Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.
Principes généraux de physique.
Suivant la Philosophie Hermétique.
Il n’est pas donné à tous de pénétrer jusqu’au facturier des ferrets de la Nature : très peu de gens savent le chemin qui y conduit. Les uns impatiens s’égarent en prenant des sentiers qui semblent en abréger la route ; les autres trouvent presque à chaque pas des carrefours qui les embarrassent, prennent à gauche, et vont au Tartare, au lieu de tenir la droite qui mène aux champs Elysées, parce qu’ils n’ont pas, comme Enée (Eneid. L 6.), une Sibylle pour guide. D’autres enfin ne pensent pas se tromper en suivant le chemin le plus battu et le plus fréquenté. Tous s’aperçoivent néanmoins, après de longues fatigues, que, loin d’être arrivés au but, ils ont ou passé à côté, ou lui ont tourné le dos.
Les erreurs ont leur source dans le préjugé, comme dans le défaut de lumières et de solides instructions. La véritable route ne peut être que très simple, puisqu’il n’y a rien de plus simple que les opérations de la Nature. Mais quoique tracée par cette même Nature, elle est peu fréquentée, et ceux mêmes qui y passent se font un devoir jaloux de cacher leurs traces avec des ronces et des épines. On n’y marche qu’à travers l’obscurité des fables et des énigmes, il est très difficile de ne pas s’égarer, si un Ange tutélaire ne porte le flambeau devant nous.
Il faut donc connaître la Nature avant que de se mettre en devoir de l’imiter, et d’entreprendre de perfectionner ce qu’elle a laissé dans le chemin de la perfection. L’étude de la Physique nous donne cette connaissance, non de cette Physique des Ecoles, qui n’apprend que la spéculation, et qui ne meuble la mémoire que de termes plus obscurs, et moins intelligibles que la chose même que l’on veut expliquer. Physique, qui prétendant nous définir clairement un corps, nous dit que c’est un composé de points ou de parties, de points qui menés d’un endroit à un autre formeront des lignes, ces lignes rapprochées, une surface ; de-là l’étendue et les autres dimensions. De la réunion des parties résultera un corps, et de leur désunion, la divisibilité à l’infini, ou, si l’on veut, à l’indéfini. Enfin, tant d’autres raisonnements de cette espèce, peu ca-pables de satisfaire un esprit curieux de parvenir à une connaissance palpable et pratique des individus qui composent ce vaste Univers. C’est à la Physique Chymique qu’il faut avoir recours. Elle est une science pratique, fondée sur une théorie, dont l’expérience prouve la vérité. Mais. cette expérience est malheureusement si rare, que bien des gens en prennent occasion de douter de son existence.
En vain des Auteurs, gens d’esprit, de génie, et très savants dans d’autres parties, ont-ils voulu inventer des systèmes, pour nous représenter, par une description fleurie, la formation et la naissance du monde L’un s’est embarrassé dans des tourbillons, donc le mouvement trop rapide l’a emporté : il s’est perdu avec eux. Sa première matière, divisée en matière subtile, rameuse et globuleuse, ne nous a laissé qu’une vaine matière à raisonnements subtils, sans nous apprendre ce que c’est que l’essence des corps. Un autre, non moins ingénieux, s’est avisé de soumettre tout au calcul, et a imaginé une attraction réciproque, qui pourrait tout au plus nous aider à rendre raison du mouvement actuel des corps, sans nous donner aucune lumière sur les principes donc ils sont composés. Il sentait très bien que c’était faire revivre, sous un nouveau nom, les qualités occultes des Péripatéticiens, bannies de l’école depuis longtemps ; aussi n’a-t-il débité son attraction que comme une conjecture, que ses sectateurs se font fait un devoir de soutenir comme une chose réelle. La tête du troisième, frappée du même coup dont sa prétendue comète heurta le Soleil, a laissé prendre à ses idées des routes aussi peu régulières que celles qu’il fixe aux planètes, formées, selon lui, des parties séparées par ce choc du corps igné de l’Astre qui préside au jour. Les imaginations d’un Telliamed, et celles d’autres Ecrivains semblables sont des rêveries qui ne méritent que du mépris ou de l’indignation. Tous ceux enfin qui ont voulu s’écarter de ce que Moise nous a laissé dans la Genèse, se sont perdus dans leurs vains raisonnements. Qu’on ne nous dise pas que Moise n’a voulu faire que des Chrétiens, et non des Philosophes. Instruit par la révélation de l’Auteur même de la Nature ; versé d’ailleurs très parfaitement dans toutes les sciences des Egyptiens, les plus instruits et les plus éclairés dans toutes celles que nous cultivons, qui, mieux que lui, était en état de nous apprendre quelque chose de certain sur l’histoire de l’Univers ?
Son système, il est vrai, est très propre à faire des Chrétiens, mais cette qualité, qui manque à la plupart des autres, est-elle donc incompatible avec la vérité ? Tout y annonce la grandeur, la toute puissance, et la sagesse du Créa-teur ; mais tout en même temps y manifeste à nos yeux la créature telle qu’elle est. Dieu parla, et tout fut fait, dixit, et facta sunt (Gen.l.). C’était assez pour des Chrétiens, mais ce n’était pas assez pour des Philosophes. Moise ajoute d’où ce monde a été tiré, quel ordre il a plu à l’Etre suprême de mettre dans la formation de chaque règne de la Nature. Il fait plus : il déclare positivement quel est le principe de tout ce qui existe, et ce qui donne la vie et le mouvement à chaque individu. Pouvait-il en dire davantage en si peu de paroles ? Exigerait-on de lui qu’il eût décrit l’anatomie de toutes les parties de ces individus ? et quand il l’aurait fait, s’en serait-on mieux rapporté à lui ? On veut examiner ; on le veut, parce qu’on doute : on doute par ignorance, et sur un tel fondement, quel système peut-on élever, qui ne tombe bientôt en ruine ?
Le Sage ne pouvait mieux désigner cette espèce d’Architectes, ces fabricateurs de systèmes, qu’en disant que Dieu a livré l’Univers à leurs vains raisonnements (Ecclef. c. 3. v. II. 1. Partie.). Disons mieux : il n’est personne versé dans la science de la Nature, qui ne reconnaisse Moise pour un homme inspiré de Dieu, pour un grand Philosophe, et un vrai Physicien. Il a décrit la création du monde et de l’homme avec autant de vérité, que s’il y avait assisté en personne. Mais avouons en même temps que ses écrits sont si sublimes, qu’ils ne sont pas à la portée de tout le monde, et que ceux qui le combattent, ne le font que parce qu’ils ne l’entendent pas, que les ténèbres de leur ignorance les aveuglent, et que leurs systèmes ne sont que des délires mal combinés d’une tête bouffie de vanité, et malade de trop de présomption. Rien de plus simple que la Physique. Son ob-jet, quoique très composé aux yeux des ignorants, n’a qu’un seul principe, mais divisé en parties les unes plus subtiles que les autres. Les différentes proportions employées dans le mélange, la réunion et les combinaisons des parties plus subtiles avec celles qui le sont moins, forment tous les individus de la Nature. Et comme ces combinaisons sont presque infinies, le nombre des mixtes l’est aussi.
Dieu est un Etre éternel, une unité infinie, principe radical de tout : son essence est une immense lumière, sa puissance une toute-puissance, son désir un bien parfait, sa volonté absolue un ouvrage accompli. A qui voudrait en savoir davantage, il ne reste que l’étonnement, l’admiration, le silence, et un abîme impénétrable de gloire.
Avant la création il était comme replié en lui-même et se suffisait. Dans la création il accoucha, pour ainsi dire, et mit au jour ce grand ouvrage qu’il avait conçu de toute éternité. Il se développa par une extension manifeste de lui-même, et rendit actuellement matériel ce monde idéal, comme s’il eût voulu rendre palpable l’image de sa Divinité. C’est ce qu’Hermès a voulu nous faire entendre lorsqu’il dit que Dieu changea de forme ; qu’alors le monde fut manifesté et changé en lumière (Pymand. c. I.). Il paraît vraisemblable que les Anciens entendaient quelque chose d’approchant, par la naissance de Pallas, sortie du cerveau de Jupiter avec le secours de Vulcain ou de la lumière.
Non moins sage dans ses combinaisons que puissant dans ses opérations, le Créateur a mis un si bel ordre dans la masse organique de l’Univers, que les choses supérieures sont mêlées sans confusion avec les inférieures, et deviennent semblables par une certaine analogie. Les extrêmes se trouvent liés très étroitement par un milieu insensible, ou un noeud secret de cet adorable ouvrier, de manière que tout obéit de concert à la direction du Modérateur suprême, sans que le lien des différentes parties puisse être rompu que par celui qui en a fait l’assemblage. Hermès avait donc raison de dire (Tab. Smarag.) que ce qui est en bas est semblable à ce qui est en haut, pour parfaire toutes les choses admirables que nous voyons.
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