Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.
La clé de l’Oeuvre.
Basile Valentin (Addition aux 12 Clefs.) dit que celui qui a de la farine fera bientôt de la pâte, et que celui qui a de la pâte trouvera bientôt un four pour la cuire. C’est comme s’il disait que l’Artiste qui aurait la véritable matière philosophique, ne sera pas embarrassé pour la mettre en oeuvre : il est vrai, si l’on en croit les Philosophes, que la confection de l’oeuvre est une chose très aisée, et qu’il faut plus de temps et de patience que de frais ; mais cela ne doit sans doute s’entendre que de certaines circonstances de l’oeuvre, et lorsqu’on est parvenu à un certain point. Flamel (Explicat. des fig. hiéroglyp.) dit, que la préparation des agents est une chose difficile sur toute autre au monde. Augurelle (Chrysop. 1. 2) nous assure qu’il faut un travail d Hercule :
Alter inauratam nota de vertice pellem Principium velut ostendit, quod sumere possis : Alter onus quantum subeas.
Et d’Espagnet ne fait pas difficulté de dire qu’il y a beaucoup d’ouvrage à faire (Can. 42.). « Dans la sublimation philosophique du mercure, ou la première préparation, il faut un travail d’Hercule, car sans lui Jason n’aurait jamais osé entreprendre la conquête de la Toison d’or. » Il ne faut pas cependant s’imaginer que cette sublimation se fasse à la manière des sublimations Chymiques, aussi a-t-il eu soin de l’appeler Philosophique. Il fait entendre par ce qu’il dit après, qu’elle consiste dans la dissolution et la putréfaction de la matière ; parce que cette sublimation n’est autre chose qu’une séparation du pur de l’impur, ou une purification de la matière, qui est de nature à ne pouvoir être sublimée que par la putréfaction. D’Espagnet cite en conséquence les paroles suivantes de Virgile. Le Poète, dit-il, semble avoir touché quelque chose de la nature, de la qualité, et de la culture de la terre philosophique par ces termes :
Pingue solum primis extemplo a mensibus anni Fortes invertant Tauri : .... Tune zephyro putris se gleba resolvit. Georg. i.
C’est donc la solution qui est la clef de l’oeuvre. Tous les Philosophes en conviennent, et tous parlent de la même manière à ce sujet. Mais il y a deux travaux dans l’oeuvre, l’un pour faire la pierre, l’autre pour faire l’élixir. Il faut d’abord commencer à préparer les agents ; et c’est de cette préparation que les Philosophes n’ont point parlé, parce que tout dépend d’elle, et que le second oeuvre n’est, suivant leurs dires, qu’un jeu d’enfants et un amusement de femmes. Il ne faut donc pas confondre les opérations du second oeuvre avec celles du premier, quoique Morien (Entretien du Roi Calid.) nous assure que le second oeuvre, qu’il appelle disposition, n’est qu’une répétition du premier. Il est à croire cependant que ce n’est pas une chose si pénible et si difficile, puisqu’ils n’en disent mot, ou n’en parlent que pour la cacher. Telle que puisse être cette préparation, il est certain qu’elle doit se commencer par la dissolution de la matière, quoique plusieurs lui aient donné le nom de calcination ou de sublimation ; et puisqu’ils n’en ont pas voulu parler clairement, on peut au moins des opérations de la seconde disposition tirer des introductions pour nous éclairer sur les opérations de la première.
Il s’agit d’abord de faire le mercure philosophique ou le dissolvant avec une matière qui renferme en elle deux qualités, et qui soit en partie volatile, et fixe en partie. Ce qui prouve qu’il faut une dissolution, c’est que le Cosmopolite nous dit de chercher une matière de laquelle nous puissions faire une eau qui dissolve l’or naturellement et sans violence. Or une matière ne peut se réduire en eau que par la dissolution, quand on n’emploie pas la distillation de la Chymie vulgaire, qui est exclue de l’oeuvre. Il est bon de remarquer ici que tous les termes de la Chymie vulgaire, que les Philosophes emploient dans leurs livres, ne doivent pas être pris dans le sens ordinaire, mais dans le sens philosophique. C’est pourquoi le Philalèthe nous avertit (Enarratio method. trium Gebri niedicin.) que les termes de distillation, sublimation, calcination, assation, réverbération, dissolution, descension, coagulation, ne sont qu’une et même opération, faite dans un même vase, c’est-à-dire, une cuisson de la matière ; nous en ferons voir les différences dans la suite, lorsque nous parlerons de chacune en particulier.
Il faut encore remarquer que les signes démonstratifs de l’oeuvre, desquels les Philosophes font mention, regardent particulièrement le second oeuvre. On observera aussi que le plus grand nombre des Auteurs Hermétiques commencent leurs traités à cette seconde opération, et qu’ils supposent leur mercure et leur soufre déjà fait, que les descriptions qu’ils en font dans leurs énigmes, leurs allégories, leurs fables, etc. sont presque toutes tirées de ce qui se passe dans cette seconde disposition de Morien ; et que de là viennent les contradictions apparentes qui se trouvent dans leurs ouvrages, où l’un dit qu’il faut deux matières, l’autre une seulement, l’autre trois, l’autre quatre, etc. Ainsi, pour s’exprimer conformément aux idées des Philosophes, il faut donc les suivre pas à pas ; et comme je ne veux point m’éloigner en rien de leurs principes, ni de leur manière de les déduire, je les copierai mot pour mot, afin que le Lecteur ne regarde pas les explications que je donnerai des fables, comme une pure production de mon imagination. Basile Valentin est un de ceux qui en fait le plus d’applications, dans son Traité des 12 Clefs ; mais il les emploie pour former ses allégories, et non pour faire voir quelle était l’intention de leurs Auteurs, Flamel au contraire en cite de temps en temps quelques-unes dans le sens de leurs Auteurs ; c’est pourquoi je le citerai ici plus souvent que les autres ; et ce traité sera dans la suite composé, pour la plus grande partie, de ses propres paroles.
Les deux Dragons, qu’il a pris pour symbole hiéroglyphique de la matière, sont, dit-il (Loco cit.), « les deux Serpents envoyés par Junon, qui est la nature métallique, que le fort Hercule, c’est-à-dire, le Sage, doit étrangler en son berceau : je veux dire vaincre et tuer pour les faire pourrir, corrompre et engendrer au commencement de son oeuvre. » Voilà la clef de l’oeuvre ou la dissolution annoncée ; les Serpents, les Dragons, la Chimère, le Sphinx, les Harpies et les autres montres de la fable, que l’on doit tuer ; et comme la putréfaction succède à la mort, « Flamel dit qu’il faut les faire pourrir et corrompre. Etant donc mis ensemble dans le vaisseau du sépulcre, ils se mordent tous deux cruellement, et par leur grand poison et rage furieuse, ne se laissent jamais depuis le moment qu’ils se sont pris et entre-saisis ( si le froid ne les empêche ) que tous deux de leur bavant venin et mortelles blessures, ne se soient ensanglantés par toutes les parties de leur corps, et finalement s’entretuant, ne se soient étouffés dans leur venin propre, qui les change après leur mort, en eau vive et permanente. Cette eau est proprement le mercure, des Philosophes. Ce Sont, ajoute-t-il, ces deux spermes masculins et féminin, décrits au commencement de mon sommaire philosophique, qui sont engendrés, (dit Rasis, Avicenne, et » Abraham Juif) dans les reins, entrailles, et des opérations des quatre éléments. Ce sont l’humide radical des métaux, soufre et argent-vif ; non les vulgaires, et qui se vendent par les Marchand ; droguistes ; mais ce sont ceux que nous donnent ces deux beaux et chers corps que nous aimons tant. Ces deux spermes, disait Démocrite, ne se trouvent point sur la terre des vivants. Avicenne le dit aussi, mais il ajoute qu’ils se recueillent de la fiente, ordure et pourriture du Soleil et de la Lune. » La putréfaction est déclarée par les termes suivants : « La cause pourquoi j’ai peint ces deux spermes en forme de Dragons, c’est parce que leur puanteur est très grande, comme est celle des Dragons, et les exhalaisons qui montent dans le matras, sont obscures, noires, bleues et jaunâtres.... le Philosophe ne sent jamais cette puanteur, s’il ne casse ses vaisseaux ; mais seulement il la juge telle par la vue et le changement des couleurs qui proviennent de la pourriture de ses confections. » Que les Chymistes ou Souffleurs qui cherchent la pierre philosophale dans leurs calcinations et leurs creusets, jugent de ces paroles de Flamel, si leurs opérations sont conformes aux siennes, et s’ils ont raison de s’exposer à respirer les vapeurs des matières puantes et arsenicales sur lesquelles ils opèrent.
La putréfaction de la matière dans le vase est donc le principe et la cause des couleurs qui se manifestent, et la première un peu permanente ou de durée qui doit paraître, est la couleur noire, qu’ils appellent simplement le noir, et d’une infinité d’autres noms que l’on verra ci-après dans le cours de cet ouvrage, ou dans le Dictionnaire des termes propres à la Philosophie Hermétique, qui le suit immédiatement.
Cette couleur signifie donc la putréfaction et la génération qui s’ensuit, et qui nous est don-née par la dissolution de nos corps parfaits. Ces dernières paroles indiquent que Flamel parle de la seconde opération, et non de la première. « Cette dissolution vient de la chaleur externe, qui aide, et de l’ignéité politique, et vertu aigre admirable du poison de notre mercure, qui met et résout en pure poussière, même en poudre impalpable, ce qu’il trouve qui lui résiste. Ainsi la chaleur agissant sur et contre l’humidité radicale métallique, visqueuse et oléagineuse, engendre sur le sujet la noirceur. » Elle est ce voile noir avec lequel le navire de Thésée revint victorieux de Crète, et qui fut cause de la mort de son père. Aussi faut-il que le père meure, afin que des cendres de ce Phoenix il en renaisse un autre, et que le fils soit Roi. »
La véritable clef de l’oeuvre est cette noirceur au commencement de ses opérations ; et s’il paraît une autre couleur rouge ou blanche avant celle-là, c’est une preuve qu’on n’a pas réussi, ou, comme le dit noire Auteur, « on doit toujours souhaiter cette noirceur, et certes qui ne la voit durant les jours de la pierre, quelle autre couleur qu’il voit, il manque entièrement au magistère, et ne le peut plus parfaire avec ce chaos.... Et véritablement je te dis derechef, que quand même eu besognerais sur les vraies matières, si au commencement, après avoir mis les confections dans l’oeuf philosophique, c’est-à-dire, quelque temps après que le feu les a irritées, si tu ne vois cette tête de corbeau, noire du noir très noir, il te faut recommencer ; car cette faute est irréparable. Surtout on doit craindre une couleur orangée ou demi-rouge, parce que si dans ce commencement tu la vois dans ton oeuf, sans doute tu brûles, ou as brûlé la verdeur et la vivacité de la pierre. »
La couleur bleuâtre et jaunâtre indiquent que la putréfaction et la dissolution n’est point encore achevée. La noirceur est le vrai signe d’une parfaire solution. Alors la matière se dissout en poudre plus menue, pour ainsi dire, que les atomes qui voligent aux rayons du Soleil, et ces atomes se changent en eau permanence. les Philosophes ont donné à cette dissolution les noms de mort, destruction et perdition, enfer, tartare, ténèbres, nuit, veste ténébreuse, sépulcre, tombeau, eau venimeuse, charbon, fumier, terre noire, voile noir, terre sulfureuse, mélancolie, magnifie noire, boue, menstrue puant, fumée, noir de fumée, feu venimeux, nuée, plomb, plomb noir, plomb des Philosophes, Saturne, poudre noire, chose méprisable, chose vile, sceau d’Hermès, esprit puant, esprit sublime, soleil éclipsé, ou éclipse du soleil et de la lune, fiente de cheval, corruption, écorce noire, écume de la mer, couverture du vase, chapiteaux de l’alambic, naphte, immondice du mort, cadavre, huile de Saturne, noir plus noir que le noir même. Ils l’ont enfin désignée par tous les noms qui peu-vent exprimer ou désigner la corruption, la dissolution et la noirceur. C’est elle qui a fourni aux Philosophes la matière à tant d’allégories sur les morts et les tombeaux. Quelques-uns l’ont même nommée calcination, dénudation, séparation, trituration, assation, à cause de la réduction des matières en poudre très menues. D’autres, réduction en première matière, mollification, extraction, commixtion, liquéfaction, conversion des éléments , subtilisation, division, humation, impastation et distillation. Les autres xir, ombres cimménennes, gouffre, génération, ingression, submersion, complexion, conjonction, imprégnation. Lorsque la chaleur agit sur ces matières, elles se changent d’abord en poudre, et eau grasse et gluante, qui monte en vapeur au haut du vase, et redescend en rosée ou pluie, au fond du vase (Artéphius.), où elle devient à peu près comme un bouillon noir un peu gras. C’est pour-quoi on l’a appelée sublimation, et volatilisation, ascension et descension. L’eau se coagulant ensuite davantage devient comme de la poix noire, ce qui la fait nommer terre fétide et puante. Elle donne une odeur de relent, de sépulcres et de tombeaux. Hermès l’a appelée la terre des feuilles. « Mais son vrai nom, dit Flamel, est le laiton ou laton, qu’il faut blanchir. Les anciens Sages, ajoute-t-il, l’ont décrite sous l’histoire du Serpent de Mars, qui avait dévoré les compagnons de Cadmus, lequel le tua en le perçant de sa lance contre un chêne creux. » Remarques sur ce chêne.
Mais pour parvenir à cette putréfaction il faut un agent ou dissolvant analogue au corps qu’il doit dissoudre. Celui-ci est le corps dissoluble, appelé semence masculine ; l’autre est l’esprit dissolvant, nommé semence féminine. Quand ils sont réunis dans le vase, les Philosophes leur donnent le nom de Rebis ; c’est pourquoi Merlin, a dit :
Res rebis est bina conjuncta, sed tamen una.
Philalèthe (Vera confect, lapid. Philosop. p 15. et suiv.) s’exprime ainsi au sujet de ce dissolvant. « Cette semence féminine est un des principaux principes de notre magistère ; il faut donc méditer profondément dessus, comme sur une matière sans laquelle on ne peut réussir, puisque quoiqu’argent-vif, il n’est pas en effet un argent-vif naturel dans sa propre nature, mais un certain autre mercure propre à une nouvelle génération, et qui, outre sa pureté, demande une longue et admirable préparation, qui lui laisse sa qualité minérale, homogène, saine et sauve. Car si l’on ôte à cet esprit dissolvant sa fluidité et sa mercurialité, il devient inutile à l’oeuvre philosophique, parce qu’il a perdu par là sa nature dissolvante ; et s’il était changé en poudre, de quelque espèce quelle puisse être ; si elle n’est pas de la nature du corps dissoluble, il le perd, il n’a plus de relation ni de proportion avec lui, et doit être rejeté de notre oeuvre. Ceux-là pensent donc follement et faussement qui altèrent l’argent-vif, avant qu’il soit uni avec les espèces métalliques. Car cet argent-vif, qui n’est pas le vulgaire est la matière de tous les métaux, et comme leur eau, à cause de son homogénéité avec eux. Il se revêt de leur nature dans son mélange avec eux, et prend toutes leurs qualités, parce qu’il ressemble au mercure céleste, qui devient semblable aux qualités des planètes avec lesquelles il est en conjonction. »
Aucune eau ne peut dissoudre radicalement et naturellement les espèces métalliques, si elle n’est de leur nature, et si elle ne peut être congelée avec elles. Il faut qu’elle passe dans les métaux comme un aliment qui s’incorpore avec eux, et ne fasse plus qu’une et même substance. Celui qui ôtera donc à l’argent-vif son humidité avec les sels, les vitriols, ou autres choses corrosives, agit en insensé. Ceux-là ne se trompent pas moins, qui s’imaginent extraire du mercure naturel une eau limpide et transparente, avec laquelle ils puissent faire des choses admirables. Quand même ils viendraient à bout de faire une celle eau, elle ne vaudrait rien pour l’oeuvre.
Définitions et propriétés de ce Mercure.
Le mercure est une chose qui dissout les métaux d’une dissolution naturelle, qui conduit leurs esprits de puissance en acte.
Le mercure est cette chose qui rend la ma-tière des métaux lucide, claire et sans ombre, c’est-à-dire, qui les nettoyé de leurs impuretés, et tire de l’intérieur des métaux parfaits leur nature et semence qui y est cachée.
Le mercure dissolvant est une vapeur sèche, nullement visqueuse, ayant beaucoup d’acidité, très subtile, très volatile au feu, ayant une grande propriété de pénétrer et de dissoudre les métaux en le préparant ; et en faisant cette dissolution, outre la longueur du travail, on coure un très grand danger, dit Philalèthe. Il recommande eu conséquence de préserver ses yeux, ses oreilles et son nez. La confection de ce mercure, ajoute le même Auteur, est le plus grand des secrets de la Nature ; on ne peut guère l’apprendre que par la révélation de Dieu, ou d’un ami ; car on n’en viendra presque jamais à bout par les instructions des livres.
Le mercure dissolvant n’est point mercure des Philosophes avant sa préparation, mais seulement aptes, et il est le commencement de la Médecine du troisième ordre. Voyez ce qu’on entend par ces médecines, dans le Dictionnaire ci-joint.
Ceux qui à la place de ce mercure emploient pour l’oeuvre philosophique le mercure naturel, ou sublimé, ou en poudre calcinée ou précipitée, se trompent lourdement. Le mercure dissolvant est un élément de la terre, dans lequel il faut semer le grain de l’or. Il corrompt le Soleil, le putréfie, le résout en mercure, et le rend volatil, et semblable à lui-même. Il se change en Soleil et Lune, et de-vient comme les mercures des métaux. Il tire au dehors les âmes des corps, les enlève et les cuit. C’est ce qui a donné lieu aux anciens Sages, de dire que le Dieu Mercure tirait les âmes des corps vivants et les conduisait au Royaume de Pluton. C’est pourquoi Homère nomme très souvent mercure Argicida.
Le mercure dissolvant ne doit pas être sec, car s’il est tel, tous les Philosophes nous assurent qu’il ne sera pas propre à la dissolution, il faut donc prendre une semence féminine en forme semblable et prochaine à celle des métaux. L’art le rend menstrue des métaux ; et par les opérations de la première médecine, ou de sa prépa-ration imparfaite, il passe par toutes les qualités des métaux, jusqu’à celles du Soleil. Le soufre des métaux imparfaits le coagule, et il prend les qualités du métal dont le soufre l’a coagulé ; si le mercure dissolvant n’est point animé, en vain l’emploiera-t-on pour l’oeuvre universelle, ni pour le particulier.
Le mercure dissolvant est le vase unique des Philosophes, dans lequel s’accomplit tout le magistère. Les Philosophes lui ont donné divers noms, dont voici les plus usités, Vinaigre, vinai-gre des Philosophes, champ, aludel, eau, eau de l’art, eau ardente, eau divine, eau de fon-taine, eau purifiante, eau permanente, eau première, eau simple, bain, ciel, prison, paupière supérieure, crible, fumée, humidité, feu, feu artificiel, feu corrodant, feu contre nature, feu humide, Jourdain, liqueur, liqueur végétale crue, lune, matière, matière lunaire, première vertu, mère , mercure crud, mercure préparante, ministre premier, serviteur fugitif, nymphes, bacchantes, muses, femme, mer, esprit crud, esprit cuit, sépulcre, sperme de mercure, eau stygienne, estomac d’autruche, vase, vase des Philosophes, inspecteur de choses cachées, argent-vif crud tiré simplement de sa minière, mais on ne doit point oublier que ce n’est pas celui qui se vend dans les boutiques des Apothicaires ou Droguistes. Lorsque la conjonction du mercure est faire avec le corps dissoluble, les Philosophes ne parlent des deux que comme d’une seule chose ; et alors ils disent que les Sages trouvent dans le mercure tout ce qu’il leur faut. On ne doit donc pas se laisser tromper à la diversité des noms ; et pour prévenir les erreurs en ce genre, en voici quelques-uns des principaux. Eau épaisse, notre eau, eau seconde, arcane, argent-vif, bien, bien qui a plusieurs noms, chaos, Hylé, notre compost ; notre confection, corps confus, corps mixte, cuivre, Aes des Philosophes, laiton, fumier, fumée aqueuse, humidité brûlante, feu étranger, feu innaturel, pierre, pierre minérale, pierre unique, matière unique, matière confuse des métaux, menstrue, menstrue second, minière, notre minière, minière des métaux, mercure, mercure épaissi, pièce de monnaie, oeuf, oeuf des Philosophes, racine, racine unique, pierre connue dans les chapitres des livres. C’est enfin à ce mélange ou mercure que la plupart des Auteurs commencent leurs livres et leurs traités sur l’oeuvre.
Du vase de l’Art, et de celui de la Nature.
Trois sortes de matrices, la première est la terre, la matrice universelle du monde, le réceptacle des éléments, le grand vase de la Nature, le lieu où se fait la corruption des semences, le sépulcre et le tombeau vivant de toutes les créatures. Elle est en particulier la matrice du végétal et du mineral. La seconde matrice est celle de l’utérus dans l’animal ; celle des volatiles est l’oeuf ; et le seul rocher, celle de l’or et de l’argent.
La troisième, celle du métal, est connue de peu de personnes ; la matrice étant, avec le sperme, la cause de la spécification du métal.
La connaissance de ce vase précieux, et de l’esprit fixe et saxifique implanté dans lui, était un des plus grands secrets de la cabale des Egyptiens. Il a donc fallu chercher un vase analogue à celui que la Nature emploie pour la formation des métaux ; un vase qui devînt la matrice de l’arbre doré des Philosophes ; et l’on n’en a point trouvé de meilleur que le verre. Ils y ont ajouté la manière de le Sceller, à l’imitation de la Nature, afin qu’il ne s’en exhalât aucun des principes. Car, comme dit Raymond Lulle, la composition qui se fait de la substance des va-peurs exhalées, et rabattues sur la matière qui se corrompt, pour l’humecter, la dissoudre, est la putréfaction. Ce vase doit donc avoir une forme propre à faciliter la circulation des esprits, et doit être d’une épaisseur et d’une consistance capable de résister à leur impétuosité.
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