Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.
De la matière du grand Oeuvre en général.
Les Philosophes n’ont, ce semble, parlé de la matière que pour la cacher, au moins quand il s’est agi de la désigner en particulier. Mais quand ils en parlent en général, ils s’étendent beaucoup sur ses qualités et ses propriétés ; ils lui donnent tous les noms des individus de l’Univers, parce qu’ils disent qu’elle en est le principe et la base. « Examinez, dit le Cosmopolite (Tract. I.), si ce que vous vous proposez de faire, est conforme à ce que peut faire la Nature. Voyez quels sont les matériaux qu’elle emploie, et de quel vase elle de sert. Si vous ne voulez que faire ce qu’elle fait, suivez-la pas à pas. Si vous voulez faire quelque chose de mieux, voyez ce qui peut servir à cet effet ; mais demeurez toujours dans les natures de même genre. Si, par exemple, vous voulez pousser un métal au-delà de la perfection qu’il a reçue de la Nature, il faut prendre vos matériaux dans le genre métallique, et toujours un mâle et une femelle. Sans quoi vous ne réussirez pas. Car en vain vous proposeriez-vous de faire un métal avec de l’herbe, ou une nature animale, comme d’un chien ou de toute autre bête, vous ne sauriez produire un arbre... »
Cette première matière est appelée plus communément soufre et argent-vif. Raymond Lulle (Codicit. c. 9.) les nomme les deux extrêmes de la pierre et de tous les métaux. D’autres dissent en général que le Soleil est son père et la Lune sa mère ; qu’elle est mâle et femelle ; qu’elle est composée de quatre, de trois, de deux et d’un, et tout cela pour la cacher. Elle se trouve partout, sur terre et sur mer, dans les plaines, sur les montagnes, etc. Le même Auteur dit que leur matière est unique, et dit ensuite que la pierre est composée de plusieurs principes individuels. Toutes ces contradictions ne sont cependant qu’apparentes, parce qu’ils ne parlent pas de la matière dans un seul point de vue, mais quant à ses principes généraux, ou aux différents états où elle se trouve dans les opérations.
Il est certain qu’il n’y a qu’un seul principe dans toute la Nature, et qu’il l’est de la pierre comme des autres choses. Il faut donc savoir distinguer ce que les Philosophes disent de la matière en général, d’avec ce qu’ils en disent en particulier. Il n’y a aussi qu’un seul esprit fixe, composé d’un sel très pur, et incombustible, qui fait sa demeure dans l’humide radical des mixtes. Il est plus parfait dans l’or que dans toute autre chose, et le seul mercure des Philosophes a la propriété et la vertu de le tirer de sa prison, de le corrompre et de le disposer à la génération. L’argent-vif est le principe de la volatilité, de la malléabilité , et de la minéralité ; l’esprit fixe de l’or ne peut rien sans lui. L’or est humecté, réincrudé, volatilisé et soumis à la putréfaction par l’opération du mercure : et celui-ci est digéré, cuit, épaissi, desséché et fixé par l’opération de l’or philosophique, qui le rend par ce moyen une teinture métallique.
L’un et l’autre sont le mercure et le soufre philosophique. Mais ce n’est pas assez qu’on fasse entrer dans l’oeuvre un soufre métallique comme levain ; il en faut aussi un comme sperme ou semence de nature sulfureuse, pour s’unir à la semence de substance mercurielle. Ce soufre et ce mercure ont été sagement représentés chez les Anciens par deux serpents, l’un mâle et l’autre femelle, entortillés autour de la verge d’or de Mercure. La verge d’or est l’esprit fixe, où ils doivent être attachés. Ce sont les mêmes que Junon envoya contre Hercule, dans le temps que ce héros était encore au berceau.
Ce soufre est l’âme des corps, et le principe de l’exubération de leur teinture, le mercure vulgaire en est privé ; l’or et l’argent vulgaires n’en ont que pour eux. Le mercure propre à l’oeuvre doit donc premièrement être imprègne d’un soufre invisible (D’Espagnet, Can. 30.), afin qu’il soit plus disposé à, recevoir la teinture visible des corps parfaits, et qu’il puisse ensuite la communiquer avec usure.
Nombre de Chymistes suent sang et eau pour extraire la teinture de l’or vulgaire ; ils s’imaginent qu’à force de lui donner la torture, il la lui feront dégorger, et qu’ensuite ils trouveront le secret de l’augmenter et de la multiplier, mais
Spes tandem Agricoles vanis eludit aristis. Virg. Georg.
Car il est impossible que la teinture solaire puisse être entièrement séparée de son corps. L’art ne saurait défaire dans ce genre ce que la Nature a si bien uni. S’ils réussissent à tirer de l’or une liqueur colorée et permanente, par la force du feu ou par la corrosion des eaux fortes, il faut la regarder seulement comme une portion du corps, mais non comme sa teinture ; car ce qui constitue proprement la teinture, ne peut être séparé de l’or. C’est ce terme de teinture qui fait illusion à la plupart des Artistes. Je veux bien en-core que ce soit une teinture, au moins conviendront-ils qu’elle est altérée par la force du feu, ou les eaux fortes, qu’elle ne peut être utile à l’oeuvre, et qu’elle ne saurait donner aux corps volatils la fixité de l’or dont elle aurait été séparée. C’est pour ces raisons que d’Espagnet (Can. 34.) leur conseille de ne pas dépenser leur argent et leur or dans un travail si pénible, et dont ils ne pourraient tirer aucun fruit.
Des noms que les anciens Philosophes ont donné à la matière.
Les anciens Philosophes cachaient le vrai nom de la matière du grand oeuvre avec autant de soins que les modernes. Ils n’en parlaient que par allégories, et par symboles. Les Egyptiens la représentaient dans leurs hiéroglyphes sous la forme d’un boeuf, qui était en même temps le symbole d’Osiris et d’Isis, qu’on supposait avoir été frère et soeur, l’époux et l’épouse, l’un et l’autre petits-fils du Ciel et de la Terre. D’autres lui ont donné le nom de Vénus. Ils l’ont aussi appelé Androgyne, Andromède, femme de Saturne, fille du Dieu Neptune ; Latone, Maja, Sémélé, Leda, Cérès, et Homère l’a honorée plus d’une fois du titre de mère des Dieux. Elle était aussi connue sous les noms de Rée, terre coulante, fusible, et enfin d’une infinité d’autres noms de femmes, suivant les différentes circonstances où elle se trouve dans les diverses et successives opérations de l’oeuvre. Ils la personnifiaient, et chaque circonstance leur fournissait un sujet pour je ne sais combien de fables allégoriques, qu’ils inventaient comme bon leur semblaient : on en verra des preuves dans tout le cours de cet ouvrage.
Le Philosophe Hermétique veut que le Laiton ( nom qu’il lui a plu aussi de donner à leur matière ) soit composé d’un or et d’un argent cruds, volatils, immeurs, et plein de noirceur pendant la putréfaction, qui est appelé ventre de Saturne, dont Vénus fut engendrée. C’est pourquoi elle est regardée comme née de la mer Philosophique. Le Sel qui en était produit, était représenté par Cupidon, fils de Vénus et de Mercure ; parce qu’alors Vénus signifiait le soufre, et Mercure argent-vif, ou le mercure philosophique.
Nicolas Flamel a représenté la première ma-tière dans ses figures hiéroglyphiques sous la figure de deux Dragons, l’un ailé, l’autre sans ailes, pour signifier, dit-il (Explicat. des fig, ch. 4.), « le principe fixe, ou le mâle, ou le soufre ; et par celui qui a des ailes, le principe volatil, ou l’humidité, ou la femelle, ou l’argent-vif. Ce sont, ajoute-t-il, le Soleil et la Lune de source mercurielle. Ce sont ces Serpents et Dragons que les anciens Egyptiens ont peints encercle, à la tête mordant, la queue, pour dire qu’ils étaient sortis d’une même chose, et qu’elle seule était suffisante à elle-même, et qu’en son contour et circulation elle se parfaisait. Ce sont ces Dragons que les anciens Philosophes Poètes ont mis à garder sans dormir les pommes dorées des jardins des Vierges Hespérides. Ce sont ceux sur lesquels Jason, en l’aventure de la Toison d’or, versa le jus préparé par la belle Médée ; des discours desquels les livres des Philosophes sont si remplis, qu’il n’y a point de Philosophe qui n’en ait écrit depuis le véridique Hermès Trimégiste, Orphée, Pythagoras, Artéphius, Morienus et les autres suivants jusqu’à moi. »
« Ce sont ces deux Serpents envoyés par Junon, qui est la nature métallique, que le fort Hercule, c’est-à-dire, le Sage, doit étrangler en son berceau : je veux dire vaincre et tuer, pour les faire pourrir, corrompre et engendrer au commencement de son oeuvre. Ce sont les deux Serpents attachés autour du caducée de Mercure, avec lesquels il exerce sa grande puissance, et se transfigure et se change comme il lui plaît. »
La Tortue était aussi chez les Anciens le symbole de la matière, parce qu’elle porte sur son écaille une espèce de représentation de cette figure de Saturne. C’est pourquoi Vénus était quelquefois représentée (Plutarchus in praeceptis connub.) assise sur un Bouc, donc la tête comme celle du Bélier présence à peu près cette figure M de Mercure, et le pied droit appuyé sur une Tortue. On voit aussi dans un emblème Philosophique un Artiste faisant une sauce à une Tortue avec des raisins. Et un Philosophe interrogé quelle était la matière, répondit testudo solis cum pinguedine vitis.
Chez les Aborigènes la figure de Saturne était en grande vénération ; ils la mettaient sur leurs médailles, sur leurs colonnes, obélisques, etc. Ils représentaient Saturne sous la figure d’un vieillard, ayant cependant un air mâle et vigoureux, qui laissait couler son urine en forme de jet d’eau ; c’était dans cette eau qu’ils faisaient consister la meilleure partie de leur médecine et de leurs richesses. D’autres y joignaient la plante appelée Molybdnos, ou plante Saturnienne, donc ils disaient que la racine était de plomb, la tige d’argent et les fleurs d’or. C’est la même dont il est fait mention dans Homère (Odyss. I. 10. v. 302, et suiv.) sous le nom de Moly. Nous en parlerons fort au long dans les explications que nous donnerons de la descente d’Enée aux enfers, à la fin de cet ouvrage. Les Grecs inventèrent aussi une infinité de fables à cette occasion, et formèrent en conséquence le nom de Mercure de MhroV, inguin, et de KaxoV, puer, parce que le Mercure philosophique est une eau, que plusieurs Auteurs, et particulièrement Raymond Lulle (Lib. Secretorum et alibi.) ont appelé urine d’enfant. De là aussi la fable d’Orion, engendré de l’urine de Jupiter, de Neptune et de Mer-cure.
La matière est une et toute chose.
Les Philosophes, toujours attentifs à cacher tant leur matière que leurs procédés, appellent indifféremment leur matière, cette même matière dans tous les états où elle se trouve dans le cours des opérations. Ils lui donnent pour cet effet bien des noms en particulier qui ne lui conviennent qu’en général, et jamais mixte n’a eu tant de noms. Elle est une et toutes choses, disent-ils, parce qu’elle est le principe radical de tous les mixtes. Elle est en tout et semblable à tout, parce qu’elle est susceptible de toutes les formes, mais avant qu’elle soit spécifiée à quelque espèce des individus des trois règnes de la Nature. Lorsqu’elle est spécifiée au genre minéral, ils disent qu’elle est semblable à l’or, parce qu’elle en est la base, le principe et la mère. C’est pourquoi ils l’appellent or crud, or vola-til, or immeur, or lépreux. Elle est analogue aux métaux, étant le mercure dont ils sont composés. L’esprit de ce mercure est si congelant, qu’on le nomme le père des pierres tant précieuses que vulgaires. Il est la mère qui les conçoit, l’humide qui les nourrit, et la matière qui les fait.
Les minéraux, en sont aussi formés ; et comme l’antimoine est le Prothée de la Chymie, et le minéral qui a le plus de propriétés et de vertus, Artéphius a nommé la matière du grand oeuvre, antimoine des parties de Saturne. Mais quoiqu’elle donne un vrai mercure, il ne faut pas s’imaginer que ce mercure se tire de l’antimoine vulgaire, ni que ce soit le mercure commun. Philalèthe nous assure (Introitus apertus, etc.) que de quelque façon qu’on traite le mercure vulgaire, on n’en fera jamais le mercure Philosophique. Le Cosmopolite dit que celui-ci est le vrai mercure, et que le mercure commun n’est que son frère bâtard (Dialog. Mercur. Alkemistae et Naturae.). Lorsque le mercure des Sages est mêlé avec l’argent et l’or, il est appelé l’électre des Philosophes, leur airain, leur laiton, leur cuivre, leur acier ; et dans les opérations, leur venin, leur arsenic, leur orpiment, leur plomb, leur laiton qu’il faut blanchir, Saturne, Jupiter, Mars, Vénus, la Lune et le Soleil.
Ce mercure est une eau ardente, qui a la vertu de dissoudre tous les mixtes, les minéraux, les pierres ; et tout ce que les autres menstrues ou eaux fortes ne sauraient faire, la faux du vieillard Saturne en vient à bout, ce qui lui a fait donner le nom de dissolvant universel.
Paracelse, en parlant de Saturne, s’exprime ainsi (Coeluro Philosoph. Can, de Saturno.) « : Il ne serait pas à propos que l’on se persuadât, encore moins que l’on fût instruit des propriétés cachées dans l’intérieur de Saturne et tout ce qu’on peut faire avec lui et par lui. Si les hommes le savaient, tous les Alchimistes abandonneraient toute autre matière pour ne travailler que sur celle là. »
Je finirai ce que j’ai à dire sur la matière du grand oeuvre, par l’exclusion que quelques Philosophes donnent à certaine matière que les Souf-fleurs prennent communément pour faire la médecine dorée, ou pierre Philosophale. « J’ai, dit Riplée, fait beaucoup d’expériences sur toutes les choses que les Philosophes nomment dans leurs écrits, pour faire de l’or et de l’argent, et je veux vous les raconter. J’ai travaillé sur le cinabre, mais il ne valait rien, et sur le mercure sublimé qui me coûtait bien cher. J’ai fait beaucoup de sublimations d’esprits, de ferments, des sels du fer, de l’acier et de leur écume, croyant par ce moyen et ces matières parvenir à faire la pierre ; mais je vis bien enfin que j’avais perdu mon temps, mes frais et mes peines. Je suivais pourtant exactement tout ce qui m’était prescrit par les Auteurs ; et je trouvai que tous les procédés qu’ils enseignaient étaient faux. Je fis ensuite des eaux fortes, des eaux corrosives, des eaux ardentes, avec lesquelles j’opérais de diverses manières, mais toujours à pure perte. J’eus recours, après cela aux coques d’oeufs, au soufre, au vitriol, que les Artistes insensés prennent pour le Lion vert des Philosophes, à l’arsenic, à l’orpiment, au sel ammoniac, au sel de verre, au sel alkali, au sel commun, au sel gemme, au salpêtre, au sel de soude, au sel attincar, au sel de tartre, au sel alembrot ; mais, croyez-moi, donnez-vous de garde de toutes ces matières. Fuyez les métaux imparfaits rubéfiés, l’odeur du mercure, le mercure sublimé ou précipité vous y seriez trompé comme moi. J’ai éprouvé tout, le sang, les cheveux, l’âme de Saturne, les marcassites, l’oes ustum, le safran de Mars, les écailles et l’écume du fer, la litharge, l’antimoine ; tout cela ne vaut pas une figure pourrie. J’ai travaillé beaucoup pour avoir l’huile et l’eau de l’argent ; j’ai calciné ce métal avec un sel préparé, et sans sel, avec de l’eau-de-vie ; j’ai tiré des huiles corrosives ; mais tout cela était inutile. J’ai employé les huiles, le lait, le vin, la présure, le sperme des étoiles qui tombe sur la terre, la chélidoine, les Secondines, et une infinité d’autres choses, et je n’en ai tiré aucun profit. J’ai mélangé le mercure avec des métaux, je les ai réduits en cristaux, m’imaginant faire quelque chose de bon, j’ai cherché dans les cendres mêmes : mais, croyez-moi, pour Dieu, fuyez, fuyez de telles sottises. Je n’ai trouvé qu’un seul oeuvre véritable. »
Le Trévisan (Philosoph. des Métaux) s’explique à peu près dans le même sens. « Et par ainsi, dit-il, nous en avons vu et connu plusieurs et infinis besognants en ces amalgamations et multiplications au blanc et au rouge, avec toutes les matières que vous sauriez imaginer, et toutes peines, continuations et constances, que je crois qu’il est possible ; mais jamais nous ne trouvions notre or ni notre argent multiplié ni du tiers, ni de moitié, ni de nulle partie. Et si avons vu tant de blanchissement et rubifications, de recettes, de sophistications par tant de pays, tant en Rome, Navarre, Espagne, Turquie, Grèce, Alexandrie, Barbarie, Perse, Messine ; en Rhodes, en France, en Ecosse, en la Terre Sainte et ses environs ; en toute l’Italie, en Allemagne, en Angleterre, et quasi circuyant tout le monde. Mais jamais nous ne trouvions que gens besognants de choses sophistiques et matières herbales, animales, végétables et plantables, et pierres minérales, sels, aluns et eaux fortes, distillations et séparations des éléments, et sublimations, calcinations, congélations d’argent-vif par herbes, pierres, eaux, huiles, fumiers, et feu et vaisseaux très étranges, et jamais nous ne trouvions labourants sur matière due. Nous en trouvions bien en ces pays qui savaient bien la pierre, mais jamais ne pouvions avoir leur accointance......... et je me mis donc à lire les livres savants que de besogner davantage, pensant bien en moi-même que par homme je n’y pouvais parvenir ; partant que s’ils le savaient, jamais ne le voudraient dire.... ainsi je regardai là où plus les livres s’accordaient ; alors je pensais que c’était là la vérité ; car ils ne peuvent dire vérité qu’en une chose. Et par ainsi je trouvai la vérité. Car où plus ils s’accordent, cela était la vérité ; combien que l’un le nomme en une manière, et l’autre en une autre ; toutefois c’est toute une substance en leurs paroles. Mais je connus que la fausseté était en diversité, et non point en accordance ; car si c’était vérité, ils n’y mettraient qu’une matière, quelques noms et quelques figures qu’ils baillassent....... Et en mon Dieu, je crois que ceux qui ont écrit paraboliquement et figurativement leurs livres, en parlant de cheveux, d’urine, de Sang, de Sperme, d’herbes, de végétables, d’animaux, de plantes, et des pierres et des minéraux, comme sont sels, aluns et couperose, attramens, vitriols, borax et magnésie, et pierres quelconques, et eaux, je crois, dis-je, qu’oncques il ne leur coûta guère, ou qu’ils n’y ont pris guère de peines, ou qu’ils sont trop cruels...... Car sachez que nul livre ne déclare en paroles vraies, sinon par paraboles, comme figure. Mais l’homme y doit aviser et réviser souvent le possible de ce qu’ils disent, et regarder les opérations que Nature adresse en Ses ouvrages. »
« Par quoi je conclus, et me croyez. Laissez sophistications et tous ceux qui y croient : fuyez leurs sublimations, conjonctions, séparations, congélations, préparations, disjonctions, connexions, et autres déceptions.... Et se taisent ceux qui afferment autre teinture que la nôtre, non vraie, ne portant quelque profit. Et se taisent ceux qui vont disant et sermonnant autre soufre que le nôtre, qui est caché dedans la magnésie ( Philosophique), et qui veulent tirer autre argent-vif que du serviteur rouge, et autre eau que la nôtre, qui est permanente, qui nullement ne se conjoint qu’à sa nature, et qui ne mouille autre chose, sinon chose qui soit la propre unité de sa nature.... »
« Laissez aluns, vitriols, sels et tous attramens, borax, eaux fortes quelconques, animaux, bêtes, et tout ce que d’eux peut sortir ; cheveux, sang, urine, spermes, chairs, oeufs, pierres et tous minéraux. Laissez tous métaux seulets : car combien que d’eux soit l’entrée, et que notre matière, par tous les dits des Philosophes, doit être composée de vif-argent ; et vif-argent n’est en autres choses qu’ès métaux, comme il appert par Geber, par le grand Rosaire, par le code de toute vérité par Morien, par Haly, par Calib, par Avicenne, par Bendegid, Esid, Serapion, par Sarne, qui fit le livre appelé Lilium, par Euclides en son septantième chapitre des Rétractations, et par le Philosophe (Aristote) au troisième des météores..... et pour ce disent Aristote et Démocrite au livre de la Physique, chapitre troisième des Météores : fassent grande chere les Alchimistes ; car ils ne mueront jamais la forme des métaux, s’il n’y a réduction faite à leur première matière.... Or Sachez, comme le dit Noscus, en la Turbe, lequel fut Roi d’Albanie, que d’homme ne vient qu’homme ; de volatil que volatil, ni de bête brute que bête brute, et que Nature ne s’amende qu’en sa propre nature, et non point en autre. »
Ce que nous venons de rapporter de ces deux Auteurs est une leçon pour les Souffleurs. Elle leur indique clairement qu’ils ne sont pas dans la bonne voie, et pourra servir en même temps de préservatif à ceux qu’ils auraient envie de duper, parce que toutes les fois qu’un homme promettra de faire la pierre avec les matières ci-dessus exclues, on peut en conclure que c’est ou un ignorant, ou un fripon, il est clair aussi par tout ce raisonnement du Trévisan, que la matière du grand oeuvre doit être de nature minérale et métallique ; mais quelle est cette matière en particulier ? aucun ne la dit précisément.
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