Livre d’Alchimie et d’ésotérisme : Harpocrate et Anubis

Les Fables Égyptiennes et Grecques livre premier

D’Hermès à Dom Antoine-Joseph Pernety

Lug Alc

Dans la grande tradition de l’enseignement d’Hermès, l’alchimie est la science qui ne se comprend que par le langage analogique, celui qui relie le visible à l’invisible, le livre de Dom Antoine-Joseph Pernety.
Il n’y a qu’un sentiment dans tous les Auteurs au Sujet Harpocrate pris pour le Dieu du silence ; il est vrai que dans tous les monuments où il est représenté, son attitude est de porter le doigt sur la bouche, pour marquer que les hommes qui connaissaient les Dieux, dans les temples desquels Harpocrate était placé, ne devaient pas en parler témérairement.
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L’Académie d’Hermès


Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.

Chapitre VII et VIII : Histoire d’Harpocrate et d’Anubis.

Harpocrate.

Il n’y a qu’un sentiment dans tous les Auteurs au Sujet Harpocrate pris pour le Dieu du silence ; il est vrai que dans tous les monuments où il est représenté, son attitude est de porter le doigt sur la bouche, pour marquer, dit Plutarque (De Isir. et Osir.) que les hommes qui connaissaient les Dieux, dans les temples desquels Harpocrate était placé, ne devaient pas en parler témérairement. Cette attitude le distingue de tous les autres Dieux de l’Egypte, avec lesquels il a souvent quelque rapport par les symboles dont il est accompagné. De là vient que beaucoup d’Auteurs l’ont confondu avec Horus, et l’on dit fils d’Isis et d’Osiris. Dans tous les temples d’Isis et de Sérapis on voyait une autre idole portant le doigt sur la bouche, et cette idole est sans doute celle dont parle S. Augustin (De Civ. Dei. 1. 18.c.5.) d’après Varron, qui disait qu’il y avait une loi en Egypte pour défendre sous peine de la vie, de dire que ces Dieux avaient été des hommes. Cette idole ne pouvoir être qu’Harpocrate, qu’Ausone appelle Sigaleon. En confondant Horus avec Harpocrate on s’est trouvé dans la nécessité de dire qu’ils étaient l’un et l’autre des symboles du Soleil ; et à dire le vrai quelques figures d’Harpocrate ornées de rayons, ou assises sur le lotus, ou qui portent un arc et une trousse ou carquois, ont donné lieu à cette erreur. Dans ce cas-là il faudrait dire que les Egyptiens avaient de la discrétion du Soleil une toute autre idée que n’en avaient les Grecs. Si Harpocrate était le Dieu du silence, et était en même temps le symbole du Soleil chez les premiers, il ne pouvait être l’un et l’autre chez les seconds ; puisqu’Apollon ou le Soleil, selon les Grecs, ne put garder le secret sur l’a-dultère de Mars et de Vénus. Ils avaient cepen-dant les uns et les autres la même idée d’Harpocrate, et le regardaient comme le Dieu du secret qui se conserve dans le silence, et s’évanouit par la révélation. Harpocrate par conséquent n’était pas le symbole du Soleil, mais les hiéroglyphes, dont on accompagnait sa figure, avaient un rapport symbolique avec le Soleil ; c’est-à-dire, le Soleil Philosophique donc Horus était aussi un hiéroglyphe. Les Auteurs qui nous apprennent qu’Harpocrate était fils d’Isis et d’Osiris, disent vrai, parce qu’ils le tenaient des Prêtres d’Egypte ; mais ces Auteurs prenaient cette génération dans le sens naturel, au lieu que les Prêtres Philosophes le disaient dans un sens allégorique. puisque tous les Grecs et les Latins étaient convaincus que ces Prêtres mêlaient toujours du mystérieux dans leurs paroles, leurs gestes, leurs actions, leurs histoires et leurs figures, qu’on regardait toutes comme des symboles, il est surprenant que ces Auteurs aient pris à la lettre tant de choses qu’ils nous rapportent des Egyptiens. Leurs témoignages propres les condamnent à cet égard. Nos Mythologues et nos Antiquaires auraient dû faire cette attention. Le secret donc Harpocrate était le Dieu, était à la vérité le secret en général que l’on doit garder sur tout ce qui nous est confié. Mais les attributs Harpocrate nous indiquent l’objet du secret particulier donc il était question chez les Prêtres d’Egypte. Isis, Osiris, Horus, ou plutôt ce qu’ils représentaient symbolique-ment, étaient l’objet de ce secret. Ils en furent la matière ; ils en fournirent le sujet, ils le firent naître ; il tirait donc son existence d’eux ; et l’on pouvait dire par conséquent qu’Harpocrate était fils d’Isis et d’Osiris.

Si, comme l’a prétendu prouver l’illustre M. Cuper dans son Traité sur Harpocrate, on ne doit regarder ce Dieu que comme une même personne avec Orus, pourquoi tous les Anciens les distinguaient-ils ? pourquoi Orus n’a-t-il jamais passé pour Dieu du silence ? et pourquoi ne le voit-on dans aucun monument représenté de la même manière et avec les mêmes symboles ? Je n’y vois qu’une seule ressemblance ; c’est que l’un et l’autre se trouvent sous la figure d’un enfant ; mais encore diffèrent-ils, en ce qu’Orus est presque toujours emmailloté, ou sur les genoux d’Isis qui l’allaite ; au lieu qu’Harpocrate est très souvent un jeune homme, et même un homme fait.

Le chat-huant, le chien, le serpent ne furent jamais des symboles donnés à Orus ; et tout ce qu’ils pourraient avoir de commun sont les rayons qu’on a mis autour de la tête d’Harpocrate, et la corne d’abondance, tels qu’on en voit plusieurs dans l’Antiquité expliquée de Dom Bernard de Montfaucon. Mais il est bon de remarquer que jamais Harpocrate ne se trouve représenté la tête rayonnante. Sans qu’on y ait joint quelque autre symbole. Quoi qu’il en soit, le serpent, le chat-huant et le chien sont tous des symboles qui conviennent parfaitement au Dieu du secret, et nullement à Orus pris pour le Soleil. Le chat-huant était l’oiseau de Minerve, Déesse de la sagesse : le serpent fut toujours un symbole de prudence, et le chien un symbole de fidélité. Je laisse au Lecteur à en faire l’application.

Les autres symboles donnés à Harpocrate, signifiaient l’objet même du secret qu’il recommandait en mettant le doigt sur la bouche ; c’est-à-dire, l’or ou le Soleil Hermétique, par la fleur de lotus sur lequel on le trouve quelquefois assis, ou qu’il porte sur la tête, par les rayons dont sa tête est environnée, et enfin par la corne d’abondance qu’il tient ; puisque le résultat du grand oeuvre ou l’élixir Philosophique est la vraie corne d’Amalthée, étant la source des richesses et de la santé.

Plutarque a raison de dire qu’Harpocrate était placé à l’entrée des temples, pour avertir ceux qui connaissaient quels étaient ces Dieux, de n’en pas parler témérairement ; cela ne regardait donc pas le peuple, qui prenait à la lettre ce que l’on racontait de ces Dieux, et qui ignorait par conséquent de quoi il s’agissait. Les Prêtres avaient toujours le Dieu du silence devant les yeux, pour leur rappeler qu’il fallait se donner de garde de divulguer le secret qui leur était confié. On les y obligeait d’ailleurs sous peine de la vie, et il y avait de la prudence à faire cette loi. L’Egypte aurait couru de grands dangers si les autres Nations avaient été informées avec certitude que les Prêtres Egyptiens possédaient le secret de faire de l’or, et de guérir toutes les maladies qui affligent le corps humain. Ils auraient eu des guerres sanglantes à soutenir. Jamais la paix n’y aurait fait sentir ses douceurs. Les Prêtres même auraient été exposés à perdre la vie de la part des Rois en divulguant le secret, et de la part de ceux du peuple à qui ils auraient refusé de le dire, quand on les aurait pressés de le faire. On sentait d’ailleurs les conséquences d’une semblable révélation qui seraient devenues extrêmement fâcheuses pour l’Etat même. Il n’y aurait plus eu de subordination, plus de société ; tout l’ordre aurait été bouleversé. Ces raisons bien réfléchies ont dans tous les temps fait une si grande impression sur les Philosophes Hermétiques, que tous les Anciens n’ont pas même voulu déclarer quel était l’objet de leurs allégories et des fables qu’ils inventaient. Nous avons encore une grande quantité d’ouvrages où le grand oeuvre est décrit énigmatiquement, ou allégoriquement ; ces ouvrages sont entre les mains de tout le monde, et les seuls Philosophes Hermétiques y lisent dans le sens de l’Auteur, pendant que les autres ne s’avisent même pas de le soupçonner. De là tant de Saumaises ont épuisé leur érudition pour y faire des commentaires qui ne satisfont point les gens sensés, parce qu’ils sentent bien que tous les sens qu’on leur présente sont forcés. Il faut juger de même de presque tous les anciens Au-teurs qui nous parlent du culte des Dieux de l’Egypte. Ils ne nous parlent que d’après le peuple qui n’était pas au fait. Ceux même, comme Hérodote et Diodore de Sicile, qui avaient interrogé les Prêtres, et qui parlent d’après leurs réponses, ne nous donnent pas plus d’éclaircissements. Les Prêtres leur donnaient le change, comme ils le donnaient au peuple ; on rapporte même qu’un Prêtre Egyptien, nommé Léon, en usa de cette manière envers Alexandre, qui voulait se faire expliquer la Religion d’Egypte. Il répondit que les Dieux que le peuple adorait n’étaient que des anciens Rois d’Egypte, hom-mes mortels comme les autres hommes. Alexandre le crut comme on le lui disait, et le manda, dit-on, à sa mère Olympias, en lui recommandant de jeter sa lettre au feu, afin que le peuple de la Grèce, qui adorait les mêmes Dieux, n’en fût pas instruit, et que la crainte qu’on lui avait inculquée de ces Dieux, le retînt dans l’ordre et la subordination.

Ceux qui avaient fait les lois pour la succession au trône, avaient eu par toutes les raisons que nous avons déduites, la sage précaution d’obvier à tous ces désordres en ordonnant que les Rois seraient pris du nombre des Prêtres, qui ne communiquaient ce secret qu’à ceux de leurs enfants, et aux autres seulement, Prêtres comme eux, ou qui en seraient Jugés dignes après une longue épreuve. C’est encore ce qui les engageait à défendre l’entrée de l’Egypte aux étrangers pendant si longtemps, ou à les obliger par affronts et par les dangers qu’ils couraient pour leur vie, d’en sortir, lorsqu’ils y avaient pénétré. Psammetichus fut le premier Roi qui permit le commerce de ses sujets avec les étrangers ; et dès ce temps-là quelques Grecs, désireux de s’instruire, se transportèrent en Egypte, où après les épreuves requises ils furent initiés dans les mystères d’Isis, et les portèrent dans leur patrie sous l’ombre des fables et des allégories imitées de celles des Egyptiens. C’est ce que firent aussi quelques Prêtres d’Egypte, qui à la tête de plusieurs colonies furent s’établir hors de leur pays ; mais tous gardèrent scrupuleusement le secret qui leur était confié, et sans en changer l’objet, ils varièrent les histoires sous lesquelles ils le voilaient. De là sont venues toutes les fables de la Grèce et d’ailleurs, comme nous le ferons voir dans les livres suivants.

Le secret fut toujours l’apanage du sage, et Salomon nous apprend qu’on ne doit pas révéler la sagesse à ceux qui en peuvent faire un mauvais usage, ou qui ne sont pas propres à la garder avec prudence et discrétion. C’est pourquoi tous les Anciens ne parlaient que par énigmes, par paraboles, par symboles, par hiéroglyphes, etc afin que les Sages seuls pussent y comprendre quelque chose.

CHAPITRE VIII : Anubis.

Diodore de Sicile (Lib. I.) dit qu’Anubis fut un de ceux qui accompagnèrent Osiris dans son expédition des Indes ; qu’il était fils de ce même Osiris ; qu’il portait pour habillement de guerre une peau de chien, et qu’il était, suivant l’interprétation de M. l’Abbé Banier (Mythol.T.I.p.496.), Capitaine des Gardes de ce Prince. Le premier de ces Auteurs rapporte ce qu’il avait appris en Egypte, et dit vrai ; mais le second a tort d’accuser la Mythologie Grecque d’avoir confondu Anubis avec Mercure Trismégiste, si célèbre en Egypte par ces belles découvertes, par l’invention des caractères, et par le nombre prodigieux de livres qu’il composa sur toutes sortes de sciences. Ceux qui transportent la Mythologie des Egyptiens chez les Grecs, tels que Musée, Orphée, Mélampe, Eumolpe, Homère, etc. ne s’écartèrent point des idées des Egyptiens, et ne confondirent jamais Anubis avec Trismégiste, mais avec un autre Mercure inconnu à M. l’Abbé Banier, au moins dans le sens que ces promulgateurs de la Mythologie en avaient. Le peu de connaissance qu’on avait de ce Mercure, qui accompagna en effet Osiris dans son voyage, a occasionné les faux raisonnements que la plupart des Auteurs ont faits sur Anubis ; ce n’est donc pas sur leur témoignage qu’il faut établir ses conjectures, et fonder ses jugements. Le P. Kircher (Obelisc. Pamph. p. 292.), est un de ceux qui a mal à propos confondu avec le ton décisif qui lui est ordinaire, Mercure Trismégiste avec Anubis, et qui s’est persuadé faussement que les Egyptiens le représentaient sous la figure d’Anubis. Unde posteri virum tam admirandâ scientiâ praeditum ïnter Deos relatum divinis honoribus coluerunt, eum Anubin vacantes, hoc est, canem, ob admirabilem hujus in rébus, quâ inveniendis, qua investigarnis sagacitatem : il a été sans doute trompé par les explications des hiéroglyphes Egyptiens, données par Horapollo (Liv. l. Explicat. 39.), qui dit que le chien était le symbole d’un Ministre, d’un Conseiller, d’un Secrétaire d’Etat, d’un Prophète, d’un Savant, etc. Plutarque peut aussi avoir contribué à tromper nos Mythologues, en donnant à ce Dieu le nom d’HermAnubis, qui signifie Mercure Anubis. Apulée aurait cependant pu les tirer d’erreur, s’ils avaient fait réflexion sur la description qu’il en fait en ces termes : « Anubis est l’interprète des Dieux du Ciel, et de ceux de l’enfer. Il a la face tantôt noire, tantôt de couleur d’or. Il tient élevée sa grande tête de chien, portant de la main gauche un caducée, et de la droite une palme verte, qu’il semble agiter.  » Un Antique, que Boissard nous a conservé, que l’on trouve aussi dans le P. Kircher (Loc. cit. p. 294.), dans l’Antiquité expliquée de Dom de Montfaucon, T, II. P. II. p. 314 et ailleurs, et suivant l’inscription, dédiée par un grand Prêtre, nommé Isias, montre clairement ce que les Egyptiens entendaient par Anubis. Cet Isias dédie cet hiéroglyphe aux Dieux frères, et dit que ces Dieux, c’est-à-dire, Sérapis ou Osiris, Apis et Anubis sont les Dieux synthrônes de l’Egypte, ou participants au même trône en Egypte. Isias montre par cette inscription qu’il était plus au fait de la nature de ces Dieux et de leur généalogie, que ne l’étaient beaucoup d’anciens Auteurs Grecs et Latins, et que ne le sont encore aujourd’hui nos Mythologues. La fraternité de ces trois Dieux sape les fondements de toutes leurs explications ; elle contredit Plutarque, qui croit qu’Anubis était fils de Nephté, qui en accoucha, selon lui, avant terme, par la terreur qu’elle eut de Typhon son mari, et que ce fut lui qui, quoique encore fort jeune, apprit à Isis sa tante la première nouvelle de la mort d’Osiris. Elle ne s’accorde pas avec Diodore, qui fait Anubis fils d’Osiris. Mais si nos Mythologues pénétraient dans les idées d’Isias, ils verraient bientôt que ces contradictions ne sont qu’apparentes, et que ces trois Auteurs parlent réellement d’un seul et unique sujet, quoiqu’ils s’expriment diversement. Diodore et Plutarque rapportent les traditions Egyptiennes, telles qu’ils les avaient apprises sans savoir ce qu’elles signifiaient, au lieu qu’Isias était instruit des mystères qu’elles renfermaient. On en jugera par l’explication suivante.

Il y avait deux Mercures en Egypte, l’un sur-nommé Trismégiste, inventeur des hiéroglyphes des Dieux de l’Egypte, c’est-à-dire, des Dieux fabriqués par les hommes, et qui faisaient l’objet de l’Art Sacerdotal ; l’autre Mercure appelé Anubis, qui était un de ces Dieux, en vue desquels ces hiéroglyphes furent inventés. L’un et l’autre de ces Mercures furent donnés pour conseil à Isis ; Trismégiste pour gouverner extérieurement, et Anubis pour le gouvernement intérieur. Mais comment cela put-il se faire, dira-t-on, puisque Diodore rapporte qu’Anubis accompagna Osiris dans son expédition ? Voici le moyen d’accorder ces contradictions ; et l’on verra qu’Anubis est fils, de même que frère d’Osiris. Nous avons dit qu’Osiris et Isis étaient le symbole de la matière de l’Art Hermétique ; que l’un représentait le feu de la Nature, le principe igné et générant, le mâle et l’agent ; que l’autre ou Isis signifiait l’humeur radicale, la terre, ou la matrice et le siège de ce feu, le principe passif ou la femelle ; et que tous deux ne formaient qu’un même sujet composé de ces deux substances. Osiris était le même que Sérapis ou, Amun, que quelques-uns disent Amon et Ammon, représenté par une tête de Bélier, ou avec des cornes de Bélier ; parce que cet animal, suivant les Auteurs (Kirch. Obél. Pamph. p. 295.) cités par le P. Kircher, est d’une nature chaude et humide. On voyait Isis avec une tête de Taureau, parce qu’elle était prise pour la Lune, dont le croissant est représenté par les cornes de cet animal ; et que d’ailleurs il est pesant et terrestre. Anubis dans l’Antique de Boissart, se trouve placé encre Sérapis et Apis, pour faire entendre qu’il est composé des deux, ou qu’il en vient ; il est donc fils d’Osiris et d’Isis, et voici comment. Cette matière de l’Art Sacerdotal, mise dans le vase, se dissout en eau mercurielle ; cette eau forme le Mercure Philosophique ou Anubis. Plutarque dit que, quoique fort jeune, il fut le premier qui annonça à Isis la mort d’Osiris, parce que ce Mercure ne paraît qu’après la dissolution et la putréfaction désignées par la mort de ce Prince. Et comme Typhon et Nephté sont les principes de destruction et les causes de cette dissolution, on dit qu’Anubis est fils de ce monstre et de sa femme. Voilà donc Anubis fils d’Osiris et d’Isis en réalité, et né d’eux générativement. Typhon et Nephté sont aussi ses père et mère, mais seulement comme causes occasionnelles. Raymond Lulle s’exprime dans ce sens-là (Vade mecum.) , lorsqu’il dit : Mon fils, notre enfant a deux pères et deux mères. Cette eau est appelée eau de la sagesse, parce qu’elle est toute or et argent, et elle en réside l’esprit de la quintessence qui fait tout, et sans elle on ne peut rien faire. Ce feu, cette terre, et cette eau qui se trouvent dans cette même matière de l’oeuvre, sont frères comme les éléments le sont entre eux, ce qui fait qu’Isias les appelle de ce nom. Il dit aussi qu’ils sont Dieux synthrônes de l’Egypte, ou des Dieux également révérés par les Egyptiens, participants au même trône et au même honneur, pour nous faire entendre que les trois ne sont qu’un, et qu’ils ne signifient que la même chose, quoiqu’ils aient différents noms. Cette unité ou ces trois principes qui se réunifient pour ne faire qu’un tout, est déclare palpablement par le triangle qui se voit dans ce monument.

Ayant dit ce que c’est qu’Anubis, on devine aisément comment il put accompagner Osiris dans son voyage, puisque le Mercure Philosophique est toujours dans le vase ; qu’il passe par le noir ou l’Ethiopie, le blanc, etc. ; on a vu le reste dans le chapitre d’Osiris. Quant à la tête de chien qu’on donne à Anubis, nous avons vu que les Egyptiens prenaient le chien pour symbole d’un Ministre d’Etat ; ce qui convient très bien au Mercure des Philosophes, puisque c’est lui qui conduit tout l’intérieure de l’oeuvre. Le caducée seul le fait connaître pour Mercure ; la face tantôt noire, tantôt de couleur d’or que lui donne Apulée, n’indique-t-elle pas clairement les couleurs de l’oeuvre ? Le texte de Raymond Lulle que nous avons cité, fait voir que Osiris, Isis et Anubis, ou Sérapis, Apis et Anubis sont renfermés dans un même sujet, puisque Osiris, symbole du Soleil, et Isis, symbole de la Lune, se trouvent dans l’eau mercurielle ; car les Philosophes appellent indifféremment Soleil ou or leur soufre parfait au rouge, et Lune ou argent, leur matière fixée à blancheur.

Le crocodile, animal amphibie, sur lequel Isias a fait représenter Anubis debout, désigne que Mercure ou le Dieu Anubis est composé ou naît de la terre et de l’eau ; et afin qu’on ne s’y méprît pas, il a fait mettre auprès un préséricule et une patère, qui sont des vases où l’on met de l’eau ou d’autres liqueurs. Le ballot que le P. Kircher n’a pas explique, et que D. de Montfaucon prend pour un coussin bandée en avouant qu’il n’en sait pas l’usage, signifie le commerce qui se fait par le moyen de l’or, dont le globe qu’Anubis porte à la main droite est le symbole. On voie assez souvent le globe dans les hiéroglyphes Egyptiens, parce qu’ils avaient l’Art Sacerdotal pour objet. lorsque ce globe est joint à une croix, c’est pour faire voir que l’or est composé des quatre éléments si bien combinés qu’ils ne se détruisent point l’un, et l’autre. Quand le globe est ailé, c’est l’or qu’il faut volatiliser pour parvenir à lui donner la vertu transmutative. Un globe environné d’un serpent, ou un serpent appuyé sur un globe, est un signe de la putréfaction par laquelle il doit passer avant d’être volatilité.

On le trouve même quelquefois ailé, avec un serpent attaché au-dessous (Kirch. Obel. Pamph. p. 399.), et alors il désigne la putréfaction, et la volatilisation qui en est une suite. Mais il faut faire attention que je parle de l’or Philosophique, ou Soleil Hermétique, je croîs devoir faire cette observation, crainte que quelque souffleur n’en prenne occasion de chercher par les eaux fortes ou quelques dissolvants semblables, le moyen de distiller l’or commun, et ne s’imagine avoir touché au but quand il fera parvenu à les faire passer ensemble dans le récipient.


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