Les Vers Dorés de Pythagore, par Fabre d’Olivet, Seizième examen

Commentaires de Fabre d’Olivet

D’Hermès à Pythagore

Lug Alc

Dans la grande tradition de la science d’Hermès, les vers dorés de Pythagore traduits et commentés par Fabre d’Olivet.

C’est à dire, tu dois considérer quels seront les résultats de telle ou telle action, et songer que ces résultats sont dépendants de ta volonté, tandis que l’action demeure en suspens, et libres tandis qu’ils sont encore à naître
Envoyer cette page
Actuellement 26 connectés
Ajouter à vos favoris
 

Commentaires sur Les Vers Dorés de Pythagore, par Fabre d'Olivet, Seizième examen

13. Les Vers Dorés de Pythagore, par Fabre d’Olivet, Seizième examen
Pour le moment, aucun commentaire sur "Les Vers Dorés de Pythagore, par Fabre d'Olivet, Seizième examen".
Soyez le premier à apporter votre pierre à l'édifice de la connaissance, en mettant en partage vos richesses !

L’Académie d’Hermès


Les Vers dorés de Pythagore, expliqués par Fabre d’Olivet.

Seizième examen.

Laisse les foux agir et sans but et sans cause.
Tu dois, dans le présent, contempler l’avenir.

C’est à dire, tu dois considérer quels seront les résultats de telle ou telle action, et songer que ces résultats sont dépendants de ta volonté, tandis que l’action demeure en suspens, et libres tandis qu’ils sont encore à naître, deviendront le domaine de la Nécessité à l’instant où l’action sera exécutée, et croissant dans le passé, une fois qu’ils auront pris naissance, concourront à former le canevas d’un nouvel avenir.

Je prie le lecteur, curieux de ces sortes de rapprochements, de réfléchir un moment sur l’idée de Pythagore. Il y trouvera la véritable source de la science astrologique des anciens. Il n’ignore pas, sans doute, quel empire étendu exerça jadis cette science sur la face de la terre. Les Egyptiens, les Chaldéens, les Phéniciens, ne la séparaient pas de celle qui réglait le culte des Dieux. Leurs temples n’étaient qu’une image abrégée de l’Univers, et la tour qui servait d’observatoire, s’élevait à coté de l’autel des sacrifices. Les Péruviens suivaient à cet égard les mêmes usages que les Grecs et les Romains. Partout le grand Pontife unissait au sacerdoce la science généthliaque ou astrologique, et cachait avec soin, au fond du sanctuaire, les principes de cette science. Elle était un secret d’Etat chez les Etrusques et à Rome, comme elle l’est encore en Chine et au Japon. Les Brahmes n’en confiaient les éléments qu’à ceux qu’ils jugeaient dignes d’être initiés. Or, il ne faut qu’éloigner un moment le bandeau des préjugés, pour voir qu’une science universelle, liée partout à ce que les hommes reconnaissent de plus saint, ne peut être le produit de la folie et de la stupidité, comme l’a répété cent fois la foule des moralistes. L’antiquité toute entière n’était certainement ni folle ni stupide, et les sciences qu’elle cultivait s’appuyaient sur des principes, qui, pour nous être aujourd’hui totalement inconnus, n’en existaient pas moins. Pythagore, si nous voulons y faire attention, nous révèle ceux de la généthlialogie, et de toutes les sciences devinatrices qui s’y attachent.

Remarquons bien ceci. L’avenir se compose du passé  : c’est-à-dire, que la route que l’homme parcourt dans le temps, et qu’il modifie au moyen de la puissance libre de sa volonté, il l’a déjà parcourue et modifiée ; de la même manière, pour me servir d’une image sensible, que la terre décrivant son orbite annuelle autour du soleil, selon le système moderne, parcourt les mêmes espaces, et voit se déployer autour d’elle à peu près les mêmes aspects : en sorte que, suivant de nouveau une route qu’il s’est tracée, l’homme pourrait, non seulement y reconnaître l’empreinte de ses pas, mais prévoir d’avance les objets qu’il va y rencontrer, puisqu’il les a déjà vus, si sa mémoire en conservait l’image, et si cette image n’était point effacée par une suite nécessaire de sa nature et des lois providentielles qui le régissent. Voilà la doctrine de Pythagore, telle que je l’ai déjà exposée. Elle était celle des mystères, et de tous les sages de l’antiquité. Origène, qui l’a combattue, l’attribue aux Egyptiens, aux pythagoriciens et aux disciples de Platon. Elle était contenue dans les livres sacrés des Chaldéens, cités par le Syncelle, sous le titre des livres géniques. Sénèque et Synésius l’ont soutenue comme entièrement conforme à l’esprit des initiations.

Ce que les anciens appelaient la grande année, était une conséquence de cette doctrine ; car on enseignait dans les mystères, que l’Univers lui-même parcourait, après une suite incalculable de siècles, les mêmes révolutions qu’il avait déjà parcourues, et ramenait dans le vaste déploiement de ses sphères concentriques, tant pour lui que pour les mondes qui le composent, la succession des quatre âges, dont la durée relative à la nature de chaque être, immense pour l’Homme universel, se borne, dans l’individu, à ce qu’on appelle enfance, jeunesse, virilité et vieillesse, et se représente sur la terre par les saisons fugitives du printemps, de l’été, de l’automne et de l’hiver. Cette grande année, ainsi conçue, a été commune à tous les peuples de la terre. Cicéron a très bien vu qu’elle constituait la véritable base de la généthlialogie ou science astrologique. En effet, si l’avenir se compose du passé, c’est-à-dire d’une chose déjà faite, sur laquelle se déploie de proche en proche le présent, comme sur la circonférence d’un cercle qui n’a ni commencement ni fin, il est évident qu’on peut parvenir, jusqu’à un certain point, à le connaître, soit au moyen du souvenir, en considérant dans le passé l’image de la révolution entière ; soit au moyen de la prévision, en portant la vue morale, plus ou moins loin, sur la route que l’Univers est en mouvement de parcourir. Ces deux méthodes ont de graves inconvénients. La première même parait impossible. Car quelle est la durée de la grande année ? Quelle est l’immense période, qui, renfermant le cercle de tous les aspects possibles et de tous les effets correspondants, comme le veut Cicéron, puisse, par des observations faites et déposées dans les archives généthliaques, faire prévoir à la seconde révolution le retour des événements qui s’y étaient déjà liés, et qui doivent s’y reproduire ?

Platon exige, pour la perfection de cette année, qu’elle fasse coïncider le mouvement des étoiles fixes, qui constitue ce que nous appelons la précession des équinoxes, avec le mouvement particulier de tous les corps célestes, de manière à ramener le ciel au point fixe de sa position primitive. Les Brahmes portent la plus grande durée de cette immense période, qu’ils nomment Kalpa, à 4.320.000.000 d’années, et sa moyenne durée, qu’ils nomment Maha-Youg, à 4.320.000. Les Chinois paraissent la restreindre à 432.000 ans, et ils sont en cela d’accord avec les Chaldéens : mais quand on la réduirait encore au douzième de ce nombre, avec les Egyptiens, c’est-à-dire à la seule révolution des étoiles fixes, qu’ils faisaient, selon Hipparque, de 36.000 ans, et que nous ne faisons plus que de 25.867, d’après les calculs modernes ; on sent bien que nous serions encore fort loin d’avoir une série d’observations, capable de nous faire prévoir le retour des mêmes événements, et que nous ne concevrions pas même comment les hommes pourraient jamais parvenir à la posséder. Quant à la seconde méthode qui consiste, comme je l’ai dit, à porter en avant la vue morale sur la route que l’on a devant soi, je n’ai pas besoin de faire observer qu’elle ne peut être que très conjecturale et très incertaine, puisqu’elle dépend d’une faculté que l’homme ne possède jamais que comme un bienfait spécial de la Providence.

Le principe par lequel on posait que l’avenir n’est qu’un retour du passé, ne suffisait donc pas pour en connaître même le canevas ; on avait besoin d’un second principe, et ce principe annoncé ouvertement dans les Vers dorés, ainsi que nous le verrons plus loin, était celui par lequel on établissait que la Nature est semblable partout, et par conséquent, que son action étant uniforme dans la plus petite sphère comme dans la plus grande, dans la plus haute comme dans la plus basse, on peut inférer de l’une à l’autre, et prononcer par analogie. Ce principe découlait du dogme antique sur l’animation de l’Univers, tant en général qu’en particulier : dogme consacré chez toutes les Nations, et d’après lequel on enseignait que non seulement le Grand Tout, mais les Mondes innombrables qui en sont comme les membres, les Cieux et le Ciel des Cieux, les Astres et tous les Êtres qui les peuplent, jusqu’aux plantes mêmes et aux métaux, sont pénétrés par la même âme et mus par le même Esprit. Stanley attribue ce dogme aux Chaldéens, Kirker aux Egyptiens, et le savant Rabbin Maimonides le fait remonter jusqu’aux Sabéens . Saumaise y a rapporté, avant moi, l’origine de la science astrologique, et il a eu raison en un point.

Mais qu’aurait-il servi de considérer le mouvement du ciel et la situation respective des astres, appartenant à la même sphère que la terre, pour en former le thème généthliaque des empires des nations, des villes et même des simples individus, et conclure du point de départ dans la route temporelle de l’existence, du but de cette route, et des événements heureux ou malheureux dont elle devait être semée ; si on n’avait établi : premièrement, que cette route n’étant que la portion quelconque d’une sphère existante et déjà parcourue, elle appartenait ainsi au domaine de la Nécessité, et pouvait être connue ; et secondement, que le rapport analogique régnant entre la sphère sensible que l’on examinait, et la sphère intelligible que l’on ne pouvait voir, autorisait à inférer de l’une à l’autre, et même à prononcer du général au particulier ? Car, croire que les astres ont une influence actuelle et directe sur la destinée des peuples et des hommes, et qu’ils déterminent même cette destinée par leurs aspects bons ou mauvais, est une idée aussi fausse que ridicule, née dans les ténèbres des temps modernes, et qu’on ne trouvait pas chez les anciens, même parmi le vulgaire le plus ignorant. La science généthliaque s’appuyait sur des principes moins absurdes. Ces principes, puisés dans les mystères, étaient, comme je viens de l’expliquer, que l’avenir est un retour du passé, et que la nature est la même partout. C’est de la réunion de ces deux principes que résultait la généthlialogie, ou la science par laquelle le point de départ étant connu dans une sphère quelconque, on se flattait de découvrir, par l’aspect et la direction des astres, la portion de cette sphère qui devait suivre immédiatement ce point. Mais cette réunion, outre l’énorme difficulté qu’elle présentait, entraînait encore des conséquences très dangereuses dans son exécution. C’est pourquoi on renfermait dans les sanctuaires la science qui en était l’objet, et on en faisait un secret de religion et une affaire d’État. La prévision de l’avenir, en la supposant possible comme la supposaient les anciens, n’est point en effet une science qu’on doive abandonner au vulgaire, qui ne pouvant acquérir les connaissances préalablement nécessaires, et n’ayant que très rarement la sagesse qui en règle l’emploi, risquerait de l’avilir ou d’en faire un mauvais usage. D’ailleurs les pontifes qui en étaient seuls chargés, initiés aux grands mystères et possédant l’ensemble de la doctrine, savaient fort bien, que l’avenir, tel même qu’ils pouvaient espérer de le connaître dans la perfection de la science, n’était jamais qu’un avenir indécis, une sorte de canevas sur lequel la puissance de la volonté pouvait s’exercer librement ; de telle manière que, quoique la matière fût déterminée d’avance, la forme ne l’était pas, et que tel événement imminent pouvait être suspendu, évité ou changé par un concours d’actes de la volonté, inaccessible à toute prévision. Voilà ce qui faisait dire avec tant de profondeur à Tirésias, le plus fameux hiérophante de la Grèce, et qu’Homère appelle le seul sage, ces mots qu’on a souvent rapportés sans les comprendre : "Ce que je vois arrivera, ou n’arrivera pas ; c’est-à-dire, l’événement que je vois est dans la Nécessité du destin, et il arrivera ; à moins que la Puissance de la volonté ne le change : auquel cas, il n’arrivera pas.