Livre VII d’Eliphas Levi : Le pouvoir qui crée et qui transforme

VII Le pouvoir qui crée et qui transforme, Le Grand Arcane , Eliphas Levi

Le livre du Grand Arcane d’Hermès

Eliphas Lévi

Livre I du Grand Arcane d’Eliphas Lévi, Parlant : de la raison, de la volonte, de la femme, d’Homere, de Rousseau, de l’homme, des enfants.
La volonté est essentiellement réalisatrice, nous pouvons tout ce que nous croyons raisonnablement pouvoir.
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L’Académie d’Hermès


Livre VII, du Grand Arcane d’Eliphas Lévi : LE POUVOIR QUI CREE ET QUI TRANSFORME.

La volonté est essentiellement réalisatrice, nous pouvons tout ce que nous croyons raisonnablement pouvoir.

Dans sa sphère d’action l’homme dispose de la toute puissance de Dieu ; il peut créer et transformer. Cette puissance, il doit d’abord l’exercer sur lui-même. Lorsqu’il vient au monde, ses facultés sont un chaos, les ténèbres de l’intelligence couvrent l’abime de son coeur, et son esprit est balancé sur l’incertitude comme s’il était porté sur les ondes.

La raison alors lui est donnée, mais cette raison est passive encore, c’est à lui de la rendre active ; c’est à lui de faire rayonner son front au milieu des ondes et de crier : que la lumière soit !

Il se fait une raison, il se fait une conscience ; il se fait un coeur. La loi divine sera pour lui telle qu’il l’aura faite, et la nature entière deviendra pour lui ce qu’il voudra.

L’éternité entrera et tiendra dans son souvenir. II dira à l’esprit : sois matière, et à la matière : sois esprit, et l’esprit et la matière lui obéiront !

Toute substance se modifie par l’action, toute action est dirigée par l’esprit, tout esprit se dirige suivant une volonté et toute volonté est déterminée par une raison.

La réalité des choses est dans leur raison d’être. Cette raison des choses est le principe de ce qui est.

Tout n’est que force et matière, disent les athées.

C’est comme si l’on affirmait que les livres ne sont que du papier et de l’encre.

La matière est !’auxiliaire de l’esprit, sans l’esprit elle n’aurait pas de raison d’être et elle ne serait pas.

La, matière se transforme en esprit par l’intermédiaire de nos sens, et cette transformation sensible, seulement pour nos âmes, est ce qu’on nomme le plaisir.

Le plaisir est le sentiment d’une action divine. Se nourrir, c’est créer la vie et transformer, de la manière la plus merveilleuse, les substances mortes en substances vivantes.

Pourquoi la nature entraîne-t-elle les sexes l’un vers l’autre avec tant de ravissement et tant d’ivresse ? C’est qu’elle les convie au grand oeuvre par excellence, â l’oeuvre de l’éternelle fécondité.

Que parle-t-on des joies de la chair ? La chair n’a ni tristesses ni joies : elle est un instrument passif. Nos nerfs sont les cordes du violon avec lequel la nature nous fait entendre et sentir la musique de la volupté, et toutes les joies de la vie, même les plus troublées, sont le partage exclusif de l’âme :

Qu’est-ce que la beauté, sinon l’empreinte de l’esprit sur la matière ? Le corps de la Vénus de Milo a-t-il besoin d’être de chair pour enchanter nos yeux et exalter notre pensée ? La beauté de la femme, c’est l’hymne de la maternité ; la forme douce et délicate de son sein nous rappelle sans cesse la première soif de nos lèvres ; nous voudrions pouvoir lui rendre en éternels baisers, ce qu’il nous a donné en suaves effusions. Est-ce alors de la chair que nous sommes amoureux ? Dépouillés de leur adorable poésie, que nous inspireraient ces tampons élastiques et glanduleux recouverts d’une peau tantôt brune, tantôt blanche et rose ? Et que deviendraient nos plus charmantes émotions si la main de l’amant, cessant de trembler, devait s’armer de la loupe du physicien ou du scalpel de l’anatomiste ?

Dans une fable ingénieuse, Apulée raconte qu’un expérimentateur maladroit ayant séduit la servante d’une magicienne, qui lui procure une pommade préparée par sa maîtresse, essaie de se changer en oiseau et n’arrive qu’à se métamorphoser en âne. On lui dit que pour reprendre sa première forme, il lui suffira de manger des roses, et il croit d’abord la chose bien facile. Mais il s’aperçoit bientôt que les roses ne sont pas faites pour les ânes. Dès qu’il veut s’approcher d’un rosier on le repousse â coups de bâton, il souffre mille maux et ne peut être enfin délivré que par l’intervention directe de la divinité.

On a soupçonné Apulée d’avoir été chrétien, et on a cru voir, dans cette légende de l’âne, une critique voilée des mystères du Christianisme. Jaloux à s’envoler au ciel, les chrétiens auraient méconnu la science et seraient tombés sous le joug de cette foi aveugle qui les faisait accuser, pendant les premiers siècles, d’adorer la tête d’un âne.

Esclaves d’une austérité fatale, ils ne pouvaient plus s’approcher de ces beautés naturelles qui sont figurées par les roses. Le plaisir, la beauté, la nature même et la vie étaient voués à l’anathème par ces rudes et ignorants conducteurs qui chassaient devant eux le pauvre âne de Bethléem. C’est alors que le moyen âge rêva le roman de la rose. C’est alors que les initiés aux sciences de l’antiquité, jaloux de reconquérir la rose sans abjurer la croix, en réunirent les images et prirent le nom de Rose-Croix, afin. que là rose fût encore la croix et que la croix à son tour pût immortaliser la rose.

Il n’existe de vrai plaisir, de vraie beauté, de véritable amour que pour les sages qui sont vraiment les créateurs de leur propre félicité. Ils s’abstiennent pour apprendre à bien user, et s’ils se privent c’est pour acheter un bonheur.

Quelle misère est plus déplorable que celle de l’âme et combien sont à plaindre ceux qui ont appauvri leur coeur ! Comparez la pauvreté d’Homère à la richesse de Trimalcyon, et dites-nous lequel des deux est le misérable ? Qu’est-ce que des biens qui nous pervertissent et que nous ne possédons jamais puisqu’il faut toujours les perdre ou les laisser à d’autres ? A quoi servent-ils s’ils ne sont pas entre nos mains les instruments de la sagesse. ? A augmenter les besoins de la vie animale, à nous abrutir dans la satiété et le dégoût. Est-ce là le but de l’existence ? Est-ce le positif de la vie ? N’en est-ce pas au contraire l’idéal le plus faux et le plus dépravé ? User son âme pour engraisser son corps, ce serait déjà une bien grande folie ; mais tuer à la fois son âme et son corps pour laisser un jour une grande fortune à un jeune idiot qui la jettera à pleines mains dans le giron banal de la première courtisane venue, n’est-ce pas le comble de la démence ? Et voilà pourtant ce que font des hommes sérieux qui traitent les philosophes et les poètes de rêveurs.

Ce que je trouve désirable, disait Curius, ce n’est point d’avoir des richesses, c’est de commander à ceux qui en ont, et Saint Vincent de Paul, sans songer peut-être à la maxime de Curius, en a révélé toute la grandeur au profit de la bienfaisance. Quel souverain eût jamais pu fonder tant d’hospices, doter tant d’asiles ? Quel Rothschild eût trouvé assez de millions pour cela ? Le pauvre prêtre Vincent de Paul a voulu, i1 a parlé et les richesses ont obéi.

C’est qu’ il possédait la puissance qui crée et qui transforme, une volonté persévérante et sage appuyée sur les lois les plus sacrées de la nature. Apprenez à vouloir ce que Dieu veut, et tout ce que vous voudrez, certainement s’accomplira.

Sachez aussi que les contraires se réalisent par les contraires : la cupidité est toujours pauvre, le désintéressement est toujours riche.

L’orgueil provoque le mépris, la modestie attire la louange, le libertinage tue le plaisir ; la tempérance épure et renouvelle les jouissances. Vous obtiendrez toujours, et à coup sûr, le contraire de ce dont vous voulez injustement, et vous retrouverez toujours le centuple de ce que vous sacrifierez pour la justice. Si donc vous voulez récolter à gauche, semez à droite ; et méditez sur ce conseil qui a l’apparence d’un paradoxe et qui vous fait entrevoir un des plus grands secrets de la philosophie occulte.

Voulez-vous attirer, faites le vide. Ceci s’accomplit en vertu d’une loi physique analogue à une loi morale. Les courants impétueux cherchent les profondeurs immenses. Les eaux sont filles des nuages et des montagnes et cherchent toujours les vallées. Les vraies jouissances viennent d’en haut, nous l’avons déjà dit : c’est le désir qui les attire, et le désir est un abîme.

Le rien attire le tout et c’est pour cela que les êtres les plus indignes d’amour, sont quelquefois les plus aimés. La plénitude cherche le vide et le . vide suce la plénitude. Les animaux et les nourrices le savent bien.

Pindare n’eut jamais aimé Sapho, et Sapho devait se résigner à tous les dédains de Phaon. Un homme et une femme de génie sont frère et soeur ; leur accouplement serait un inceste et l’homme qui est seulement un homme n’aimera jamais une femme à barbe.

Rousseau semblait avoir pressenti cela lorsqu’il épousait une servante, une virago stupide et cupide. Mais il ne put jamais faire comprendre à Thérèse sa supériorité intellectuelle, et il lui était évidemment inférieur dans les grossièretés de l’existence. Dans le ménage Thérèse était l’homme et Rousseau la femme. Rousseau était trop fier pour accepter une semblable position. Il protesta contre le ménage en mettant aux enfants trouvés les enfants de Thérèse. Il mit ainsi la nature entre elle et lui, et s’exposa à toutes les vengeances de le mère.

Hommes de génie ne faites point d’enfants ; vos seuls enfants légitimes sont vos limes et ne vous mariez jamais ; votre épouse à vous c’est la gloire ! Gardez votre virilité pour elle : et quand même vous trouveriez une Héloïse ne vous exposez pas pour une femme à la destinée d’Abailard !


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