Les Vers Dorés de Pythagore, par Fabre d’Olivet, 36 au 37ème examen

Commentaires de Fabre d’Olivet

D’Hermès à Pythagore

Lug Alc

Dans la grande tradition de la science d’Hermès, les vers dorés de Pythagore traduits et commentés par Fabre d’Olivet.

Lysis, parlant toujours au nom de Pythagore, s’adresse à celui des disciples de ce théosophe, parvenu au dernier degré de la perfection, ou à l’autopsie, et le félicite de son bonheur.
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L’Académie d’Hermès


Les Vers dorés de Pythagore, expliqués par Fabre d’Olivet.

Trente-sixième examen.

............... Toi qui l’as pénétrée,
Homme sage, homme heureux, respire dans le port.
Mais observe mes lois, en t’abstenant des choses
Que ton âme doit craindre, en les distinguant bien ;
En laissant sur le corps régner l’intelligence..........

Lysis, parlant toujours au nom de Pythagore, s’adresse à celui des disciples de ce théosophe, parvenu au dernier degré de la perfection, ou à l’autopsie, et le félicite de son bonheur. J’ai assez dit dans le courant de ces Examens, ce qu’il fallait entendre par ce dernier degré, pour devoir me dispenser d’y revenir ici. Je ne m’arrêterai pas non plus sur ce qui concerne l’enseignement symbolique de Pythagore, les lois formulaires et diététiques qu’il donnait à ses disciples, et les abstinences qu’il leur prescrivait, mon dessein étant d’en donner à part une explication particulière pour ne point allonger davantage ce volume. On sait assez que tout ce qu’il y a eu d’homme distingués tant parmi les anciens que parmi les modernes, tous les savants recommandables par leurs travaux ou leurs lumières, se sont accordés à regarder les préceptes de Pythagore comme symboliques, c’est-à-dire comme renfermant, au figuré, un sens très différent de celui qu’ils paraissaient offrir au propre. C’était l’usage des prêtres Egyptiens, chez lesquels il les avait puisés, de cacher leur doctrine sous l’écorce des paraboles et des allégories. Le Monde était à leurs yeux une grande énigme dont les mystères, revêtus d’un style également énigmatique, ne devaient jamais être ouvertement divulgués. Ces prêtres avaient trois sortes de caractères, et trois manières d’exprimer et de peindre leurs pensées. La première manière d’écrire et de parler, était claire et simple ; la seconde, figurée ; et la troisième, symbolique. Ils se servaient, dans la première de caractères usités par tout le monde, et prenaient les mots dans leur sens propre ; dans la seconde, ils employaient des caractères hiéroglyphiques, et prenaient les mots dans un sens détourné et métaphorique ; enfin ils faisaient usage, dans la dernière, de phrases à double sens, de fables historiques, astronomiques ou de simples allégories. Le chef-d’oeuvre de l’art sacerdotal était de réunir ces trois manières, et de renfermer, sous l’apparence d’un style simple et clair, le sens vulgaire, le figuré et le symbolique. Pythagore a cherché cette sorte de perfection dans ses préceptes, et souvent il l’a atteinte ; mais celui de tous les théosophes instruits dans les sanctuaires de Thèbes ou de Memphis, qui a poussé le plus loin cet art merveilleux, est sans doute Moyse. La première partie de son Sépher, appelée vulgairement la Genèse, et qu’on devrait nommer le Bereshith de son nom originel, est en ce genre l’ouvrage le plus admirable ; le tour de force le plus étonnant qu’il soit possible à un homme de concevoir et d’exécuter. Ce livre, qui contient toute la science des antiques Egyptiens, est encore à traduire, et ne pourra être traduit que lorsqu’on se sera mis en état d’entendre la langue dans laquelle il a été primitivement composé.

Trente-septième examen.

Afin que, t’élevant dans l’Ether radieux,
Au sein des Immortels, tu sois un Dieu toi-même !

Voilà, dit Hiérocles, en terminant ses commentaires, le but fortuné de tous les efforts : voilà, selon Platon, l’espoir qui enflamme, qui soutient l’ardeur de celui qui combat dans la carrière de la vertu : voilà le prix inestimable qui l’attend. C’était la grand objet des mystères, et pour ainsi dire la grand-oeuvre de l’initiation. L’initié, disait Sophocle, est non seulement heureux pendant sa vie mais encore après sa mort il peut se promettre une félicité éternelle. Son âme, purifiée par la vertu, disait Pindare, s’envole dans ces régions fortunées où règne un éternel printemps. Elle va, disait Socrate, attirée par l’élément céleste qui a la plus grande affinité avec sa nature, se réunir aux Dieux immortels, pour y partager leur gloire et leur immortalité. Cette déification était, selon Pythagore, l’ouvrage de l’amour divin ; elle était réservée à celui qui avait acquis la vérité par ses facultés intellectuelles, la vertu par ses facultés animiques, et la pureté par ses facultés instinctives. Cette pureté, après la chute de sa dépouille matérielle, brillait et se faisait reconnaître dans la forme du corps lumineux que l’âme s’était donné pendant sa réclusion dans son corps ténébreux ; car, et je saisis, en finissant ces Examens, la seule occasion qui se soit encore présentée de le dire : ce philosophe enseignait que l’âme a un corps qui est donné suivant sa nature bonne ou mauvaise par le travail intérieur de ses facultés. Il appelait ce corps, le char subtil de l’âme, et disait que le corps mortel n’en est que l’enveloppe grossière. "C’est, ajoutait-il, en pratiquant la vertu, en embrassant la vérité, en s’abstenant de toute chose impure qu’il faut avoir soin de l’âme et de son corps lumineux. Voilà le véritable but des abstinences symboliques qu’il prescrivait, ainsi que Lysis l’insinue d’ailleurs assez clairement dans les vers qui font l’objet de mon précédent Examen, lorsqu’il dit qu’il faut s’abstenir des choses qui nuiraient au développement de l’âme, et bien distinguer ces choses.

Au reste, Pythagore croyait qu’il existe des biens célestes proportionnés à chaque degré de vertu, et qu’il est pour les âmes des rangs différents suivant le corps lumineux dont elles sont revêtues. Le suprême bonheur n’appartient, selon lui, qu’à celle qui a su se recouvrer elle-même par son union intime avec l’intelligence, et dont l’essence, changeant de nature, est devenue entièrement spirituelle. Il faut qu’elle soit élevée à la connaissance des vérités universelles, et qu’elle ait trouvé, autant qu’il est en elle, le Principe et la fin de toutes choses. Alors parvenue à ce haut degré de perfection, attirée dans cette immuable région dont l’élément éthéré n’est plus assujetti au mouvement descendant de la génération, elle peut se réunir, par ses, connaissances, au Tout universel, et réfléchir dans tout son être la lumière ineffable dont l’Être des êtres, Dieu lui-même, remplit incessamment l’Immensité.

FIN DU LIVRE