Livre d’Alchimie et d’ésotérisme : Les Dieux de l’Égypte

Les Fables Égyptiennes et Grecques livre premier

D’Hermès à Dom Antoine-Joseph Pernety

Lug Alc

Dans la grande tradition de l’enseignement d’Hermès, l’alchimie est la science qui ne se comprend que par le langage analogique, celui qui relie le visible à l’invisible, le livre de Dom Antoine-Joseph Pernety.
On ne peut révoquer en doute que la pluralité des Dieux n’aie été admise par le peuple d’Egypte. Les plus anciens Historiens nous assurent même que les Grecs et les autres Nations n’avaient d’autres Dieux que ceux des Egyptiens
Envoyer cette page
Actuellement 41 connectés
Ajouter à vos favoris
 

Commentaires sur Livre d'Alchimie et d'ésotérisme : Les Dieux de l'Égypte

22. Livre d’Alchimie et d’ésotérisme : Les Dieux de l’Égypte
Pour le moment, aucun commentaire sur "Livre d'Alchimie et d'ésotérisme : Les Dieux de l'Égypte".
Soyez le premier à apporter votre pierre à l'édifice de la connaissance, en mettant en partage vos richesses !

L’Académie d’Hermès


Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.

Chapitre II : Les Dieux de l’Égypte.

On ne peut révoquer en doute que la pluralité des Dieux n’aie été admise par le peuple d’Egypte. Les plus anciens Historiens nous assurent même que les Grecs et les autres Nations n’avaient d’autres Dieux que ceux des Egyptiens ; mais sous des noms différents. Hérodote (Lib. 2.) comptait douze principaux Dieux que les Grecs avaient pris des Egyptiens avec leurs noms mêmes, et ajoute que ces derniers Peuples dressèrent les premiers des autels, et élevèrent des temples aux Dieux. Mais il n’est pas moins constant que quelque superstitieuse que fût cette Nation, on y voyait bien des traces de la véritable Religion. Une partie même considérable de l’Egypte, la Thébaïde, dit Plutarque, ne reconnaissait point de Dieu mortel ; mais un Dieu sans commencement et immortel, qui en la langue du pays s’appelait Cneph, et selon Strabon Knuphis. Ce que nous avons rapporté d’Hermès, de Jamblique, etc. prouve encore plus clairement que les mystères des Egyptiens n’avaient point pour objet les Dieux comme Dieu, et leur culte comme culte de la Divinité.

Isis et Osiris sur lesquels roule presque toute la Théologie Egyptienne, étaient à recueillir les sentiments de divers Auteurs, tous les Deux du paganisme. Isis, selon eux, était Cérès, Junon, la Lune, la Terre, Minerve, Proserpine, Thétis, la mère des Dieux ou Cybèle, Vénus, Diane, Bellone, Hécate, Rhamnusia, la Nature même : en un mot, toutes les Déesses. C’est ce qui a donné lieu de l’appeler Myrionyme, ou la Déesse à mille noms. De même qu’Isis se prenait pour toutes les Déesses, on prenait aussi Osiris pour tous les Dieux ; les uns disent qu’Osiris était Bacchus ; d’autres le sont le même que Scrapis, le Soleil, Pluton, Jupiter, Ammon, Pan : d’autres (Hésychius.) sont d’Osiris Attis, Adonis, Apis, Titan, Apollon, Phoebus, Mithras, l’Océan, etc. Je n’entrerai point dans un détail qu’on peut voir dans beaucoup d’autres Auteurs. Les interprétations mal entendues des hiéroglyphes inventés par les Philosophes et les Prêtres, ont donné lieu à cette multitude de Dieux, qu’Hésiode (Théogon.) fait monter à 30 000. Trimégiste, Jamblique, Psellus et plusieurs autres n’en ont point déterminé le nombre ; mais ils ont dit que les cieux, l’air et la terre en étaient remplis. Maxime de Tyr disait, en parlant d’Homère, que ce Poète ne reconnaissait aucun en-droit de la terre qui n’eût son Dieu. La plupart des Païens regardaient même la Divinité comme ayant les deux sexes, et la nommaient Hermaphrodite ; ce qui a fait dire à Valerius Soranus :

Jupiter omnipotens, Regum, rerumque Deûmque Progenitor, genitrixque Deûm, Deus unus et omnis.

Cette confusion tant dans les noms que dans les Dieux mêmes, doit nous convaincre que ceux qui les ont inventés, ne pouvaient avoir en vue que la Nature, ses opérations et ses productions. Et comme le grand oeuvre est un de ses plus admirables effets, les premiers qui le trouvèrent ayant considéré sa matière, sa forme, les divers changements qui lui survenaient pendant les opérations, ses effets surprenants ; et qu’en tout cela elle participait en quelque sorte avec les principales parties de l’Univers (Majer Arcana Arcaniss) telles que le Soleil, la Lune, les étoiles, le feu, l’air, la terre, l’eau, ils en prirent occasion de lui donner tous ces noms. Tout ce qui se forme dans la Nature, ne se faisant que par l’action de deux, l’un agent, l’autre patient, qui sont analogues au mâle et à la femelle dans les animaux ; le premier chaud, sec, igné ; le second froid et humide. Les Prêtres d’Egypte personnifièrent la matière de leur art sacerdotal, et appelèrent Osiris, ou feu caché, le principe actif qui fait les fonctions de mâle, et Isis le principe passif qui tient lieu de femelle. Ils désignèrent l’un par le Soleil, à cause du principe de chaleur et de vie que cet astre répand dans toute la Nature ; et l’autre par la Lune, parce qu’ils la regardaient comme d’une nature froide et humide. Le fixe et le volatil, le chaud et l’humide étant les parties constituantes des mixtes, avec certaines parties hétérogènes qui s’y trouvent toujours mêlées, et qui sont la cause de la destruction des individus, ils y joignirent un troisième, à qui ils donnèrent le nom de Typhon, ou mauvais principe. Mercure fut donné pour adjoint à Osiris et à Isis, pour les secourir contre les entreprises de Typhon, parce que Mercure est comme le lien et le milieu qui réunit le chaud et le froid, l’humide et le sec, qu’il est comme le noeud au moyen duquel le subtil et l’épais, le pur et l’impur se trouvent associés ; et qu’enfin il ne se fait point de conjonction du Soleil avec la Lune, sans que Mercure, voisin du Soleil, y soit présent. Osiris et Isis furent donc regardés comme l’époux et l’épouse, le frère et la soeur, enfants de Saturne, selon les uns (Diodor. de Sicile.), fils de Coelus selon d’autres (Kirch. p. 179.) ; Typhon passait seulement pour leur frère utérin, parce que la liaison des parties homogènes, inaltérables et radicales avec les parties hétérogènes, impures et accidentelles des mixtes se fait dans la même matrice, ou dans les entrailles de la terre. Toutes les mauvaises qualités qu’on attribuait à Typhon, nous découvrent parfaitement ce que l’on avait dessein de signifier par lui. Nous en dirons quelque chose de plus détaillé dans la suite.

Ces quatre personnes, Osiris, Isis, Mercure et Typhon, étaient chez les Egyptiens les principales et les plus célèbres, trois passaient pour des Dieux, et Typhon pour un esprit malin. Mais pour des Dieux de la nature de ceux dont Hermès parle à Asclépius, je veux dire des Dieux fabriqués artistement par la main des hommes. A ces quatre ils joignirent Vulcain, inventeur du feu, que Diodore fait père de Saturne, parce que le feu Philosophique est absolument nécessaire dans l’oeuvre Hermétique. Ils leur associèrent aussi Pallas ou la sagesse, la prudence et l’adresse dans la conduite du régime pour les opérations. L’Océan, père des Dieux, et Thétis leur mère vinrent ensuite avec le Nil, c’est-à-dire, l’eau, et enfin la Terre, mère de toutes choses ; parce que suivant Orphée, la terre nous fournît les richesses. Saturne, Jupiter, Vénus, Apollon, et quelques autres Dieux furent enfin admis, et Horus, comme fils d’Osiris et d’Isis.

Non seulement les choses, mais leurs vertus et propriétés physiques devinrent des Dieux dans l’esprit du peuple, à mesure qu’on s’efforçait de lui en démontrer l’excellence. S. Augustin (De Civit. Dei. 4.), Lactance, Eusebe et beaucoup d’autres Auteurs Chrétiens et Païens nous le disent dans différents endroits ; Cicéron (L. 2. de Nat. Deor.), Denis d’Halicarnasse (L. 2. Antiquit, Roman.), pensent que la variété et la multitude des Dieux du Paganisme ont pris naissance dans les observations qu’avaient faites les savants sur les propriétés du Ciel, les essences des Eléments, les influences des Astres, les vertus des mixtes, etc. Ils s’imaginèrent qu’il n’y avait pas une plante, un animal, un métal ou une pierre spécifiée sur terre, qui n’eût son étoile, ou son génie dominant.

Outre les Dieux donc nous avons parlé ci-devant, qu’Hérodote (L. 2.) appelle les grands Dieux, et que les Egyptiens regardaient comme célestes suivant Diodore, « ils avaient encore, dit cet Auteur (L. I. c. 2.), des Génies, qui ont été des hommes ; mais qui, pendant leur vie, ont excellé en sagesse, et se sont rendus recommandables par leurs bienfaits envers l’humanité. Quelques-uns d’entre eux, disent-ils, ont été leurs Rois, et se nommaient comme les Dieux célestes ; d’autres avaient des noms qui leur étaient propres. Le Soleil, Saturne, Rhée, Jupiter, appelé Ammon, Junon, Vulcain, Vesta, et enfin Mercure. Le premier se nommait Soleil, de même que l’astre qui nous éclaire. Mais plusieurs de leurs Prêtres soutenaient que c’était Vulcain l’inventeur du feu ; et que cette invention avoir engagé les Egyptiens à le faire leur Roi. » Le même Auteur ajoute qu’après Vulcain, Saturne régna ; qu’il épousa sa soeur Rhée ; qu’il fut père d’Osiris, d’Isis, de Jupiter et de Junon ; que ces deux derniers obtinrent l’empire du monde par leur prudence et leur valeur.

Jupiter et Junon, si nous en croyons Plutarque (De Isid. et Osir.), engendrèrent cinq Dieux, suivant les cinq jours intercalaires des Egyptiens ; savoir, Osiris, Isis, Typhon, Apollon et Vénus. Osiris fut surnommé Denis, et Isis Cérès. presque tous les Auteurs conviennent qu’Osiris était frère et mari d’Isis, comme Jupiter était frère et mari de Junon ; mais Lactance et Minutius Félix disent qu’il était fils d’Isis ; Eusebe l’appelle son mari, son frère et son fils. S’il est difficile de concilier toutes ces qualités et tous ces titres dans une même personne, il ne l’est pas moins d’expliquer comment, suivant les Egyptiens, Osiris et Isis contractèrent mariage dans le ventre de leur mère, et qu’Isis en sortit enceinte d’Arueris (Manethon, apud Plutar.), ou l’ancien Horus, qui a passé pour leur fils. De quelque manière qu’on puisse interpréter cette fiction, elle paraîtra toujours extravagante à tout homme qui ne la verra que par les yeux des Mythologues, qui voudront l’expliquer historiquement, politiquement ou moralement : elle ne peut convenir à aucun de ces systèmes ; et celui de la Philosophie Hermétique la développe très clairement, comme nous le verrons dans la suite.

Les Egyptiens, selon le même Plutarque, racontaient beaucoup d’autres histoires qui sont marquées au même coin d’obscurité et de puérilité ; que Rhée, après avoir connu Saturne en cachette, eut ensuite affaire au Soleil, puis à Mercure ; et qu’elle mit au monde Osiris ; que l’on entendit au moment de sa naissance (Diodore de Sicile.) une voix qui disait : Le Seigneur de tout est né. Le lendemain naquit Arueris, ou Apollon, ou Horus l’ancien. Le troisième jour, Typhon, qui ne vint pas au monde par les voies ordinaires, mais par une côte de sa mère arrachée par violence, Isis parut la quatrième, et Nephré le cinquième. Quoi qu’il en soit de toutes ces fables, Hérodote nous apprend qu’Isis et Osiris étaient les Dieux les plus respectables de l’Egypte, et qu’ils étaient honorés dans tous les pays ; au lieu que beaucoup d’autres ne l’étaient que dans des Nomes particuliers (Ce mot Signifie les différentes Préfectures, ou les différents Gouvernements de l’Egypte.). Ce qui jette beaucoup d’embarras et d’obscurité sur leur histoire, c’est que dans les temps postérieurs à ceux qui imaginèrent ces Dieux, et ce qu’on leur attribue, des savants, mais peu instruits des intentions et des idées de Mercure Trismégiste, regardèrent ces Dieux comme des personnes qui avaient autrefois gouverné l’Egypte avec beaucoup de sagesse et de prudence ; et d’autres, comme des Etres immortels de leur nature, qui avaient formé le monde, et arrangé la matière dans la forme qu’elle conserve aujourd’hui.

Cette variété de sentiments fit perdre de vue l’objet qu’avait eu l’inventeur de ces fictions, qui les avait d’ailleurs tellement ensevelies dans l’obscurité et les ténèbres des hiéroglyphes, qu’elles étaient inintelligibles et inexplicables dans leur vrai sens, pour tout autre que pour les Prêtres, seuls confidents du secret de l’Art Sacerdotal. Quelque crédule que soit le peuple, il faut cependant lui présenter les choses d’une manière vraisemblable. Il s’agissait pour cela de fabriquer une histoire suivie : on le fit ; et ce qu’on y mêla de peu conforme à ce qui se passe communément dans la Nature, ne fut pour le peuple qu’un motif d’admiration.

Cette histoire mystérieuse, ou plutôt cette fiction devint dans la suite le fondement de la Théologie Egyptienne, qui se trouvait cachée sous les symboles de ces deux Divinités, pendant que les Philosophes, et les Prêtres y voyaient les plus grands secrets de la Nature. Osiris était pour les ignorants le Soleil ou l’Astre du jour, et Isis la Lune ; les Prêtres y voyaient les deux principes de la Nature et de l’art Hermétique. Les étymologies de ces deux noms concouraient même à donner le change. Les uns, comme Plutarque, prétendaient qu’Osiris signifiait très Saint ; d’autres, avec Diodore, Horus-Apollô., Eusebe, Macrobe, disaient qu’il voulait dire, qui a beaucoup d’yeux, celui qui voit clair ; on prenait en conséquence Osiris pour le Soleil. Mais les Philosophes voyaient dans le nom de ce Dieu, le Soleil terrestre, le feu caché de la Nature, le principe igné, fixe et radical qui anime tout. Isis pour le commun n’était que l’Ancienne ou la Lune ; pour les Prêtres, elle était la Nature même, le principe matériel et passif de tout. C’est pourquoi Apulée (Métarn. 1. I.) fait parler ainsi cette Déesse : Je suis la Nature, mère de toutes choses, maîtresse des Eléments, le commencement des siècles, la Souveraine des Dieux, la Reine des Mânes, etc. Mais Hérodote nous apprend que les Egyptiens prenaient aussi Isis pour Cérès, et croyait qu’Apollon et Diane étaient ses enfants. Il dit ailleurs qu’Apollon et Orus, Diane ou Bubastis, et Cérès ne sont pas différences d’Isis ; preuve que le secret des Prêtres avait un peu transpiré dans le public ; puisque, malgré cette contradiction apparente, tour cela se voit en effet dans l’oeuvre Hermétique, ou la mère, le fils, le frère et la soeur, l’époux et l’épouse sont réunis dans un même sujet. C’est ainsi que les Prêtres avaient trouvé l’art de voiler leurs mystères, soit en présentant Osiris comme un homme mortel, dont ils racontaient l’histoire, soit en disant que c’était, non un homme mortel, mais un astre qui comblait tout l’Univers, et l’Egypte en particulier, de tant de bienfaits, par la fécondité et l’abondance qu’il procure. Ils savaient même donner le change à ceux qui, soupçonnant quel-que chose de mystérieux, cherchaient à s’en instruire, et à y pénétrer. Comme les principes théoriques et pratiques de l’art Sacerdotal ou Hermétique pouvaient s’appliquer à la connaissance générale de la Nature et de ses productions, que cet art se propose pour modèle ; ils donnaient à ces gens curieux, des leçons de Physique ; et bien des Philosophes Grecs puisèrent leur Philosophie dans ces sortes d’instructions.