Livre d’Alchimie et d’ésotérisme : Des éléments, de la Terre

Les Fables Égyptiennes et Grecques

D’Hermès à Dom Antoine-Joseph Pernety

Lug Alc

Dans la grande tradition de l’enseignement d’Hermès, l’alchimie est la science qui ne se comprend que par le langage analogique, celui qui relie le visible à l’invisible, le livre de Dom Antoine-Joseph Pernety.
La Nature n’employa donc dès le commencement que deux principes simples, dont tout ce qui existe fut formé
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L’Académie d’Hermès


Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.

Des éléments.

La Nature n’employa donc dès le commencement que deux principes simples, dont tout ce qui existe fut formé ; savoir, la matière première passive, et l’argent lumineux qui lui donna la forme. Les éléments sortirent de leur action, comme principes secondaires, du mélange desquels se forma une matière seconde, sujette aux vicissitudes de la génération et de la corruption.

En vain s’imaginera-t-on pouvoir, par le secours de l’art Chymique, acquérir et séparer les éléments absolument simples et distincts les uns des autres. L’esprit humain ne les connaît même pas. Ceux à qui le vulgaire donne le nom d’éléments, ne sont point réellement simples et homogènes : ils sont tellement mêlés et unis ensemble, qu’ils sont inséparables.

Les corps sensibles de la terre, de l’eau, de l’air, qui dans leurs sphères sont réellement distincts, ne sont pas les premiers et simples éléments que la Nature emploie dans ses diverses générations. Ils semblent n’être que la matrice des autres. Les éléments simples sont imperceptibles et insensibles, jusqu’à ce que leur réunion constitue une matière dense, que nous appelons corps, à laquelle se joignent les éléments grossiers comme parties intégrantes. Ex insensibilibus namque omnia consiteare principiis constare (Lucret. lib. 2.).

Les éléments qui constituent notre globe sont trop crus, impurs et indigestes pour former une par-faite génération. Mal à propos aussi les Chymistes et les Physiciens leur attribuent-ils les propriétés des vrais éléments principes. Ceux-ci sont comme l’âme des mixtes, ceux-là n’en sont que les corps. L’art ignore les premiers, et travaillerait en vain à y réduire les mixtes : c’est l’ouvrage de la Nature Seule.

Sur ces principes les anciens Philosophes distinguèrent les éléments en trois seulement, et feignirent l’Univers gouverné par trois frères, enfants de Saturne, qu’ils dirent fils du ciel et de la terre. Les Egyptiens, chez qui les anciens Philosophes Grecs avaient puisé leur philosophie, regardaient Vulcain comme père de Sa-turne, si nous en croyons Diodore de Sicile. C’est sans doute la raison qui put les déterminer à ne pas mettre le feu au nombre des éléments. Mais comme ils supposaient que le feu de la Nature, principe du feu élémentaire, avait sa source dans le Ciel, ils en donnèrent l’empire à Jupiter ; et pour sceptre et marque distinctive, ils l’armèrent d’une foudre à trois pointes, et lui associèrent pour femme sa soeur Junon, qu’ils feignirent présider à l’air. Neptune fut constitué sur la mer, et Pluton Sur les enfers. Les Poètes adoptèrent ces idées des Philosophes, qui connaissant parfaitement la Nature, jugèrent à propos de la distinguer seulement en trois, persuadés que les accidents, qui distinguent la basse région de l’air de la supérieure, ne fournissaient pas une raison suffisante pour en faire une distinction réelle. Ils n’y remarquaient qu’une différence de sec et d’humide, de chaud et de froid mariés ensemble ; ce qui leur fit imaginer les deux sexes dans le même élément.

Chacun des trois frères avait un sceptre à trois pointes pour marque de son empire, et pour donner à entendre que chaque élément, tel que nous le voyons, est un composé des trois. Ils étaient proprement frères, puisqu’ils étaient sortis du même principe, fils du ciel et de la terre, c’est-à-dire, la première matière animée donc tout a été fait.

Pluton est appelé le Dieu des richesses et le Maître des enfers, parce que la terre est la source des richesses, et que rien ne tourmente les hommes comme la soif des richesses et l’ambition.

Il n’est pas plus difficile d’appliquer le reste de la Fable à la Physique. Plusieurs Auteurs se sont exercés sur cette matière, et ont comme dé-montré que les Anciens ne se proposaient que d’instruire par l’invention de ces fables. Les Philosophes Hermétiques, qui se flattent d’être les vrais disciples et les imitateurs de la Nature, firent une double application de ces principes, voyant dans les procédés et les progrès du grand oeuvre les opérations de la Nature, comme dans un miroir ; ne se distinguèrent plus les uns des autres, et les expliquèrent de la même manière. Ils comparèrent alors tout ce qui se passe dans l’oeuvre aux progrès successifs de la création de l’Univers, par une certaine analogie qu’ils crurent y remarquer. Est-il surprenant que toutes leurs fictions aient eu ces deux choses pour objet ? Si l’on y faisait réflexion, on ne trouverait pas tant de ridicule dans leurs Fables. S’ils personnifiaient tout, c’était pour rendre leurs idées plus sensibles ; et l’on reconnaîtrait bientôt que les actions ridicules et licencieuses qu’ils attribuaient à ces prétendus Dieux, n’étaient que les opérations de la Nature, que nous voyons tous les jours sans y faire assez d’attention. Vou-lant ne s’expliquer que par allégories, pouvaient-ils supposer les choses autrement faites et par d’autres acteurs ? Notre ignorance dans la Physique ne nous donne-t-elle point le sot privilège de nous moquer d’eux, et de leur imputer le ridicule, qu’ils feraient peut-être aisément retomber sur nous s’ils étaient sur la terre, pour s’expliquer dans le goût du siècle présent ?

L’analyse des mixtes ne nous donne que le sec, et l’humide ; d’où l’on doit conclure qu’il n’y a que deux éléments sensibles dans le composé des corps ; savoir, la terre et l’eau. Mais la même expérience nous montre que les deux autres y sont cachés. L’air est trop subtil pour frapper nos yeux : l’ouïe et le toucher sont les seuls sens qui nous démontrent son existence. Quant au feu de la Nature, il est impossible à l’art de le manifester autrement que par ses effets.

De la Terre.

La terre est froide de sa nature, parce qu’elle ; participe plus de la première matière opaque et ténébreuse. Cette froideur en fait le corps le plus pesant, comme le plus dense ; et cette densité la rend moins pénétrable à la lumière, qui est le principe de la chaleur. Elle a été créée au milieu des eaux, avec lesquels les elle est toujours mêlée ; et le Créateur semble ne l’avoir rendue aride dans sa superficie, que pour la rendre propre au séjour des végétaux et des animaux.

Le Créateur a fait la terre spongieuse, afin que l’air, l’eau et le feu y eussent un accès plus libre, et que le feu interne, qui lui fut infusé par l’esprit de Dieu avant la formation du Soleil (Cosmop. Tract. 4.), pût du centre à la superficie pousser par ses pores les vertus des éléments, et exhaler ces vapeurs humides qui corrompent les semences des choses par une légère putréfaction, et les préparent à la génération. Ces semences ainsi disposées reçoivent alors la chaleur céleste et vivifiante, l’attirent même par un amour magnétique ; le germe se développe, et la semence produit son fruit.

La chaleur propre au sein de la terre n’est propre qu’à la corruption. Son humidité l’affaiblit, et ne saurait rien produire, si elle n’est aidée de la chaleur céleste, pure et sans mélange, qui mène à la génération, en excitant l’action du feu interne, en le développant, en le dilatant, et en le tirant, pour ainsi dire, du centre des semences, où il est comme engourdi et caché. Ces deux chaleurs, par leur homogénéité, travaillent de concert à la génération et à la conservation des mixtes. Tout froid est contraire à la génération. Lorsqu’une matière est de cette nature, elle devient passive, et n’y est propre qu’autant qu’elle est aidée et corrigée par un secours étranger. L’Auteur de la Nature voulant que la terre fût la matrice des mixtes, l’échauffe en conséquence continuellement par la chaleur des feux célestes et central, et y joint la nature humide de l’eau ; afin qu’aidée des deux principes de la génération, le chaud et l’humide, elle ne soit pas stérile, et devienne le vase où se font toutes le générations (Cosmop. Ibid.). On dit, par cette raison, que la terre contient les autres éléments.

Elle peur être divisée en terre pure et terre impure. La première est la base de tous les mixtes, et produit tout par le mélange de l’eau et l’action du feu. La seconde est comme l’habit de la première ; elle entre comme partie intégrante dans la composition des individus. La pure est animée d’un feu qui vivifie les mixtes, et les conserve dans leur manière d’être, amant de temps que le froid de l’impure ne le domine point, ou qu’il n’est point trop excité et tyrannisé par le feu artificiel et élémentaire Son fratricide. Ce qui est visible dans la terre est fixe, et ce qui est invisible est volatil.