs en changèrent l’histoire dans la suite, ce qui fit dire a ceux d’Aliphere dans l’Arcadie, que Minerve était née chez eux, et qu’elle y avait été nourrie (Pausanias.).

Pallas, Minerve et Athené n’étaient parmi les Grecs qu’une même Divinité, mais ils regardaient proprement Minerve comme la Déesse des Arts et des Sciences, et Pallas comme Déesse delà guerre. Elle demeura toujours vierge. Elle rendit Tirésias aveugle, parce qu’il l’avait vue nue dans la fontaine d’Hippocrene, et Vulcain ne put l’engager à satisfaire la passion qu’il avait pour elle. Pallas tua le monstre Egide, fils de la Terre qui vomissait beaucoup de feu, et avoir embrasé les forêts depuis le Mont-Taurus jusqu’en Libye, en ravageant sur son chemin la Phénicie et l’Egypte.

Cette Déesse avait à Saïs un temple magnifique, dont Hérodote fait la description (Liv. 2.). Les fêtes qu’on célébrait en l’honneur de Pallas dans la Grèce, s’appelaient Panathénées. Les jeux et les exercices publics qui accompagnaient cette fête, étaient la course à pied, avec des flambeaux et des torches allumées, comme dans les fèces de Vulcain et de Prométhée. On y en introduisit d’autres dans la suite.

Tous les Anciens ont pris Pallas pour la Sagesse et la Prudence, comme étant née du cerveau de Jupiter, parce que le cerveau est regardé comme le siège du jugement, sans lequel on ne peut réussir dans aucune affaire épineuse, non plus que dans le grand oeuvre, appelé par cette raison le Magistère des Sages. Etant donc le secret des secrets, que Dieu ne révèle qu’à ceux qu’il veut en favoriser, ce serait le profaner que de le divulguer. Il faut avoir la sagesse de Pallas, pour l’apprendre et le garder. Salomon disait en conséquence (Ecclésiaste, ch. 19.) : « Le Sage étudiera la sagesse des Anciens, et s’exercera dans les prophéties. Il conservera scrupuleusement les discours des hommes de nom, et pénétrera dans la finesse des paraboles. Il découvrira leur sens caché, et s’exercera à dévoiler ce que renferment les proverbes. L’homme prudent et sage ne divulgue point le secret de la Science (Prov. c. 10. et 12.).

Les Philosophes Hermétiques ont toujours eu à coeur ce conseil, et ont voilé leur secret sous des allégories, des énigmes, des fables, des hiéroglyphes. Ils ont pris Pallas pour guide, et se sont faits un devoir de suivre ses instructions. C’est pourquoi la Fable feint que cette Déesse favorisa toujours Hercule et Ulysse dans toutes leurs entreprises, comme nous le verrons dans les Livres suivants.

On feint que cette Déesse aveugla Tirésias, parce qu’il l’avait vue nue dans le bain, comme Diane métamorphosa Actéon en cerf par la même raison ; afin d’avertir les Artistes d’être plus discrets, plus prudents et plus circonspects que ces deux téméraires, s’ils veulent éviter des malheurs semblables.

Junon, dit la Fable, ayant appris la naissance de Pallas par l’accouchement extraordinaire de Jupiter, en devint furieuse, et parmi les exécrations qu’elle proférait, elle frappa rudement la terre, qui produisit aussitôt Typhon, ce père de tant de monstres. Apollon invita ensuite cette Déesse à un repas que donnait Jupiter. Elle s’y rendit, et ayant mangé des laitues sauvages, de stérile qu’elle était, elle devint féconde, et mit au monde Hébé, qui servit quelquefois à boire à Jupiter. Hébé devine par-là soeur de Mars et de Vulcain, et ensuite femme d’Hercule après la mort de ce Héros. Nous avons expliqué l’histoire de Typhon dans le premier Livre ; passons aux autres enfants de Junon.

CHAPITRE X.

Mars et Harmonie.

Après Pallas, Déesse de la guerre, vient naturellement Mars, le Dieu des combats. Homère (Iliad. 1. I.) avec les autres Poètes, le dit fils de Jupiter et de Junon ; Hésiode le regarde aussi comme tel (Hesiod. Theog.). Ce n’est que parmi les Poètes latins qu’on trouve la fable, qui dit que Junon, piquée de ce que Jupiter avait mis au monde Minerve sans sa participation, avait conçu Mars en touchant dans une prairie une fleur que Flore lui avait montrée. On ne voit dans toute l’histoire de Mars, que des combats et des adultères. Celui qu’il commit avec Vénus, est célèbre dans tous les Poètes. Vénus, la plus belle des Déesses, ayant été mariée à Vulcain, le plus laid des Dieux, contrefait d’ailleurs et ouvrier, s’en dégoûta bientôt, et prodigua ses faveurs à Mars. Vulcain les ayant surpris, les lia d’un lien imperceptible, après que le Soleil les eut trahis.

Les Mythologues placent Mars au nombre des douze grands Dieux de l’Egypte. Les Poètes nous le peignent toujours plein d’une bile échauffée, et d’une fureur meurtrière : mais les Anciens l’ont pris pour une certaine vertu ignée, et une qualité inaltérable des mixtes, capable par conséquent de résister aux atteintes du feu les plus violentes. Si l’on met donc la Vénus des Philosophes avec ce Mars dans un lit ou vase propre à cet effet, et qu’on les lie d’une chaîne invisible, c’est-à-dire aérienne, et telle que nous l’avons décrite dans le chapitre de Vénus, il en naîtra une très-belle fille, appelée Harmonie, dit Miche ! Maïer (Arcana arcaniss. 1. 3.), parce qu’elle sera composée harmoniquement, c’est-à-dire parfaite en poids et en mesure philosophique. Hésiode (Theog. v. 932.) la dit née de cet adultère : mais Diodore de Sicile (Liv. 5.) la donne pour fille de Jupiter et d’Electre, l’une des filles d’Atlas.

Les Poètes ont beaucoup chanté la beauté d’Harmonie, et les Anciens la regardaient comme une Divinité tutélaire. Elle épousa Cadmus, fils d’Agenor, Roi de Phénicie. Jupiter qui avoir fait ce mariage, assista aux noces, et y invita tous les Dieux et les Déesses, qui firent des présents à la nouvelle mariée. Cérès lui donna du blé, Mercure une lyre, Pallas, un collier, une robe et une flûte ; le collier était un chef-d’oeuvre de Vulcain. Apollon joua de la lyre pendant les noces. La fin de ce mariage n’eut pas tout l’éclat du commencement. Après bien des traverses, Cadmus et Harmonie furent changés en dragons. Quelques Auteurs ont avancé que le serpent qui dévora les compagnons de Cadmus, était aussi fils de Vénus et de Mars.

L’on voit par-là que la fin de tous ces Dieux, Déesses et Héros, répond très bien à leur origine ; ce que les Auteurs de ces fictions ont imaginé et débité, afin qu’on les regardât comme des fables, et non comme des histoires véritables.

Harmonie est cette matière qui résulte des premières opérations de l’oeuvre, et qu’il faut ensuite marier avec Cadmus (duquel la Cadmie à pris son nom). Alors tous les Dieux Hermétiques se trouvent à leurs noces avec leurs présents et Apollon y joue de sa lyre, comme il le fit pour chanter la victoire que Jupiter avait remportée sur les Géants. Cadmus et Harmonie sont enfin métamorphosés en un serpent, et même en basilic ; car le résultat de l’oeuvre incorporé avec son semblable, acquiert la vertu attribuée au basilic, comme le disent les Philosophes. L’auteur du Rosaire s’exprime ainsi : Lorsque vous m aurez extrait en patrie de ma nature, et ma femme en partie de la sienne, et que nous ayant réunis, vous nous ferez, mourir ; nous ressusciterons en un seul corps, pour ne plus mourir, et nous ferons des choses admirables. » Riplée (12. Port.) parlant de l’élixir philosophique qui, comme nous venons de le voir, est composé de Cadmus et d’Harmonie, ou du mari et de la femme, dit : « Il en résulte un tout qui devient par l’art une pierre céleste, dont la vertu ignée est si forte, que nous l’appelons notre dragon, notre basilic, notre élixir de grand prix ; parce que de même que le basilic tue de sa seule vue, de même notre élixir tue le mercure crud dans un clin d’oeil, sitôt qu’il est jeté dessus. Il teint même tous les corps d’une teinture parfaite du Soleil et de la Lune. Notre huile, dit le même Auteur un peu avant, se fait par le mariage du second et du troisième menstrue, et nous le réduisons à la nature du basilic. De même, dit Maïer (Symbola Aureae mensae, 10.), que le basilic sort d’un oeuf, et qu’en dardant ses rayons visuels envenimés, il infecte et tue les êtres vivants ; de même aussi notre teinture se produit de l’oeuf philosophique, et par sa vertu coagule par le plus léger attouchement tout ce que les métaux contiennent de mercure. Elle rend stupide ce mercure, le tue en le fixant, et le dépouille de son soufre combustible. »

Peut-on voir quelque chose de plus précis ? Il n’y manque que les noms de Cadmus et d’Harmonie, qui sont l’époux et l’épouse du texte cité. Il est bon d’observer aussi que Mars avait un temple célèbre a Lemnos, séjour de Vulcain. Le loup, le chien, le coq et le vautour étaient consacrés au Dieu de la guerre : le loup et le vautour à cause de leur voracité, disent les Mythologues, et le chien avec le coq pour leur vigilance. Mais ils auraient mieux deviné, s’ils avaient dit que c’est pour les raisons que nous avons rapportées dans le premier Livre, en parlant d’Anubis et de Macedo ; c’est-à-dire, parce que les animaux ont toujours été pris pour symboles des ingrédients du Magistère des Philosophes. Je suis un loup ravissant et affamé, dit Basile Valentin (I. Clef.). Je suis le chien de Corascene et la chienne d’Arménie, dit Avicenne (De re recta.) avec la Tourbe. Je suis le coq et vous la poule, dit le Soleil à la Lune (Consilium Conjugii massae Solis et Lunae.), vous ne pouvez rien faire sans moi, et moi rien sans vous. Je suis le vautour qui crie sans cesse au haut de la montagne, dit Hermès (Sept. Chap.).

CHAPITRE XI.

Vulcain.

CE Dieu se trouve si souvent sur nos pas, que je ne m’étendrai pas beaucoup à son sujet. J’en ai déjà fait mention dans le premier Livre, en parlant des Dieux de l’Egypte. Voyons en peu de mots ce qu’en pensaient les Grecs. Vulcain était fils de Junon, suivant Hésiode.

Vulcanum peperit Juno conjuncta in amore. Theog.

Quelques Auteurs ont avancé qu’elle l’avoir conçu sans connaissance d’homme, mais Homère (Iliad. 1. I.) le dit positivement fils de Jupiter et de Junon, et que sa grande difformité le fit chasser du Ciel, d’où il tomba dans l’île de Lemnos. Le même Poète fait parler Junon dans un autre endroit, comme ayant elle-même expulsé Vulcain de l’Olympe (Hymn. In Apoll.). Aussi Vulcain n’oublia-t-il pas cette injure, et fit, pour s’en venger, une chaise d’or avec des ressors secrets qui saisissaient ceux qui s’y asseyaient, sans qu’ils pussent s’en retirer. Il en fit présent à sa mère, qui s’y trouva prise aussitôt qu’elle s’y mit. Platon en parle dans sa République, liv. 2.

Quelques Auteurs nous donnent Vulcain pour l’inventeur du feu, et d’autres disent avec aussi peu de raisons, que ce fut Prométhée. Chez les Egyptiens c’était suivant Hérodote, le plus ancien des Dieux, et chez les Grecs il croit le moins respecté. On l’y regardait comme le père des Forgerons, et comme Forgeron lui-même. Il fabriquait les foudres de Jupiter, et les armes des Dieux, Il forma un chien d’airain, donc il fit présent à Jupiter après l’avoir animé. Jupiter le donna à Europe, Europe à Procris, et celle-ci à Céphale, son époux. Jupiter enfin le changea en pierre, il fit faire à Vulcain la boite de Pandore, pour être présentée aux hommes, au lieu, du feu que Prométhée avait enlevé du Ciel. Ce Dieu boiteux demanda à Jupiter Minerve pour femme, en récompense des armes qu’il lui avait fabriquées, et des services qu’il lui avait rendus, mais Minerve fut toujours sourde à ses demandes, et rebelle à ses poursuites.

Le lion lui était consacré à cause de sa nature ignée. Brontes, Sterophes et Pyracmon furent les compagnons de Vulcain dans le travail de la forge. Hésiode les dit tous trois enfants du Ciel et de la Terre (Theog.) ; d’autres les sont fils de Neptune et d’Amphitrite. Virgile en fait mention dans le huitième livre de l’Enéide. Ardale et Brothée furent fils de Vulcain. Le premier fit la Salle ou Temple des Muses chez les Trézéniens ; et Brothée, devenu le jouet des hommes à cause de sa difformité, se jeta dans le feu pour ne pas survivre à sa honte. Outre Vénus, Vulcain eut pour seconde femme Aglaia, l’une de Grâces, dont le nom signifie splendeur, beauté. Elle était fille de Jupiter et d’Eurynome, selon Hésiode. Noël le Comte s’égaye à son ordinaire aux dépens des Chimistes dans le chapitre 6 du. liv. 2. de sa Mythologie. Ils prétendent, dit-il, que Vulcain n’est autre que le soufre ou l’argent vif, qui ne s’allient à rien qu’à ce qui est de leur nature. Mais il montre, ou son ignorance, ou sa mauvaise foi, quand il ne connaît d’autres usages du feu que pour cuire les viandes, ou pour le travail de la forge. Il aurait eu bien plus beau jeu, s’il avait badiné sur l’usage qu’en font les Souffleurs. Il n’aurait pas donné atteinte aux opérations admirables de la Chimie même vulgaire. Sans Vulcain, que deviendrait la Médecine, et les remèdes chimiques aujourd’hui si fort à la mode ? Que deviendraient ces verreries, ces manufactures de porcelaines, et tant d’autres ouvrages que nous admirons ? Vulcain a été considéré et honoré partout comme Dieu du feu. Quelques Anciens Mythologues le prenaient pour le feu de la Nature, mais comme le feu des forges et de nos cuisines est plus sensible et plus manifeste, le peuple prit bientôt le change ; ne connaissant ou n’étant frappé que de celui-là, il s’accoutuma à le prendre pour Vulcain, et il fut confirmé dans son erreur par les histoires allégoriques que les Poètes débitèrent sur le compte de ce Dieu, et par les cérémonies symboliques qu’on employait dans son culte.

Chez les Egyptiens, Vulcain était le plus ancien et le plus grand des Dieux, parce que le feu est le principe actif de toutes les générations. Toutes les cérémonies de leur culte ayant été instituées pour faire allusion à l’art secret des Prêtres : et le principal et seul agent opérant de cet art, étant le feu, il eut le plus superbe des temples à Memphis sous le nom à Opas, et le regardaient comme leur protecteur. Mais les Grecs qui firent plus attention à la beauté de l’ouvrage qu’à l’ouvrier, ne firent pas de Vulcain tout le cas qu’en faisaient les Egyptiens. Frappés de l’abondance des soufres que l’île de Lemnos fournissait, et considérant le soufre comme le principe ou la matière du feu, ils feignirent que Vulcain faisait son séjour dans cette île, et les Romains par la même raison établirent et fixèrent les forges de ce Dieu sous le Mont Etna. Son éducation faire par les Néréides désignait assez quelle était la nature de ce feu, et l’origine de Vulcain, mais le peuple accoutume à prendre les fictions pour des vérités, sans en examiner trop les circonstances, et sans y regarder de si près, prenait tout à la lettre. Il était cependant facile de voir au premier coup d’oeil, que le feu commun ne pouvait guères avoir été élevé par l’eau qui le suffoque et l’éteint, quoiqu’à dire vrai l’eau est en quelque manière l’aliment du feu.

Les Egyptiens avaient donc en vue le feu philosophique, et ce feu est de différentes espèces, suivant les Disciples d’Hermès. Artéphius (De l’art Secret.) est celui qui en parle plus au long, et qui le désigne le mieux. « Note feu, die cet Auteur, est minéral, il est égal, il est continuel, il ne, s’évapore point, s’il n’est trop fortement excité ; il participe du soufre ; il est pris d’autre chose que de la matière ; il détruit tout, il dissout, congèle et calcine ; et il y a de l’artifice à le trouver et à le faire, et il ne coûte rien, ou du moins fort peu. De plus, il est humide, vaporeux, digérant, altérant, pénétrant, subtil, aérien, non violent, incomburant, ou qui ne brûle point, environnant, contenant, unique. Il est aussi la fontaine d’eau vive qui environne et contient le lieu où se baignent le Roi et la Reine. Ce feu humide suffit en tout l’oeuvre, au commencement, au milieu et à la fin, parce que tout l’arc consiste dans ce feu. Il y a encore un feu naturel, un feu contre nature, et un feu innaturel et qui ne brûle point ; et enfin pour complètement, il y a un feu chaud, sec, humide et froid. » Le même Auteur distingue les trois premiers en feu de lampe, feu de cendres et feu, naturel de l’eau philosophique. Ce dernier est le feu contre nature, qui est nécessaire dans tout le cours de l’oeuvre ; au lieu, dit-il, que les deux autres ne sont nécessaires que dans certains temps. Riplée (12 Port.), après avoir fait l’énumération de ces quatre mêmes feux, conclut ainsi : Faites donc un feu dans votre vase de verre, qui brûle plus efficacement que le feu élémentaire. Raymond Lulle, Flamel, Gui de Montanor, d’Espagnet et tous les Philosophes s’expriment à peu près de la même manière, quoique moins clairement. D’Espagnet recommande de fuir le feu élémentaire ou de nos cuisines, comme le tyran de la Nature, et il l’appelle fratricide. Les autres disent que l’Artiste ne se brûle jamais les doigts, et ne se salit point les mains par le charbon et la fumée. Il faut donc en conclure que ceux qui changent leur argent en charbon, ne doivent en attendre que de la cendre et de la fumée, et ne doivent point espérer d’autres transmutations. Ces Souffleurs ne connaissent donc pas Vulcain ou le feu philosophique.

Malgré toute la mauvaise humeur de Noël le Comte envers les Chimistes, il avoue que les Anciens avaient fixé le séjour de Vulcain a Lemnos, parce que le terrain de cette île est chaud et médicinal. C’est de là qu’on nous apporte la terre sigillée, qui entre autres propriétés a, dit cet Auteur, celle de tuer les vers et d’être un contre poison. Si Vulcain est le feu Hermétique nécessaire dans le cours de l’oeuvre, au moins en certain temps on doit voir pourquoi la Fable suppose qu’il fut chassé du Ciel, et nourri par les Néréides. Il ne sera même pas difficile, à deviner pour celui qui aura lu avec attention ce que nous avons dit jusqu’à présent du ciel, de la terre et de la mer des Philosophes. On verra quelles sont es armes des Dieux, et les foudres de Jupiter que Vulcain fabriqua. La séparation du pur d’avec l’impur, qui se fait par son moyen, annonce assez clairement, la victoire que les Dieux remportent sur les Titans. Ce prétendu forgeron est le feu qui puisse être chargé de faire le sceptre de Jupiter, le trident de Neptune et le bouclier de Mars, avec le collier d’Harmonie, et le chien d’airain de Procris qui doit être changé en pierre , parce qu’il est l’agent principal du second oeuvre et que lui seul est capable, de conduire l’airain philosophique à la perfection de la pierres des Sages.

La fixité de la matière de l’oeuvre dans cet état a donné lieu à la fiction de la chaise d’or que Vulcain présenta à Junon : car une chaise étant faite pour le repos, on pouvoir feindre naturellement que Junon, que nous avons dit être une vapeur volatile, était venue s’y reposer, lorsque cette vapeur s’est fixée, dans l’or ou la matière fixe des Philosophes. Vulcain joua ce tour à sa mère pour se venger de ce qu’elle l’avait chassé du Ciel, d’où il tomba dans l’île de Lemnos. La terre ignée des Sages ; après avoir occupé la partie supérieure du Vase, en se volatilisant avec la vapeur dont nous venons de parler, tombe au fond, où elle forme comme une espèce d’île au milieu de la Mer. C’est de là qu’elle agit et fait sentir sa force à tout le reste de la matière, tant aqueuse que terrestre. C’est dans ce même lieu que Brochée, fils de Vulcain, se précipita. Les noms seuls des compagnons de ce Dieu, indiquent la qualité sulfureuse et ignée de la matière, puisqu’ils signifient la foudre, le tonnerre et le feu. Mais Vulcain eut un second fils nommé Ardale, qui fit le Temple des Muses ; car le feu philosophique, en agissant sur la matière, la volatilise en vapeurs qui retombent comme une pluie. C’est Ardale qui bâtit alors le Temple des Muses, puisqu’il vient d’irrigo, et que les Muses ne sont elles-mêmes que les parties aqueuses et volatiles. Enfin, si l’on dit que Vulcain est boiteux, c’est que le feu dont il est le symbole, ne suffit pas seul.