Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.
De la Nature et de la Lumière.
De la Nature.
A ce premier moteur ou principe de génération et d’altération, s’en joint un second corporifié, auquel nous donnons le nom de Nature. L’oeil de Dieu, toujours attentif à son ouvrage, est proprement la Nature même, et les lois qu’il a posées pour sa conservation, sont les causes de tout ce qui s’opère dans l’Univers. La Nature que nous venons d’appeler un second moteur corporifié, est une Nature secondaire, un serviteur fidèle qui obéit exactement aux ordres de son maître (Cosmopol. Tract. 2.), ou un instrument conduit par la main d’un ouvrier incapable de se tromper.
Cette Nature ou cause seconde est un esprit universel, qui a une propriété vivifiante et fécondante de la lumière créée dans le commencement, et com-muniquée à toutes les parties du macrocosme. Zoroastre avec Héraclite l’ont appelé un esprit igné, un feu invisible, et l’âme du monde. C’est de lui que parle Virgile, lorsqu’il dit (Eneid. 1. 6.) : Dès le commencement un certain esprit igné fut infusé dans le ciel, la terre et la mer, la lune, et les astres Titaniens ou terrestres (C’est-à-dire, les minéraux et les métaux, auxquels on a donné les noms de planètes.). Cet esprit leur donne la vie et les conserve. Ame répandue dans tout le corps, elle donne le mouvement à toute la masse, et à chacune de ses parties. De là sont venues toutes les espèces d’ê-tres vivants, quadrupèdes, oiseaux, poissons. Cet esprit igné est le principe de leur vigueur : son origine est céleste, et il leur est communiqué par la semence qui les produit.
L’ordre qui règne dans l’Univers n’eut qu’une suite développée des lois éternelles. Tous les mouvements des différentes parties de sa masse en dépendent. La Nature forme, altère et corrompt sans cesse, et son modérateur, présent partout, répare continuellement les altérations de l’ouvrage.
On peut partager le monde en trois régions, la supérieure, la moyenne et l’inférieure. Les Philosophes Hermétiques donnent à la première le nom d’intelligible, et disent qu’elle est spirituelle, immortelle ou inaltérable ; c’est la plus parfaite.
La moyenne est appelée céleste. Elle renferme les corps les moins imparfaits et une quantité d’esprits (Il faut remarquer que les Philosophes n’entendent pas par ces esprits, des esprits immatériels ou esprits angéliques, mais seulement des esprits physiques, tels que l’esprit igné répandu dans l’univers. Telle est aussi la spiritualité de leur région supérieure). Cette région étant au milieu participe de la supérieure et de l’inférieure. Elle sert comme de milieu pour réunir ces deux extrêmes, et comme de canal par où se communiquent sans cesse à l’intérieur les esprits vivifiants qui en animent toutes les parties. Elle n’est sujette qu’à des changements périodiques.
L’inférieure ou élémentaire comprend tous les corps sublunaires. Elle ne reçoit des deux autres les esprits vivifiants que pour les leur rendre. C’est pourquoi tout s’y altère, tout s’y corrompt, tout y meurt ; il ne s’y fait point de génération qui ne soit précédée de corruption ; et point de naissance, que la mort ne s’ensuive. Chaque région est soumise, et dépend de celle qui lui est supérieure, mais elles agissent de concert. Le Créateur seul a le pouvoir d’anéantir les êtres, comme lui seul a eu le pouvoir de les tirer du néant. Les lois de la Nature ne permettent pas que ce qui porte le caractère d’être ou de substance, soit assujetti à l’anéantissement. Ce qui a fait dire à Hermès (Pymand.) que rien ne meurt dans ce monde, mais que tout passe d’une manière d’être à une autre. Tout mixte est composé d’éléments, et se résout enfin dans ces mêmes éléments, par une rotation continuelle de la Nature, comme l’a dit Lucrèce :
Huic accedit uti quicque in sua corpora rursum Dissolvat natura ; neque ad nihilum interimat res.
Il y eut donc dès le commencement deux principes, l’un lumineux, approchant beaucoup de la Nature spirituelle ; l’autre tout corporel et ténébreux. Le premier pour être le principe de la lumière, du mouvement et de la chaleur : le second comme principe des ténèbres, d’engourdissement et de froid (Cosmop. Tract. I.). Celui-là actif et masculin, celui-ci passif et féminin. Du premier vient le mouvement pour la génération dans notre monde élémentaire, et de la part du second procède l’altération, d’où la mort a pris commencement.
Tout mouvement se fait par raréfaction et condensation (Beccher. Phys. subt.). La chaleur, effet de la lumière sensible ou insensible, est la cause de la raréfaction, et le froid produit le resserrement ou la condensation. Toutes les générations, végéta-tions et accrétions ne se font que par ces deux moyens ; parce que ce sont les deux premières dispositions dont les corps aient été affectés. La lumière ne s’est répandu que par la raréfaction ; et la condensation, qui produit la densité des corps, a seule arrêtée le progrès de la lumière, et conservé les ténèbres.
Lorsque Moise dit que Dieu créa le ciel et la terre, il semble avoir voulu parler des deux principes formel et matériel, ou actif et passif que nous avons expliqué, et il ne paraît pas avoir entendu par la terre, cette masse aride qui parut après que les eaux s’en furent séparées. Celle dont parle Moise est le principe matériel de tout ce qui existe, et comprend le globe terra-aque-aérien. L’autre n’a pris proprement son nom que de sa sécheresse ; et pour la distinguer de l’amas des eaux, et vocavit Deus aridam terrant, congrigationesque aquarum maris (Gen. C. I.).
L’air, l’eau et la terre ne sont qu’une même matière plus ou moins ténue et subtiliée, selon qu’elle est plus ou moins raréfiée. L’air, comme le plus proche du principe de raréfaction, est le plus subtil ; l’eau vient ensuite, et puis la terre.
Comme l’objet que je me propose en donnant ces principes abrégés de Physique, est seulement d’instruire sur ce qui peut éclairer les amateurs de la Philosophie Hermétique, je n’entrerai point dans le détail de la formation des astres et de leurs mouvements.
De la lumière, et de ses effets.
La lumière, après avoir agi sur les parties de la masse ténébreuse, qui lui étaient plus voisines, et les avoir raréfiées plus ou moins à proportion de leur éloignement, pénétra enfin Jusqu’au centre, pour l’animer dans son tout, la féconder, et lui faire produire tout ce que l’Univers présente à nos yeux. Il plut alors à Dieu d’en fixer la source naturelle dans le Soleil, sans cependant l’y ramasser toute entière. Il semble que Dieu l’en ait voulu établir comme l’unique dispensateur, afin que la lumière créée de Dieu unique, lumière incréée, elle fût communiquée aux créatures par un seul, comme pour nous indiquer sa première origine.
De ce flambeau lumineux tous les autres empruntent leur lumière et l’éclat qu’ils réfléchissent sur nous ; parce que leur matière compacte produit à notre égard le même effet qu’une masse sphérique polie, ou un miroir sur lequel tombent les rayons du Soleil. Nous devons juger des corps célestes comme de la Lune, dans laquelle la vue seule nous découvre de la solidité, et une propriété commune aux corps terrestres d’intercepter les rayons du Soleil, et de produire de l’ombre, ce qui ne convient qu’aux corps opaques. On ne doit pas en conclure que les Astres, et les Planètes ne sont pas des corps diaphanes ; puisque les nuages, qui ne sont que des vapeurs ou de l’eau, font également de l’ombre en interceptant les rayons solaires.
Quelques Philosophes ont appelé le Soleil âme du monde, et l’ont supposé placé au milieu de l’univers, afin que comme d’un centre il lui fût plus facile de communiquer partout ses bénignes influences. Avant que de les avoir reçues, la terre était comme dans une espèce d’oisiveté, ou comme une femelle sans mâle. Sitôt qu’elle en fut imprégnée, elle produisit aussitôt, non des simples végétaux comme auparavant, mais des êtres animés et vivants, des animaux de toutes sortes d’espèces. Les éléments furent donc aussi le fruit de la lumière ; et ayant tous un même principe, comment pourraient-ils, suivant l’opinion vulgaire, avoir entre eux de l’antipathie et de la contrariété ? C’est de leurs unions que sont formés tous les corps selon leur espèces différentes ; et leur diversité ne vient que du plus ou du moins de ce que chaque élément fournit pour la composition de chaque mixte.
La première lumière avait jeté les semences des choses dans les matrices qui étaient propres à chacune ; celle du Soleil les a comme fécondées, et fait germer. Chaque individu conserve dans son intérieur une étincelle de cette lumière qui réduit les semences de puissance en acte. Les esprits des êtres vivants sont des rayons de cette lumière, et l’âme seule de l’homme est un rayon ou comme une émanation de la lumière incréée. Dieu, cette lumière éternelle, infinie, incompréhensible, pouvait-il se manifester au monde autrement que par la lumière ; et faut-il s’étonner s’il a infusé tant de beautés et de vertus dans son image, qu’il a formé lui-même, et dans laquelle il a établi son trône : In sole posuit cabernae culum suum (Psal.18.).
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