Livre d’Alchimie et d’ésotérisme : de l’Homme

Les Fables Égyptiennes et Grecques

D’Hermès à Dom Antoine-Joseph Pernety

Lug Alc

Dans la grande tradition de l’enseignement d’Hermès, l’alchimie est la science qui ne se comprend que par le langage analogique, celui qui relie le visible à l’invisible, le livre de Dom Antoine-Joseph Pernety.
Dieu en se corporifiant, pour ainsi dire, par la création du monde, ne crut pas que c’était assez d’avoir fait de si belles choses, il voulut y mettre le sceau de sa Divinité, et se manifester encore plus parfaitement par la formation de l’homme.
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09. Livre d’Alchimie et d’ésotérisme : de l’Homme
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L’Académie d’Hermès


Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.

L’Homme.

Dieu en se corporifiant, pour ainsi dire, par la création du monde, ne crut pas que c’était assez d’avoir fait de si belles choses, il voulut y mettre le sceau de sa Divinité, et se manifester encore plus parfaitement par la formation de l’homme. Il le fit pour cet effet à son image et à celle du monde. Il lui donna une âme, un esprit et un corps, et de ces trois choses réu-nies dans un même sujet, il en constitua l’humanité.

Il composa ce corps d’un limon extrait de la plus pure substance de tous les corps créés. Il tira son esprit de tout ce qu’il y avait de plus parfait dans la Nature, et il lui donna une âme faite par une espèce d’extension de lui-même. C’est Hermès qui parle.

Le corps représente le monde sublunaire, composé de terre et d’eau ; c’est pour cela qu’il est composé de sec et d’humide, ou d’os, de chair et de sang.

L’esprit infiniment plus subtil, tient comme le milieu encre l’âme et le corps, et leur sert comme de lien pour les unir, parce qu’on ne peut joindre deux extrêmes que par un milieu. C’est lui qui par sa vertu ignée vivifie et meut le corps sous la conduite de l’âme, donc il est le ministre, quelquefois rebelle, à ses ordres, il suit ses propres fantaisies et son penchant. Il représente le firmament, dont les parties constituantes sont infiniment plus subtiles que celles de la terre et de l’eau. L’âme enfin est l’image de Dieu même, et le flambeau de l’homme.

Le corps tire sa nourriture de la plus pure substance des trois règnes de la Nature, qui passent successivement de l’un dans l’autre pour aboutir à l’homme, qui en est la fin, le complément et l’abrégé. Ayant été fait de terre et d’eau, il ne peut se nourrir que d’une manière analogue, c’est-à-dire, d’eau et de terre, et ne saurait manquer de s’y résoudre.

L’esprit se nourrit de l’esprit de l’Univers, et de la quintessence de tout ce qui le constitue, parce qu’il en a été fait. L’âme enfin de l’homme s’entretient de la lumière divine dont elle tire son origine.

La conservation du corps est confiée à l’esprit. Il travaille les aliments grossiers que nous prenons des végétaux et des animaux, dans les laboratoires pratiqués dans l’intérieur du corps. Il y sépare le pur de l’impur, il garde et distribue dans les vaisseaux déférents la quintessence analogue à celle dont le corps a été fait, soit pour en augmenter le volume, soit pour l’entretenir, renvoie et rejette l’impur et l’hétérogène par les voies destinées à cet usage.

C’est la le véritable archée de la Nature, que Van Helmont (Traité des Mal. I. Partie.) suppose placé à l’orifice de l’estomac ; mais donc il ne paraît pas avoir eu, une idée nette, puisqu’il en a parle d’une manière si embrouillée, qu’il s’est rendu presque inintelligible. Cet archée est un principe igné, principe de chaleur, de mouvement et de vie, qui anime le corps, et conserve sa manière d’être autant de temps que la faiblesse de ses organes le permet. Il se nourrit des principes analogues à lui-même qu’il attire sans cesse par la respiration : c’est pourquoi la mort succède à, la vie, presque aussitôt que la respiration est interceptée.

Le corps, est par lui-même un principe de mort, analogue à cette masse informe, froide et ténébreuse, de laquelle Dieu forma le monde. Il représente les ténèbres. L’esprit tient et participe de cette matière animée par l’esprit de Dieu, qui au commencement était porté sur les eaux, et qui par la lumière qu’il répandit, infusa dans la masse cette chaleur qui donne le mouvement et la vie a toute la nature, et cette vertu fécondante, principe de génération, qui fournit à chaque individu l’envie et le moyen de multiplier son espèce. Infusé dans la matrice avec la semence même qu’il anime il y travaille à former et à perfectionner la demeure et le logement qu’il doit habiter, suivant l’espèce. et la qualité, des matériaux fournis, suivant la disposition des lieux, et la spécification de la matière. Si les matériaux sont de bonnes qualités, le bâtiment en sera plus solide, le tempérament plus fort et plus vigoureux. S’ils sont mauvais, le corps en sera plus faible et moins propre à résister aux assauts perpétuels qu’il aura à soutenir tant qu’il subsistera. Si la matière est susceptible d’une organisation plus déliée, plus combinée et plus parfaite, l’esprit la fera de manière qu’il puisse y exercer dans la suite son action avec toute la liberté et l’aisance possible. Alors l’enfant qui en viendra, sera plus alerte, plus vif, et l’esprit se manifestera dans les actions de la vie avec plus de brillant et d’éclat.

Mais s’il manque quelque chose ; si la matière est grossière et terrestre, si cet esprit est faible par lui-même, par son peu de force ou de quantité, les organes seront défectueux ou viciés, l’esprit ne pourra travailler à sa demeure que faiblement ; l’enfant sera plus eu moins pesant, stupide. L’âme qui y sera infusée n’en sera pas moins parfaite, mais son ministre n’y pouvant alors exercer ses fonctions que difficilement, à cause des obstacles qu’il rencontre à chaque pas, elle ne paraîtra pas avec toute sa splendeur, et ne pourra se manifester telle qu’elle est. Une cabane de paysan, une maison même bourgeoise n’annoncerait pas la demeure d’un Roi, quoiqu’un Roi y fît son séjour. En vain aura-t-il toutes les qualités requises pour régner glorieusement ; en vain son Ministre sera-t-il entendu et capable de seconder son Souverain, si la constitution de l’Etat est mauvaise, s’ils ne peuvent pas se faire obéir, s’il n’y a aucun remède, l’Etat ne sera point brillant, tout ira mal, tout languira ; il tendra à sa perte sans qu’on puisse nier l’existence du Souverain, ou rejeter sur lui le défaut de gloire et de splendeur. On rendra même au Roi et à son Ministre la justice qui leur est due.

On voit par là pourquoi la raison ne se manifeste dans les enfants qu’à un certain âgé, et dans les uns plutôt que dans les autres ; pourquoi, à mesure que les organes s’affaiblissent, la raison paraît aussi s’affaiblir. Corpus quod corrumpitur aggravat animan, et terrena inhabitatio deprimit sensum multa, cogitantem (Sap.9.). Il faut un certain temps aux organes pour se fortifier et se per-fectionner. Ils s’usent enfin ; ils tombent en décadence et se détruisent. L’Etat fût-il au plus haut degré de gloire, s’il commence à décliner, si sa perce est inévitable, le Roi et son Ministre avec toute l’attention et toute la capacité possible, ne pourront tout au plus que faire de temps en temps quelques efforts, qui manifesteront leurs talents, mais faiblement, de manière à ne pouvoir arrêter la ruine de l’Etat.

Si peu qu’un homme tenté se replie sur lui-même, et qu’il fasse l’anatomie de son composé, il y reconnaîtra bientôt ces trois principes de son humanité réellement distincts, mais réunis dans un seul individu (Nicolas Flamel. Explic. des figures, chap. 7.).

Que les prétendus esprits forts, que les Matérialistes ignorants, et peu accoutumés à réfléchir sérieusement, rentrent de bonne foi en eux-mêmes, et suivent pas à pas ce petit détail de l’homme, ils reconnaîtrons bientôt leur égarement et la faiblesse de leurs principes. Ils y verront que leur ignorance leur fait confondre le Roi avec le Ministre et les Sujets, l’âme avec l’esprit et le corps. Enfin qu’un Prince est responsable et de ses propres actions, et celles de son Ministre, lorsque celui-ci les fait par son ordre, ou de son consentement et avec son approbation.

Salomon confond l’erreur des Matérialistes de son temps, et nous apprend en même temps qu’ils raisonnaient aussi follement que ceux de nos jours. « Ils ont, dit-il (Sap. c. a.), parlé en insensés, qui pensent mal, et ont dit : Le temps de la vie est court et ennuyeux ; nous n’avons ni biens ni plaisirs à espérer après notre mort ; personne n’est revenu de l’autre monde pour nous apprendre ce qu’on dit qui s’y passe, parce que nous Sommes nés de rien, et qu’après notre mort nous serons comme si nous n’avions pas existé ; c’est une fumée que nous respirons, et une étincelle qui donne le mouvement à noire coeur : cette étincelle une fois éteinte, notre esprit se dissipera dans les airs, et notre corps ne sera plus qu’une cendre et une poussière..... Venez donc, mes amis ; profitons des biens présents ; jouissons des créatures, divertissons-nous pendant que nous sommes jeunes... C’est ainsi qu’ils ont pensé, et qu’ils sont tombés dans l’erreur, parce que leurs passions et la malice de leur coeur les ont aveuglés. Ils ont ignoré les promesses fermes et stables de Dieu ; ils n’ont point espéré la récompense promise à la justice, et n’ont pas eu assez de bon sens et de jugement pour reconnaître l’honneur et la gloire qui est réservée aux âmes Saintes et pieuses, puisque Dieu a créé l’homme à Son image, et l’a fait » inexterminable. »

On voit clairement dans ce chapitre la distinction de l’esprit et de l’âme. Le premier est une vapeur ignée, une étincelle, un feu qui donne la vie animale et le mouvement au corps, et qui se dissipe dans l’air, quand les organes se détruisent. L’âme est le principe des actions volontaires et réfléchies, et survit à la destruction du corps, et à la dissipation de l’esprit. Ce chapitre détermine par conséquents le sens de ces paroles du même Auteur (Ecclesiast. c. 3. v, 19. et Suiv.) : « La condition de l’homme est la même que celle des » bêtes : les uns et les autres respirent, et la mort des bêtes est la même que celle de l’homme. ».

Cette vapeur ignée, cette parcelle de lumière anime donc le corps de l’homme et en fait jouer tous les ressorts. En vain cherche-t-on le lieu particulier où l’âme fait sa résidence, où elle commande en maître. C’est le séjour particulier de cet esprit qu’il faudrait chercher ; mais inutilement voudrait-on le déterminer. Toutes les parties du corps son animées ; il est répandu partout. Si la pression de la glande pinéale ou du corps calleux arrêtent l’action de cet esprit, ce n’est pas qu’il y habite en particulier ; c’est que les ressorts que l’esprit emploie pour faire jouer la machine, aboutissent la médiatement ou immédiatement. Leur jeu est empêché par cette pression : et l’esprit, quoique répandu partout, ne peut plus les faire agir. La ténuité de cette vapeur ignée est trop grande pour être aperçue des sens, autrement que par ses effets. Ministre de Dieu et de l’âme dans les hommes, elle suit uniquement dans les animaux les impressions et les lois que le Créateur lui a imposées pour les animer, leur donner le mou-vement conforme à leurs espèces. Il se fait tout à tout, et se spécifie dans l’homme et les animaux, suivant leurs organes. De là vient la conformité qui se remarque dans un très grand nombre des actions des hommes et des bêtes. Dieu s’en sert comme d’un instrument au moyen duquel les animaux voient, goûtent, flairent, enten-dent. Il l’a constitué sous ses ordres le guide de leurs actions. Il le spécifie dans chacun d’eux, selon la différente spécification qu’il lui a plu de donner à leurs organes. De là la différence de leurs caractères, et leurs manières d’agir diffé-rences, mais néanmoins toujours uniformes quant à chacun en particulier, prenant toujours le même chemin pour parvenir an même but, quand il ne s’y trouve pas d’obstacles.

Cet esprit, que l’on appelle ordinairement instinct, quand il s’agit des animaux, déterminé et presque absolument spécifié dans chaque ani-mal, ne l’est pas dans l’homme, parce que celui de l’homme est l’abrégé et la quintessence de tous les esprits des animaux. aussi l’homme n’a-t-il pas un caractère particulier qui lui soit propre, comme l’a chaque animal. Tout chien est fidèle ; tout agneau est doux ; tout lion est hardi, entreprenant ; tout chat est traître, sensuel ; mais l’homme est tout ensemble, fidèle, indiscret, traître, gourmand, sobre, doux, furieux, hardi, timide, courageux ; les circonstances ou la raison décident toujours de ce qu’il est à chaque instant de la vie, et l’on ne voit jamais dans aucun animal ces variétés que l’on trouve dans l’homme, parce qu’il possède lui seul le germe de tout cela. Chaque homme le verrait développer, et le réduirait de puissance en acte comme les animaux, toutes les fois que l’occasion s’en présente, si cet esprit n’était subordonné à une autre substance fort supérieure à la sienne. L’âme, purement spirituelle, tient les rênes : elle le guide et le conduit dans toutes les actions réfléchies. Quelquefois il ne lui laisse pas le temps de don-ner ses ordres, et d’exercer son empire. Il agit de lui-même ; il met les ressorts du corps en mou-vement, et l’homme alors fait des actions purement animales. Telles sont celles que l’on appelle premier mouvement, et celles que l’on fait sans réflexion, comme aller, venir, manger, lorsqu’on à la tête pleine de quelque affaire Sérieuse qui l’occupe toute entière.

L’animal obéit toujours infailliblement a son penchant naturel, parce qu’il rend uniquement à la conservation de son être mortel et passager, dans laquelle gît tout son bonheur et sa félicité. Mais l’homme ne suit pas toujours cette pente ; parce que, s’il est porté à conserver ce qu’il y a en lui de mortel, il sent aussi un autre penchant qui le porte à travailler pour la félicité de sa partie immortelle, à laquelle il est très persuadé qu’il doit la préférence.

Dieu a donc créé l’homme à Son image, et l’a formé comme l’abrégé de tous ses ouvrages, et le plus parfait des êtres corporels. On l’appelle avec raison Microcosme. Il est le centre où tout abouti : il renferme la quintessence de tout l’Univers. Il participe aux vertus et aux proprié-tés de tous les individus. Il a la fixité des métaux et des minéraux, la végétabilité des plantes, la faculté sensitive des animaux, et de plus une âme intelligente et immortelle. Le Créateur a renfermé dans lui, comme dans une boite de Pandore, tous les dons et les vertus des choses supérieures et inférieures. Il finit son ouvrage de la création par la formation de l’homme, parce qu’il fallait créer tout l’Univers en grand, avant d’en faire l’abrégé. Et comme l’Etre Suprême n’ayant point eu de commencement, était néanmoins le commencement de tout, il voulut mettre le sceau à son ouvrage par un individu, qui, ne pouvant être sans commencement, fût au moins sans fin comme lui-même.

Que l’homme ne déshonore donc point le modèle dont il est l’image. Il doit penser qu’il, n’a pas été fait pour vivre seulement suivant son animalité, mais suivant son humanité proprement dite. Qu’il boive, qu’il mange ; mais qu’il prie, qu’il modère ses passions, qu’il travaille pour la vie éternelle, c’est en quoi il différera des animaux, et sera proprement homme. Le corps de l’homme est Sujet à l’altération et à la dissolution entière, comme les autres mixtes. L’action de la chaleur produit ce changement dans la manière d’être de tous les individus sublunaires, parce que leur masse étant un composée de parties plus grossières, moins pures, moins liées, et plus hétérogènes entre elles que celles des Astres ou des Planètes, elle est plus susceptible des effets de la raréfaction.

Cette altération est dans son progrès une vraie corruption qui se fait successivement, et qui par degrés dispose à une nouvelle génération, ou nouvelle manière d’être ; car l’harmonie de l’Univers consiste dans une diverse et graduée information de la matière qui le constitue.

Ce changement de formes n’arrive qu’aux corps de ce bas monde. La cause n’est pas, comme plusieurs l’ont pensé, la contrariété ou l’opposition des qualités de la matière, mais sa propre essence ténébreuse, et purement passive, qui n’ayant pas d’elle-même de quoi se donner une forme permanente, est obligée de recevoir ces formes différentes et passagères du principe qui l’anime, toujours selon la détermination qu’il a plu à Dieu de donner aux genres et aux espèces.

Pour suppléer à ce défaut originel de la matière, dont le corps même de l’homme a été formé, Dieu mit Adam dans le Paradis terrestre, afin qu’il pût combattre et vaincre cette caducité par l’usage du fruit de l’arbre de vie, dont il fut privé en punition de sa désobéissance, et condamné à subir le sort des autres individus que Dieu n’avoir pas favorisés de ce Secours.

La première matière dont tout a été fait, celle qui sert de base à tous les mixtes semble avoir été tellement fondue et identifiée dans eux, après qu’elle eut reçu sa forme de la lumière, qu’on ne saurait l’en séparer sans les détruire. La Nature nous a laisse un échantillon de cette masse confuse et informe, dans cette eau sèche, qui ne mouille point, que l’on voie sortir des mon-tagnes, ou qui s’exhale de quelques lacs, imprégnée de la semence des choses, et qui s’é-vapore à la moindre chaleur. Cette eau sèche est celle qui fait la base du grand oeuvre, suivant tous les Philosophes. Qui saurait marier cette matière toute volatile avec son mâle, en extraire les éléments, et les séparer philosophiquement, pourrait se flatter, dit d’Espagnet (Enchirid. Phys restit. can. 49.), d’avoir en sa possession le plus précieux secret de la Nature, et même l’abrégé de l’essence des cieux.