Les Fables Égyptiennes et Grecques : Histoire de Saturne

Les Fables Égyptiennes et Grecques livre III

D’Hermès à Dom Antoine-Joseph Pernety

Lug Alc

Dans la grande tradition de l’enseignement d’Hermès, l’alchimie est la science qui ne se comprend que par le langage analogique, celui qui relie le visible à l’invisible, le livre de Dom Antoine-Joseph Pernety.
Saturne fut le dernier et le plus méchant des fils du Ciel et de la Terre.
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L’Académie d’Hermès


Livre d’alchimie et d’ésotérisme hermétique : Les Fables Égyptiennes et Grecques.

Chapitre III : Histoire de Saturene.

Saturne fut le dernier et le plus méchant des fils du Ciel et de la Terre. Les Anciens, pour s’accommoder aux procédés que la Nature emploie dans toutes ses générations, se sont trouvés dans la nécessité de personnifier ces deux parties qui composent l’Univers : et comme toute génération suppose un accouplement du mâle et de la femelle dans les êtres animés, ou de l’agent et du patient dans ceux qui ne le sont pas, on a donné à Saturne, supposé animé et intelligent, un père et une mère de même espèce.

Il n’y a pas d’apparence qu’en supposant le Ciel qui est sur nos têtes, et la Terre sur laquelle nous marchons, père et mère de Saturne, Hésiode et les autres aient prétendu nous faire croire que le Ciel et la Terre se soient accouplés à la manière des êtres animés ; c’est donc comme agent et patient, comme forme et matière ; le Ciel faisant la fonction de mâle, et la Terre l’office de femelle ; le premier comme agent, donnant la forme ; la seconde comme patiente, et fournissant la matière. Il ne faut donc pas s’imaginer que les Anciens aient déliré au point de supposer en réalité au Ciel et à la Terre des parties animales propres à la génération d’individus animés. Les Mythologues qui ont voulu rapporter les Fables à l’Histoire, ont été obligés d’en fabriquer une, sans s’inquiéter beaucoup si elle était conforme à ce que les plus anciens Poètes nous ont dit de Saturne, quoique ce fut d’eux seuls que l’on pouvait apprendre l’histoire de ce Dieu, puisqu’ils sont plus anciens que les Historiens. On a donc feint qu’Urane ou le Ciel était un Prince, qui surpassa tellement tout ce que son père et ses prédécesseurs avaient fait de remarquable, qu’il effaça dans le souvenir de la postérité jusqu’aux noms mêmes de ceux dont il descendait (a). On ajoute qu’il passa le Bosphore, porta ses armes dans la Thrace, conquit plusieurs Iles, se jeta rapidement sur les autres Provinces de l’Europe, pénétra jusqu’en Espagne, et payant le détroit qui la sépare de l’Afrique, il parcourut la côte de cette partie du Monde, d’où revenant sur ses pas (b), il alla du côté du Nord de l’Europe, dont il soumit tout le pays à sa puissance. On dit même qu’il ne fut nommé Urane, que par le soin qu’il eut de s’appliquer à la science du Ciel, à en connaître la nature, les révolutions et les divers mouvements des astres.

Si Uranus n’a pris son nom que de là, il faudra donc dire aussi que Titée n’a pris le sien que de l’application qu’elle s’est donnée à connaître la nature de la Terre et ses propriétés Mais ne voit-on pas que de telles explications sont peu satisfaisantes ? On ne s’est pas avisé de celle du nom de Titée, elle eût cependant été nécessaire pour former une explication vraisemblable. Car comment serait il arrivé que la femme d’Uranus se serait précisément nommée Titée ? Et s’ils n’avaient l’un et l’autre ces noms, que par des raisons aussi peu solides que celles que nous venons de déduire, comment les Titans, leurs enfants, en auraient-ils pris occasion de publier qu’ils étaient les enfants du Ciel et de la Terre, croyant se rendre aussi respectables par cette origine, qu’ils étaient redoutables par leur force et leur valeur  ?

Les Titans que nous venons de nommer, ne furent pas les seuls enfants de la Terre. Irritée de la victoire que les Dieux avaient remportée sur eux, elle fit un dernier effort, et fit sortir de son sein le redoutable Typhon, qui seul donna plus de peine aux Dieux que tous ses autres frères ensemble : mais nous en avons déjà parlé dans le premier Livre ; revenons à Saturne.

« Urane, père de Saturne, dit Hésiode, ayant jeté les Titans, ses fils, liés et garrottés dans le Tartare, qui est le lieu le plus ténébreux des Enfers, ce fut, ajoute cet Auteur, dans cette occasion que Titée, indignée du malheureux sort de ses enfants, engagea les autres Titans à dresser des embûches à son mari, et qu’elle donna à Saturne, le plus jeune de tous ses fils, cette faux de diamant avec laquelle il le mutila. »

En feignant Urane et Titée enfants du Chaos, comme ont fait les Anciens, il n’est pas naturel de les regarder comme des personnes réelles, et cette mutilation d’Urane ne peut en conséquence avoir lieu, et être prise dans le sens naturel. Si on les prend pour le Ciel et la Terre, qu’auraient-ils engendrés ? Sans doute un autre Ciel et une autre Terre, puisque chaque individu engendre son semblable dans son espèce. Saturne, Rhée et leurs enfants auraient donc été autant de nouveaux Ciels ou de nouvelles Terres. Les Mythologues n’ont pas fait cette réflexion. De Saturne ils ont fait le Temps, de Thétis une Déesse marine, de Thémis la Déesse de la Justice, de Cérès la Déesse des grains, de Titan, de Japet, etc. je ne sais trop quoi. Selon les Atlantides, ces enfants du Ciel et de la Terre étaient au nombre de dix-huit, et Suivant les Crétois, cette famille n’était composée que de six garçons et de cinq filles.

Du nombre des garçons, Saturne fut le plus célèbre. On le représentait anciennement sous la figure d’un vieillard pale, et courbé sous le poids des années, tenant une faux à la main, avec un dragon qui se mordait la queue, et de l’autre un enfant qu’il portait à sa bouche béante, comme pour le dévorer. Sa tête était couverte d’une espèce de casque, et ses habits sales et déchirés, la tête nue et presque chauve. On plaçait à ses côtés ses quatre enfants, Jupiter mutilant son père, et Vénus naissante de ce qu’il avait coupé. Saturne, quoique le plus jeune des enfants d’Urane, s’empara du Royaume, qui appartenait par droit d’aînesse à Titan Les enfants de celui-ci eurent beau s’opposer à la puissance naissante de leur oncle, tout plia sous elle ; mais il ne mit fin à cette guerre que par une paix, dont les conditions étaient que Saturne ferait mourir tous les enfants mâles qu’il aurait de Rhée, son épouse et sa soeur. Scrupuleux observateur du traité, Saturne les dévorait lui-même à mesure qu’ils naissaient. Jupiter eut éprouvé le même sort, si Rhée n’avait usé de stratagème pour le soustraire à la voracité filicide de son père. Elle présenta à son mari un caillou emmailloté, et tout couvert de langes. Saturne sans examiner l’avala, pensant que c’était Jupiter.

Rhée ayant ainsi trompé son époux, mit Jupiter en nourrice chez les Corybantes, et leur confia son éducation, jusqu’à ce qu’il fut parvenu à un âge propre à régner. Neptune et Pluton furent aussi sauvés par quelqu’autre ruse Saturne devint ensuite sensible aux appas de Phillyre, fille de l’Océan, et se voyant pris sur le fait par Ops, il se métamorphosa en cheval : c’est pourquoi Phillyre mit au monde Chiron, le plus juste et le plus prudent des Centaures, à qui fut contée l’éducation d’Hercule, celles de Jason, d’Achille, etc. Jupiter en usa ensuite impitoyablement avec Saturne, comme celui-ci en avoir usé avec le Ciel, son père. On dit même que dans une des imprécations que la colère dicte aux pères et aux mères contre un fils ingrat, Urane et Titée annoncèrent à Saturne que ses enfants le traiteraient comme il les avait traités lui-même et qu’intimidé par cette menace, il prit le parti de faire périr tous ses enfants.

Saturne mutilé et détrôné, errant du Ciel, se retira en Italie, où il se cacha ; et c’est de là, ajoute-t-on, que l’Italie prit le nom de Latium, de latere, se cacher (a). Il est en vérité bien surprenant qu’une si petite portion de la Terre air pu contenir et cacher le fils d’un père si vaste et si étendu. Il a plu aux Auteurs de s’égayer ainsi, sans doute dans le dessein de donner à leurs Villes et à leur pays un relief qui les mît au-dessus des autres Peuples.

Saturne était un des principaux Dieux de l’Egypte, de même que Rhée son épouse. Quelques Auteurs ont même avancé qu’il fut père d’Isis et d’Osiris. Hérodote, et après lui beaucoup d’Historiens, et presque tous les Mythologues, conviennent que les Grecs ont pris des Egyptiens le culte des Dieux. Il est constant d’ailleurs que le culte de Saturne était établi en Egypte avant que les Phéniciens prissent le parti de conduire des Colonies dans la Grèce. Il est certain encore, comme l’assure le même Hérodote, que les Egyptiens n’ont point emprunté le Saturne ni le Jupiter des Grecs. Quoique l’antiquité nous ait laissé peu de lumière sur le temps auquel Saturne et Jupiter ont régné, M. l’Abbé Banier (a) pense qu’on peut le déduire de la généalogie de Déucalion, dont les marbres de Paros placent le règne en la neuvième année de celui de Cécrops. Enfin tout calcul fait, ce savant Mythologue croit qu’on peut fixer la mort de Jupiter à l’an 1780 avant l’Ere vulgaire, et le règne de Saturne vers l’an 1914 avant Jésus-Christ Il s’agit de savoir si le Saturne dont il parle, est le même que celui d’Egypte : Hérodote (b) parle des huit grands Dieux des Egyptiens ; et puis des douze ; et l’on sait que Saturne et Jupiter étaient du nombre des premiers. On les disait même l’un et l’autre pères d’Osiris, comme nous l’avons rapporté dans le premier Livre. M. l’Abbé Banier pense aussi (c) qu’Osiris est le même que Mesraïm, fils de Cham, qu’il dit être Ammon. Mais de quelque manière qu’on regarde la chose, il restera pour constant que Saturne était un des grands Dieux d’Egypte, et que s’il fut Roi dans ce pays-là, on a tort de supposer son règne dans la Grèce ou dans l’Italie, puisque les meilleurs et les plus anciens Auteurs soutiennent que les Grecs empruntèrent des Egyptiens le culte des Dieux, dont celui-ci était du nombre.

Au reste, tout ce que les Grecs disaient de leur Saturne, convenait très-bien au Saturne d’Egypte, et il y a grande apparence que l’amour-propre et la vanité seule avaient engagé les (Grecs à feindre que Saturne et Jupiter avaient pris naissance chez eux ; parce que, comme nous l’avons dit, ils ne voulaient pas qu’on crut qu’ils tiraient leur origine d’autres que des Dieux. Si M. l’Abbé Banier et la plupart des Anciens avaient fait cette réflexion, ils ne se seraient pas tant mis l’esprit à la torture pour chercher l’époque du règne de Saturne et des autres Titans, et auraient vu sans peine que toutes ces fables étaient des fables purement allégoriques, et non de véritables histoires racontées fabuleusement. Il suffit même, pour en être convaincu, de lire avec un peu d’attention l’histoire de ces Dieux dans la Mythologie du savant Abbé que nous citons si souvent. Quelque ingenieuses que soient les explications qu’il en donne, on sent combien il est difficile de suivre, ou plutôt de faire promener Saturne dans différents cantons de la Grèce, de Espagne, ensuite de l’Italie ; combien il en coûte au Jugement pour se persuader qu’il y a eu un autre Saturne que celui d’Egypte, s’ils comme lui du Ciel et de la Terre, frère et époux de Rhée, et père de Jupiter ! Cérès même, fille de Saturne, suivant les Grecs, n’est point différente d’Isis. Vesta, autre fille de Saturne, était aussi une Déesse de l’Egypte. Typhon enfin, qui causa tant de peines et d’embarras aux Dieux Saturne, Jupiter, etc. était un Titan, et un Titan Egyptien, de même que Prométhée, fils de Japet, et neveu de Saturne, puisque Osiris le constitua Gouverneur d’une partie de ses Etats pendant le voyage qu’il fit aux Indes Il suffirait donc de rapprocher toutes ces histoires, pour voir d’un coup d’oeil sur les explications que nous avons données dans le premier Livre, et sur ce que nous venons de dire que ces prétendus Princes Titans ne sont que des êtres fabuleux et allégoriques.

Par Saturne, plusieurs ont interprété le Temps, à cause de son nom Chronos. Il est unique, dit-on, il paraît engendre, ou, si l’on veut, combiné et mesuré par le mouvement des Cieux ; cette filiation unique a fait imaginer qu’il avoir mutilé son père. On se fonde encore dans ce sentiment, sur ce que le temps dévore tout ; ce qui se fait dans le temps, est comme son enfant, et s’il épargne quelque chose, c’est tout au plus les cailloux et les pierres les plus dures : c’est pourquoi l’on feint qu’il vomit le caillou qu’il avait avalé, croyant avoir dévoré Jupiter. Tempus edax rerum, dit Horace.

Telle est l’explication de quelques autres Mythologues, appuyée sur le témoignage de Cicéron même, qui dans son Livre de la nature des Dieux, fait parler deux Philosophes, dont un des Interlocuteurs dit que c’était ce Dieu qui gouvernait le cours du temps et des saisons. Il faut avouer que cette explication n’est pas mal trouvée : mais malheureusement elle cloche par quelque endroit, et laisse à côté plusieurs circonstances de cette fable. Que le Ciel soit père de Saturne, passe ; mais que la Terre soit sa mère, cela ne cadre pas tout-à-fait bien. La Terre aurait-elle donc conçu le Temps ? Et que fait la Terre à sa production ? Qu’y fait même le Ciel ? à moins que l’on n’y considère que le cours et le mouvement des Planètes et des Astres, Pour moi, j’aurais plutôt imaginé le Soleil que Saturne pour père du Temps ; on ne le regarde cependant que comme le petit-fils de ce premier des Dieux. C’est sur le cours du Soleil que se règlent le jour et la nuit, l’année, l’été, l’hiver et les autres saisons. Je l’aurais même pris pour le Temps même, plutôt que le fils du Ciel. Pourquoi en effet représenter le Temps sous la figure d’un Vieillard pâle, languissant, courbé sous le poids des années, par conséquent très pesant et très tardif, lui qui vole plus vite que le vent, lui dont rien n’égale la célérité, lui qui ne vieillit jamais, et qui se renouvelle a chaque instant ? On dit que le dragon ou serpent que l’on met à la main de Saturne, signifie l’année et ses révolutions, parce qu’il mord sa queue ; mais il représenterait mieux, s’il me semble, le symbole de la jeunesse, parce que le serpent semble rajeunir toutes les fois qu’il change de peau, au lieu qu’une année passée ne revient plus. Je ne vois même aucune différence entre ce serpent, et ceux que l’on donne à Mercure, à Esculape, ceux mêmes qui étaient constitués gardiens de la Toison d’or et du jardin des Hespérides. Pourquoi serait-il donc là le symbole de la révolution annuelle, ici celui de la concorde et de la réunion des contraires, là celui de la Médecine, et ici celui de la prudence et de la vigilance ? Pour trouver la véritable signification de ce serpent, c’est des Egyptiens, les pères des symboles et des hiéroglyphes, qu’il faut l’apprendre. Horappollo (a) nous dit que ces Peuples voulant représenter hiéroglyphiquement la naissance des choses, leur résolution dans la même matière, et les mêmes principes dont elles sont faites, mettaient devant les yeux la figure d’un serpent qui dévore sa queue. Le même Auteur dit que pour représenter l’Eternité, les Egyptiens peignaient le Soleil et la Lune, ou un Basilic, appelé par les Egyptiens Urée, parce qu’ils regardaient ces Astres comme éternels, et cet animal comme immortel (b). Il ajoute (art. 3.) que la figure d’Isis était le symbole de l’année, comme le palmier : mais il ne dit en aucun endroit, que le serpent mordant sa queue, en fut la figure. Le Père Kircher (c) semble avoir voulu généraliser l’idée d’Horapollo, en disant que les Egyptiens voulant désigner le Monde, représentaient un serpent mordant sa queue, comme s’ils eussent voulu indiquer que tout ce qui se forme dans le monde, tend peu à peu à sa dissolution en sa première matière, suivant cet axiome, in id resolvimur ex quo sumus. Il apporte même en témoignage le sentiment d’Eusebe, qui en parlant de la nature du serpent, suivant l’idée qu’en avaient les Phéniciens.

Le Père Kircher approche même de l’idée que les Philosophes Hermétiques attachent à la figure et au nom du serpent, lorsqu’il dit que les Egyptien figuraient les quatre éléments par ce reptile : car les Philosophes prennent le serpent, tantôt pour symbole de la matière du Magistère, qu’ils disent être l’abrégé des quatre éléments, tantôt pour cette matière terrestre réduite en eau, et enfin pour leur soufre ou terre ignée, qu’ils appellent la minière du feu céleste, et le réceptacle dans lequel abonde cette vertu ignée qui produit tout dans le monde. Cette matière, disent-ils, composée des quatre éléments, doit se résoudre en ses premiers principes, c’est-à-dire en eau, et c’est par son action que les corps sont réduits en leur première matière. Si vous voulez savoir quelle est noire matière, ajoutent-ils, cherchez celle en quoi tout se résout ; car les choses retournent toujours à leurs principes, et sont composées de ce en quoi ils le résolvent. Bernard Trévisan (e) explique cette résolution, et avertit qu’il ne faut pas s’imaginer que les Philosophes entendent parler des quatre éléments sous les noms de première matière, ou de premier principes ; mais les principes secondaires ou principiés des corps, c’est-à-dire eau mercurielle Les Philosophes ont souvent pris le serpent ou le dragon pour symbole de leur matière. Nicolas Flamel y est précis. Majer (a) en a fait le quatorzième de ses emblèmes, avec ces vers au-dessous :

Aiguillonné par la sinistre faim, le poulpe
Ronge ses membres, et l’homme se repaît de l’homme.
Tandis que le dragon mord et mange sa queue,
Il a pour aliment une part de lui-même.
Dompte-le par le feu, la faim et la prison ;
Qu’il se mange et vomisse, et se tue et s’enfante.

Les Disciples d’Hermès ont donc suivi les idées de leur Maître sur l’hiéroglyphe du serpent. Ils en ont donné à Cadmus, à Saturne, à Mercure, à Esculape, etc. Ils ont dit qu’Apollon avait tué le serpent Python, pour dire que l’or philosophique avait fixé leur matière volatile. Ils en ont fait Typhon l’anagramme de Python, et lui ont donné pour enfants tous ces dragons et ces monstres dont il est parlé dans les Fables. Les Philosophes plus modernes se sont conformés aux anciens, et par le serpent qui dévore sa queue, ils entendent proprement leur soufre, comme nous l’apprennent une infinité d’entre eux, particulièrement Raymond Lulle, en ces termes (b) : « Mon fils, c’est le soufre ou la couleuvre qui dévore sa queue, le lion rugissant, l’épée tranchante qui coupe, mortifie et dissout tout ». Et l’auteur du Rosaire : « On dit que le dragon dévore sa queue, lorsque la partie volatile, vénéneuse et humide semble se consumer, car la volatilité du serpent dépend beaucoup de sa queue ». D’Espagnet fait aussi mention de ce serpent en ces termes :

In ambabus his posterioibus operationibus saevit in seipsum draco, et caudam suam devorando totum se exhaurit, ac tandem in lapidem convertitur.

Quant au serpent simplement considéré en lui-même, les Philosophes en ont donné le nom à leur eau mercurielle, parce qu’on dit communément que les eaux serpentent en s’écoulant, et que les ondes imitent les inflexions que le serpent fait en rampant. D’ailleurs, dans la seconde opération du Magistère, le serpent philosophique commence à se dissoudre par sa queue, au moyen de sa tête, c’est-à-dire de son premier principe. Ces explications ne sont pas de moi. Il ne faut qu’avoir tant soit peu lu les ouvrages des Philosophes, pour en être convaincu. « Considérez bien ces deux dragons, dit Flamel (a) ; car ce sont les vrais principes de la Philosophie, que les sages n’ont pas osé montrer et nommer clairement à leurs enfants propres. Celui qui est dessous sans ailes, c’est le fixe ou le mâle ; celui qui est dessus avec des ailes, c’est le volatil, ou la femelle noire et obscure, qui prendra la domination pendant plusieurs mois. Le premier est appelé soufre, ou bien calidité et siccité et le second, argent-vif, ou frigidité et humidité. Ce sont le Soleil et la Lune de source mercurielle et origine sulfureuse, qui par le feu continuel s’ornent d’habillements royaux pour vaincre toute chose métallique. solide, dure et forte, lorsqu’ils seront unis ensemble, et puis changés en quintessence. Ce sont ces serpents et dragons que les anciens Egyptiens ont peints en cercle, la tête mordant la queue, pour dire qu’ils étaient sortis d’une même chose, et qu’elle seule était suffisante à elle-même, et qu’en son contour et circulation elle se parfaisait. Ce sont ces dragons que les anciens Poètes ont mis à garder, sans dormir, les pommes dorées des jardins des Vierges Hespérides. Ce sont ceux sur lesquels Jason, en l’aventure de la Toison d’or, versa le jus préparé par la belle Médée ; des discours desquels les livres des Philosophes sont si remplis, qu’il n’y en a point qui n’en ait écrit, depuis le véridique Hermès Trismégiste, Orphée, Pythagoras, Artéphius, Morienus et les autres suivants jusqu’à moi. Ce sont, etc ».

Le portrait que Basile Valentin fait de Saturne (b) convient très-bien avec celui de la Fable. « Moi Saturne, dit ce Philosophe, la plus élevée des Planètes du Firmament, je confesse et proteste devant vous tous, mes Seigneurs, que je suis le plus vil et le moindre d’entre vous ; j’ai un corps infirme et corruptible, de couleur noire, sujet à beaucoup d’afflictions, et à toutes les vicissitudes de cette vallée de misère. C’est moi cependant qui vous éprouve tous ; je n’ai point une demeure fixe, et en m’envolant, j’enlève tout ce que je trouve de semblable à moi. Je ne rejette la faute de ma misère que sur l’inconstance de Mercure, qui par sa négligence et son peu d’attention, m’a causé tous ces malheurs ». Un Auteur anonyme, en parlant de la génération de Saturne, dit (c) : « Il est sujet à beaucoup de vices par le défaut de sa nourrice, boiteux, mais cependant d’un génie doux, aisé, sage, prudent ; et même si rusé, qu’il est le vainqueur de tous, excepté de deux. Sa mauvaise digestion, ajoute-t-il, le rend pâle, infirme, courbé ; il porte la faux, parce qu’il éprouve les autres. On lui donne un serpent, parce qu’il les renouvelle et les rajeunit, pour ainsi dire, en se renouvellent lui-même ».

Je ne prétends pas nier que la plupart des Anciens n’aient pris Saturne pour le symbole du Temps. Cicéron, assez bien instruit de la Théologie Païenne, dit positivement dans son second livre de la nature des Dieux : « Les Grecs prétendaient que Saturne est celui qui contient le cours et la conversion des espaces et du temps. Ce Dieu s’appelle en grec, Chronos, mot qui signifie le temps. Il est appelé Saturne, parce qu’il est saoul d’années : et l’on feint qu’il a dévoré ses propres fils, parce que l’âge dévore les espaces du temps, et se remplit insatiablement des années qui s’écoulent. Il a été lié par Jupiter, de peur que sa course ne fût immodérée : voilà pourquoi Jupiter s’est servi des Etoiles, comme de liens pour le garrotter. » Si cet endroit de Cicéron prouve pour ceux qui prétendent avec lui que Saturne ne signifie que le Temps, au moins prouve-t-il également que Saturne ne fut jamais un Prince réel de la Grèce, mais seulement un personnage feint, et son histoire une allégorie. Et si c’était le sentiment même des Grecs, en vain M. l’Abbé Banier et quelques autres Mythologues se mettent-ils en frais de raisonnements et de preuves tirées de Diodore de Sicile et de plusieurs Anciens, pour en fabriquer une histoire donc ils prétendent nous soutenir la réalité. Varron lui-même, après bien d’autres Philosophes qui avaient raisonné sur la nature des Dieux, trouvèrent tant d’absurdités dans le fond même de leurs Histoires, qu’ils sentirent la nécessité indispensable de recourir à l’allégorie, pour trouver quelques explications au moins vraisemblables : mais la grande diversité de leurs interprétations, prouve qu’ils n’étaient pas au fait des objets que les Auteurs de ces allégories avaient en vue. Saint Augustin les trouvait si peu satisfaisantes, qu’il dit que par leurs explications, ils veulent faire honneur a ces fables ridicules, extravagantes, en les appliquant aux opérations de la Nature et de l’Univers, et aux différences parties de l’un et de l’autre. Il suffit en effet de lire tout l’endroit que nous venons de citer de Cicéron, pour voir clairement que ces explications sont absolument forcées. Car qui prendra jamais des étoiles pour des liens de laine ? Qui pourra penser avec lui que Saturne a été ainsi nommé, de ce qu’il est saoul d’années, quod saturetur annis, puisque le Temps en est au contraire insatiable ? L’en croira. t-on sur sa parole, quand il ajoute, que l’on feint que Saturne a dévoré ses propres si fils, parce que l’âge dévore les espaces du temps ? Si cela était ainsi, comment aurait-on pu dire qu’il revomit le caillou et le reste qu’il avait dévoré, au moyen d’une boisson qu’on lui fit prendre, puisque le temps une fois passé ne revient pas, et ne rend jamais ce qu’il a englouti ?

L’histoire de Saturne renferme même une infinité de circonstances qui ne peuvent convenir au Temps. Ses guerres, par exemple, avec les Titans, sa mutilation, son détrônement, sa fuite, et sa retraite en Italie pour s’y cacher, son règne avec Janus, sa parenté même ; car que ferait-on de Titan, de Japet, d’Atlas, de Rhée et des autres ? à quelles parties du Temps les attribuera-t-on ? Et si le Temps le plus ancien est l’aîné des choses, comment pourra-t-on dire que Saturne était le plus jeune des enfants du Ciel et de la Terre ?

Cette étymologie parait d’autant plus naturelle, que la plupart des Anciens admettaient avec les Philosophes Hermétiques, l’eau comme premier principe, ou le chaos, qu’ils regardaient comme une boue, et un limon duquel tout était sorti. Quelques-uns ont même dit que l’Océan ou l’eau était le plus ancien et le père des Dieux. D’autres ont dit qu’Océan était seulement frère de Saturne, sans doute parce que l’eau et la boue sont toujours ensemble. L’eau serait alors l’Océan, et le limon Saturne ; ce qui serait désigné par son nom.

Les Philosophes Hermétiques ont toujours eu cette idée de leur Saturne, puisqu’ils ont donné ce nom à leur chaos ou matière dissoute, et réduite en boue noire, qu’ils ont appelée plomb des Sages. Mais comme ces noms de plomb et de Saturne pouvaient induire en erreur les Chimistes, Riplée les en avertit, en disant :

« Notre racine est renfermée dans une chose vile, méprisée, et à laquelle la vue ne met point de prix ; (qu’y a-t-il en effet de plus méprisable que la boue ? ) Mais prenez garde de vous tromper sur notre Saturne. Le plomb, croyez-moi, sera toujours plomb. »

Telle est la véritable idée que nous devons avoir de Saturne ce Dieu couvert de haillons, ou d’habits sales et déchirés ; puisque la matière du Magistère est dans cet état de dissolution et de noirceur, un objet vil méprisé comme de la boue, qui paraît à l’oeil sous un dehors sale, et plus capable de la faire rejeter et fouler aux pieds, que d’attirer des regards. Les Philosophes, toujours attentifs à ne s’exprimer que par énigmes, ou par des allégories ont parlé de cette matière, tantôt en général tantôt en particulier, » et l’ont appelée Saturnie végétale, race de Saturne ; ils en ont parlé dans cet état de confusion et de chaos comme de la matière de laquelle se formait ce chaos et cette boue. Raymond Lulle dit en conséquence (b) ; « Elle paraît » à nos yeux sous un habit sale, puant, infecté, et venimeux ». Et l’auteur du Saculum aureum redivivum : « Le lait et le miel coulent de ses mamelles. L’odeur de ses vêtements est pour le Sage comme celle des parfums du Liban et les fous l’ont en horreur et en abomination. » C’est proprement cette dissolution, appelée par les Philosophes, réduction des corps en leur première matière, qui a fait donner le serpent et la faux pour symbole à Saturne, comme nous l’avons dit ci-devant, conformément à l’idée qu’en avaient les Egyptiens, desquels les Grecs avaient emprunté la plupart des leurs. Et si l’on a feint que Saturne avait dévoré ses propres enfants, c’est qu’étant le premier principe des métaux, et leur première matière, il a seul la propriété et la vertu de les dissoudre radicalement, et de les rendre de sa propre nature. Aussi Avicenne dit-il avec les autres Philosophes : Vous ne réussirez jamais, si vous ne réduisez es métaux ( philosophiques ) en leur première matière.

De tous les enfants que Saturne dévora aucun n’est nommé jusqu’à Jupiter ; et les Philosophes n’en nomment aucun jusqu’à la noirceur, ou leur Saturne. Avant que cette couleur paroisse, ils appellent leur matière chaos. « Elle est dit Synésius (b), le noeud et le lien de tous les éléments qu’elle contient en soi, comme elle est l’esprit qui nourrit et vivifie toutes choses » » et par le moyen duquel la Nature agit dans l’Univers ». Cette matière, dit un Anonyme, est la semence du Ciel et de la Terre premier principe radical de tous les êtres corporels. Saturne est le dernier des enfants du Ciel et de la Terre et règne néanmoins au préjudice de Titan, son frère aîné ; mais il n’obtient pas la Couronne sans guerres et sans combats ; car ta dissolution ne peut se faire sans une fermentation. Les Titans, fils de la Terre, sont les parties de la terre philosophique, qui se combattent avant la putréfaction ; de cette putréfaction naît la noirceur appelée Saturne : et comme cette noirceur est aussi appelée Tartare, à cause du mouvement et de l’agitation des parties de la matière pendant qu’elle est dans cet état on a feint que Saturne avait précipité les Titans dans le Tartare, qui vient de, turbo, commoveo.

Le règne de Saturne dure donc autant que la noirceur. Il semble alors dévorer tout jusqu’au caillou même qu’on lui présente au lieu de Jupiter, puisque tout est dissous ; mais le caillou est de trop dure digestion et sitôt qu’on aura fait boire à Saturne une certaine liqueur que la fable ne nomme pas c’est-à-dire, après que les parties aqueuses et volatiles auront commencé à monter au haut du vase en forme de vapeur et après s’être condensées en eau elles retomberont sur la matière terrestre et noire, appelée Saturne, comme pour lui donner à boire dans le sens que Virgile dit : Claudite jam rivos » pueri, sat prata biberunt.

On, comme on dit que la rosée et la pluie abreuvent la terre : alors Saturne rendra le caillou qu’il avait englouti la matière des Philosophes, qui était terre avant d’être réduite en eau par sa dissolution, recommencera à paraître, sitôt que la couleur grise commencera à se manifester. Alors Jupiter, qui n’est autre que cette couleur grise, par conséquent fils de Saturne et de Rhée puisqu’il est formé de la noirceur, lavée par la pluie, dont nous venons de parler. Cette pluie est parfaitement désignée par Rhée qui vient de, fluo, fundo. Jupiter alors détrônera son père ; c’est-à-dire, que la couleur grise succédera à la noire. Les quatre enfants de Saturne et de Rhée sont tous formés dans cette occasion. Jupiter est cette couleur grise ; Junon est cette vapeur ou humidité de l’air renfermé dans le vase ; Neptune est l’eau mercurielle ou la mer philosophique, venue de la putréfaction ; Pluton ou le Dieu des richesses est la terre même qui se trouve au fond du vase : ce qui a fait dire aux anciens Poètes, que l’Enfer ou le Royaume de Pluton était au fond de la Terre. Jupiter et Junon se trouvent par conséquent les plus élevés et occupent le Ciel parce que cette couleur grise se manifeste sur la superficie de la matière qui surnage ; c’est-là le Ciel des Philosophes, où nous verrons que sont cous les Dieux Neptune ou l’eau se trouve au-dessous, et enfin Pluton est la terre, qui est au fond de l’eau. Cette terre renferme le principe aurifique ; elle est fixe et c’est elle qui fait la base de la pierre philosophale, source des richesses. On a donc raison d’appeler Pluton, le Dieu des richesses : et si l’on donne à Mercure l’épithète de dator bonorum, c’est que le mercure philosophique est l’agent de l’oeuvre, et celui qui perfectionne la pierre. Quant à Chiron le Centaure, autre fils ce Saturne et de Phillyre, j’expliquerai dans son lieu ce qu’on doit en penser.

Ceux qui ont pris Saturne pour le Temps, l’ont représenté quelquefois avec un clepsydre ou fable sur la tête, au lieu d’un casque que quelques Anciens y avaient mis pour désigner et force. Les ailes avec lesquelles quelques-uns représentent Saturne, contredisent visiblement ceux qui ont avancé qu’il avait les pieds liés avec des cordes de laine ; à moins qu’on ne veuille dire qu’on lui avait donné des ailes pour suppléer au défaut des pieds. Pour moi, je croirais plutôt que ceux qui se sont avisés anciennement d’expliquer allégoriquement les Fables et de les représenter par figures symboliques sans être au fait de l’intention des Auteurs de ces Fables ont confondu la figure ou l’hiéroglyphe du Temps avec celle de Saturne. Je penserais donc qu’il faut distinguer les unes des autres, et ne regarder comme figure de Saturne que celles qui ont un rapport visible avec son histoire, et laisser au Temps celles qui lui conviennent. Je ne nie cependant pas que chez les Grecs et les Romains on n’ait pris Saturne pour le Temps, et qu’on ne lui en ait donné les attributs ; mais on ne trouve aucun monument Egyptien, et aucun Auteur ne peut avancer sur des raisons solides , que les Egyptiens ou les Phéniciens aient jamais regardé Saturne comme le symbole du Temps. Il peut se faire que dans les siècles postérieurs à ceux qui ont transporté les fictions Egyptiennes dans la Grèce, les Artistes mal instruits de leurs intentions, aient représenté Saturne comme le Temps. Ainsi les mauvaises interprétations des Fables et les représentations de Saturne faites en conséquence, auront contribué à faire naître l’erreur, et à l’entretenir.

Aucun des Philosophes disciples d’Hermès ne le sont avisés de donner dans cette erreur. Ils ont pris Saturne suivant l’idée des Egyptiens, et s’ils disent avec eux qu’il fallut combattre ion frère Titan pour s’emparer du Trône c’est qu’ils savent que le fixe et le volatil sont frères ; que celui-ci dans la dissolution remporte la victoire , et demeure le maître ; de manière que Jupiter son fils, est le seul qui puisse le détrôner par les raisons que nous avons dites ci-devant. Ils savent aussi qu’Hésiode (a) avait raison de dire que la pierre avalée et rejetée par Saturne, fut déposée sur le Mont-Hélicon, où les Muses font leur séjour parce qu’ils n’ignorent pas que ce Mont-Hélicon n’est autre chose que cette terre surnageante, en forme de mont, qui peut être appelée Mont-Hélicon ou Mont noir, d’ελικος, niger, On peut le dire proprement l’habitation des Muses, puisque c’est sur lui que voltigent les parties volatiles, que nous avons dit dans le premier Livre avoir été désignées par les Muses, comme nous le démontrerons encore dans la suite. C’est d’ailleurs cette pierre célèbre déposée sur le Mont-Hélicon, qui a fourni matière aux Poèmes d’Orphée, d’Homère et de tant d’autres. Ce mont a pris différents noms. Suivant les différents états où il se trouve, et les variations de couleurs qu’il éprouve pendant le cours de l’oeuvre. Lorsqu’il transpire ou transsude, c’est-à-dire, que lorsque ayant la forme du chapeau qui s’élève sur le moût ou suc de raisin dans la cuve, il forme une espèce de monticule, et que l’eau mercurielle qui est au-dessous transsude à travers, pour s’élever en vapeurs et retomber en rosée ou pluie, on lui a donné le nom de Mont-Ida , sueur, quant après cela il devient blanc, beau et brillant, c’est le mont couvert de neige d’Homère (b) ; le Mont-Olympe, sur lequel habitent les Dieux. Tantôt c’est l’Ile flottante, où Latone met au monde Phébus et Diane ; tantôt Nisa environné d’eau, où Bacchus fut élevé : ici c’est l’Ile de Rhodes, où tombe une pluie d’or à la naissance de Minerve, là c’est l’Ile de Crète, etc. Les Philosophes Hermétiques représentent Saturne dans leurs figures symboliques, de la même manière que les Anciens, c’est-à-dire sous la figure d’un Vieillard tenant une faux et ayant des ailes. Nicolas Flamel nous a conservé dans ses figures hiéroglyphiques celles d’Abraham Juif, et nous présente dans la première. Mercure ou un jeune homme ayant des ailes aux talons, avec un caducée ; et un Vieillard venant à lui les ailes déployées, avec une faux à la main, comme pour lui couper les pieds.

Noël le Comte, entêté de sa morale, qu’il croit voir dans toutes les fables, ne peut souffrir qu’on leur donne d’explications qui tendent à un autre but. Il avoue que les Chimistes interprètent la fable de Saturne des opérations de la Chimie ; mais il paraît qu’il ne savait pas faire la distinction d’un Chimiste vulgaire et d’un Chimiste Hermétique. « Comme on a attribué dit-il, un métal à chaque planète, à cause de quelques ressemblances qu’on a cru remarquer entre elles les tyrans des métaux ou Chimistes ont expliqué presque toute cette fable relativement à leur art, voulant se donner par-là pour les disciples et les imitateurs d’Hermès de Geber et de Raymond Lulle qui étaient Platoniciens. . . . Car ces bourreaux des métaux s’efforcent d’inventer de tels et semblables artifices pour les transmuer et leur donner d’autres formes par la crainte qu’ils ont de la forme affreuse de la pauvreté. » Cet Auteur en traitant les Disciples d’Hermès de bourreaux des métaux, montre son ignorance parfaite de l’art Hermétique ; premièrement, parce que Geber, Raymond Lulle et les autres Philosophes ne parlent que des métaux philosophiques, et non des vulgaires ; et ont soin d’avertir que ceux du vulgaire sont morts, et les leurs vifs. 2°. Ils ne suivent pas les procèdes de la Chimie vulgaire dans leurs opérations, et ne bourrellent pas les métaux, puisqu’on peut être très-bon Philosophe Hermétique, et ignorer parfaitement la Chimie vulgaire. Celle-ci n’est guère occupée que de la destruction des mixtes, l’autre travaille à les perfectionner. Les Chimistes vulgaires ou plutôt les Souffleurs, cherchent à faire de l’or, et détruisent celui qu’ils ont. L’art Hermétique se propose de faire un remède qui guérisse les maladies du corps humain : il ne Se flatte pas de faire de l’or immédiatement, mais de faire une matière qui perfectionne les bas métaux en or. D’ailleurs Noël le Comte dit fort mal-à-propos que Geber, Hermès étaient Platoniciens, puisque Platon fut très postérieur à Hermès. Mais peut-être ce Mythologue le disait-il, comme S. Jérôme disait de Philon Juif : aut Plato philonisat, aut Philo platonisat.

Nous avons déjà parlé du règne de Saturne en Italie, dans le Livre précédent, au chap. du Siècle d’or. Il nous resterait à parler du culte de-ce Dieu, et des fêtes instituées eu son honneur ; mais nous renvoyons cet article au Livre suivant, qui traitera des fêtes, des jeux et des combats institués en l’honneur des Dieux et des Héros.