Livre IX d’Eliphas Levi : Le sacrifice magique

IX Le sacrifice magique, Le Grand Arcane , Eliphas Levi

Le livre du Grand Arcane d’Hermès

Eliphas Lévi

Livre I du Grand Arcane d’Eliphas Lévi, Parlant : des mysteres, de l’enfant, de Voltaire,de l’homme, de Dieu, de Jesus-Christ
Parlons d’abord, en général, du sacrifice. Qu’est-ce que le sacrifice ? Le sacrifice, c’est la réalisation du dévouement.
Envoyer cette page
Actuellement 115 connectés
Ajouter à vos favoris
 

Commentaires sur Livre IX d'Eliphas Levi : Le sacrifice magique

09. Livre IX d’Eliphas Levi :  Le sacrifice magique
Pour le moment, aucun commentaire sur "Livre IX d'Eliphas Levi : Le sacrifice magique".
Soyez le premier à apporter votre pierre à l'édifice de la connaissance, en mettant en partage vos richesses !

L’Académie d’Hermès


Livre IX, du Grand Arcane d’Eliphas Lévi : LE SACRIFICE MAGIQUE.

Parlons d’abord, en général, du sacrifice. Qu’est-ce que le sacrifice ? Le sacrifice, c’est la réalisation du dévouement.

C’est la substitution de l’innocent au coupable dans l’oeuvre volontaire de l’expiation. C’est la compensation par la généreuse injustice du juste qui subit la peine de la lâche injustice du rebelle qui a usurpé le plaisir.

C’est la tempérance du sage qui fait contrepoids dans la vie universelle, aux orgies des insensés.

Voilà ce que le sacrifice est en réalité, voilà surtout ce qu’il doit être.

Dans l’ancien monde, le sacrifice était rarement volontaire. L’homme coupable dévouait alors au supplice ce qu’il regardait comme sa conquête ou sa propriété. Or la magie noire est la continuation occulte des rites proscrits de l’ancien monde.

L’immolation est le fond des mystères de la nigromantie et les envoûtements sont des sacrifices magiques où le magnétisme du mal se substitue au bûcher et au couteau. En religion c’est la foi qui sauve ; en magie noire c’est la foi qui tue !

Nous avons déjà fait comprendre que la magie noire est la religion de la mort.

Mourir à la place d’un autre, voilà le sacrifice sublime. Tuer un autre pour ne pas mourir, voilà le sacrifice impie. Consentir au meurtre d’un innocent afin de nous assurer l’impunité de nos erreurs ce serait la dernière et la plus impardonnable des lâchetés, si l’offrande de la victime n’était pas volontaire et si cette victime n’avait pas le droit de s’offrir comme supérieure à nous et absolument maîtresse d’elle-même. C’est ainsi que pour le rachat des hommes on en a senti la nécessité.

Nous parlons ici d’une croyance consacrée par plusieurs siècles d’adoration et par la foi de plusieurs millions d’hommes, et comme nous avons dit que le verbe collectif et persévérant crée ce qu’il affirme nous pouvons dire que cela est ainsi.

Or le sacrifice de la croix se renouvelle et se perpétue dans celui de l’autel. Et là peut-être il est plus effrayant encore pour le croyant. Le Dieu victime s’y trouve en effet sans avoir même la forme de l’homme ; il est muet et passif, livré à qui veut le prendre, sans résistance devant celui qui ose l’outrager. C’est une hostie blanche et fragile. Il vient à l’appel d’un mauvais prêtre et ne protestera pas si on veut le mêler aux rites les plus impurs. Avant le Christianisme, les Stryges mangeaient la chair des petits enfants égorgés ; maintenant elles se contentent des saintes hostie.

On ignore quelle puissance surhumaine de méchanceté puisent les mauvaises dévotes dans l’abus des sacrements. Rien n’est venimeux comme un pamphlétaire qui communie.

Il a le vin mauvais, dit-on d’un ivrogne qui bat sa femme quand il est ivre : J’ai entendu dire un jour d’un prétendu catholique qu’il avait le bon Dieu mauvais. Il semble que dans la bouche de certains communiants une seconde transubstantiation s’opère. C’est Dieu qu’on a déposé sur leur langue, mais c’est le diable qu’ils ont avalé. Une hostie catholique est quelque chose de vraiment formidable. Elle contient tout le ciel et tout l’enfer, car elle est aimantée du magnétisme des siècles et des multitudes, magnétisme du bien lorsqu’on s’en approche avec la vraie foi, magnétisme concentré du mal lorsqu’on en fait un indigne usage. Aussi rien n’est aussi recherché et n’est regardé comme aussi puissant pour la confection des maléfices que les hosties consacrées par les prêtres légitimes, mais détournées de leur pieuse destination par quelque larcin sacrilège.

Nous tombons ici au fond des horreurs de la magie noire, et personne ne suppose qu’en les dénonçant nous voulions en encourager les abominables pratiques.

Gilles de Laval, seigneur de Raiz, dans nue chapelle secrète de son château de Machecoul, faisait célébrer la messe noire par un jacobin apostat. A l’élévation on égorgeait un petit enfant et le maréchal communiait avec un fragment de l’hostie trempée clans le sang de la victime.

L’auteur du grimoire d’Honorius dit que l’opérateur des oeuvres de la magie noire doit être prêtre. Les meilleures cérémonies, selon lui, pour évoquer le diable, sont celles du culte catholique, et en effet, de l’aveu même du père Ventura, le diable est né des oeuvres de ce culte. Dans unie lettre adressée à M. Gougenot Desmousseaux et publiée par ce dernier en tête d’un de ses principaux ouvrages, le savant théatin ne craint pas d’affirmer que le diable est le fou de la religion catholique (telle du moins que l’entendait le père Ventura). Voici ses propres expressions.

" Satan, a dit Voltaire, c’est le Christianisme ; " pas de Satan, pas de Christianisme.

" On peut donc dire que le chef-d’oeuvre de Satan c’est d’être parvenu à se faire nier." "Démontrer l’existence de Satan c’est rétablir un des dogmes fondamentaux qui servent de base au Christianisme et sans lequel il n’est qu’un mot."(Lettre du père Ventura au chevalier Gougenet Desmousseaux en tête du livre La Magie au XIX siècle.)

Ainsi, après que Proud’hon n’a pas craint de dire : Dieu c’est le mal, un prêtre, qui passe pour instruit, complète la pensée de l’athée en disant : le Christianisme c’est Satan. Et il dit cela avec candeur croyant défendre la religion qu’il calomnie d’une si épouvantable manière, tant la simonie et les intérêts matériels ont plongé certains membres du clergé dans le Christianisme noir, celui de Gilles de Laval et du grimoire d’Honorius. C’est pourtant ce même père qui disait au Pape : Pour une motte de terre, ne compromettons pas le royaume du ciel. Le père Ventura était personnellement un honnête homme et chez lui le vrai chrétien l’emportait parfois sur le moine et sur le prêtre.

Concentrer sur un point convenu et rattacher à un signe toutes les aspirations vers le bien, c’est avoir assez de foi pour réaliser Dieu dans ce signe. Tel est le miracle permanent qui s’accomplit tous les jours sur les autels du vrai Christianisme.

Le même signe, profané et consacré au mal, doit réaliser le mal de la même manière, et si la juste après la communion peut dire : Ce n’est plus moi qui vis, c’est Jésus-Christ qui vit en moi, et en d’autres termes : je ne suis plus moi, je suis Jésus-Christ, je suis Dieu.

Même le communiant indigne peut dire avec non moins de certitude et de vérité : je ne suis plus moi, je suis Satan.

Créer Satan et se faire Satan, tel est le grand arcane de la magie noire, et c’est ce que les sorciers complices du seigneur de Raiz croyaient accomplir pour lui et accomplissaient en effet, jusqu’à un certain point, en disant la messe du diable.

L’homme se fût-il jamais exposé à créer le diable, s’il n’avait jamais eu la témérité de vouloir créer Dieu en lui donnant un corps ? N’avons-nous pas dit qu’un Dieu corporel projette nécessairement une ombre et que cette ombre c’est Satan ? Oui, nous l’avons dit, nous ne dirons jamais le contraire. Mais si le corps de Dieu est fictif, son ombre ne saurait être réelle.

Le corps divin n’est qu’une apparence, un voile, un nuage : Jésus l’a réalisé par la foi. Adorons la lumière et ne donnons pas de réalité à l’ombre puisque ce n’est pas elle qui est l’objet de notre foi ! La nature a voulu et elle veut toujours qu’il y ait une religion sur la terre.

La religion germe, fleurit et se développe dans l’homme, elle est le fruit de ses aspirations et de ses désirs ; elle doit être réglée par la souveraine raison. Mais les aspirations de l’homme vers l’infini, ses désirs du bien éternel et sa raison surtout, viennent de Dieu !