Livre d’Alchimie et d’ésotérisme : La Généalogie des Dieux.

Les Fables Égyptiennes et Grecques livre III

D’Hermès à Dom Antoine-Joseph Pernety

Lug Alc

Dans la grande tradition de l’enseignement d’Hermès, l’alchimie est la science qui ne se comprend que par le langage analogique, celui qui relie le visible à l’invisible, le livre de Dom Antoine-Joseph Pernety.
Nous l’avons dit, les fictions des Grecs viennent pour la plupart d’Egypte et de Phénicie. On ne saurait en douter, après le témoignage formel des plus anciens Auteurs.
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L’Académie d’Hermès


Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.

Chapitre 1 à 2 : La généalogie des dieux.

Nous l’avons dit, les fictions des Grecs viennent pour la plupart d’Egypte et de Phénicie. On ne saurait en douter, après le témoignage formel des plus anciens Auteurs. Les Fables étaient le fondement de la Religion : elles avaient introduit ce grand nombre de Dieux qu’on avait substitués à la place du véritable. Ainsi, en apprenant la Religion des Egyptiens, les Grecs apprenaient aussi leurs Fables. Il est certain, par exemple, dit M. l’Abbé Banier (Myth. Tom. I. p.84), que le culte de Bacchus était formé sur celui d’Osiris ; Diodore le dit en plus d’un endroit (Lib. I.). Les représentations obscènes de leur Hermès et de leur Priape, n’étaient-elles pas les mêmes que le Phallus des Egyptiens ? Cérès et Cybèle, les mêmes qu’Isis ? Le Mercure des Latins, l’Hermès des Grecs, le Teutat des Gaulois, différaient-ils du Thot ou Thaut d’Egypte ? Enfin ni les Pélasges, qu’Hérodote (Lib. 2.) dit avoir introduit en Grèce le culte et les infamies du Phallus, ni les Grecs mêmes ne sont à beaucoup près si anciens que les Egyptiens. S’il y a donc quelques différences et dans les noms et dans les circonstances des Fables, c’est que les Grecs qui avaient un penchant marqué pour les fictions, et qui d’un autre côté voulaient passer pour anciens, changeaient les noms et les aventures, pour qu’on ne reconnût pas d’abord qu’ils descendaient des autres Peuples, et qu’ils avaient appris d’eux les cérémonies de la Religion. De-là vient sans doute que l’on trouve chez les Grecs les Fables Egyptiennes si défigurées, et qu’il y a tant de différence entre ce qu’Hérodote, Diodore de Sicile et Plutarque disent d’Isis et d’Osiris d’après les Prêtres d’Egypte, et ce que les Poètes racontent de Cérès, de Cybèle, de Diane, de Bacchus et d’Adonis, qu’on serait tenté de croire que ce ne sont pas les mêmes Divinités.

Si nonobstant toutes ces différences, les Mythologues, qui ne soupçonnaient pas le véritable objet de ces fictions, y ont reconnu le même fond, quoique habillé différemment, ils auraient dû n’en pas varier si fort les explications, et les faire envisager routes dans le même point de vue : mais, et les Historiens et les Mythologues sont si peu d’accord entre eux, qu’on ne sait à quoi s’en tenir. Car enfin, si toutes ces Fables ont été inventées pour le même objet ; si celles des Grecs ne diffèrent de celles des Egyptiens que par l’habillement et les noms, quand on a expliquée ces dernières, on ne devrait pas donner des premières des explications différentes des autres. Si les voyages de Bacchus sont les mêmes que ceux d’Osiris, quand on sait ce que signifient ceux du prétendu Roi d’Egypte, on sait aussi à quoi s’en tenir pour ce qui regarde ceux de Bacchus. Homère et Hésiode sont en quelque manière les pères des Fables, parce qu’ils les ont réduites en corps, et qu’ils les ont divulguées d’une façon assez constante ; mais ils n’en sont pas les inventeurs : l’idolâtrie était plus ancienne que ces deux Poètes. Orphée, Mélampe, etc. en avaient rempli leurs ouvrages, et l’on n’ignore pas que ces Poètes et bien d’autres, de même qu’Homère, avaient puisé ces fictions en Egypte et dans la Phénicie.

Entreprendre de réfuter les Poètes et les historiens sur l’existence réelle des Dieux et des Déesses, comme tels, c’est l’ouvrage d’un Chrétien, qui n’envisage ces Dieux que par rapport à la Religion. Ce n’est pas l’objet que je me propose. Le sentiment de plusieurs Mythologues qui les regardent comme des personnes réelles, et qui adoptent cette existence comme celle des personnes que les peuples ont divinisées, mais qui ont un rapport nécessaire et direct à l’Histoire ; et ceux qui pensent que les fables font des allégories pour la morale, ne pensent même pas qu’elles puissent avoir eu un autre objet. Les uns et les autres m’engagent à examiner cette théogonie, et à prouver qu’ils se sont également trompés : car enfin si ces Dieux, ces Déesses, ces Héros n’ont jamais existé personnellement, le Chrétien prendrait aujourd’hui une peine fort inutile pour combatte au milieu du Christianisme un être actuel de raison. L’Historien Chronologique établirait son histoire sur des époques chimériques, telle qu’est l’Histoire du Monde de M. Samuel Shuckford, quant au profane de ces siècles appelles fabuleux. Et comment le Moraliste trouverait-il des règles pour les bonnes moeurs dans des exemples qui sont propres qu’a les corrompre ?

M. l’Abbé Banier a recueilli avec un travail immense tout ce que les Poètes et les Historiens nous ont transmis des Dieux, et en a fait trois volumes de Mythologie, dans lesquels il s’est proposé de démontrer que toutes les fables ne sont que des traits d’histoire, défigurés par une quantité prodigieuse de fixions qu’on y a mêlées. Il est surprenant que ce Savant, après s’être vu forcé d’avouer que toutes les anciennes Fables des Grecs sont des imitations d’autres Fables pures d’Egypte, il ait malgré cela pris le parti d’en regarder les personnes feintes, comme des hymnes oui ont réellement existé. « C’est dans ce Livre, dit-il ( liv. 5. du tome 1.), qu’après avoir rapporté les sentiment des Philosophes anciens sur la Divinité, je prouverai par tout ce que l’antiquité a de plus respectable, que malgré leurs raffinements, on a cru toujours que la plupart des Dieux avaient été des hommes, sujets à la mort, comme ceux qui les adoraient ; et j’espère que cet article de la Théologie Païenne sera prouvé d’une manière qui ne souffrira point de réplique. » Ce n’est cependant pas un peut embarras que de débrouiller dans ce sens là la généalogie des Dieux ; et ne pourrait-on pas lui dire avec Horace (Art Poet) .

Verum quid tanto feret promissor hiatu ?

Cet auteur, pour tenir sa promesse a employé tous les textes des Anciens qui favorisent son système, et suivant les circonstances ou il en avait besoin. Il est arrivé de-là que ce qu’il dit dans un chapitre, détruit souvent ce qu’il avait dit dans un autre, et que son ouvrage est rempli de contradictions. J’en donne des preuves dans ce-lui-ci, lorsque je traite la même matière, et l’on pourrait faire un volume des exemples dont je ne ferai point mention Quelquefois même il donne pour une véritable histoire, ce que dans quelques autres endroits il traite de fable pure. Il avoue que Palephate et beaucoup d’autres Auteurs sont très suspects, et il ne laisse pas de s’étayer de leur autorité toutes les fois qu’il trouve leurs textes propres à son projet. Quel fond peut-on faire après cela sur les explications qu’il donne des Fables ? Et pensera-t-on avec lui qu’elles ne souffriront point de réplique ? Je laisse au Lecteur sensé et attentif, à juger si cette grande confiance était bien fondée. Les Fables nous ont été transmises dans les écrits de plusieurs anciens Auteurs qui nous restent. Hésiode dans sa Théogonie, Ovide dans ses Métamorphoses, Hygin et plusieurs autres en ont traité assez au long. Homère (Iliad. lib. 8.) parle de cette généalogie des Dieux sous l’allégorie d’une chaîne d’or, à laquelle tous les Dieux s’étaient suspendus pour chasser Jupiter du Ciel, et dit que leurs efforts furent inutiles. La plupart des Païens regardaient Jupiter comme le plus grand des Dieux, mais comme ils ne disaient pas qu’il n’avait point d’autre origine que lui-même, nous examinerons quels étaient son père, sa mère et ses aïeux.

CHAPITRE II.

Du Ciel et de la Terre.

es Auteurs des généalogies des Dieux n’ont eu que des connaissances fort confuses sur la véritable origine du Monde ; on pourrait même dire qu’ils l’ont absolument ignorée. Eclairés par les seuls lumières de la raison, ils se sont égarés dans leurs vaines spéculations, comme l’Apôtre Saint Paul le leur reproche, et ils se sont en conséquence formés des idées diverses et de Dieu et de l’Univers. Cicéron, qui avait recueilli toutes ces idées dans son Livre de la nature des Dieux, nous en a fait voir lui-même le peu de solidité.

Quelques-uns ont entrevu un être indépendant de la matière, une intelligence infinie et éternelle qui donne au Monde le mouvement, qui lui a donné la forme, et qui le conserve dans sa manière d’être ; mais ils ont aussi supposé la matière coéternelle à cette intelligence. Aristote et les Péripatéticiens paraissent l’avoir pensé ainsi. Platon et ses sectateurs reconnaissent un Dieu éternel comme cause efficiente de tout ce qui existe, et l’Univers comme un effet de cette cause, produit par ce Dieu, quand il lui ***** et non de toute éternité comme lui. D’ ***** avec Epicure, ont pensé que le Monde était formé par le concours fortuit d’u ****** d’atomes, qui, après avoir longtemps voltigé dans le vide, se seraient réunis ou coagulés comme le beurre ou le fromage se forme du lait, sans nous dire quelle a été ou pu être l’origine de des atomes. Thalès, Héraclite et Hésiode ont regardé l’eau comme la première matière des choses, et ils seraient en cela d’accord avec la Genèse, s’ils avaient ajouté que le chaos ou cet abîme n’existait pas de lui-même, et qu’une suprême intelligence et éternelle lui avait donné l’être, la forme et l’ordre que nous y voyons La création de l’Univers s’est faite dans des ténèbres trop épaisses, pour que nous puissions voir comment les chutes s’y sont passées. C’est temps perdu que de raisonner là-dessus, et de vouloir imaginer des systèmes. Tous ceux qui en ont formé, ou qui ont voulu raffiner sur le peu que Moïse nous en a dit, n’ont rien donne de satisfaisant, et sont quelquefois tombés dans le ridicule. Je laisse aux Physiciens la discussion de tous ces sentiments ; je ferai seulement observer que le Créateur de tout ce qui existe, n’étant pas assez connu des anciens Philosophes, ils n’ont peut-être étudié la nature des Dieux que par rapport aux choses sensibles, dont ils cherchaient à connaître l’origine et la formation, et qu’au lieu de soumettre la Physique à la Théologie, comme le dit fort bien M. l’Abbé Banier, ils ne fondaient leur Théologie que fur la Physique.

Ces idées se formèrent des conséquences mal entendues, mais puisée dans les principes philosophiques que les Grecs furent étudier chez les Egyptiens. Thaut, suivant le témoignage de Philon de Byblos, Traducteur de Sanchoniathon, avait écrit l’histoire des anciens Dieux ; mais c’était des Dieux dont nous avons parlé dans le premier Livre ; et le même Philon avoue que des Auteurs mêmes des siècles suivants ne les avaient regardés que comme des allégories. Nous avons assez prouvé que Thaut ou Mercure Trismégiste ne reconnaissait qu’un seul Dieu, et s’il n’a parlé et écrit de quelques autres Dieux, il ne croyait ni ne voulait pas que l’on croit qu’ils avaient été des hommes véritables et mortels, qu’on avaient déifiés dans la suite, puisqu’il était défendu, sous peine de la vie, de dire qu’ils avaient existé sous forme humaine ; non qu’ils eussent été en effet des hommes, mais pour les raisons que nous avons déduites assez au long, lorsque nous avons expliqué les idées des Prêtres Egyptiens sur Isis et Osiris. Ainsi tous les témoignages des Auteurs que l’on apporte pour prouver que les Dieux avaient été de vrais hommes, prouvent seulement qu’ils n’étaient pas au fait du secret des Prêtres d’Egypte, et qu’ils avaient pris à la lettre ce qu’on n’avait donné que pour des allégories. Les Philosophes et les Poètes se sont souvent moquas de ces Dieux. Rien de plus indigne et de plus choquant que la manière dont ils en parlent. Ils en font des monstres, dit le célèbre A. Bossuet (Discours sur l’histoire Universelle.) ; ils en représentent de ronds, de quarrés, de triangulaires, de boiteux, d’aveugles : ils parlent d’une manière bouffonne des amours d’Anubis avec la Lune ; ils disent que Diane eut le fouet ; ils font battre les Dieux, et les font blesser par des hommes ; ils les font fuir en Egypte, où ils sont obligés, pour se cacher, de se métamorphoser en animaux. Apollon pleure Esculape, Cybèle Athis : l’un, chassé du Ciel, est obligé de garder des troupeaux ; l’autre, réduit à travailler à des ouvrages de maçonnerie, n’a pas le crédit de Se faire payer : l’un est Musicien, l’autre Forgeron, l’autre Sage-femme. En un mot, on leur donne des emplois indignes ; ce qui sent plutôt la bouffonnerie du Théâtre, que la majesté des Dieux. Peut-on en effet trouver rien de plus indécent que le rôle qu’Homère leur fait jouer dans Ses Ouvrages ? Et si ces Dieux avaient été des Rois, ou même des Héros, en aurait-il parlé avec si peu de respect ? Lucien, dans Ses Dialogues, ne Se joue-t-il pas aussi des Dieux ? Juvenal dit () que les enfants Seuls le croient.

Nec pueri credunt, nisi qui nondum are lavantur.

Nombre d’anciens Philosophes et Poêles reconnaissaient cependant un Dieu unique, une intelligence suprême, de laquelle tout dépendait, qui gouvernait tout () : mais comme peu de gens avaient assez réfléchi pour connaître le vrai Dieu, et en avoir une idée juste, ne trouvant rien de plus parfait que le ciel et la terre, il était tout naturel de les regarder comme les premiers Dieux. Ils imaginèrent delà que l’air et le ciel, la mer et la terre, les neuves, les fontaines, les montagnes, les vents doivent être parents ou alliés, ou du moins contemporains, ou même, ce qui était plus croyable, tous frères et soeurs jumeaux (). Mais comme le soleil et la Lune étaient les deux objets les plus beaux et les plus frappants qui se présentent à nos yeux, ces deux astres devinrent les Dieux de presque tous les Peuples. Si nous en croyons les Anciens, le soleil était l’Osiris des Egyptiens, l’Ammon des Lybiens, le Saturne des Carthaginois () ; l’Adonis des Phéniciens, le Bal ou le Belus des Assyriens, le Moloch des Ammonites, le Dionysos ou l’Urotal des Arabes, le Mithras des Perses, le Belenos des Gaulois. Apollon, Bacchus, Liber ou Dionysus, étaient la même chose que le soleil chez les Grecs, Macrobe () le prouve d’une manière qui ne laisse point de réplique, dit M. l’Abbé Banier ().

De même la Lune était Isis en Egypte, Astarée en Phénicie, Alilat chez les Arabes, Mylitta chez les Perses ; Artémis, Diane, Dictynne, etc. en Grèce, dans l’île de Crète, dans celle de Délos et ailleurs. Macrobe va même jusqu’à dire que tous les Dieux du Paganisme devaient rapporter et rapportaient en effet leur origine au Soleil et à la Lune. Après un tel aveu de M. l’Abbé Banier, n’est-il pas surprenant qu’il veuille en faire des hommes ? Mais enfin on convenait que le Soleil et la Lune devaient leur origine à quelqu’un plus ancien qu’eux, et l’on établissait en conséquence une succession généalogique, dont le Ciel et la Terre étaient la première racine. Uranus, dont le nom dans la Langue Grecque signifie le Ciel, épousa Titée ou la Terre, sa soeur, et en eut plusieurs enfants. Voila le Ciel et la Terre reconnus comme source des Dieux C’est donc eux et leur race que nous allons passer en revue à l’imitation de d’Hésiode . Ces Dieux eurent pour enfants, Titan, Océan, Hypérion, Japet, Saturne, Rhée, Thémis et les autres que ce Poète rapporte. De Saturne et Rhée naquirent Jupiter, Junon, Neptune, Glauca et Pluton : de Saturne et Phillyre, Chiron le Centaure. Des suites d’une opération violente que Jupiter fit à Saturne, naquit Vénus De Junon seule vint Hebé. De Jupiter et de Métis, que ce Dieu avait engloutie, sortit Pallas. Jupiter eut de Junon, Sa Soeur, Vulcain et Mars, de Latone, Apollon et Diane ; de Maja, Mercure ; de Séméle, Denys ou Bacchus ; de Coronis, Esculape ; de Danaé, Persée ; d’Alemene, Hercule ; de Leda, Castor et Pollux, Hélène et Clytemnestre ; d’Europe, Minos et Rhadamante ; d’Antiope, Amphion et Zethe ; les Palisques de Thalie, et Proserpine de Cérès.

Nous ne ferons mention que de Saturne, Jupiter et ses enfants que nous venons de nommer, et nous y ajouterons seulement quelques-uns de ses petits-fils ; car nous ne finirions pas, si nous voulions parler de tous. Au reste ce que nous dirons de ceux-ci, Sera plus que suffisant pour apprendre à interpréter ce qui regarde ceux que nous omettrons.

Comme la généalogie du Ciel et de la Terre ne s’étend pas au-delà d’eux, à moins qu’avec quelques Auteurs on ne les dise enfants du Chaos, il est inutile d’en parler plus au long. Voyons ce que c’était que Saturne, afin d’avoir quelque connaissance du père par le fils.


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