Les Vers Dorés de Pythagore, par Fabre d’Olivet, Cinquième examen

Commentaires de Fabre d’Olivet

D’Hermès à Pythagore

Lug Alc

Dans la grande tradition de la science d’Hermès, les vers dorés de Pythagore traduits et commentés par Fabre d’Olivet.

Après les devoirs qui prennent directement leur source dans la nature, Pythagore recommande à ses disciples ceux qui découlent de l’état social ; l’amitié suit immédiatement la piété filiale et l’amour paternel et fraternel ; mais ce philosophe fait une distinction pleine de sens :
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05. Les Vers Dorés de Pythagore, par Fabre d’Olivet, Cinquième examen
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L’Académie d’Hermès


Les Vers dorés de Pythagore, expliqués par Fabre d’Olivet.

Cinquième examen.

Choisis pour ton ami, l’ami de la vertu ;
Cède à ses doux conseils, instruis-toi par sa vie,
Et pour un tort léger ne le quitte jamais.

Après les devoirs qui prennent directement leur source dans la nature, Pythagore recommande à ses disciples ceux qui découlent de l’état social ; l’amitié suit immédiatement la piété filiale et l’amour paternel et fraternel ; mais ce philosophe fait une distinction pleine de sens : il ordonne d’honorer ses parents ; il dit de choisir son ami. Voici pourquoi : c’est la nature qui préside à notre naissance, qui nous donne un père, une mère, des frères, des soeurs, des relations de parenté, une position sur la terre, un état dans la société ; tout cela ne dépend pas de nous : tout cela, pour le vulgaire, est l’ouvrage du hasard ; mais pour le philosophe pythagoricien ce sont les conséquences d’un ordre antérieur, sévère, irrésistible, appelé Fortune ou Nécessité. Pythagore opposait à cette nature contrainte, une nature libre qui, agissant sur les choses forcées comme sur une matière brute, les modifie et en tire à son gré des résultats bons ou mauvais. Cette seconde nature était appelée Puissance ou Volonté : c’est elle qui règle la vie de l’homme, et qui dirige sa conduite d’après les éléments que la première lui fournit. La Nécessité et la Puissance, voilà, selon Pythagore, les deux mobiles opposés du monde sublunaire, où l’homme est relégué. Ces deux mobiles tiennent leur force d’une cause supérieure que les anciens nommaient Némésis, le décret fondamental [1], et que nous nommons Providence. Ainsi donc Pythagore reconnaissait, relativement à l’homme, des choses contraintes et des choses libres, selon quelles dépendent de la Nécessité ou de la Volonté : il rangeait la piété filiale dans les premières, et l’amitié dans les secondes. L’homme n’étant point libre de se donner des parents à son choix, doit les respecter tels qu’ils sont, et remplir à leur égard tous les devoirs de la nature, quelque tort qu’ils puissent avoir envers lui ; mais comme rien ne le contraint à donner son amitié, il ne la doit qu’à celui qui s’en montre digne par son attachement à la vertu.

Observons ici un point important, A la Chine, où la piété filiale est regardée comme la racine de toutes les vertus et la première source de renseignement, l’exercice des devoirs qu’elle impose ne reçoit aucune exception. Comme le législateur y enseigne que le plus grand crime est de manquer de piété filiale, il suppose que celui qui a été bon fils sera bon père, et qu’ainsi rien ne brisera le lien social ; car il établit d’abord que cette vertu embrasse tout, depuis l’empereur jusqu’aux derniers de ses sujets, et qu’elle est pour les peuples ce qu’est la régularité des mouvements célestes pour l’espace éthéré : mais en Italie et en Grèce, où Pythagore établissait ses dogmes, il aurait été dangereux de lui donner la même extension, puisque cette vertu n’étant point celle de l’Etat, aurait entraîné nécessairement des abus dans l’autorité paternelle déjà excessive chez quelques peuples. C’est pourquoi les disciples de ce philosophe, en faisant remarquer la différence des actions nécessitées ou volontaires, jugeaient sagement qu’il fallait en appliquer ici la distinction : ils recommandaient donc d’honorer son père et sa mère, et de leur obéir en tout ce qui regarde le corps et les choses mondaines, mais sans leur abandonner son âme ; car la loi divine déclare libre ce qu’on n’a pas reçu d’eux, et l’affranchit de leur puissance. Pythagore d’ailleurs avait favorisé cette opinion, en disant qu’après avoir choisi un ami parmi les hommes les plus recommandables par leurs vertus, il fallait s’instruire par ses actions, et se régler sur ses discours : ce qui témoignait la haute idée qu’il avait de l’amitié. "Les amis, disait-il, sont comme des compagnons de voyage, qui doivent s’entraider réciproquement à persévérer dans le chemin de la meilleure vie".

C’est à lui que l’on doit ce mot si beau, si souvent répété, si peu senti par le commun des hommes, et qu’un roi victorieux, Alexandre le Grand, sentit si bien et plaça si heureusement par la suite : "Mon ami est un autre moi-même". C’est encore à lui qu’Aristote avait emprunté cette belle définition : "Le véritable ami est une âme qui vit dans deux corps". Le fondateur du Lycée, en donnant une semblable définition de l’amitié, parlait plutôt par théorie que par pratique, lui qui, raisonnant un jour sur l’amitié, s’écria naïvement : "O mes amis ! il n’y a point d’amis". Au reste, Pythagore ne concevait pas l’amitié comme une simple affection individuelle, mais comme une bienveillance universelle, qui doit s’étendre sur tous les hommes en général, et en particulier sur les gens de bien. Alors il donnait à cette vertu le nom de philanthropie. C’est la vertu qui, sous le nom de charité, sert de fondement à la Religion chrétienne. Jésus la proposait à ses disciples immédiatement après l’amour divin, et comme l’égale de la piété. Zoroastre la plaçait après la sincérité ; il voulait que l’homme fût pur de pensée, de parole et d’action ; qu’il dît la vérité, et qu’il fît du bien aux hommes. Kong-Tzée, ainsi que Pythagore, la recommandait après la piété filiale. "Toute la morale se réduit, disait-il, à l’observation des trois lois fondamentales de relations entre les souverains et les sujets, entre les pères et les enfants, entre l’époux et l’épouse ; et à la pratique exacte de cinq vertus capitales, dont la première est l’humanité, c’est-à-dire cette charité universelle, cette expansion de l’âme qui lie l’homme à l’homme sans distinction".


[1] Némésis, en grec N◊mesij, dérive des mots phéniciens. (nam ou noem), exprimant toute sentence, tout ordre, tout arrêt énoncé de vive voix ; et (oeshish), tout ce qui sert de principe, de fondement. Ce dernier mot a pour racine (as, os ou oes), dont il a été souvent question