Livre d’Alchimie et d’ésotérisme : De la première matière

Les Fables Égyptiennes et Grecques

D’Hermès à Dom Antoine-Joseph Pernety

Lug Alc

Dans la grande tradition de l’enseignement d’Hermès, l’alchimie est la science qui ne se comprend que par le langage analogique, celui qui relie le visible à l’invisible, le livre de Dom Antoine-Joseph Pernety.
Quelques Philosophes ont supposé une ma-tière préexistante aux éléments, mais comme ils ne la connaissaient pas, ils n’en ont parlé que d’une manière obscure et très embrouillée.
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07. Livre d’Alchimie et d’ésotérisme : De la première matière
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L’Académie d’Hermès


Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.

De la première matière.

Quelques Philosophes ont supposé une matière préexistante aux éléments, mais comme ils ne la connaissaient pas, ils n’en ont parlé que d’une manière obscure et très embrouillée. Aristote, qui paraît avoir cru le monde éternel, parle cependant d’une première matière universelle, sans oser néanmoins s’engager dans les détours ténébreux des idées qu’il en avait. Il ne s’est exprimé à cet égard que d’une manière fort ambiguë. Il la regardait comme le principe de toutes les choses sensibles, et semble vouloir insinuer que les éléments se sont formés par une espèce d’antipathie ou de répugnance qui se trouvait entre les parties de cette matière (De ortu et interitu, 1. 2. c. I. et 2.).

Il eût mieux philosophé s’il n’y avait vu qu’une sympathie et un accord parfait, puisqu’on ne voit aucune contrariété dans les éléments mêmes, quoiqu’on pense ordinairement que le feu est opposé à l’eau. On ne s’y tromperait pas, si l’on faisait attention que cette opposition prétendue ne vient que de l’intention de leurs qualités, et de la différence de subtilité de leurs parties, puisqu’il n’y a point d’eau sans feu. Thalès, Héraclite, Hésiode ont regardé l’eau comme la première matière des choses. Moise paraît dans la Genèse (Gen. I.) favoriser ce sentiment, en donnant les noms d’abîme et d’eau à cette première matière, non qu’il entendît l’eau, élément que nous buvons, mais une espèce de fumée, une vapeur humide, épaisse et ténébreuse, qui se condense dans la suite plus ou moins, selon les choses plus ou moins compactes qu’il a plu au Créateur d’en former. Ce brouillard, cette vapeur immense se concentra, s’épaissît, ou se raréfia en une eau universelle et chaotique, qui devint par-là le principe de tout pour le présent et pour la suite (Cosmop. Tract.4.). Dans son commencement, cette eau était volatile, telle qu’un brouillard, la condensation en fit une matière plus ou moins fixe. Mais quelle que puisse être cette matière, premier principe des choses, elle fut créée dans des ténèbres trop épaisses et trop obscures, pour que l’esprit humain puisse y voir clairement. l’Auteur seul de la Nature la connaît, et en vain les Théologiens et les Philosophes voudraient-ils détermi-ner ce qu’elle était.

Il est cependant très vraisemblable que cet abîme ténébreux, ce chaos était une matière aqueuse ou humide, comme plus propre et plus disposée à être atténuée, raréfiée, condensée, et servir par ces qualités à la construction des Cieux et de la Terre.

L’Ecriture Sainte nomme cette masse informe tantôt terre vide, et tantôt eau, quoiqu’elle ne fût actuellement ni l’une ni l’autre, mais seulement en puissance. Il serait donc permis de conjecturer qu’elle pouvait être à peu près comme une fumée, ou une vapeur épaisse et ténébreuse, stupide et sans mouvement, engourdie par une espèce de froid, et sans action ; jusqu’à ce que la même parole qui créa cette vapeur, y infusa un esprit vivifiant, qui devint comme visible et palpable par les effets qu’il y produisit.

La séparation des eaux supérieures d’avec les inférieures, dont il est fait mention dans la Genèse, semble s’être faite par une espèce de sublimation des parties les plus subtiles, et les plus ténues, d’avec celles qui l’étaient moins, à peu près comme dans une distillation où les esprits montent et se séparent des parties les plus pesantes, plus terrestres, et occupent le haut du vase, pendant que les plus grossières demeurent au fond.

Cette opération ne put se faire que par le secours de cet esprit lumineux qui fut infusé dans cette masse. Car la lumière est un esprit igné, qui, en agissant sur cette vapeur, et dans elle, rendit quelques parties plus pesantes en les condensant, et devenues opaques par leur adhésion plus étroite ; cet esprit les chassa vers la région inférieure, où elles conservent les ténèbres dans lesquelles elles étaient premièrement ensevelies. Les parties plus ténues, et devenues homogènes de plus en plus par l’uniformité de leur ténuité et de leur pureté, furent élevées et poussées vers la région supérieure, où moins condensées elles laissèrent un passage plus libre à la lumière qui s’y manifesta dans toute sa splendeur. Ce qui prouve que l’abîme ténébreux, le chaos, ou la première matière du monde, était une masse aqueuse et humide, c’est qu’outre les raisons que nous avons rapportées, nous en avons une preuve assez palpable sous nos yeux. Le propre de l’eau est de coulée, de fluer tant que la chaleur l’anime et l’entretien dans son état de fluidité. La continuité des corps, l’adhésion de leurs parties est due à l’humeur aqueuse. Elle est comme la colle ou la soudure qui réunit et lie les parties élémentaires des corps. Tant qu’elle n’en est point séparée entièrement, ils conservent la solidité de leur masse. Mais si le feu vient à échauffer ces corps au-delà du degré nécessaire pour leur conservation dans leur manière d’être actuelle, il chasse, raréfie cette humeur, la fait évaporer, et le corps se réduit en poudre, parce que le lien qui en réunissait les parties n’y est plus.

La chaleur est le moyen et l’instrument que le feu emploie dans ses opérations ; il produit même par son moyen deux effets qui paraissent opposés, mais qui sont très conformes aux lois de la Nature, et qui nous représentent ce qui s’est passé dans le débrouillement du chaos. En séparant la partie la plus ténue et la plus humide de la plus terrestre, la chaleur raréfie la première, et condense la seconde. Ainsi par la séparation des hétérogènes se fait la réunion des homogènes. Nous ne voyons en effet dans le monde qu’une eau plus ou moins condensée. Entre le Ciel et la Terre, tout est fumée, brouillards, vapeurs poussés du centre et de l’intérieur de la terre, et élevée au-dessus de sa circonférence dans la partie que nous appelons air. La faiblesse des organes de nos sens ne nous permet pas de voir les vapeurs subtiles, ou émanations des corps célestes, que nous nommons influences, et se mêlent avec les vapeurs qui se subliment des corps sublunaires. Il faut que les yeux de l’esprit viennent au secours de la faiblesse des yeux du corps.

En cour temps les corps transpirent une vapeur subtile, qui se manifeste plus clairement en Eté. L’air échauffe sublime les eaux en vapeurs, les pompe, les attire à lui. Lorsqu’après une pluie les rayons du Soleil dardent sur la terre, on la voit fumer et s’exhaler en vapeurs. Ces vapeurs voltigent dans l’air en forme de brouillards, lorsqu’elles ne s’élèvent pas beaucoup au-dessus de la superficie de la terre : mais quand elles montent jusqu’à la moyenne région, on les voit cou-rir ci et là sous la forme de nuées. Alors elles se résolvent en pluie, en neige, en grêle, etc. et tombent pour retourner à leur origine.

L’ouvrier le sent à sa grande incommodité, quand il travaille avec action. L’homme oisif même l’éprouve dans les grandes chaleurs. Le corps transpire toujours, et les sueurs qui ruissellent souvent le long du corps le manifestent assez.

Ceux qui ont donné dans les idées creuses des Rabbins, ont cru qu’il avait existé, avant cette première matière, un certain principe plus ancien qu’elle, auquel ils ont donné fort improprement le nom d’Hylé. C’était moins un corps qu’une ombre immense, moins une chose, qu’une image très obscure de la chose, que l’on devrait plutôt nommer un fantôme ténébreux de l’Etre, une nuit très noire, et la retraite ou le centre des ténèbres, enfin une chose qui n’existe qu’en puissance, et telle seulement qu’il serait possible à l’esprit humain de se l’imaginer dans un songe. Mais l’imagination même ne saurait nous le représenter autrement que comme un aveugle né se représente la lumière du Soleil. Ces sectateurs du Rabbinisme ont jugé à propos de dire que Dieu tira de ce premier principe un abîme ténébreux, informe comme la matière prochaine des éléments et du monde. Mais enfin tout de concert nous annonce l’eau comme pre-mière matière des choses.

L’esprit de Dieu qui était porté sur les eaux (Gen. I.), fut l’instrument dont le suprême Architecte du monde se servit pour donner la forme à l’Univers. Il répandit à l’instant la lumière, réduisit de puissance en acte les semences des choses au-paravant confuses dans le chaos, et par une altération constante de coagulations et de résolutions, il entretint tous les individus. Répandu dans toute la masse, il en anime chaque partie, et par une continuelle et secrète opération il donne le mouvement a chaque individu, selon le genre et l’espèce auquel il l’a déterminé. C’est proprement l’âme du monde, et qui l’ignore ou le nie, ignore les lois de l’Univers.