Les Vers Dorés de Pythagore, par Fabre d’Olivet, 34 au 35ème examen

Commentaires de Fabre d’Olivet

D’Hermès à Pythagore

Lug Alc

Dans la grande tradition de la science d’Hermès, les vers dorés de Pythagore traduits et commentés par Fabre d’Olivet.

Hiérocles, qui, comme je l’ai dit n’a point dissimulé la difficulté que renferment ces vers, l’a levée, en faisant voir qu’il dépend de la volonté, libre de l’homme, de mettre un terme aux maux qu’il s’attire par son propre choix.
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L’Académie d’Hermès


Les Vers dorés de Pythagore, expliqués par Fabre d’Olivet.

Trente-quatrième examen.

Mais non : c’est aux humains, dont la race est divine,
A discerner l’Erreur, à voir la Vérité.

Hiérocles, qui, comme je l’ai dit n’a point dissimulé la difficulté que renferment ces vers, l’a levée, en faisant voir qu’il dépend de la volonté, libre de l’homme, de mettre un terme aux maux qu’il s’attire par son propre choix. Son raisonnement fondu avec le mien, peut se réduire à ce peu de mots. Le seul remède du mal, quelle qu’en soit la cause, est le temps. La Providence, ministre du Très-Haut, emploie ce remède ; et, au moyen de la perfectibilité qui en résulte, ramène, tout au bien. Mais ce remède agit en proportion de l’aptitude des malades à le recevoir. Le temps, toujours le même, et toujours nul pour la Divinité, s’accourcit pourtant ou s’allonge pour les hommes, suivant que leur volonté coïncide avec l’action providentielle, ou en diffère. Ils n’ont qu’à vouloir bien et le temps qui les fatigue, s’allégera. Mais quoi ! s’ils voulaient toujours mal le temps ne finirait donc pas ? Les maux n’auraient donc point de terme ? Est-ce que la volonté des hommes est tellement inflexible que Dieu ne puisse la tourner vers le bien ? La volonté des hommes est libre sans doute ; et son essence, immuable comme la Divinité dont elle émane, ne saurait être changée ; mais rien n’est impossible à Dieu. Le changement qui s’effectue en elle, sans que son immutabilité en soit aucunement altérée, est le miracle de la Toute-Puissance. Il est une suite de sa propre liberté, et si j’ose le dire, a lieu par la coïncidence de deux mouvements, dont l’impulsion est donnée par la Providence : par le premier, elle lui montre les biens ; par le second, elle la met dans la situation convenable pour les voir.

Trente-cinquième examen.

La Nature les sert ...

Voila ce qu’exprime Lysis. La Nature, par l’homogénéité, qui, comme je l’ai annoncé, constitue son essence, apprend aux hommes à voir au-delà de la portée de leurs sens, les transporte par analogie, d’une région dans l’autre, et développe leurs idées. La perfectibilité qui s’y manifeste à la faveur du temps, appelle la perfection ; car plus une chose est parfaite, plus elle le devient. L’homme qui la voit en est frappé, et s’il réfléchit, il trouve la vérité que j’ai ouvertement énoncée, et à laquelle Lysis se contente de faire allusion, à cause du secret des mystères qu’il était forcé de respecter.

C’est cette perfectibilité manifestée dans la Nature, qui donne les preuves affirmatives que j’ai promises, touchant la manière dont la Providence ôte avec le temps les maux qui affligent les hommes. Ce sont des preuves de fait. Elles ne peuvent être récusées sans absurdité. Je sais bien qu’il y a eu des hommes qui, étudiant la Nature dans leur cabinet, et ne considérant, ses opérations qu’à travers le prisme extrêmement étroit de leurs idées, ont nié que rien fût perfectible, et ont prétendu que l’Univers était immobile, parce qu’ils ne le voyaient pas se mouvoir ; mais il n’existe pas aujourd’hui un véritable observateur, un naturaliste dont les connaissances soient fondées sur la Nature, qui n’infirme la décision de ces prétendus savants, et qui ne mette la perfectibilité au rang des vérités les plus rigoureusement démontrées.

Je ne citerai pas les anciens sur un objet où leur autorité serait récusable ; je me bornerai même, pour éviter les longueurs, à un petit nombre de passages frappants parmi les modernes. Leibnitz, qui devait moins que tout autre admettre la perfectibilité, puisqu’il avait fondé son système sur l’existence du meilleur des mondes possibles, l’a pourtant reconnue dans la Nature, en avançant que tous les changements qui s’y opèrent, sont la suite les uns des autres ; que tout y tend à son perfectionnement, et qu’ainsi le présent est déjà gros, de l’avenir. Buffon, inclinant fortement vers le système des atomes, devait aussi y être fort opposé, et pourtant il n’a pas pu s’empêcher de voir que la Nature en général, tend beaucoup plus à la vie qu’à la mort, et qu’il semble qu’elle cherche à organiser les corps autant qu’il lui est possible. L’école de Kant a poussé le système de la perfectibilité, aussi loin qu’il pouvait aller. Schelling, le disciple le plus conséquent de cet homme célèbre, a suivi le développement de la Nature, avec une force de pensée, qui peut-être a dépassé le but. Le premier, il a osé dire que la Nature est une sorte de Divinité en germe qui tend à l’apothéose, et se prépare à l’existence de Dieu, par le règne du Chaos, et par celui de la Providence. Mais ce ne sont là que des opinions spéculatives. Voici des opinions fondées sur les faits.

Dès que l’on jette des yeux observateurs sur la Terre, disent les naturalistes, on aperçoit des traces frappantes des révolutions qu’elle a essuyées dans des temps antérieurs. "Les continents n’ont pas toujours été ce qu’ils sont aujourd’hui, les eaux du globe n’ont pas toujours été distribuées de la même manière. L’Océan change insensiblement son lit, mine les terres, les morcèle, les envahit, et en laisse d’autres à sec. Les îles, n’ont pas toujours été des îles. Les continents ont été peuplés d’êtres vivants et végétants, avant la disposition actuelle des mers sur le globe". Ces observations confirment ce que Pythagore et les anciens sages avaient enseigné à ce sujet [1]. "D’ailleurs, continuent ces mêmes naturalistes, la plupart des os fossiles qu’on a pu rassembler et comparer, sont ceux d’animaux différents de toutes les espèces actuellement connues ; le règne de la vie a donc changé ? On ne peut se refuser à le croire". Comme la Nature marche sans cesse du simple au composé, il est probable que les animaux les plus imparfaits auront été créés avant les tribus plus élevées dans l’échelle de la vie. Il semble même que chacune des classes des animaux indique une sorte de suspension dans la puissance créatrice, une intermission, une époque de repos, pendant lequel la Nature préparait en silence les germes de la vie qui devaient éclore dans la suite des siècles. On pourrait ainsi dénombrer les époques de la Nature vivante, époques reculées dans la nuit des âges, et qui ont dû précéder la formation du genre humain. Il a pu se trouver un temps où l’insecte, le coquillage, le reptile immonde, ne reconnaissaient point de maître dans l’Univers, et se trouvaient placés à la tête des corps organisés". ’Il est certain, ajoutent ces observateurs, que les êtres les plus parfaits sortent des moins parfaits, et qu’ils ont dû se perfectionner par la suite des générations. Les animaux tendent tous à l’homme ; les végétaux aspirent tous à l’animalité ; les minéraux cherchent à se rapprocher du végétal ...". "Il est évident que la Nature ayant créé une série de plantes et d’animaux, et s’étant arrêtée à l’homme qui, en forme l’extrémité supérieure, elle a rassemblé sur lui toutes les facultés vitales qu’elle avait distribuées aux races inférieures".

Ces idées avaient été celles de Leibnitz. Cet homme célèbre avait dit : "Les hommes tiennent aux animaux ; ceux-ci, aux plantes, et celles-ci, aux fossiles. Il est nécessaire que tous les ordres naturels ne forment qu’une seule chaîne, dans laquelle les différentes classes tiennent étroitement comme si elles en étaient les anneaux". Plusieurs philosophes les avaient adoptées ; mais aucun ne les a exprimées avec plus de suite et d’énergie que l’auteur de l’article NATURE, dans le Nouveau Dictionnaire d’Histoire naturelle. "Tous les animaux, toutes les plantes, dit-il, ne sont que des modifications d’un animal, d’un végétal originaire... L’Homme est le noeud qui unit la Divinité à la matière, qui rattache le ciel et la terre. Ce rayon de sagesse et d’intelligence qui brille dans ses pensées, se réfléchit sur toute la Nature. Il est la chaîne de communication entre tous les êtres". Toute la série des animaux, ajoute-t-il, dans un autre endroit, ne présente, que la longue dégradation de la nature propre de l’homme. Le singe, considéré soit dans sa forme extérieure, ou dans son organisation intérieure, ne semble qu’un homme dégradé ; et la même nuance de dégradation s’observe en passant des singes aux quadrupèdes ; en sorte que la trame primitive de l’organisation se reconnaît dans tous, et que les principaux viscères, les membres principaux, y sont identiques".

"Qui sait, décrie encore ailleurs le même écrivain, qui sait si dans l’éternelle nuit des temps le sceptre du Monde ne passera pas des mains de l’Homme dans celles d’un être plus parfait, et plus digne de le porter ? Peut-être la race des Nègres, aujourd’hui secondaire dans l’espèce humaine, a-t-elle été jadis la reine de la terre, avant que la race blanche, fut créée ... Si la Nature a successivement accordé l’empire aux espèces qu’elle créait de plus en plus parfaites, pourquoi n’arrêterait-elle aujourd’hui. Le Nègre, jadis roi des animaux, est tombé sous le joug de l’Européen ; celui-ci courbera la tête à son tour devant une race plus puissante et plus intelligente, lorsqu’il entrera dans les vues de la. Nature d’ordonner son existence ? Où s’arrêtera sa création ? qui posera les limites de sa puissance ? Elle ne relève que de Dieu seul, et c’est sa main toute-puissante qui la gouverne".

Ces passages frappants et qui méritaient d’être plus connus, pleins d’idées fortes, et qui paraissent nouvelles, ne contiennent qu’une faible partie des choses enseignées dans les mystères antiques comme peut-être je le montrerai plus tard.


[1] Ovid. Metamorph. L. XV.


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